[1] Nicole Belloubet. Le crime de lèse-Dieu n’existe pas. Le Monde 9/10 février 2020.
[2] Charlie Hebdo, 5 février 2020.
Cet article s’adresse tout à la fois :
Le livre d’Abdenour Bidar, Français croyant musulman, intitulé : « Génie de la France;» mériterait d’être lu par les uns et les autres.
« Génie de la France;» est donc le titre provocateur de ce livre. Le premier chapitre est intitulé : « Le pays qui dit non;». Il rappelle l’étymologie de « franc;» qui a donné France, c’est l’étymologie de frei en allemand et de free en français, les deux termes se traduisant également par libre[1]. Bidar écrit : « Depuis 1789, toute personne qui lutte quelque part sur la planète pour conquérir la reconnaissance de ses droits ne se sent-elle pas, par identification, un peu française;? »[2]
Bidar voit dans l’Appel de de Gaulle le 18 juin 1940, alors qu’il était sans armée, encore sans soutien politique d’une puissance alliée, l’héritier lointain du chevalier Bayard qui « au temps de Louis XII et de François Ier, personnifia une chevalerie française se battant héroïquement jusqu’au sacrifice, « sans peur et sans reproche;». Rappelons que la première phrase des Mémoires de guerre de de Gaulle est la suivante : « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France;».
Pour justifier le titre du premier chapitre, « Le pays qui dit non;», Bidar cite entre autres Descartes, ce « cavalier français qui partit d’un si bon pas;»[3] et qui « entreprit de douter ni plus ni moins que de la totalité du réel;», Jean-Paul Sartre qui affirme « que l’homme existe d’abord et avant tout comme liberté absolue…;», les « modernes Michel Foucault ou Jacques Derrida, en passant donc par Descartes, des esprits hyper critiques; de grands « déconstructeurs;». Sans oublier Blaise Pascal « pourtant chrétien si fervent;» qui prit « autant de soin à désacraliser tout ce que nous sacralisons;».
Ce premier chapitre du livre ne va pas sans mise en garde. « Nous nous sommes trahis hier, gravement, et nous devons avoir l’humilité de le reconnaître;». Sont évoqués par exemple : « l’iniquité colonialiste et esclavagiste;» « l’iniquité actuellement de notre commerce d’armes;» « l’iniquité enfin de politiques qui, désormais, lentement mais sûrement, deviennent de plus en plus autoritaires, sécuritaires, liberticides…;»[4].
Ce livre est écrit par un Français musulman.
Pour lever toute ambiguïté, Bidar souhaite que le pouvoir politique passe de la parole aux actes dans la lutte contre l’islamisme, par exemple : « la fermeture de tous les lieux de culte dont l’imam ne parle pas le français et n’a pas suivi de formation aux valeurs de la République;» [5]. Il rappelle aussi qu’il y a déjà cent ans, Charles Maurras déclarait : « Il s’agit de savoir si nous sommes chez nous en France ou si nous n’y sommes plus;». Il n’a donc pas fallu attendre Eric Zemmour pour parler de grand remplacement et de la crainte de voir la France mourir compte tenu de l’excès d’immigration. François Héran pour sa part s’élève contre la prétention à la continuité historique revendiquée comme un droit fondamental par Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen, Alain Finkielkraut, Eric Ciotti etc… Il écrit :« La vérité est que, migrations ou pas, les populations de la France n’ont jamais eu droit à la continuité historique et ce, quelle que soit l’époque considérée…Pas plus qu’un autre, le peuple français n’a eu droit à la continuité historique. L’essor de l’immigration ne fait que s’insérer dans la longue série de ces mutations…et le génie national n’a pas consisté à les rejeter mais plutôt à en tirer parti, comme l’a rappelé l’Histoire mondiale de la France animée par Patrick Boucheron, qui a tant chagriné les adorateurs du temps immobile. » [6]
Ce livre, dont nous n’avons évoqué que quelques aspects, est un acte de foi dans le génie de la France qui saura grâce à la laïcité amener l’Islam à reconnaître la liberté religieuse. Ce qu’il ne fait pas « quand il interdit l’apostasie ou criminalise comme blasphème l’atteinte à la divinité;». Alors que l’Eglise catholique aurait reconnu cette liberté religieuse, au moins en partie, depuis Vatican II. Et pour le judaïsme, Bidar cite la rabbine Delphine Horvilleur qui se réjouit de la laïcité pour l’exercice de son ministère. Cet espoir de voir l’Islam reconnaitre la liberté religieuse repose selon Bidar « sur la foi profonde que j’ai en mon pays, et la vision que je fais de notre terre comme cimetière de toute ambition de pouvoir du religieux. Je m’en réjouis, autant d’ailleurs comme musulman que comme français;»[7].
[1] A.Bidar ajoute ce commentaire : « Voulez-vous savoir si dans les veines de tel ou tel de nos chefs politiques d’aujourd’hui souffle l’esprit français;? Estimez le à la puissance de son « non;» et, à l’inverse, au nombre de ses complicités, notamment avec l’ordre libéral mondial;»
[2] A.Bidar, p.21
[3] Cette formule citée de Charles Péguy se trouve dans le tome 3 des Œuvres complètes en prose de Péguy, p. 1280.
[4] Page 46
[5] Voir le livre « Génie de la France;» p.101.
[6] François Héran. Immigration : le grand déni. Ed.du Seuil, 2023, p.96.
[7] Page 134.
Le Pacte civique, association de citoyens prudente et mesurée, affirmait dans son flash info de fin janvier intitulé Conflit sur les retraites, quelle issue? qu’on assistait à un immense gâchis. Depuis, avec les débats dans les Assemblées, ce diagnostic n’a fait qu’empirer et le Pacte civique propose une analyse qui donne une synthèse bien utile pour tous ceux qui se perdent dans les controverses et qui veulent y voir clair 1.
Mais pourquoi donc le Président Macron s’entête et refuse de recevoir les syndicats unanimes, au risque comme le dit Laurent;Berger d’un déni de démocratie. C’est que le président veut être le maître des horloges, celui qui décide et qui, quoi qu’il en coûte, veut faire passer sa réforme en tenant bon, en l’imposant à une société qui n’en veut pas. Au risque d’être un apprenti sorcier et d’être le garçon d’ascenseur qui fait monter Marine;Le;Pen dans les étages, c’est-à-dire dans les différentes étapes du suffrage universel.
Car comme le rappelle à nouveau E. Plenel dans son dernier livre : « L’appel à la vigilance;»2, c’est bien par les urnes que Mussolini puis Hitler sont arrivés au pouvoir. Or André;Koulberg dans son livre;Le FN et la société française;- L’extrême droite banalisée paru en 2017, aux éditions Utopia, montre comment la progression du Front national, devenu le Rassemblement national, dépend des vicissitudes de la société française.
Le 6 mai 1987, Jean-Marie;Le;Pen à l’Heure de vérité devant des millions de téléspectateurs dénonce les « sidaïques;» accusés de propager la maladie. La campagne menée par ce qui était alors le Front national a complètement échoué parce que « toutes les voix qui comptaient;» ont manifesté leur désaccord. « Ainsi, lorsque les frontistes ne trouvent aucun relais à leur discours de peur et à leurs fantasmes autoritaires ils échouent lamentablement;». « En septembre 1987, la déclaration sur les chambres à gaz, « point de détail de l’histoire de la guerre mondiale;», suscite de nouveau une désapprobation unanime;». C’est justement ce genre de déclaration que Marine Le Pen s’efforce d’éviter pour banaliser le Rassemblement National, supprimer le plafond de verre et l’emporter aux prochaines élections.
Malheureusement sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité, le Front national aujourd’hui Rassemblement national trouve des relais auprès de nombreux hommes politiques, médias, essayistes et pamphlétaires et cela explique ses succès électoraux3. La pléthore de textes législatifs ces dernières années sur ces questions est l’illustration de cette agitation autour des idées du RN.
Citons encore André Koulberg : « Les succès du Front national ne sont, pour l’essentiel, pas imputables à celui-ci, mais aux dysfonctionnements qui touchent la société française dans son ensemble…Le Front national est notre créature;». Et l’analyse qu’il fait de la montée des votes des Le Pen est éclairante : « Les variations des résultats frontistes à des moments où les espérances politiques s’infléchissent brusquement (confortées ou déçues) sont souvent observables;».
Est-il encore possible d’espérer un sursaut d’Emmanuel;Macron, qui ne serait ni maître des horloges, ni garçon d’ascenseur, mais Président des Français, dont l’écrasante majorité est opposée au projet actuel sur les retraites;? Il pourrait alors ouvrir une large négociation non seulement sur les retraites mais sur des sujets autrement plus urgents et importants comme le réchauffement climatique.
Si l’on prend au sérieux le constat d’André Koulberg : ;« les succès du Front national (aujourd’hui Rassemblement national) sont dus aux dysfonctionnements de la société française dans son ensemble;», alors il est urgent de montrer aux électeurs du RN et aux abstentionnistes qu’un autre avenir est possible. C’est à quoi s’emploiera l’ECCAP avec bien d’autres.
1 Voir sur le site du Pacte Civique : « Retraites, une réforme nécessaire mais pas nécessairement urgente;».
2 E.Plenel. L’appel à la vigilance. Face à l’extrême droite. Ed. La Découverte 2023.
3 Les clarifications de François Héran, professeur au Collège de France, sur l'immigration sont très importantes et l’ECCAP s’efforcera d’en parler.
En référence aux émeutes de 2005, F.Ouassak écrivait dans son premier petit livre La puissance des mères paru en 2020 :
« Si des voitures ont brulé après la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, c’est la faute de leurs parents, et non de la police, pourtant directement responsable de leur mort. Ils auraient dû tenir en laisse leurs fils – en laisse ou scotchés devant la télévision, peu importe mais ces sauvageons n’avaient pas à circuler librement le soir;»1.
On en est donc toujours au même point…
Il est difficile de se mettre à la place de cette mère, on est « dérangé;» parfois. Cela a été mon cas. Par exemple quand F.Ouassak échange avec une responsable pour que la cantine accepte que sa fille ne mange pas de viande, ou quand elle rend visite à une pédiatre alors que son fils vient d’être circoncis. La pédiatre croit que le bébé n’est pas propre alors que c’est du « henné qu’il a sur les mains et sur les pieds;». Lisez et vous me direz si vous aussi vous êtes « dérangés;».
F.Ouassak est diplômée de Sciences Po Lille en 1998. Elle nous dit « J’ai travaillé il y a une quinzaine d’années à la politique de la ville, et ensuite comme consultante en politiques publiques;». Ses ambitions et sa radicalité;s’expriment ainsi : « Reprendre le pouvoir qui nous a été confisqué en tant que mères, et prendre plus largement encore le pouvoir politique dans son ensemble »2 et l’ont amené à contribuer à créer le « Front de mères;». Mais sa radicalité n’exclut pas le dialogue, bien au contraire. Dans la préface inédite de la réédition de son premier livre, elle écrit que :
« La sortie du livre a été l’occasion d’échanges riches et enthousiasmants, partout en France comme à l’étranger, dans les quartiers populaires comme en centre-ville, dans les milieux institutionnels, universitaires ou très militants. Quelle fierté d’y porter un point de vue ancré dans les quartiers populaires, ce point de vue que l’on entend si rarement;».
