Viveret Patrick
Nom
Viveret
Prénom
Patrick
Biographie
Patrick Viveret est philosophe, ancien conseiller référendaire à la Cour des comptes, cofondateur du Forum pour d’autres indicateurs de richesse et initiateur des rencontres internationales Dialogues en humanité.
Contributions
Brutalisme
Auteur
Introduction synthétique
Le brutalisme dépasse la seule critique du capitalisme (dans les courants socialistes ou communistes) ou de l’Etat (par exemple dans les courants libéraux ou anarchistes) ou du productivisme (par exemple dans les courants écologistes). En fait on peut caractériser un élément commun à ces systèmes fondés sur la domination et la discrimination. Cet élément c’est la brutalité sociale dans le cas du capitalisme, la brutalité politique dans le cas des formes autoritaires ou totalitaires du pouvoir, la brutalité à l’égard de la nature et du vivant dans le cas du productivisme.
Développement didactique
Cette brutalité se constate aussi dans d’autres domaines. Le racisme et l’antisémitisme qui récuse autrui du fait de son origine ou de sa couleur de peau, mais aussi les dominations et discriminations liées à la sexualité et au genre, aux croyances (religieuses, animistes, athées, agnostiques) et dans les comportements mêmes (sectarisme, dogmatisme, arrogance…).
Le terme de « brutalisme » est né en architecture mais repris et élargi par Achille Membe (cf « le Brutalisme ») puis par Julie Chabaud et Patrick Viveret (cf « la Traversée »). Il permet de rassembler ces différentes formes de domination, d’exploitation ou de brutalité et d’éviter de ne se focaliser que sur l’une d’entre elles. C’est ainsi que nombre de mouvements anticapitalistes et anti-impérialistes ont pu se montrer complaisants à l’égard de pouvoirs despotiques (ou le devenir eux mêmes lors de révolutions) ; que des luttes anti coloniales ont pu être menées par des hommes masculins défendant le patriarcat ou que des courants communistes ou socialistes ont pu être aussi productivistes que le capitalisme qu’ils combattaient.
Conclusion dialogique
L’alternative au brutalisme peut être celle portée par le convivialisme et ses principes de commune naturalité, commune humanité , commune socialité , légitime individuation et d’opposition maîtrisée face aux logiques de démesure. Elle recoupe en grande partie la notion défendue par Edgar Morin d’un « humanisme régénéré » et peut être précisée, afin d’en montrer l’importance écologique, par le terme d’éco-convivialime proposé par Julie Chabaud et Patrick Viveret.
Bibliographie
Mbembe Achille, //Brutalisme//, La découverte, 2020.
Chabaud Julie, Viveret Patrique, //La Traversée//, Les liens qui libèrent, 2023
Société civile/Société civique
Auteur
Introduction synthétique
La « société civile » est un ensemble très large et composite qui inclut l’ensemble des acteurs n'appartenant ni à la « société militaire » ni à la « société politique », cette dernière entendue au sens restreint du terme (partis politiques, élus, État). Ainsi, la société civile comprend aussi bien les entreprises que des associations qui n’ont ni objectifs transformateurs, ni intégration des enjeux politiques (au sens global du terme) dans leurs projets. Dans l’ordre politique (entendu au sens de l’organisation de la délibération et des choix d’orientation et de gouvernance des sociétés), il est donc vain d’opposer société civile et société politique. En revanche il est essentiel de caractériser ce que l’on peut appeler une « société civique» qui allie potentiellement trois composantes : la société civile transformatrice (a), la société politique qui porte une démocratie continue (b), la société médiatique (c).
Développement didactique
**a) la société civile transformatrice** : la partie du mouvement syndical, des associations, des entreprises, des mouvements culturels et éducatifs qui inscrivent leur projet et leur action dans une perspective transformatrice (de mutation écologique, de justice sociale, de développement démocratique) et prend en compte les enjeux politiques dans cette perspective. Il s’agit d’un rapport au pouvoir qui est en « pouvoir de » création démultiplié par la coopération, plutôt qu’un « Pouvoir sur» de conquête et de domination qui génère de la dépression.
A ce titre une bonne partie des ONG de type Cimade, Singa, Attac, Oxfam etc. font partie de cette société civique, ainsi que des grandes plateformes collaboratives telles que le Pacte du pouvoir de vivre initié par la CFDT et la Fondation pour la Nature et l’Homme ou l’alliance écologique et sociale (suite de « Plus jamais ça » initié à l’origine par la CGT et Greenpeace) ou le « Collectif des Transitions citoyennes », initié à l’origine par Colibris et Attac. On peut aussi y inclure la partie transformatrice de l’économie et des entreprises (par exemple l’économie sociale et solidaire). Les Archipels tels que hier « osons les Jours heureux », ou aujourd’hui l’archipel des Confluences (avec en leur sein Utopia, le mouvement des convivialistes, Ecosol) en font bien sûr partie.
Il est clair que cette « société civique » est traversée par des divergences tout comme la société politique classique mais son rapport différent au pouvoir peut lui permettre de dépasser un certain nombre de contradictions liées à la société politique organisée autour de la compétition et d’un pouvoir à prendre lors de temps discontinus (élections le plus souvent , parfois révolutions ou coups d’état.)
**b)** au sein de **la société politique** traditionnelle (partis, élus, État) il existe un nombre croissant d’acteurs qui comprennent que le politique ne peut plus répondre aux grands défis de la période s’il s’organise principalement en vue de la compétition pour le Pouvoir entendu comme Pouvoir de domination générant des comportements de soumission (ou de dépression) chez les autres acteurs. Cette approche d’un « Pouvoir sur » génère une « démocratie discontinue » (le plus souvent réduit aux temps de compétition électoraux, et faible en participation citoyenne et en qualité de délibération.
C’est avec les actrices et acteurs de la société politique qui comprennent cet enjeu et sont prêts à s’inscrire dans une vision d’exigence écologique et de justice sociale mais aussi de transformation démocratique telle qu’une démocratie continue, à haut niveau de participation et de délibération qu’une alliance privilégiée est possible et souhaitable.
**c)** un troisième acteur clef est celui de « **la société médiatique** » où se joue un conflit majeur non seulement d’opinions et de projets (aujourd’hui par exemple les médias soutenus par les courants d’extrême droite) mais aussi de statuts (public en recul face aux privatisations croissantes) et de comportements (appui à l’information et la délibération ou réduction à la manipulation comme ce peut être le cas par exemple dans nombre de réseaux sociaux).
Conclusion dialogique
Cette alliance ne recouvre que partiellement celle des partis politiques de la gauche et de l’écologie. D’abord parce que ces partis, en tant que tels, peuvent avoir un rapport d’indifférence ou, pire, d’instrumentation à l’égard de cette société civique. Ensuite parce que nombre de leurs dirigeants ou élus restent centrés sur un rapport de pouvoir à prendre et à conserver et non un pouvoir de création. Cette contradiction s’exprime par la faible qualité démocratique d’organisations politiques qui se prétendent par ailleurs transformatrices. Il est donc important de mettre en évidence d’autres concepts et distinctions pour approfondir la nature de cette alliance.
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