14/06/2024

Transiscothon en bande organisée à Marseille : un premier espace !

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Transiscope est le portail web des alternatives

Initié par une première communauté d’organisations nationales il y a quelques années, ce commun coproduit et animé par une collégialité exemplaire souffre d’une animation des données fragile. En effet, fonctionnant dans une culture d’archipel, ce sont les sources engagées qui mettent à jour leurs contacts, or, cela demande beaucoup d’énergie car de contacts à relancer et de liens à tisser.

C’est pourquoi, avec le même souci de faire évoluer le projet en fonction de ses retours d’expériences, le comité de pilotage de Transiscope a décidé de s'engager dans l'appui aux dynamiques locales considérant que c'est la bonne échelle pour animer les sources et permettre de diffuser l'usage d'une cartographie utile pour les militants et personnes engagées sur leur territoire.

Cette nouvelle stratégie se décline dans une implication plus forte au sein du Collectif pour la Transition citoyenne (CTC) afin que Transiscope devienne un outil au service des 33 organisations membres du CTC avec prochainement le développement d’un agenda partagé qui leur permettra de croiser des dates et des rendez-vous locaux.

L'organisation des Transiscothons : nourrir nos liens sur un territoire

Ces rendez-vous du Transiscope sur les territoires sont une occasion de se rencontrer en vrai, ses membres impliqués comme des acteurs repérés sur la carto mais aussi pouvoir accueillir de nouvelles dynamiques locales. Depuis 2021, il y en a eu 9, de Paris à Nantes, de Lyon à Strasbourg, de Quimper à Marseille. Ce 9ème transiscothon, baptisé «Transiscope en bande organisée;» (référence utile pour les non marseillais, vous pouvez cliquer sur les liens pour les amateurs de Jul ou de carottes) a été organisé à Marseille les 29 et 30 mars dernier.

L’intention partagée

A Marseille, notre intention a été présentée aux collectifs et acteurs du territoire que nous considérons comme des tisserands ou des catalyseurs;!

« Marseille est une ville archipel, riche d'initiatives et de dynamiques collectives. Depuis des années, certain·e·s se retrouvent dans des luttes contre l'habitat indigne ou la gentrification, pour le droit à la ville, et l'accès aux services publics dans une ville qui reste l'une des plus inégalitaires en France. D'autres s'engagent dans des transformations de leur cadre de vie, autour de questions de mobilité, d'accès aux ressources naturelles ou de lutte contre la pollution. Des lieux s'ouvrent, des terrains se cultivent, le foncier devient un enjeu Commun. Il existe aussi des espaces de mobilisation plus ou moins organisés, plus ou moins institutionnels ou autonomes. Depuis longtemps, des collectifs tissent des liens, produisent des cartographies pour les faciliter mais il reste encore du chemin pour diffuser une culture de la coopération et dépasser un système qui a trop joué sur les concurrences et la compétition. Le Tour Alternatiba qui se terminera début octobre à Marseille peut être une occasion de se fixer un objectif commun : relier les enjeux sociaux et écologiques en démontrant que l'écologie populaire s'ancre dans des réalités marseillaises. »

C'est l'intention d'une première communauté qui s’est réunie dans les locaux de Massalia Vox et du Comptoir de la Victorine, à l’invitation de l’Art de vivre.

Une rencontre pour renforcer les liens à Marseille entre « tisserands»

Il y a eu une quarantaine de participants sur les deux jours venus de différents réseaux marseillais mais aussi nationaux, des organisations du Copil de Transiscope : le MES (mouvement pour l'économie solidaire), le CAC (Collectif des associations citoyennes), Alternatiba, le Mouvement Utopia, le réseau Animacoop, l'Assemblée virtuelle, les Colibris mais aussi des réseaux et collectifs marseillais. La liste des inscrits est partagée sur le site yeswiki du transiscothon ainsi que les prises de note et compte rendu en carte mentale. Tous les temps et ateliers ont été documentés au fil de l’eau par les participants.

Le choix de l’animation a été volontairement très ouvert. Nous avons proposé un espace sur un mode de forum ouvert afin de permettre à chacun de contribuer et d’apporter sa pierre à l’édifice. En effet, créer des liens et les consolider nécessite une volonté mais aussi une confiance. Pourquoi vouloir apparaître dans une cartographie, avec qui et dans quels objectifs communs ? Cette confiance se construit par une meilleure interconnaissance et un partage de valeurs et de principes d’actions.