Le second petit livre de F.Ouassak a pour titre Pour une écologie pirate paru en mai 2023. Comme pour le premier livre, c’est une mère à l’écoute de ses enfants qui écrit tout en politisant la question. Elle y parle de Verdragon à Bagnolet, première maison de l’écologie populaire, qui vise à réunir les habitantes et habitants des quartiers populaires autour de l’écologie. Portée en commun par Alternatiba et le Front des mères, Verdragon a connu l’opposition de la gauche et de l’extrême droite :
« la violence de la campagne visant à nous chasser du lieu…traduit selon moi l’obsession raciale des cadres des partis de gauche, qui parlent d’une réalité qu’ils ne connaissent que de loin car aucun n’habite les quartiers populaires ». L’autrice écrit également : « Nous avons aussi été soutenus par nombre de personnalités, notamment écologistes, et Alternatiba a été remarquable de fraternité…en menant à nos côtés la lutte pour sauver Verdragon »3.
Écoutons cet appel :« les luttes des quartiers populaires doivent trouver leur place dans le patrimoine écologiste. Mais ce qu’il faut pour rejoindre le nécessaire front contre le désastre climatique, c’est un projet précis, pensé depuis les quartiers populaires »4.
Tout le monde perçoit bien la gravité des émeutes et des pillages avec destructions de lieux publics qui vont affecter souvent la vie quotidienne des habitants. De multiples commentaires contradictoires se sont exprimés et les détestations réciproques vont bon train. C’est bien notre société qui est malade comme notre démocratie. Certains convivialistes5 proposent ce qui pourrait tenir lieu en quelque sorte de thérapie collective. Il s’agirait de prévoir dans la durée des émissions de télévision et de radio qui théâtraliseraient les points de vue divergents des uns et des autres, aussi bien les jeunes révoltés que les policiers ou les éducateurs et bien d’autres acteurs. Avec l’espoir de lutter ainsi contre les préjugés.
Fatima Ouassak annonce « un prochain livre qui mettra un point final au triptyque avec la question de l’organisation de la société;». Nous l’attendons.
[1] Manon Commaret et Pierrot Pantel. L’effondrement de l’empire humain. Ed. Rue de l’échiquier. 2020.
[2] Jean Jouzel a été Vice-président scientifique du groupe d’experts intergouvernemental su l’évolution du climat (Giec) de 2002 à 2015 avec lequel il obtient le prix Nobel de la paix en 2007, il est le principal auteur des 2ème et 3ème rapports.
[3] P.Servigne dit notamment qu’il s’interroge sur la question du féminin et nous avons reproduit ses réflexions dans la rubrique féminisme de l’eccap.
[4] Exemple du café associatif grin et de ses podcasts : https://legrin.fr/nos-podcast.
Cet article est une recension du livre d'Eric Dacheux[1] intitulé Comprendre pourquoi on ne se comprend pas.
La communication entre personnes ne va-t-elle pas de soi? Pourquoi se compliquer la vie et faire appel aux « sciences de l’information et de la communication » comme le fait Eric Dacheux dans ce 260ème petit volume de la collection Biblis du Centre National de la Recherche Scientifique[2]?
Est-il bien nécessaire de se « compliquer la vie » en utilisant des termes abscons comme « communication phatique » qui obligent à consulter le dictionnaire? ou en ergotant pour confronter la communication à d’autre formes de mises en lien : persuasion, diffusion, transmission etc.
Ce livre de vulgarisation demande un effort. Mais le jeu en vaut la chandelle si l’on reconnaît l’ambition qui est derrière. Ni plus, ni moins que «refaire la démocratie » pour reprendre une partie du titre d’un autre livre d’Eric Dacheux et Daniel Goujon : «Défaire le capitalisme, refaire la démocratie – les enjeux du délibéralisme »[3]. Dans cet autre texte, le délibéralisme est défini comme nouvelle conception du vivre ensemble. Autrement dit : « nous serons véritablement en démocratie quand les personnes concernées par un problème auront la possibilité de le résoudre elles-mêmes[4] ». Ce qui est le point commun des initiatives d’économie solidaire : « ce sont toutes des organisations démocratiques qui agissent suite à une délibération interne ».[5]
Pour « Comprendre pourquoi on ne se comprend pas » il est alors fructueux d’entrer dans les distinctions subtiles auxquelles nous engage ce petit livre. Alors que la communication est « une mise en lien qui vise la co-construction de sens entre altérités libres et égales » (p.46), elle n’est jamais à l’abri de l’ambivalence avec d’autres manières de mettre en lien les humains : la persuasion, la transmission de connaissances etc. Alors que la communication est « le fruit incertain d’une élaboration humaine complexe qui sera interprétée de manière différente d’un individu à l’autre », elle « est aussi une danse relationnelle, la recherche de la bonne distance entre le même et l’autre…régie par des règles culturelles et sociales qui offrent un cadre sécurisant permettant aux danseurs de rentrer en contact sans se heurter violemment »(p. 148).
Le dernier chapitre explique pourquoi les outils numériques sont « un remède pire que le mal ». Les outils numériques « sont de formidables machines permettant de nous connecter à distance, d’accéder à un potentiel quasi infini d’informations…ce ne sont pas des machines à communiquer. Communiquer en effet, nous l’avons montré tout au long de cet ouvrage, réclame du temps et de l’espace » (p.179).
« Les outils numériques que nous utilisons appartiennent à des multinationales regroupées sous le titre de GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) » (p.180). Ces outils, « loin de tenir les promesses d’une compréhension plus forte entre les hommes, représentent un danger pour nos sociétés démocratiques ». Les GAFAM plus puissantes que bien des États utilisent nos données personnelles et nous incitent à rester dans notre bulle de confort. « Or, … communiquer ce n’est pas rester chacun dans sa bulle, c’est prendre le risque de bâtir une bulle commune. De même construire une démocratie, ce n’est pas simplement laisser chacun explorer sa manière de voir le monde, c’est construire à partir des singularités, une vision commune, un intérêt général qui n’est pas réductible à la somme des intérêts particuliers » (p.184).
[1] Eric Dacheux. Comprendre pourquoi on ne se comprend pas. CNRS Editions. Coll. « Biblis;». Paris 2023. Avec en exergue la citation suivante de Dominique Wolton :: «Royaume du malentendu, des quiproquos, des mélancolies, la communication n’est jamais assurée d’être efficace. Impossible de s’en passer; difficile d’en être heureux ! »
[2] Cette petite collection de vulgarisation aborde tous les sujets.
[3] Eric Dacheux, Daniel Goujon. Défaire le capitalisme, refaire la démocratie. Les enjeux du délibéralisme. Ed. Erès, février 2020.
[4] E.Dacheux se réfère au philosophe John Dewey
[5] Sous la direction de Josette Combes, Bruno Lasnier, Jean-Louis Laville. L’économie solidaire en mouvement. Ed. Erès. Nov. 2022, p.64.
A la suite de la proposition de plan d'action de Bastien Sibille, visant à :
- nous relier (construire notre récit commun et de la confiance)
- nous renforcer (créer un fonds citoyen visant 1 milliard d'euros)
- étendre notre capacité d'action (Documenter, former, accompagner les initiatives naissantes Gagner en visibilité Préparer l'extension du réseau).
Guy Roustang a rédigé la note suivante pour contribuer à la réflexion sur le récit commun à construire.
Selon Patrick Viveret, Laurent Berger posait la question : « Que ferions-nous si nous étions aux manettes ? » Pour répondre à cette question, il est essentiel de présenter un projet désirable et crédible qui permette de lutter contre les abstentions avec la menace de voir le Rassemblement National arriver au pouvoir après la politique néolibérale désespérante d’E.Macron[1]. Un projet qui soit écologique, sociale et démocratique[2] et qui permette de satisfaire une grande partie de la population.
Projet à diffuser chaleureusement avec le plaisir d’alimenter les combats des jeunes générations, de transmettre ce que nous savons. Tirer les leçons des échecs et ridiculiser les nantis qui utilisent les jets privés. Avoir une diversité d’argumentaires. Admirer l’intérêt du souci de la nature et des animaux, se rallier à de nouvelles façons de sentir (Descola et Mbembé) et respecter (voir le petit livre d’Agathe Cagé « Respect »).
Denis Clerc devrait être fier d’avoir créé Alter Eco plutôt que de perdre espoir, et Alain Caillé fier du convivialisme au lieu de se désoler que « rien ne marche ». Peut-être est-il temps de passer la main[3], de considérer que c’est aux jeunes de reprendre le flambeau, qu’ils sont « le monde de demain ». C’est ma façon d’interpréter ce que nous dit Dorothée Browaye : « Il y a assez de jeunes générations engagées dans cette démarche pour les rejoindre, plutôt que de croire à un ralliement à nos idées ! »[4]. Intéressant de constater aussi que Bastien Sibille nous propose un « plan d’action » sans en rester au niveau des idées en espérant que nous pouvons faire confiance à son charisme d’entrepreneur. Le « récit commun » est la première étape de ce plan, dont nous ne pouvons pas savoir ce qu’il donnera. Comment s’organisera la réunion du 6 juillet aux Bernardins ? Je me le demande bien en notant par exemple que nous sommes 80 à nous être inscrits dans le projet de récit commun.
Nous ne nous mettons pas à la place des partis politiques et ne prétendons pas agir à leur place mais il me semble que nous sommes en amont des luttes électorales, que nous préparons le terrain aux partis de gauche en agissant de telle façon qu’ils aient tout intérêt à s’inscrire dans ce que nous aurons préparé.
Assurer la diffusion de ce que nous proposons par de multiples canaux, notamment la Revue dessinée, éd. du Seuil, qui a créé des bandes dessinées sur « Capital et Idéologie » d’après le livre de T.Piketty, ou « On leur vend des armes »…et le pire c’est qu’ils s’en servent ». Pour diffuser largement notre récit commun, pourrait-on aboutir à un opuscule de quelques dizaines de pages ?
Sur certains sujets, il devrait être possible d’intéresser des gens de bonne volonté et de dépasser les oppositions gauche-droite. Je pense par exemple à un rapport parlementaire signé par diverses tendances politiques qui avaient souligné la honte du sous équipement des services publics en Seine St Denis, de même un rapport de 4 sénatrices de divers partis qui dénonçaient la diffusion de la pornographie. Sur la régulation des Gafam gauche et droite ne pourraient-elles pas s’unir etc. etc.
Une question importante selon moi : ne doit-on pas envisager des formations;autour de nos propositions ? Des formations par l’université numérique ? Par les divers canaux d’éducation populaire ?
Ne pas se contenter d’un public déjà acquis et surtout s’intéresser à ceux qui s’abstiennent parce qu’ils ne croient plus que des politiques pourraient changer leur situation. D’où l’intérêt de textes comme ceux d’Ulysse Rabaté (La politique beurk,beurk) du Bondy blog ou des livres de Fatima Ouassak[5].
Voici quelques thèmes à privilégier (parmi beaucoup d’autres) que je me contente de lister pour l’instant[6], puisque je ne sais pas sous quelle forme sera rédigé le récit commun, 1ère cible du Plan d’action de Bastien Sibille.
[1] Loin d’être le « maître des horloges », E. Macron est le garçon d’ascenseur qui fait monter Marine Le Peine aux étages supérieures.
[2] Plusieurs textes ont servi de base à la rédaction de cette note, citons plus particulièrement : Paul Magnette : « La vie large »; F. Ruffin : « Le temps d’apprendre à vivre » et « Je vous écris du front de la Somme »; le « Second manifeste des convivialistes »; A.Caillé : « Si j’étais candidat » etc..
