Transition (écologique)
Auteur
Introduction synthétique
La transition est un trajet. Terme issu du verbe latin //transire// qui désigne le passage, le franchissement, puis sous l’influence chrétienne, le grand passage, la mort. Il est repris durant la Renaissance pour exprimer « la manière habile de passer d’une idée à une autre ». Elle prend ensuite son autre sens « une évolution graduelle menant à une situation nouvelle, qu'elle soit meilleure ou pire ».
Quant à l’expression transition écologique, elle a la spécificité de traverser **trois** milieux : les sciences dites naturelles (biologie, écologie, éthologie, etc.)(1), les mouvements sociaux (2), et le champ politicien-médiatique (3).
Développement didactique
**Premièrement**, dans le domaine de l’écologie, Dominique Bourg la définit comme « un processus de transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre ». Ensuite appliquée au monde social, elle désigne la situation terrestre des sociétés humaines qui ont à « aller au-delà » des catastrophes qui les menacent.
**Deuxièmement**, la société civile se saisit de l’expression dans les années 2000, avec la création par Rob Hopkins du mouvement des Transitions. Considérant qu’une société indépendante du pétrole est inéluctable, l’enjeu est la résilience des communautés, c’est à dire la capacité d’un système (une communauté) à résister à un choc externe (la rareté du pétrole) . Des citoyens s’engagent, s’organisent et agissent à l’échelle locale « pour répondre aux défis majeurs de notre époque. En se rassemblant, ils parviennent à inventer des solutions » : pour réduire la consommation énergétique, relocaliser la production, renforcer la solidarité, réhabiliter des savoir-faire vernaculaires indépendants du pétrole. Par exemple, des initiatives bien connues sont déployées dans ces communautés :
• pour relocaliser les échanges : les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), les monnaies locales et complémentaires, les SEL (systèmes d’échange locaux) et les banques de temps ou les « ressourceries » (lieux où sont collectés des objets inutilisés ou des déchets pour être réemployés ou recyclés)
• pour réintroduire l’agriculture dans les villes : les jardins partagés, les composteurs, les plantations comestibles dans l’espace public, les toits en ville utilisés pour l’agriculture.
En écho aux recherches de Geels et Loorbach sur les dynamiques de transition, ces niches (les initiatives locales) seraient appelées à se généraliser pour contribuer à enclencher une transition. Rob Hopkins note qu’il existe désormais « 1400 initiatives dans 50 pays du monde entier ». Sa force tient à son approche inclusive et participative.
Le déploiement des groupes locaux de transitions a sans doute participé à la médiatisation de la transition écologique et à son entrée dans les instances gouvernementales. C’est la **troisième approche**. En 2017, en France, le ministère de l’écologie, du développement durable et de l'énergie devient le ministère de la transition écologique et solidaire, tandis que le 14 octobre 2021, l’État français est condamné par le tribunal administratif de Paris pour inaction climatique, grâce à [l’Affaire du siècle](https://laffairedusiecle.net/). Médiatisation qui semble avoir accentué sa dépolitisation en même temps qu’elle devenait pourtant un enjeu politicien.
Conclusion dialogique
Michel Lepesant (2013), philosophe et décroissant-chercheur rappelle « (qu’)entre le rejet du monde d’hier et le projet de celui de demain, c’est d’un trajet dont nous avons besoin, pour ici et maintenant ». Autrement dit, d’une transition. Transition, comme le rappelle Arturo Escobar, portée par des mouvements de la société civile qui peuvent être au service de transformations radicales.
Bibliographie
Le mot de l’année : « transition ». Le Monde.fr [Internet]. 30 mai 2014; Disponible sur: https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2014/05/30/le-mot-de-l-annee-transition_4428073_4497186.html
Bourg D. & Papaux A. (dir.), Dictionnaire de la pensée écologique, Article ‘Transition’, 2015.
Hopkins R. & al, Le guide essentiel de la transition, 2016
Hopkins, R. (2022). Mouvement de la Transition. In Plurivers : Un dictionnaire du post-développement (p. 364‑367). Wildproject.
Oudot, J., & de l’Estoile, É. (2020). La transition écologique, de Rob Hopkins au ministère. Regards croisés sur l’économie, 26(1), 14‑19. https://doi.org/10.3917/rce.026.0014
Krauz, A. (2014). Les villes en transition, l’ambition d’une alternative urbaine. Métropolitiques. https://metropolitiques.eu/Les-villes-en-transition-l.html
Chatterton, P., & Cutler, A. (2013). Un écologisme apolitique ? Débat autour de la transition. les Éd. Écosociété DG diff.
Escobar, A. (2022). Transitions civilisationnelles. In Plurivers : Un dictionnaire du post-développement (p. 467‑470). Wildproject. (p.467).
Escobar, A. (2018). Sentir-penser avec la Terre. Le Seuil.
Lepesant, M. (2013).Politique(s) de la décroissance : Propositions pour penser et faire la transition. Utopia.
Se connecter pour commenter.

Commentaires