14/06/2024

Villarceaux, un rendez-vous important pour développer nos convergences / confluences ?

Une démocratie pour vivre ensemble Une démocratie participative en progression

A l’initiative du Mouvement de l’économie solidaire (MES) et du Collectif des associations citoyennes (CAC), près d’une quarantaine d’organisations se sont retrouvées à Villarceaux (Val d'Oise) du 21 au 23 mai 2024.

Une liste des participants comme une première cartographie de tisserands?

Des réseaux de réseaux comme le Collectif pour la transition citoyenne, le Mouvement d'économie solidaire, le Collectif des associations citoyennes, l’UFISC; des réseaux comme le Mouvement Sol, le Réseau des cantines et cafés culturels associatifs, le réseau national des ressourceries MIRAMAP qui fédère les AMAP, Habitat participatif France, Les Petits Débrouillards, le CRID, la Fédération Artisans du monde; des acteurs qui interviennent dans des postures très différentes comme les États généraux du Post Urbain, le Mouvement Utopia, le Mouvement des régies, la Maison commune de la décroissance ou le Labo de l’ESS; des collectifs en lutte dans le monde rural ou urbain, le Collectif Reprise de terre ou la Coordination Pas Sans Nous, des coopératives comme la Coop des Communs, la Coop des milieux des médias comme la revue Altermédias ou des espaces de documentation et de ressources comme Remix the commons; des associations qui prennent soin comme le Planning familial mais aussi l’association Allumeuses qui travaille les enjeux du soin face à l’épuisement, le mouvement Danser l'orage qui imagine des parcours apprenants pour tisser autrement du lien entre personnes et organisations; des fondations autour de notre hôte, la FPH-Charles Leopold Mayer, la Fondation Crédit Coopératif, Terres solidaires, la Fondation pour le climat puis des contributeurs de l’Archipel des confluences et des tisserands comme Patrick Viveret ou Lorenzo Favia. Cette brève présentation permet de situer la richesse et le potentiel de ce séminaire. Nous avons pu ainsi rassembler autant de diversité de personnes et d’organisations, dans un temps et un espace de qualité : 3 jours, 2 nuits + 1 grand espace isolé et agréable, serait-ce des ingrédients indispensables;?

Un programme pensé avant, pendant et après ?

Autour du réseau du MES et de ses membres, associations régionales et thématiques dont l’UFISC, la co-construction du programme a été ouverte très tôt afin d’imaginer ensemble les besoins comme les enjeux des participants. C’est aussi pour l’Eccap, une occasion de s’y investir en lien avec la dynamique de l’archipel des Confluences avec notamment l’implication de Patrick Viveret et sa posture de tisserand, de Florine Garlot et de moi-même.

Ces 3 journées s’inscrivent dans les « rebonds;» que nous avions identifié le 27 janvier dernier lors de notre rencontre des Confluences à Paris au siège de la FPH. Cette même Fondation qui a financé et accueilli ce séminaire dans sa bergerie de Villarceaux. Une fondation comme quelques une présentes qui ont cette attention à la coopération interacteurs, cette intention de soutenir les Tisserands.

Mais le programme a laissé de la place aux propositions et aux collaborations imaginées sur site. En s’inspirant du forum ouvert, des ateliers ont été proposés et même co-organisés à partir des intentions. Enfin, ce programme a laissé un espace lors de la dernière journée pour imaginer la suite et s’engager sur des axes comme des premiers pas. Cet enjeu a été relevé dès les premiers échanges. Nous avons vécu trop de rencontres riches et passionnantes qui, souvent, le lendemain, n’ont pas permis de rebondir. Mais pour rebondir, il faut savoir revenir sur son métier à tisser.

Tisser des relations entre organisations passe par des femmes et des hommes

Tisser à était le maître mot de ces 3 journées même si le nom retenu autour des convergences avait une couleur plus ancienne. Tisser des liens entre nos organisations passe nécessairement par une meilleure connaissance des femmes et des hommes qui les font vivre au quotidien.

C’est pourquoi le temps et le déroulé a permis de multiplier des espaces dédiés à ces relations, autour de moments en plénière ou d’ateliers de travail où de nombreux sujets ont pu être partagés, de repas et de pauses informels, si important pour débriefer ou partager des expériences et des bouts de nos vies, du temps pour une marche matinale pieds nus dans l’herbe mouillée, du temps pour jouer, du temps pour visionner un documentaire, et même du temps pour vivre une scène ouverte où chacune et chacun a pu laisser exprimer ses talents. C’est d’ailleurs à cette occasion que nous avons vécu un moment puissant avec un extrait de la conférence gesticulée jouée par Marie Laure Guislain sur le burn-out et les conditions de travail dans le champ des associations et des ONG en luttes pour les droits humains.

Tisser des liens entre nous repose aussi sur un cadre de confiance et de parole qui a été présenté en introduction;par Alice, une des salariés du MES et en charge de la coordination de ces 3 journées : « proposer un cadre qui permette de faire grandir la confiance collective et individuelle, pour que chacun·e se sente légitime à prendre sa juste place (en minimisant les;rapports de domination), organiser la construction d'une parole collective et la participation de tous à la réalisation de ce séminaire. »

Prendre soin du collectif, c’est penser le groupe et ne pas faire que le panser !