[3] Peut-être est-ce plus facile pour moi de « passer la main », moi qui suis d’une génération plus âgée que la plupart d’entre vous, par exemple qu’Hugues Sibille père de Bastien. Je peux reprendre ce que disait Véronique Decker directrice d’école pendant un quart de siècle en Seine St Denis : « Si je m’interroge sur les résultats de nos luttes, le bilan est maigre. On n’a pas beaucoup avancé, mais ça m’a bien occupée ».
[4] Courriel de D. Browayes dans le débat des convivialistes le 13 juin 2023 à 16 h 39. Voir aussi « Dialogue entre deux générations » Ed. Les petits matins 2022 de Bastien Sibille et Hugues Sibille.
[5] Fatima Ouassak a déjà écrit deux livres : « La puissance des mères » La Découverte 2020; « Pour une écologie pirate-Et nous serons libre ;» La Découverte 2023. Un troisième est annoncé qui traitera de " L'organisation de la société ».
[6] Alain Caillé parle de « mesures basculantes ».
Ce titre est la dernière phrase du livre de François Ruffin: « Mal travail - Le choix des élites;». Il résume bien l’essentiel du message de deux autres livres récemment parus : celui de Laurent Berger : Du mépris à la colère – Essai sur la France au travail et celui de Paul Magnette : L’autre moitié du monde – Essai sur le sens et la valeur du travail.
F.Ruffin est député de la Somme, Laurent Berger était secrétaire général de la CFDT de 2012 jusqu’au mois de juin 2023, Paul Magnette est professeur de théorie politique et président du Parti socialiste belge. La parution coup sur coup de ces trois livres sur le travail doit attirer notre attention. Le titre de cet article est une tentative de réponse à cette phrase de Jean-Jaurès « La Révolution a fait du Français un roi dans la cité et l’a laissé serf dans l’entreprise;».
Le travail, écrit Laurent Berger, représente un enjeu démocratique fondamental. Et « à l’inverse le chômage, la précarité, le mépris, les bas salaires créent du ressentiment – une tendance sur laquelle l’extrême droite progresse allégrement;» [1].
Le titre du livre de Paul Magnette;L’autre moitié du monde vient d’une citation du Pantagruel de François Rabelais : « …il est bien vrai ce que l’on dit, que la moitié du monde ne sait comment l’autre vit ». Ce qui est sans doute notre cas en tant que lecteur de la lettre de l’ECCAP. Nous qui avons applaudi les premiers de corvée lors de l’épidémie du Covid sans connaître le plus souvent leurs véritables conditions de travail. D’où l’intérêt de lire ces trois livres qui nous parlent des conditions de travail.
L.Berger secrétaire général, allait chaque semaine à la rencontre des salariés d’une entreprise pour discuter, écouter. Et ce qu’il entendait d’abord c’était la fierté du travail réalisé quelle que soit sa diversité. Mais souvent s’exprimait l’absence de reconnaissance des compétences et du désir de bien faire son boulot. L.Berger écrit : Dans le débat public, le travail est un « sujet extraordinairement mal traité;». Pourtant comme le souligne Paul Magnette, qui cite souvent dans son livre la philosophe Simone Weil : « On a toujours besoin pour soi-même de signes extérieurs de sa propre valeur;».
Le livre de François Ruffin abonde de rencontres avec des travailleurs qui relatent leurs expériences. Citons le cas de Valérie, trente ans de caisse chez Continent devenu Carrefour qui dit : « ça peut vous paraître bizarre, mais mon métier de caissière, je l’aimais bien. ». Mais l’obligation de s’en tenir avec le client à SBAM, c’est-à-dire : « Sourire- bonjour-au revoir-merci;»; ou avoir entendu un jour le chef dire à un client : « C’est terminé, les caissières ne parlent plus à personne;» l’a fait craquer, perdre l’envie.
Cinquante et un pour cent des salariés en France ont le sentiment de pouvoir influencer les décisions importantes de l’entreprise qui les concernent contre 85% dans les pays scandinaves[2]. « Sur le travail, dans toutes les enquêtes européennes, la France est distancée par les voisins qui lui ressemblent, au profil social et économique proche;»[3]. Pour ne prendre qu’un exemple parmi bien d’autres : en France il y a 4,5 accidents mortels au travail pour 100.000 salariés par an, c’est-à-dire que parmi une vingtaine d’autres pays, seules la Lituanie, Malte et la Lettonie ont de plus mauvais résultats que nous. La sociologue Marie-Jeanne Dujarier propose un néologisme : les « planneurs;» pour qualifier ces concepteurs de dispositifs qui précisent règles et process qui s’imposent aux exécutants sans avoir eux-mêmes expérimentés. Et l’article d’Alternatives Économiques Enquête sur le management ;à la française;le caractérise comme « autoritaire, technocratique, vertical;». Alors que chez tous les salariés, « on entend désormais la même aspiration à la reconnaissance, à l’autonomie, au respect, la même volonté de pouvoir s’exprimer sur son travail, d’être écouté;»[4].
[1] « Que sait-on du travail;? » rassemble 37 contributions de 60 chercheurs. Bruno Palier, qui a rédigé l’introduction, a été auditionné et a déclaré : « « Le ressentiment privé, dans l’entreprise, lorsqu’on s’y trouve maltraité, méprisé, rejaillit en ressentiment public, où l’on subit des dirigeants le même mépris. C’est manifestement un ressort, sinon un moteur du vote RN. »
[2] Voir Alternatives économiques, février 2024, page 29.
[3] Livre de F.Ruffin, p.40.
[4] Livre de Laurent Berger, p.25.
1)Voir Quelles alternatives écologiques agricoles ? Sophie Chapelle, journaliste à Bastamag.net in En quête d’alternatives économiques, l’Etat du monde 2018. Ed. La découverte 2017, pages 107 à 112.
2)C’est ce qu’écrivait Denis Clerc d’Alternatives économiques que je citais dans « Démocratie : le risque du marché » DDB 2002, p.70. La situation n’a probablement pas beaucoup changé depuis. 3)(R)évolutions-Pour une politique en actes. Ed. Actes Sud 2012 p.43 et ss.
[1] Pages Idées du Monde du 3 juillet 2020.
[2] La dernière lettre n°31 sur la convention citoyenne pour le climat a suscité des réactions diverses. Elle était écrite par les deux responsables actuels de l’eccap, qui n’étaient pas d’accord entre eux. Ce sera l’occasion d’ouvrir un débat sur l’intérêt ou non des conventions citoyennes pour contribuer au renouveau de nos démocraties. Nous ferons état de ce débat prochainement.
[3] Voir le rapport du CNV et Le Monde du 2 juillet 2020.
[4] Voir les débats autour du livre « Inch ’Allah. L’islamisation à visage découvert de G.Davet et F.Lhomme. Enquête sur la Seine St Denis. Ed. Fayard 2018.
[5] Interviewé par Guillaume Erner lors des matins de France Culture le 15 novembre 2019.
[1] Un débat sur la convention citoyenne est né cet été (2020). Il est visible en ligne ici.
[2] Le Grin est initialement porté par l’association franco-malienne Kodon. Le Grin a plusieurs activités en son sein : librairie et bibliothèque des Afriques, café et production de jus, média (causeries et podcasts). Plus d’informations sur le site du Grin.
[3] La rubrique travail de l’eccap compte à ce jour les articles suivants :Au-delà de l’emploi, quelles activités ? par Guy Roustang
Le travail, instrument de domination, par Guillaume Borel
La RTT, béquille du productivisme ou porte d'un nouveau monde ? par Maurice Merchier
[1] « La seconde société industrielle » Etudes coordonnées par Guy Roustang. Ed. Economie et Humanisme.1967. Les articles de ce livre montraient « comment le raisonnement économique ne suffit pas à éclairer l’ensemble des problèmes du bien-être social » p.65.
[2] Parlant des centres hospitaliers universitaires Stephane Velut écrit : « Le mal est profond ». Et il dénonce : « le dessein de faire de l’hôpital une nouvelle industrie, au mépris de son humaine justification. Un dessein indicible, qui rêve de fondre le soin dans la technicité abstraite et gestionnaire de notre société ».
[3] Voir l’article « La révolution municipale » dans la revue Projet février/ mars 2020 p.34.
[4] Tracts Gallimard, février 2020.
[1] Marc Endeweld. Le grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron. Ed.Stock 2019.
[2] Cité par Alain Supiot dans sa leçon de clôture au Collège de France « Le travail n’est pas une marchandise ». juillet 2019.
[3] « Faire société autrement » est le titre du numéro 28 de la Nouvelle revue de Psychosociologie.
[4] Voir à ce propos la contribution d’Eugène Enriquez dans l’eccap intitulée « Psychosociologie et changement de cap ».
[5] Voir les articles de Bruno Viard dans l’eccap.
La fiscalité est un moyen tout à la fois d’orienter la production et la consommation, et de lutter contre les inégalités. La lutte contre les évasions fiscales doit être renforcée et constitue une ressource indispensable pour réduire les déficits publics en France et dans les pays développés. Dans les pays du Sud elle dégagera des ressources pour l’amélioration du bien-être. Les mesures fiscales et budgétaires des premiers mois de la présidence Macron vont à l’encontre d’une politique de lutte contre les inégalités.
C’est bien ce que fait N.Hulot, ministre de la transition énergétique et de la solidarité en 2017 lorsque par exemple il veut augmenter le malus des gros 4x4 les plus polluants. C’est le moyen préconisé par Philippe Madinier (1) , ancien rapporteur général du Centre d’étude des revenus et des coûts (CERC) quand il plaide pour une discrimination positive en faveur des services. C’est ainsi que la réparation des logements dispose d’un taux réduit de TVA, qui stimule l’emploi dans ce secteur. En accordant un taux de TVA plus faible à « l’ensemble des activités de réparation, on contribuerait efficacement à l’allongement, si souhaitable, de la durée de vie des biens ». Cela impliquerait une hausse compensatrice sur les biens. « Pourvu que cette divergence soit progressive et programmée, elle serait éminemment favorable à la fois au rétablissement du plein emploi et au freinage de la consommation d’énergie et de ressources naturelles don on reconnait de mieux en mieux la nécessité ». Mais Philippe Madinier s’empresse d’ajouter « Cependant une activité de service particulière devrait être exemptée de ces faveurs fiscales : la publicité. Son développement démesuré n’est pas pour rien dans la frénésie de consommation…Elle pousse les consommateurs à remplacer prématurément les biens « durables » et « semi-durables ». Bref elle s’oppose à la sobriété qu’appellent impérieusement des menaces écologiques grandissantes. Il faudrait faire taire la publicité, en tous cas l’obliger à baisser le ton. Objectif ambitieux ? Utopique ? Peut-être. Il suppose d’affronter un lobby puissant, celui qui a mis sous sa dépendance la quasi-totalité des moyens d’information ».
En septembre 2017, l’observatoire des inégalités en France (WWW.inegalites.fr) constate : « Depuis une vingtaine d’années, les inégalités de revenus augmentent. Les plus aisés s’enrichissent alors que le niveau de vie des plus pauvres stagne ». Comme l’écrit Jean Gadrey, il s’agit d’en finir avec des inégalités indécentes qui minent la société. Ce qui devrait amener à agir à la fois sur les minima sociaux et à réduire les inégalités de revenus et de patrimoine. « Plus personne ne devrait vivre avec les minima sociaux actuels, qui ont décroché de 25% par rapport au Smic horaire depuis 1990. Il faut réévaluer ces minima, ou les remplacer par un revenu de base nettement supérieur au montant actuel du revenu de solidarité active (RSA) par exemple 600 ou 700 euros mensuels pour une personne seule » (2). Les écarts de rémunération entre salariés ont atteint à l’heure actuelle des proportions inadmissibles, avec des rémunérations parfois extravagantes. Le salaire de Carlos Ghosn président de l’alliance Renault-Nissan sera en 2017 de 7 millions d’euros pour Renault et à peu près autant de Nissan.