Après avoir débuté par un petit exercice ludique pour mieux se situer et se connaître, Bruno Lasnier du MES et Florent Gaudin en charge de la coordination ont présenté le projet Transiscope, ses origines, ses évolutions et ses enjeux actuels.

Echanger autour de la Charte

C'est d'abord échanger autour des valeurs et principes d’action de notre communauté. Des premiers ateliers ont pu ainsi la questionner et proposer de l’améliorer, elle doit rester un objet de coopération, elle a vocation à clarifier notre posture et ainsi à être notre premier commun. Les nombreuses interventions ont permis de creuser certains enjeux politiques mais aussi stratégiques.

La Charte est aussi un processus. Elle est une Charte qui questionne plus qu’elle ne donne la voie ou la norme à respecter. Quelles sont alors les lignes rouges et ce qui nous permet de se sentir lier ?

Par exemple, il y a eu la nécessité d’éclairer certains termes et concepts utilisés tant il est possible que nous ne mettions pas le même sens dans les mots : pourquoi pas une proposition de glossaire;? D’autres parties ont suscité des échanges, sur les luttes non-violentes, sur la vigilance à l’égard d’organisations d’extrême droite qui commencent à récupérer des sujets écolos, sur le fait qu’une carte n’est pas la réalité et donc, notre capacité de rester toujours humble et accueillant à de nouvelles alternatives.

Alors quelle est la validité des données, qui est garant de ces données ? C’est l’un des sujets importants car il démontre la nécessité de consolider notre communauté. Il n’y pas de garantie au sens juridique, ni au sens politique d’ailleurs. La situation de nos données est liée à l’information fournie à un temps T. Cette information peut évoluer, la source pointée peut avoir disparu ou même changé de point de vue ou de de statut.

C’est pourquoi il est important de considérer ce projet comme un processus de production d’une connaissance partagée. Cette plateforme doit assumer une posture modeste. Elle ne souhaite pas devenir une plateforme exhaustive, ni d’ailleurs « grand public;» même si la carte est naturellement accessible et diffusable. Cela demanderait une économie et des moyens de communication et de diffusion sur de multiples plateformes, et cette diffusion pourrait révéler des contradictions fortes.

Il est privilégié la qualité des liens et non leur quantité. Si nous avions l’espoir au début de visibiliser les alternatives, nous avons compris qu’aujourd’hui, le premier temps est de consolider une dynamique d’archipel pour renforcer d’abord les liens entre tisserands et organisations au niveau local.

A Marseille, le lancement d’une démarche

Même s’il reste encore beaucoup de chemin, une voie a été tracée et des prochaines rencontres s’organiseront à l’occasion de l’accueil du Tour Alternatiba pour sa dernière étape du 5 au 7 octobre 2024 sur les enjeux de l'écologie populaire. Un projet de carte est en cours de production, un espace pour développer des usages du yeswiki est ouvert et un projet d’une formation animacoop sur Marseille commence à prendre corps.

D’autres sujets ont pu être partagés dans une dizaine d’ateliers durant ces deux journées en mode forum ouvert. Les prises de notes sont accessibles sur le yeswiki mais un prochain article reprendra quelques échanges importants : la démarche VIVE des associations de voisins, les enjeux de visibilité de l’écologie populaire à Marseille, le labo furtif et le prendre soin dans nos collectifs, les enjeux d’invisibilité et d’invisibilisation, les questions économiques de nos actions ou comment penser une économie de notre démocratie, le projet d’un framalivre sur le transiscope.

Ce transiscothon n’a pas été uniquement un espace d’ateliers, nous avons pu rire de nos contradictions;! Face à notre désir de coopérer, nous sommes issus de cultures différentes, avec souvent des postures fortes, évoluant dans des couloirs de nage diraient certains. Laurent Marseault que nous avons invité à présenter sa conférence gesticulée le vendredi soir, privilégie le regard du pompier volontaire qu’il est;! Et au-delà des rires et du plaisir, il questionne aussi la manière de faire ensemble, de s’organiser et de se fixer quelques règles communes !

A Marseille, et pas uniquement dans les Calanques, le chemin reste caillouteux.



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