Prendre soin du collectif est une des conditions d’un savoir faire de coopération et de respect dans un contexte où les alliances nécessitent de devoir travailler et s’engager avec des personnes et des organisations qui n’ont pas la même histoire, la même culture de travail et de lutte, le même rapport aux institutions, les mêmes références idéologiques mais aussi le même âge;! Il y avait durant ces 3 jours à Villarceaux une très grande diversité de personnes et de profils même si cela reste encore majoritairement blanc et de professions intellectuelles, le faire ensemble nécessite des efforts de chacune et de chacun mais aussi de temps et d’espaces qui le facilitent. En ce sens, ces trois jours ont répondu positivement à ce premier enjeu.

Plus d’une quarantaine d’organisations et de réseaux permet de rendre visible les forces et les ressources mis à la disposition d’un changement de cap mais il a fallu aussi articuler des besoins et des attentes quelques fois différentes.

Cela a été possible car les ateliers ont su partir des besoins et le programme a été, en partie, coconstruit dans l’instant. Ce fut notamment autour des questions de stratégies et de moyens mises en œuvre, de postures comme d’outils à partager mais aussi en sachant articuler les différentes échelles de mobilisation et de luttes, du micro-locale à l’échelle d’un quartier ou d’un village aux luttes contre les multinationales avec le contentieux stratégique présenté par le collectif Droits et mouvement sociaux initié par le CAC, Sciences citoyennes et le collectif Allumeuses.

Des ateliers partagés entre expériences et stratégies

A chaque atelier, les temps ont été consacrés à partager les expériences, réussies ou pas, avec toujours une intention de repérer les manières de se renforcer et de mieux réfléchir à des stratégies concertées. Ainsi, que ce soit sur la manière de repenser nos plaidoyers, les façons d’articuler luttes et animation du débat politique, les questions de nos vulnérabilités et l’enjeu de se renforcer collectivement, ces échanges ont suscité des constats mais aussi des restitutions en plénière. Ils se sont déroulés en prenant le temps d’écouter chacun et si, quelques fois, de la frustration était ressentie et exprimée, le résultat a permis de laisser place à chacune et chacun.

Un atelier a retenu particulièrement mon attention et mon investissement : comment articuler nos différentes formes de luttes face notamment à l’alliance extrême droite et néo-libéralisme;? Dis autrement pour ne pas laisser penser que c’est une stratégie défensive : Comment accompagner les alternatives à se structurer en articulant local/national et en assumant mieux la nature politique de nos actions;? Dis plus clairement encore : la société civique doit assumer de coproduire un projet politique de transformation sociale, au côté des partis et des syndicats, pas à leur service;!

Ce changement de posture a suscité de réels échanges et si le débat est ouvert, une majorité de participants a conscience que le temps est venu d’autoriser à « faire;» de la politique sans forcément « se présenter à des élections;». C’est autour d’une conception d’une démocratie continue, et non pas uniquement sur courant alternatif, tous les 5 ou 6 ans;!

Les conditions d’une démocratie continue ?

Comment faire vivre une démocratie continue à partir des alternatives expérimentées depuis des années et dans des champs et territoires très différents ? Cela passe par rendre visible pour nous et renforcer nos liens avec notamment le réseau Transiscope et le Collectif pour la transition citoyenne. Comment notre posture doit dépasser le plaidoyer et le Pacte pour la transition citoyenne doit se renouveler dans sa forme comme dans son écriture;? Comment nous devons aussi questionner la place des institutions et imaginer aussi des formes instituantes permettant de partir d’un déjà là : l’expérience des soulèvements de la terre a été citée comme de nombreuses initiatives issues notamment de l’économie solidaire.

La dernière journée a été consacrée aux suites et aux prochains pas. Elle a mobilisé autant un échange avec les fondations présentes que l’opération Milliard avec Bastien Sibille qui a pu présenter l’enjeu du financement ambitieux d’un secteur qui est à la fois, économique mais aussi de transformation sociale et démocratique, répondant à l’enjeu d’une transition juste.

Donner une suite à la dynamique de Villarceaux : c’est maintenant ou jamais !

C’est en ces termes, que le collectif s’est séparé autour d’une liste de missions et de d’axes de travail où chacune et chacun s’est inscrit. Dans le document présentant la liste de nos engagements (pad de prise de notes), il est écrit : « Bien sûr le titre est un peu exagéré, nous avons tous néanmoins plus ou moins conscience que, sur ce genre d'évènement, si nous ne battons pas le fer tant qu'il est chaud, nous allons tous être très vite repris par nos urgences légitimes et habituelles et que les perspectives de travaux communs risquent de rester lettres mortes ou, du moins, se mettre trop lentement et laborieusement en place;».

Une cellule souche a été initié pour tenir le fil et le lien sur 3 registres :

  1. La mise en place d'outils communs pour faciliter le travail collectif
  2. La mise en place de méthodes de travail partagés entre nous
  3. La réflexion de fond sur la manière de concevoir et de formuler des avenirs désirables : réflexions partagées sur nos plaidoyers et la manière dont on les porte (notions-clés, stratégies de présentation etc)

Il existe d’ores et déjà des espaces pour faciliter ces liens, dont le CTC : le prochain copil en juin sera le premier rebond de ces 3 jours qui ont permis de donner force et énergie à des tisserands trop souvent sollicités et quelques fois épuisés. Prendre soin a été souvent exprimé, il commence par notre capacité de s’autoriser à prendre du temps pour se ressourcer et renouveler notre énergie et nos identités relations.


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