En attendant un changement de la réglementation, Alain Caillé et les convivialistes souhaitent « jouer sur le ressort moral, et encourager vivement grands patrons ou vedettes du sport ou du show-biz à renoncer d’eux-mêmes à des rémunérations extravagantes, comme certains le font déjà ». Ils souhaitent que les autorités religieuses, spirituelles, morales, humanistes et scientifiques mondiales s’accordent pour déclarer que toute personne qui prétend mériter cent fois par exemple le salaire ou revenu de base dans son pays « s’exclut des normes de la commune humanité…et mérite opprobre à ce titre ». Thomas Piketty interviewé en janvier 2015, auquel on faisait remarquer qu’il fallait bien rémunérer les talents et la réussite, répondait : « Je n’ai pas de problème avec l’inégalité…tant qu’elle reste dans des limites raisonnables … J’ai effectué des recherches avec des données d’entreprises. Quand vous payez un dirigeant 10 millions d’euros par an au lieu d’un million ou de 500.000 euros, obtenez-vous davantage de performances, de créations d’emplois ? Je n’ai pas pu le prouver. Il faut rémunérer les dirigeants correctement, mais vous n’avez pas besoin de les payer 50, 100 ou 200 fois le salaire moyen ».
La loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014 prévoit que des entreprises capitalistes peuvent demander un agrément Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale) pour bénéficier d’aides et de financement spécifique. Cet agrément ne leur sera donné que si l’une ou l’autre des deux conditions suivantes est satisfaite (voir décret du 25 juin 2014 article 2) : - La somme moyenne versée, y compris les primes, aux cinq salariés ou dirigeants les mieux payés n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 7 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé - La somme moyenne versée, y compris les primes, au salarié ou dirigeant le mieux payé n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 10 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé. Mais les associations, fondations, coopératives et mutuelles ne sont pas concernées par cet agrément puisqu'elles sont de droit dans l'ESS, de par leur statut, Ce qui veut dire qu'il s'écoulera encore du temps avant que les mutuelles, les banques coopératives et les coopératives agricoles appliquent ce genre de règle…
En définitive, pour réduire les inégalités, une majoration du taux de l’impôt sur les revenus élevés est indispensable, tout en sachant que la progressivité de l’impôt sur les revenus est en partie illusoire compte tenu des nombreuses niches fiscales. En ce qui concerne les inégalités de patrimoine, il est surtout question en 2017 dans les débats publics de l’impôt sur la fortune (ISF), alors qu’il faut élargir le débat. En effet l’ISF ne rapporte que 5 milliards à l’Etat alors que la taxe foncière rapporte 25 milliards. Le patrimoine total peut être estimé à 10 000 milliards, net de dettes. La moitié de la population française la plus pauvre en possède 5% et les 10% les plus riches en possèdent 60%. Quant au 1% de la population la plus riche elle en possède 25%. (T.Piketty Le Monde 12 et 13 juin 2016 ). Les 10.000 milliards de patrimoine se composent ainsi : 5.000 milliards revenant à l’immobilier … 4.500 sont des actifs financiers et 500 sont des actifs liés à l’activité professionnelle des indépendants. L’impôt sur l’ISF (5 milliards) et les taxes foncières (25 milliards) représentent respectivement 0,05% et 0,25% du patrimoine total, aussi ces deux impôts ne peuvent avoir qu’un effet très faible sur la répartition des patrimoines.
Pour Philippe Madinier, c’est surtout l’impôt sur les successions qui peut avoir « un effet d’égalisation notable, tout en étant économiquement supportable…pourvu évidemment qu’il comporte des taux bien différents de ceux qui sont actuellement en vigueur en France ». A condition de prévoir un abattement à la base assez substantiel et à condition de ne pas imposer fortement les biens qui sont à usage personnel comme le logement ou qui sont à usage professionnel personnel comme une exploitation agricole ou une entreprise artisanale, les taux d’imposition pourraient croître « progressivement jusqu’à atteindre 100% sur la tranche la plus élevée ». Michel Sapin ancien ministre des finances en déclarant « Ce n’est pas parce qu’on prend des « risques » qu’on devient riche mais d’abord et avant tout parce qu’on a hérité » (Libération 18 oct. 2017) justifie l’idée qu’il est juste de taxer les successions.
La preuve qu’un impôt fortement progressif est possible, c’est que les E.U. l’ont fait à une certaine époque. Voici ce que rappelait T.Piketty dans Le Monde du 10 06 2017 : « Afin de contrer la montée des inégalités et la concentration excessive des fortunes (alors perçue comme contraire à l’esprit démocratique américain)…les Etats-Unis mettent en place dans les années 1910 et 1920 un niveau de progressivité fiscale inconnu dans l’histoire. Ce grand mouvement de compression des inégalités implique à la fois l’impôt sur le revenu (le taux appliqué aux revenus les plus élevés fut en moyenne de 82 % entre 1930 et 1980) et sur les successions (avec des taux atteignant 70 % sur les transmissions de patrimoines les plus importants).
Grâce à l’OCDE, des progrès dans la lutte contre l’évasion fiscale ont été faits au niveau mondial après la crise financière de 2008. Beaucoup reste à faire. Pour la France, « Une lutte efficace contre l’évasion fiscale illégale dans les paradis fiscaux permettrait de récupérer… une partie des trente à cinquante milliards qu’elle représente » (2). Pour les pays du Sud, On estime que l’évasion fiscale des entreprises multinationales représente un manque à gagner de 125 milliards d’euros (voir les études du CCFD-Terre solidaire sur les paradis fiscaux). Le directeur du Monde Jerôme Fenoglio écrivait le 7 novembre 2017 à propos des révélations des Paradise Papers : En France l'histoire récente a montré...que l'on pouvait supprimer un impôt sur la fortune en arguant du risque d'exode du capital, sans suffisamment s'attaquer aux paradis fiscaux qui nourrissent la tentation d'évasion. C'est à toutes ces formes de complaisance qu'il faudra renoncer si l'on veut mettre fin à ces pratiques qui conduisent nos démocraties à leur perte.
Guillaume Duval écrivait dans son éditorial d’Alternatives économiques d’octobre 2017, après quelques mois de la présidence d’E.Macron : « Du côté de la fiscalité, il a choisi de rendre en priorité 7 milliards d’euros aux plus riches en vidant l’ISF de sa substance et en baissant fortement l’impôt sur les revenus du capital. Rejoignant ainsi la théorie des adeptes de la théorie du ruissellement : si on laisse les riches devenir plus riches, ça finira bien par profiter aux pauvres...Une politique dont on a vu, en particulier aux Etats-Unis, qu’elle aggravait surtout les inégalités, minant la cohésion sociale et donc l’efficacité économique ». Au cours de son interview à TFI le 15 octobre 2017, E.Macron tout en affirmant qu’il ne partageait pas la théorie du ruissellement (3) a confirmé qu’il pensait que les riches allaient utiliser les milliards qu’ils allaient encaisser pour investir dans l’économie, ce qui serait favorable à la croissance, à l’emploi et en définitive à tous. Il a même osé affirmer « La condition pour ne plus être dans l’ISF, c’est d’investir dans l’économie française », ce qui est faux dans la mesure où aucune condition n’a été mise pour bénéficier des milliards de cadeaux. Un autre argument avancé pour justifier les nouveaux cadeaux aux riches est d’affirmer que l’ISF a fait fuir des Français riches à l’étranger. Ce qui a fait dire à Michel Sapin, ministre des finances de François Hollande : « On connaît ce refrain. Certains contribuables partent, d’autres reviennent. Les derniers chiffres connus montrent un équilibre entre les deux mouvements ». (Libération du 18 oct. 2017).
Michel Sapin avec 120 députés et sénateurs a demandé de rendre publics l’impact des mesures fiscales et budgétaires sur les contribuables les plus aisés, notamment les 0,1% et les 1% des Français qui concentrent le patrimoine français le plus important, ou sur les 100 français les plus riches. Ce ne serait pas enfreindre le secret fiscal puisque cette demande ne concerne pas les données individuelles. Faute de réponse précise de la part du gouvernement, Vincent Eblé, président de la commission des finances du Sénat (Parti socialiste) estime que le gain cumulé de l'instauration d'un prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30% sur les revenus du capital et de la transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) peut être estimé à environ 1,5 millions d'euros par an pour les cent premiers contribuables.
[1] Philippe Madinier. Une économie de services sans servilité. Préface de Jean Gadrey. L’Harmattan 2013.
[2]Alain Caillé/Les convivialistes. Eléments d’une politique convivialiste. Ed. Le bord de l’eau 2016.
[3]Voir Gaël Giraud in La Croix du 1er août 2017 : « Le mythe du ruissellement économique » et Zygmunt Bauman. Les riches font-ils le bonheur de tous ? Ed.Armand Colin 2013, notamment pp 61 et ss. .


[1] Basta. Le pouvoir délirant des 10 milliardaires qui possèdent la presse française. Agnès Rousseaux. 5 avril 2017.
[2] Julia Cagé. Benoît Huet. L’information est un bien public. Refonder la propriété des médias. Seuil février 2021.
[3] Voir la liste des signataires et les 66 propositions du « Pouvoir de vivre ».
[4] Suite à une affaire de corruption au Togo, la juge du tribunal judiciaire a déclaré à Vincent Bolloré que les infractions ont « gravement porté atteinte à l’ordre public économique » et « à la souveraineté du Togo ». Elle a proposé qu’au regard de la gravité des faits « ils soient jugés par une juridiction correctionnelle ». Communiqué de l’AFP repris par l’Express le 27 février 2021.
[5] Pour plus de détails voir le livre « L’information est un bien public » p.185, note 1.
[6] Petite histoire des ordonnances de 1944 sur la liberté de la presse et de leur destin. Jean Pérès et Jérémy Fabre. Acrimed 26 juin 2017.

[1] Rapport sur les riches en France. Observatoire des inégalités. 104 pages. En vente sur inégalités.fr : 10 euros.
[2] Pour les revenus : en 1996, l’écart entre le niveau de vie médian de la population et le niveau de vie moyen des plus riches était de 27.800 euros annuels. En 2017 il était de 36.000 euros. Pour ce qui est du patrimoine, le seuil d’entrée dans les 10% les plus fortunés a plus que doublé : il est passé de 533.000 euros à 1,2 million entre 1998 et 2010 hors endettement.
[3] Voir dans l’eccap.fr : Quel nouveau cap pour la politique fiscale ? Guy Roustang, 16-10-2017
[4] Rapport de l’ONG Oxfam et du think tank Stockholm Environment Institute.
[5] Voir la pétition signée notamment par Pierre Calame, Dominique Méda, Michèle Rivasi députée européenne Europe-Ecologie-Les Verts dans Le Monde du 13 août 2020,
[6] Dominique Bourg et alii. Retour sur terre.
[7] Reçu de Pierre Calame à propos de notre débat sur La convention citoyenne pour le climat.
[8] La Fabrique des transitions. La Croix du 7 avril 2020.
[1] Collection Domaine du possible, Actes Sud.
[2] Voir l’interview de 31 minutes de Jérémy Désir in Le Media du 20 septembre 2019 : Un ex-banquier révèle l’imposture de la finance. Pour calmer l’opinion et rassurer certains investisseurs, les banques font mine de prendre au sérieux le risque climatique. C’est une mascarade nous dit J.D. qui a démissionné en juillet 2019 de la HSBC faute d’avoir pu persuader sa hiérarchie de la gravité de la situation. Nous recommandons vivement cette interview.
Ce n’est pas moi qui le dis, mais un ministre, Gabriel Attal, ministre délégué aux comptes publics. Un vrai projet de lutte pour la justice sociale et plus d’égalité est-il en cours qui permettrait à Emmanuel Macron de sortir de son impopularité? Quoi qu’il en soit, goûtons notre plaisir de voir une question importante mise sur le devant de la scène.
Le Président de la République a donc demandé à son ministre Gabriel Attal de présenter un plan de lutte contre la fraude fiscale. Il s’agit « de faire payer ce qu’ils doivent aux ultrariches et aux multinationales qui fraudent;»[1]. Comme l’indique le ministre : « chaque fraude est grave, mais celle des plus puissants est impardonnable;». Quelle est l’ampleur de cette fraude;? « Certains parlent de 30 milliards, d’autres de 100 milliards;». Les 4000 emplois qui ont été supprimés au cours des dix dernières années dans les services de contrôle n’aident pas à clarifier la situation. Mais le gouvernement envisage de recruter 1500 emplois en faveur du contrôle fiscal d’ici à 2027. Gabriel Attal veut aussi renforcer les sanctions pour les fautes les plus graves « par exemple lorsqu’il y a dissimulation d’avoirs à l’étranger…Nous travaillons avec Eric Dupont-Moretti à une sanction d’indignité fiscale et civique;». Si bien qu’un fraudeur pourrait être même condamné à des travaux d’intérêt général. « En plus de payer son amende, le gros fraudeur ira repeindre le centre des impôts;». Vraiment;? Nous attendons des preuves.
Il semble que Gabriel Attal ait obtenu du Président Macron la possibilité de chercher à créer une COP (conférence des parties) fiscale au niveau international sur le modèle des COP climatiques « Le gouvernement en attend de nouvelles avancées en matière de transparence fiscale dans le prolongement du travail réalisé par l’OCDE pour combattre les paradis fiscaux[2];».
Le livre : « Offshore. Dans les coulisses édifiantes des paradis fiscaux;»[3] de Renaud Van Ruymbeke, juge d’instruction pendant vingt ans, aujourd’hui retraité, nous montre l’ampleur et la complexité des questions de la fraude fiscale. Dans la préface de ce livre, le journaliste Christophe Boisbouvier parle des paradis fiscaux comme le « vrai scandale du siècle;». Et il nous met devant les choix qui sont devant nous : « Au moment où les services d’urgence des hôpitaux sont démunis, faute de ressources, la lutte anticorruption est plus nécessaire que jamais;». « Du Luxembourg à l’Etat du Delaware (Etats-Unis), de Hong Kong à Singapour, cet ouvrage détruit la réputation d’Etats qui annoncent en fanfare la création d’une « task force anticorruption;» mais qui en réalité font tout pour protéger le secret bancaire;». Et encore ceci : « Au fil de la lecture, on apprend comment, du temps de François Mitterrand et de Jacques Chirac, deux de leurs lieutenants les plus fidèles, Michel Charasse et Jean Toubon, ont tenté d’intimider le juge emblématique qu’était déjà Van Ruymbeke, premier magistrat en France à perquisitionner le siège d’un parti politique, celui du Parti socialiste;». Pour bien marquer que la fraude fiscale est universelle, le premier chapitre du livre est intitulé « Un certain M.Poutine;» et parle du Shéhérazade, un yacht de luxe avec deux pistes d’hélicoptère que les membres d’équipage appellent « le navire de Poutine;», surnommé aussi le « kremlin aquatique;». Bien difficile d’établir qui est vraiment le propriétaire « car le yacht est immatriculé aux îles Caïmans, paradis fiscal notoire, et la société qui le possède, baptisée Beilor, serait enregistrée aux Iles Marshall en Micronésie, également réputées pour leur opacité. Deux Etats confettis spécialisés dans le blanchiment de l’argent sale;».
Le livre de Ruymbeke se termine sur une lueur d’espoir : « Je suis convaincu que malgré l’ampleur des difficultés et les montants astronomiques en jeu, les Etats finiront par se réveiller…C’est à mon sens une évolution inéluctable à terme;». Mais il est conscient aussi des difficultés. « C’est là une réforme longue et difficile à mettre en œuvre, mais inévitable si les Etats veulent recouvrer les sommes considérables dont ils sont spoliés…Ces fonds pourraient être aussi utilisés pour financer les mesures coûteuses que les Etats vont devoir engager, de toute urgence, pour lutter contre le réchauffement climatique et la préservation de notre environnement;».
Seule une régulation à l’échelle mondiale permettrait d’éliminer les paradis fiscaux. Plus modestement peut-on penser qu’Emmanuel Macron comprenne qu’il doit vraiment lutter contre la fraude fiscale;?
[1] Le Monde, 10 mai, p.7.
[2] Le Monde 11 mai, p.9. Dans le livre de Van Ruymbeke, p.191 il est question du G 20 et de l’OCDE qui ont tenté de remédier aux paradis fiscaux.
[3] Livre paru en novembre 2022 aux éd. « Les liens qui libèrent;»
[1] Voir entretien avec Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l’enseignement scolaire, co-auteur du rapport Obin de 2004, in Le1, n°320 du 28 oct. 2020.
[2] Le Monde, 1er et 2 nov.2020.
[3] Eva Janadin, Imame, Déléguée générale de l’association L’Islam au XXIème siècle, imame de la mosquée Simorgh, à Paris, cofondatrice des associations Voix d’un islam éclairé et Association pour la renaissance de l’islam mutazilite. Voir Le 1 n°320 « Face à l’islamisme ».
[4] Le Monde, mardi 3 nov. 2020 p.25.
[5] Le 1, n°320.
[6] Le Monde 15/16 novembre 2020.
[0] Le Monde du 29 avril 2020..
[[1] Vincent Lindon a proposé à Mediapart sa déclaration le 6 mai 2020
[2] Le Monde 14 mai 2020
[3] Lundi 4 mai sur France Inter.
[4] Rapport Oxfam Inégalités 2020.
[5] Un article de l’eccap rendra compte prochainement du livre récemment paru de G.Zucman et E.Saez « Le triomphe de l’injustice ».
[6] Voir Propositions pour un retour sur terre, signé par Dominique Bourg et alii.
[7] Retraites: BlackRock souffle ses conseils pour la capitalisation à l’oreille du pouvoir. 9 DÉCEMBRE 2019 PAR MARTINE ORANGE.
[8] Voir le film de Michael Moore et Jeff Gibbs La Planète des Humains dont voici le lien:https://www.youtube.com/watch?v=Zk11vI-7czE
[9] https://www.terrestres.org/2020/04/27/ne-laissons-pas-sinstaller-le-monde-sans-contact/
[10] Dans Marianne du 5 mai 2020 : « depuis le début de l’année, nonobstant la crise du coronavirus, les cinq titres sont en hausse de 10%, alors que les 495 autres valeurs du S&P 500 baissent de 13% en moyenne ».
[11] La première loi anti-trust aux Etats-Unis date de 1890.
[1] Peter Frankopan. Les nouvelles routes de la soie. 2018.
C’est avec ce titre « Le rêve européen;» que Jeremy Rifkin, auteur à succès américain a fait paraître en 2004 son livre [1]. Le ressortir 20 ans après grâce à une voisine qui se débarrasse d’une partie de sa bibliothèque ne manque pas de sel ! Est-il prémonitoire ou est-ce un rêve? Toujours est-il que le numéro de printemps 2024 de la revue trimestrielle Zadig a pour titre « Rêver l’Europe».
En complément de son titre « le rêve européen;» en page de garde, J.Rifkin précisait : « comment l’Europe se substitue peu à peu à l’Amérique dans notre imaginaire». Et dans Zadig qui a pour titre du n° de printemps 2024 « Rêver l’Europe;» l’ukrainien A.Kourkov déclare : « Vous savez, sous l’URSS, nous croyions tous dans l’American Dream. Mais après la chute du mur, les Ukrainiens l’ont remplacé par l’European Dream». Et à titre d’exemple, selon la presse, aujourd’hui 80% des géorgiens choisissent l’Europe et s’opposent à leur gouvernement tenté d’imiter la Russie de Poutine.
J.Rifkin est américain et s’il avait eu à choisir il y a 20 ans, il aurait choisi à nouveau d’être américain. Il n’empêche qu’il considère que l’Europe telle qu’elle était il y a 20 ans, lui semblait présenter pour l’avenir du monde des qualités susceptibles d’être un modèle pour le monde supérieur à l’esprit américain. Il cite Romano Prodi alors Président de la Commission Européenne qui déclarait : « Nous (les européens) apportons au monde l’exemple réussi d’une méthode pour la paix».
Ce « rêve européen» peut paraître dérisoire quand on voit le « sud profond» qui s’écarte de l’occident, quand on voit les difficultés de la France en Afrique de l’ouest. Déclin de l’Occident selon Poutine? Ou au contraire l’avenir est-il porté par les géorgiens et tous ceux qui ont fui la Russie de Poutine?
Mais Abderrahmane Sissako nous dit : « Nous, africains, nous avons le sentiment que l’Europe a toujours un regard condescendant, qu’elle ne juge pas à égalité les autres culture »[2]. Et dans ce même numéro remarquable de la revue trimestrielle Zadig du printemps 2024, Hartmut Rosa, penseur allemand, nous met en garde. Il écrit : « l’Europe doit se mettre à l’écoute du monde » plutôt que dominer, il lui faut résonner. A travers les concepts de démocratie et de droits de l’homme et du citoyen, elle a en même temps fait une puissante promesse : que les citoyens et citoyennes puissent entrer ensemble dans une relation de résonnance, une relation dans laquelle leurs différentes voix pourront trouver une écoute…»[3]
[1] Jeremy Rifkin. Le rêve européen. Librairie Arthème Fayard pour la traduction française. 2005.
[2] Numéro « hors-série» de la revue trimestrielle Zadig, printemps 2024 en collaboration avec Arte, intitulé « Rêver l’Europe» p.82
[3] Dans ce même numéro p.191.
[1] Le Monde 4 janvier 2020.
[2] Julien Lenormandie, ministre chargé de la ville et du logement, malgré toute sa bonne volonté , a du mal à convaincre que le gouvernement a pris au sérieux les recommandations du rapport Borloo. Voire son débat avec Mohamed Mechmache « Quartiers populaires : une politique invisible.
[3] Un complément au rapport a été rédigé par madame Sylvie Charrière, députée LREM de Seine St Denis.

[1] Emmanuel Saez, Gabriel Zucman. Le triomphe de l’injustice. Ed. du Seuil. Traduit des E.U. Ed du Seuil. 2020, p.227.
[2] Dans la rubrique Finance de l’eccap.fr Régulation financière et pantouflage Extrait d’une conférence de Gaël Giraud.
[3] Voir dans l’eccap « La démocratie et l’argent » selon Julia Cagé, octobre 2018.
[4] Le triomphe de l’injustice p.82.
[1] Sauf que cette fois il pourrait bien perdre compte tenu des mécontentements dus aux inégalités sociales que sa politique a aggravées.
[2] F.Héran souligne du reste que ce ne sont pas les plus pauvres qui cherchent à immigrer, mais ceux qui le peuvent.
[3] Voir l’éditorial du Monde du 9 novembre 2019.
[1]Voici ce que nous dit un ami Eric Prédine. En Dordogne le mouvement des gilets jaunes a été celui des petites gens. Les ronds-points étaient des lieux d'abord de rencontres, puis d'échanges et de conscientisation politique. Le phénomène de médiatisation des violences urbaines a estompé nettement cette mobilisation. En effet le gros des troupes de gilets jaunes, avec beaucoup de femmes, ne s'identifie pas du tout à la notion d'émeutier. Aujourd'hui encore, le moindre drapeau jaune à un carrefour provoque des manifestations de soutien.
J'ai fréquenté deux fois un tel rassemblement. J'ai été témoin de conversations étonnantes qui ont brisé beaucoup de mes préjugés sur le glissement populaire vers le rassemblement national. En fin de compte les préoccupations sociales se mêlent étroitement avec celles écologiques. J'en conclue que la radicalité fascisante n'est pas inéluctable (bien que profondément inquiétante même dans nos villages périgourdins). Elle est, j'en suis convaincue, le résultat de plusieurs décennies de politique c'est comme cela, on ne peut rien changer, soyez raisonnable et faite confiance à l'élite libérale.
Chaque éclairage qui démontre qu'un changement de politique est possible sans passer par la violence donne un véritable espoir
[1] Oxfam France. Manifeste fiscal, juste, vert et féministe : quelle réforme pour un modèle fiscal moins inégalitaire ?
[2] Le Conseil d’analyse économique est un lieu de réflexion pluraliste qui conseille le premier ministre.
[3] Alain Supiot, juriste, professeur émérite au Collège de France, dans Le Monde du 31 janvier 2022.
Il y a des questions importantes que l’on hésite à aborder si l’on n’est pas un spécialiste. C’est pour moi le cas de l’Intelligence artificielle (IA): faute d’avoir trouvé un spécialiste pour en parler, nous nous contentons donc de faire état de la question à partir d’une documentation limitée. Seule certitude : le sujet est important pour notre avenir et nous voulons commencer à l’évoquer pour nos lecteurs.
Rien d’étonnant à ce que le journal Le Monde ait consacré une double page à l’affaire Sam Altman [1], inventeur de Chat GPT dans son entreprise Open AI. Directeur général, licencié par le Conseil d’administration de son entreprise, il a connu un retour triomphal quelques jours plus tard, soutenu par 700 employés sur 770. Comme E. Musk, Sam Altman croit dans le potentiel immense de l’Intelligence artificielle. E. Musk déclarait déjà en 2014 que l’IA est « potentiellement plus dangereuse que les bombes nucléaires ». Ne serait-ce que les conséquences sur les suppressions d’emploi que pourrait entraîner une généralisation de l’IA. Et pour souligner l’importance de l’inventeur de Chat GPT le journaliste du Monde écrit : « En mai…il fait une tournée digne d’un chef d’État, passant par Washington, Toronto, Rio, Lagos, Séoul, Varsovie, Londres, ou Paris, où il est reçu par Emmanuel Macron ».
Selon l’article du Monde le licenciement tout provisoire de Sam Altman était justifié parce qu’il « cherchait à avancer et à lancer des produits à un rythme trop rapide, dans un but jugé trop commercial et contraire à la politique de sûreté d’Open AI;» qui construit une IA qui bénéficie à toute l’humanité. Son retour est interprété de la manière suivante dans un autre article du Monde :
« Open AI a clairement tranché entre éthique et profit en faveur de ce dernier. Ce dénouement montre que les bonnes intentions ne seront pas suffisantes pour préserver l’IA générative d’une logique économique classique»[2].
Avant d’écrire cet article j’ai demandé à quelques amis ce qu’ils pensaient de l’IA. L’un d’eux m’a répondu :
« J'avoue avoir été assez convaincu par les explications du PDG de Microsoft sur internet, qui disait à peu près la chose suivante : oui, il y a des risques, oui il faut de la régulation, mais la situation n'est pas fondamentalement différente de celle que l'on a connu après l'invention de l'électricité. On s'est aperçu qu'on risquait des incendies et autres accidents graves si l'on ne mettait pas partout des disjoncteurs et des interrupteurs. Pour l'IA, c'est pareil, nous ne serons pas assez fous pour créer des systèmes susceptibles de prendre des décisions à notre place sans dispositifs de sécurité permettant de les débrancher à tout moment. Mais il faudra bien-sûr que les autorités publiques s'en mêlent. J'avoue que cela m'a paru assez cohérent et sensé. Les promesses étant immenses, notamment en matière de santé (diagnostic médical), on ne bloquera pas la recherche, mais je crois que tous les gens un peu responsables sont conscients du fait qu'il faudra des garde-fous;».
Mais un autre ami qui ne partageait pas ce point de vue considérait que l’IA était beaucoup plus inquiétante que l’invention de l’électricité :
« Les potentialités de l'IA sont immenses et étonnantes. Certains de ses effets peuvent être dévastateurs en matière d’emplois (cf. les grèves des comédiens et des scénaristes à Hollywood), de désinformation et de manipulation de l'information, de l'évolution du cerveau humain (on le voit déjà sur les impacts de certains algorithmes sur les capacités d'attention des individus) etc. Il est temps de mettre en place un système de régulation au niveau des États comme a commencé à le faire l'Europe avec l'IA Act. Une structure du type GIEC, serait aussi une bonne idée pour confronter les points de vue des experts et pour exposer les enjeux de leurs débats en impliquant des cogniticiens, des neuroscientifiques, des politologues, des sociologues, des psychologues;».
Dès avril 2021, la Commission européenne a proposé que des systèmes d'IA qui peuvent être utilisés dans différentes applications soient analysés et classés en fonction du risque qu'ils présentent pour les utilisateurs, ce qui impliquera plus ou moins de réglementation. Une fois approuvées, ces règles seront les premières au monde sur l'IA. Les pourparlers vont maintenant commencer avec les pays de l'UE au sein du Conseil sur la forme finale de la loi.
Selon une information de Mediapart du 1er décembre, la position de la France serait la suivante après le départ de Cédric O du gouvernement et sa nouvelle embauche par Mistral AI, fleuron de l'intelligence générative :
« Comme Secrétaire d’État chargé du numérique, Cédric O défendait la régulation de l’intelligence artificielle. Il conseille à présent l’inverse à Élisabeth Borne, en tant que lobbyiste du secteur, au nom de la principale start-up française».
Avec l’Intelligence artificielle nous avons donc un sujet important et la façon dont notre société va l’aborder conditionne en partie notre avenir.
L’Europe démocratique est menacée de l’intérieur par la montée dans divers pays des mouvements d’extrême droite, et spécialement en France par la montée du Rassemblement national. Elle est aussi menacée de l’extérieur par le régime de Poutine qui ne lésine pas avec ses campagnes de désinformation, ou par Tik Tok, instrument de la politique chinoise[1].
En définitive nous sommes confrontés à un immense défi entre des régimes dictatoriaux comme la Russie actuelle et la Chine de Xi JinPing et les pays démocratiques considérés par Poutine comme décadents. Alors quel avenir, les régimes dictatoriaux ou les démocraties ? N’est-ce pas le régime de Poutine qui est décadent ?
Au cours de la dernière décennie, l’extrême droite a progressé dans l’ensemble des pays européens. Et les sondages annoncent une large avance de Bardella tête de liste du R.N. sur les autres listes. Si le parti de Marine Le Pen, instruit par l’expérience de la Grande Bretagne, n’envisage plus de sortir de l’Europe, il est à craindre que les partis d’extrême droite « ne cherchent plus à quitter l’Union européenne mais à la transformer de l’intérieur ». Ces partis « ont tendance à coopérer sur les sujets d’identité, d’immigration et d’islam, sur lesquels ils sont d’accord »[2]. Et si l’extrême droite progresse au Parlement à la suite des élections du 9 juin, elle influencera la prochaine Commission européenne et le Conseil européen qui réunit les chefs de gouvernement des Etats membres.
En lien avec la question d’identité, qu’entend-on par souveraineté ? Les partis d’extrême droite font grand cas de la souveraineté nationale. Céline Spector, spécialiste notamment de Montesquieu et de Rousseau, interroge la notion de souveraineté nationale à la lumière de l’Union européenne[3]. Elle considère que la souveraineté nationale est une illusion, compte tenu notamment de l’inscription de chaque nation dans un tissu de nombreuses contraintes et de la mondialisation des économies, compte tenu aussi des GAFAM qui rivalisent avec la puissance des États. Pour Céline Spector l’Europe serait le bon niveau à condition qu’elle apprenne le langage du pouvoir, qu’elle devienne une puissance « vouée à entrer dans le champ des rivalités avec la Russie, la Turquie, l’Iran, la Chine, voire les États-Unis ». Et Céline Spector, avec d’autres, décrit l’évolution souhaitable des institutions européennes pour que l’Europe n’apparaisse pas comme un pouvoir lointain et bureaucratique qui favorise l’abstention aux élections. Cela passe par un renforcement de la place du Parlement européen chargé « d’animer un espace public européen : il n’est pas de démocratie sans lieux de formation des opinions politiques, sans arène médiatisée d’échanges rationnels ». « Peut-on clarifier l’identité de ce que le député européen représente : sa circonscription, son parti, son pays, le demos européen tout entier » . Il s’agit de « personnaliser » le Parlement européen pour en faire le véritable gardien des intérêts du peuple »… « Aussi faut-il accroître le budget du Parlement, conférer à l’Union des ressources propres et lui donner le droit de lever un impôt progressif ». « D’un point de vue institutionnel, il faut…contrer le démantèlement de l’État social et amorcer « une révolution fiscale » à l’échelle européenne destinée à financer la transition écologique ».
Les analyses du dossier «Le projet européen à l’épreuve;» du dernier numéro de la Revue Esprit convergent avec le numéro de la revue « L’économie politique;» de février 2024 qui a pour titre « Quelle Europe face au désordre mondial;?». L’éditorial s’intitule « Donnons à l’Europe les moyens d’agir» et différents chapitres analysent ce qui permettrait à l’Europe de progresser avec cette inquiétude : « L’Europe politique risque de s’affaiblir davantage au moment où nous avons le plus besoin d’elle».
[1] Voir Le Monde du 28 avril 2024, p.28
[2] Article de Hans Kundnani in Esprit, avril 2024, p.75.
[3] Voir son interview sur son livre;« No Demos;» dans le cadre des conférences de la librairie Mollat qui peut être écoutée en podcast. Céline Spector a écrit avec la directrice de la Revue Esprit l’éditorial du numéro d’Esprit d’avril 2024 et a écrit également un article dans ce numéro. Dans son livre elle s’interroge sur la notion de souveraineté à la lumière de l’Union européenne.
La fiscalité est un moyen tout à la fois d’orienter la production et la consommation, et de lutter contre les inégalités. La lutte contre les évasions fiscales doit être renforcée et constitue une ressource indispensable pour réduire les déficits publics en France et dans les pays développés. Dans les pays du Sud elle dégagera des ressources pour l’amélioration du bien-être. Les mesures fiscales et budgétaires des premiers mois de la présidence Macron vont à l’encontre d’une politique de lutte contre les inégalités.
C’est bien ce que fait N.Hulot, ministre de la transition énergétique et de la solidarité en 2017 lorsque par exemple il veut augmenter le malus des gros 4x4 les plus polluants. C’est le moyen préconisé par Philippe Madinier (1) , ancien rapporteur général du Centre d’étude des revenus et des coûts (CERC) quand il plaide pour une discrimination positive en faveur des services. C’est ainsi que la réparation des logements dispose d’un taux réduit de TVA, qui stimule l’emploi dans ce secteur. En accordant un taux de TVA plus faible à « l’ensemble des activités de réparation, on contribuerait efficacement à l’allongement, si souhaitable, de la durée de vie des biens ». Cela impliquerait une hausse compensatrice sur les biens. « Pourvu que cette divergence soit progressive et programmée, elle serait éminemment favorable à la fois au rétablissement du plein emploi et au freinage de la consommation d’énergie et de ressources naturelles don on reconnait de mieux en mieux la nécessité ». Mais Philippe Madinier s’empresse d’ajouter « Cependant une activité de service particulière devrait être exemptée de ces faveurs fiscales : la publicité. Son développement démesuré n’est pas pour rien dans la frénésie de consommation…Elle pousse les consommateurs à remplacer prématurément les biens « durables » et « semi-durables ». Bref elle s’oppose à la sobriété qu’appellent impérieusement des menaces écologiques grandissantes. Il faudrait faire taire la publicité, en tous cas l’obliger à baisser le ton. Objectif ambitieux ? Utopique ? Peut-être. Il suppose d’affronter un lobby puissant, celui qui a mis sous sa dépendance la quasi-totalité des moyens d’information ».
En septembre 2017, l’observatoire des inégalités en France (WWW.inegalites.fr) constate : « Depuis une vingtaine d’années, les inégalités de revenus augmentent. Les plus aisés s’enrichissent alors que le niveau de vie des plus pauvres stagne ». Comme l’écrit Jean Gadrey, il s’agit d’en finir avec des inégalités indécentes qui minent la société. Ce qui devrait amener à agir à la fois sur les minima sociaux et à réduire les inégalités de revenus et de patrimoine. « Plus personne ne devrait vivre avec les minima sociaux actuels, qui ont décroché de 25% par rapport au Smic horaire depuis 1990. Il faut réévaluer ces minima, ou les remplacer par un revenu de base nettement supérieur au montant actuel du revenu de solidarité active (RSA) par exemple 600 ou 700 euros mensuels pour une personne seule » (2). Les écarts de rémunération entre salariés ont atteint à l’heure actuelle des proportions inadmissibles, avec des rémunérations parfois extravagantes. Le salaire de Carlos Ghosn président de l’alliance Renault-Nissan sera en 2017 de 7 millions d’euros pour Renault et à peu près autant de Nissan.
En attendant un changement de la réglementation, Alain Caillé et les convivialistes souhaitent « jouer sur le ressort moral, et encourager vivement grands patrons ou vedettes du sport ou du show-biz à renoncer d’eux-mêmes à des rémunérations extravagantes, comme certains le font déjà ». Ils souhaitent que les autorités religieuses, spirituelles, morales, humanistes et scientifiques mondiales s’accordent pour déclarer que toute personne qui prétend mériter cent fois par exemple le salaire ou revenu de base dans son pays « s’exclut des normes de la commune humanité…et mérite opprobre à ce titre ». Thomas Piketty interviewé en janvier 2015, auquel on faisait remarquer qu’il fallait bien rémunérer les talents et la réussite, répondait : « Je n’ai pas de problème avec l’inégalité…tant qu’elle reste dans des limites raisonnables … J’ai effectué des recherches avec des données d’entreprises. Quand vous payez un dirigeant 10 millions d’euros par an au lieu d’un million ou de 500.000 euros, obtenez-vous davantage de performances, de créations d’emplois ? Je n’ai pas pu le prouver. Il faut rémunérer les dirigeants correctement, mais vous n’avez pas besoin de les payer 50, 100 ou 200 fois le salaire moyen ».
La loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014 prévoit que des entreprises capitalistes peuvent demander un agrément Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale) pour bénéficier d’aides et de financement spécifique. Cet agrément ne leur sera donné que si l’une ou l’autre des deux conditions suivantes est satisfaite (voir décret du 25 juin 2014 article 2) : - La somme moyenne versée, y compris les primes, aux cinq salariés ou dirigeants les mieux payés n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 7 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé - La somme moyenne versée, y compris les primes, au salarié ou dirigeant le mieux payé n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 10 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé. Mais les associations, fondations, coopératives et mutuelles ne sont pas concernées par cet agrément puisqu'elles sont de droit dans l'ESS, de par leur statut, Ce qui veut dire qu'il s'écoulera encore du temps avant que les mutuelles, les banques coopératives et les coopératives agricoles appliquent ce genre de règle…
En définitive, pour réduire les inégalités, une majoration du taux de l’impôt sur les revenus élevés est indispensable, tout en sachant que la progressivité de l’impôt sur les revenus est en partie illusoire compte tenu des nombreuses niches fiscales. En ce qui concerne les inégalités de patrimoine, il est surtout question en 2017 dans les débats publics de l’impôt sur la fortune (ISF), alors qu’il faut élargir le débat. En effet l’ISF ne rapporte que 5 milliards à l’Etat alors que la taxe foncière rapporte 25 milliards. Le patrimoine total peut être estimé à 10 000 milliards, net de dettes. La moitié de la population française la plus pauvre en possède 5% et les 10% les plus riches en possèdent 60%. Quant au 1% de la population la plus riche elle en possède 25%. (T.Piketty Le Monde 12 et 13 juin 2016 ). Les 10.000 milliards de patrimoine se composent ainsi : 5.000 milliards revenant à l’immobilier … 4.500 sont des actifs financiers et 500 sont des actifs liés à l’activité professionnelle des indépendants. L’impôt sur l’ISF (5 milliards) et les taxes foncières (25 milliards) représentent respectivement 0,05% et 0,25% du patrimoine total, aussi ces deux impôts ne peuvent avoir qu’un effet très faible sur la répartition des patrimoines.
Pour Philippe Madinier, c’est surtout l’impôt sur les successions qui peut avoir « un effet d’égalisation notable, tout en étant économiquement supportable…pourvu évidemment qu’il comporte des taux bien différents de ceux qui sont actuellement en vigueur en France ». A condition de prévoir un abattement à la base assez substantiel et à condition de ne pas imposer fortement les biens qui sont à usage personnel comme le logement ou qui sont à usage professionnel personnel comme une exploitation agricole ou une entreprise artisanale, les taux d’imposition pourraient croître « progressivement jusqu’à atteindre 100% sur la tranche la plus élevée ». Michel Sapin ancien ministre des finances en déclarant « Ce n’est pas parce qu’on prend des « risques » qu’on devient riche mais d’abord et avant tout parce qu’on a hérité » (Libération 18 oct. 2017) justifie l’idée qu’il est juste de taxer les successions.
La preuve qu’un impôt fortement progressif est possible, c’est que les E.U. l’ont fait à une certaine époque. Voici ce que rappelait T.Piketty dans Le Monde du 10 06 2017 : « Afin de contrer la montée des inégalités et la concentration excessive des fortunes (alors perçue comme contraire à l’esprit démocratique américain)…les Etats-Unis mettent en place dans les années 1910 et 1920 un niveau de progressivité fiscale inconnu dans l’histoire. Ce grand mouvement de compression des inégalités implique à la fois l’impôt sur le revenu (le taux appliqué aux revenus les plus élevés fut en moyenne de 82 % entre 1930 et 1980) et sur les successions (avec des taux atteignant 70 % sur les transmissions de patrimoines les plus importants).
Grâce à l’OCDE, des progrès dans la lutte contre l’évasion fiscale ont été faits au niveau mondial après la crise financière de 2008. Beaucoup reste à faire. Pour la France, « Une lutte efficace contre l’évasion fiscale illégale dans les paradis fiscaux permettrait de récupérer… une partie des trente à cinquante milliards qu’elle représente » (2). Pour les pays du Sud, On estime que l’évasion fiscale des entreprises multinationales représente un manque à gagner de 125 milliards d’euros (voir les études du CCFD-Terre solidaire sur les paradis fiscaux). Le directeur du Monde Jerôme Fenoglio écrivait le 7 novembre 2017 à propos des révélations des Paradise Papers : En France l'histoire récente a montré...que l'on pouvait supprimer un impôt sur la fortune en arguant du risque d'exode du capital, sans suffisamment s'attaquer aux paradis fiscaux qui nourrissent la tentation d'évasion. C'est à toutes ces formes de complaisance qu'il faudra renoncer si l'on veut mettre fin à ces pratiques qui conduisent nos démocraties à leur perte.
Guillaume Duval écrivait dans son éditorial d’Alternatives économiques d’octobre 2017, après quelques mois de la présidence d’E.Macron : « Du côté de la fiscalité, il a choisi de rendre en priorité 7 milliards d’euros aux plus riches en vidant l’ISF de sa substance et en baissant fortement l’impôt sur les revenus du capital. Rejoignant ainsi la théorie des adeptes de la théorie du ruissellement : si on laisse les riches devenir plus riches, ça finira bien par profiter aux pauvres...Une politique dont on a vu, en particulier aux Etats-Unis, qu’elle aggravait surtout les inégalités, minant la cohésion sociale et donc l’efficacité économique ». Au cours de son interview à TFI le 15 octobre 2017, E.Macron tout en affirmant qu’il ne partageait pas la théorie du ruissellement (3) a confirmé qu’il pensait que les riches allaient utiliser les milliards qu’ils allaient encaisser pour investir dans l’économie, ce qui serait favorable à la croissance, à l’emploi et en définitive à tous. Il a même osé affirmer « La condition pour ne plus être dans l’ISF, c’est d’investir dans l’économie française », ce qui est faux dans la mesure où aucune condition n’a été mise pour bénéficier des milliards de cadeaux. Un autre argument avancé pour justifier les nouveaux cadeaux aux riches est d’affirmer que l’ISF a fait fuir des Français riches à l’étranger. Ce qui a fait dire à Michel Sapin, ministre des finances de François Hollande : « On connaît ce refrain. Certains contribuables partent, d’autres reviennent. Les derniers chiffres connus montrent un équilibre entre les deux mouvements ». (Libération du 18 oct. 2017).
Michel Sapin avec 120 députés et sénateurs a demandé de rendre publics l’impact des mesures fiscales et budgétaires sur les contribuables les plus aisés, notamment les 0,1% et les 1% des Français qui concentrent le patrimoine français le plus important, ou sur les 100 français les plus riches. Ce ne serait pas enfreindre le secret fiscal puisque cette demande ne concerne pas les données individuelles. Faute de réponse précise de la part du gouvernement, Vincent Eblé, président de la commission des finances du Sénat (Parti socialiste) estime que le gain cumulé de l'instauration d'un prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30% sur les revenus du capital et de la transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) peut être estimé à environ 1,5 millions d'euros par an pour les cent premiers contribuables.
[1] Philippe Madinier. Une économie de services sans servilité. Préface de Jean Gadrey. L’Harmattan 2013.
[2]Alain Caillé/Les convivialistes. Eléments d’une politique convivialiste. Ed. Le bord de l’eau 2016.
[3]Voir Gaël Giraud in La Croix du 1er août 2017 : « Le mythe du ruissellement économique » et Zygmunt Bauman. Les riches font-ils le bonheur de tous ? Ed.Armand Colin 2013, notamment pp 61 et ss. .
C’est le titre d’un des chapitres du livre ( R ) Evolutions – Pour une politique en actes- de la collection Domaine du possible chez Actes Sud. Dans ce chapitre, Thierry Janssen fait part de son expérience et plaide pour une médecine intégrative.
On peut écouter par internet différentes conférences dans lesquelles il explique son itinéraire. Après avoir pratiqué la chirurgie en urologie, gynécologie, pendant une douzaine d’années à Bruxelles et à Paris, et alors qu’il allait accéder aux responsabilités qu’il briguait dans le système hospitalier, il a éprouvé la nécessité de changer de voie, conscient qu’il était des limites du formatage de la médecine conventionnelle qu’il avait reçu au cours de ses études. Il a alors suivi pendant quatre ans aux E.U. des cours à la Barbara Brennan School for Healing fondée par une physicienne. Ces cours « ne se résumaient ni à la transmission d’une théorie, ni à une formation intellectuelle. Ils étaient avant tout expérientiels ». L’encadrement était assuré par « des professeurs aux méthodes très variées : des psychothérapeutes…des approches psycho-corporelles…des art-thérapeutes, des professeurs de qigong et de yoga ainsi que des chamans et toutes sortes de guérisseurs traditionnels ».
Thierry Janssen nous dit qu’il a été déstabilisé par cette approche. « Mais la réputation mondiale de cette école et la reconnaissance officielle du diplôme qui sanctionnait ce cursus ont contribué à me rassurer ». Il a été frustré de ne pas pouvoir relier sa culture médicale analytique, scientifique et les approches non conventionnelles. Par exemple il ne pouvait pas faire lien entre le vocabulaire très précis de la médecine chinoise et son propre langage scientifique. Il a souhaité alors « faciliter un rapprochement entre les médecines non conventionnelles et la médecine allopathique, en créant des ponts et un vocabulaire commun afin de jeter les bases d’une « médecine intégrative » ». La médecine conventionnelle, très analytique avec une hyperspécialisation se développe souvent au détriment d’une vue d’ensemble. Elle gagnerait à s’enrichir « des intuitions plus holistiques des médecines non conventionnelles ».
Quant aux médecines complémentaires et alternatives elles sont aussi « le plus souvent fermées sur elles-mêmes ». Des études ont montré que les trois quarts des patients qui recourent à des médecines alternatives n’osent pas à en parler à leur médecin généraliste. « Cela pose un problème grave : en l’absence de concertation, les stratégies des différents thérapeutes peuvent s’avérer incompatibles, voir opposées, alors même qu’elles pourraient s’enrichir mutuellement et créer une synergie ». Médecine conventionnelle et approches thérapeutiques non conventionnelles « sont avant tout complémentaires : chacune possède ce qui manque à l’autre dans bien des domaines ».
Thierry Janssen donne l’exemple d’un malade du cancer pour lequel le recours à la médecine intégrative est bénéfique. « Outre la combinaison habituelle de la chirurgie, de la chimiothérapie et de la radiothérapie, la médecine intégrative veut aussi aider le patient grâce à un accompagnement global incluant entre autre la diététique, l’exercice physique, la relaxation, le massage, l’acupuncture, la méditation ainsi qu’un suivi psychologique. Ce dernier considéré comme accessoire par certains est en fait crucial pour la réussite d’un traitement ». L’organisation d’un hôpital où chaque service est consacré à un organe sans lieu de rencontre ne favorise pas le plus souvent la prise en compte des relations entre différents symptômes, entre diverses parties du corps. Thierry Janssen pense que les patients, les élus, comme les professionnels de la santé peuvent favoriser la création de centre de médecine intégrée où l’on peut rencontrer des praticiens de culture thérapeutique différentes. « Plus de quatre-vingts facultés de médecine ont déjà créé ce genre de centres aux Etats-Unis ». Il parle également du centre de santé Marylebone à Londres auquel collabore Leon Chaitow, l’un des pionniers de la médecine intégrative.
Le livre (R)évolutions renvoie également au Centre de santé de Colombier en Suisse près de Neuchâtel fondé par le docteur Nathalie Calame. Si l’on cherche à s’informer sur elle, on trouve une interview de juillet/août 2014. Elle y raconte comment elle craignait de se faire mettre des œillères et de se conformer à un point de vue unique : « J’ai donc déjà pendant mes études de médecine à Lausanne, suivi des cours de massage, d’acupuncture, de naturopathie, d’homéopathie et fait personnellement l’expérience de plusieurs méthodes thérapeutiques. J’ai également collaboré avec un collectif de thérapeutes bénévoles au suivi d’un lieu de vie pour enfants autistes, je me suis donc intéressé aussi aux courants psychanalytiques et à l’antipsychiatrie dans les années 70. Puis j’ai eu la chance d’aller rencontrer des médecins traditionnels au Japon, en Inde, en Chine, avant l’âge de trente ans et d’être enseignée par eux ».
Le centre de santé et prévention qu’elle a créé fonctionne sur trois axes : Informations et formation (au public et aux professionnels de santé), documentation, et consultations médicales thérapeutiques « Nous avons fonctionné depuis le début sur ces trois axes, et partagé nos savoirs et compétences au service de nos usagers, en partageant également les dossiers des patients, avec leur accord bien sûr. Ce qui permet d’intégrer ce que les autres thérapeutes ont proposé ou travaillé, et de créer une synergie au bénéfice des principaux intéressés, les usagers eux-mêmes ». L’interview du docteur Nathalie Calame se terminait sur une question : quelle est la recette du succès du centre de Santé et de Prévention de Colombier, quels conseils pour créer un CSP en France ? Voilà la réponse du Dr Nathalie Calame : « Le CSP est comme un petit village helvète résistant ! Nous sommes conscients de notre originalité mais aussi de notre petite taille…Nous n’avons aucune aide officielle, et cela nécessite beaucoup de bénévolat et de volonté pour poursuivre notre mission. Le système de santé suisse est sans aucune doute plus permissif et ouvert aux médecines complémentaires que le système français, mais nous savions que nous ne devons compter que sur nos propres forces. La recette du succès du CSP : la force de volonté de quelques personnes, et le fait que cela réponde à un réel besoin de la population, en particulier de la population désireuse de prendre sa santé en mains ! Je ne peux pas donner une recette pour la France, si ce n’est de constituer une équipe solide pour démarrer et de faire attention d’avoir un but commun plus important que les égos individuels ! ».
T.Janssen, à la fin du chapitre de (R)évolutions, souligne que la logique participative qui préside au fonctionnement du CSP de Colombier « déteint naturellement sur le patient qui se sent actif et responsabilisé dans son processus de guérison ». Le centre met à la disposition des usagers toute une documentation et propose des conférences portant sur l’éducation à la santé. Mais la création de centres du type de celui créé par N.Calamme n’est pas le seul moyen de rapprochement entre médecines conventionnelle et médecines alternatives et complémentaires. Il suffit de rechercher sur un moteur de recherche « Hôpitaux et médecine alternative » pour constater que « Acupuncture, auriculothérapie, homéopathie, hypnose, sophrologie pour ne citer que les plus pratiquées, les médecines alternatives et complémentaires, les MAC, font doucement mais sûrement leur entrée à l’hôpital».
[1]Bien d’autres livres concernant la notion de « commun » seraient cependant à citer. Par exemple : P. M., Voisinages et Communs, éd. L’éclat, 2016 de même : Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, sous la direction de Benjamin Coriat, éd. Les liens qui libèrent, 2015.
[2]Michael J. Sandel. Ce que l’argent ne saurait acheter, Préface de Jean-Pierre Dupuy. Ed. du Seuil. Point, 2014.
[3]Voir l’article Régulation financière et pantouflage.
[4]Gaël Giraud, Illusion financière, Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire. Ed. de l’Atelier, sept. 2012, p. 107.
[5]Ligue des droits de l’Homme, n°176, décembre 2016.
[6]Karl Polanyi, dans son livre, La grande transformation (traduit en français en 1983, éd. Gallimard, préfacé par Louis Dumont), montrait comment la prétention du libéralisme économique à faire comme si le travail, la terre et la monnaie étaient des marchandises, avaient eu cette terrible conséquence : « la société était devenue sur toute la ligne un appendice du march;» page 111.
[7]Analyse critique réalisée par Fabrice Flipo : Du communisme aux communs, Revue du MAUSS permanente, 21 juin 2014 [en ligne]. http://www.journaldumauss.net/?Du-communisme-aux-communs
Dans deux articles précédents de l’ECCAP (Non au défaitisme et Tisser des liens) Pierre-Alain Cardona a exposé les conditions à remplir pour aboutir à une démocratie continue et renouvelée: des liens au plan local entre les nombreuses initiatives actives et favorables à un changement de cap. Mais encore faut-il que les partis politiques prennent le relais pour contribuer à modifier les règlements, les lois et les institutions. Or aujourd’hui, comme l’écrit Agathe Cagé;dans un article d’AOC :
« Les partis de gauche, quant à eux, paraissent avant tout focalisés… sur la promotion de leurs dissensions et de leurs désaccords. Ils font passer au deuxième plan l’opposition aux politiques portées par le gouvernement, et au troisième plan la mise en chantier de l’élaboration d’un projet solide et ambitieux à soumettre aux électrices et aux électeurs. »
Alors que François Dubet dans un autre article d’AOC souligne : « il est plus que temps pour la gauche, et sur toutes les grandes questions politiques, de s’opposer en proposant;», car on a bien du mal à savoir ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir.
Auparavant cette gauche était portée par un courant de pensée favorable aux progrès social, scientifique et technique, mais François Dubet écrit : « Les dégâts du progrès paraissent l’avoir emporté sur ses bénéfices et les lendemains qui chantent se sont plus encore éloignés. La destruction de la planète et la mondialisation donnent le sentiment de vivre dans un monde dangereux;».
Jusqu’à présent l’orientation de l’Europe a été favorable à la mondialisation; son obsession en faveur de la concurrence, de l’ouverture des marchés, de la limitation des déficits publics a entraîné une « hécatombe;» industrielle[1] et contribué, lors des élections, à une augmentation des abstentions et au vote en faveur de Marine Le Pen.
Parmi tous les sujets qu’il faudrait aborder pour un véritable changement de cap, la question du travail devrait avoir une place centrale. Concernant les accidents du travail en 2019, il y en a eu 783.600 dont 780 ont été mortels, ce qui donne un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100.000 salariés, soit le double de la moyenne européenne. En rapportant le nombre de décès au nombre de travailleurs, nous obtenons un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100 000 salariés. En comparant aux résultats des autres pays européens, nous dépassons le double de la moyenne européenne (1,7). Cela fait de la France, le pays européen ayant le plus fort ratio de décès du travail d'Europe. La suppression du CHSCT (Comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail) en 2020 sous prétexte de simplification[2]a été une catastrophe.
Laurent Berger, qui a été secrétaire général de la CFDT depuis 2012 et qui a quitté ses fonctions à la fin du mois de juin 2023, a écrit un livre intitulé Du mépris à la colère. Essai sur la France au travail en mai 2023. Il écrit :
« nous devons imposer un cadre politique qui mette ce sujet capital à sa juste place… Il faut redonner de la place au travail dans l’espace démocratique;» (p.113).
Il déplore que les politiques soient passés à côté (p.73). Paul Magnette, président du Parti socialiste belge fait exception. Il a écrit en janvier 2024 : L’autre moitié du monde. Essai sur le sens et la valeur du travail[3].
Nos politiques feraient bien de s’inspirer de ces deux livres.
[1] Voir F.Ruffin « Je vous écris du front de la Somme;», Ed. Les liens qui libèrent, sept. 2022, p.35. voir aussi l’interview de Paul Magnette à France-Inter le 9 janvier 2024.
[2] Voir l’interview de Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT et du Président de la FE/CGC à Mediapart.
[3] Voir son interview à France Inter le 9 janvier 2024.
Nous lançons donc ce débat en résumant les arguments donnés dans la Lettre d'information N ° 31: L'appel des 150 citoyens de la Convention Citoyenne pour le climat publié le 03/07/2020, et dont vous pouvez retrouver l'intégralité ici .
La triple conviction de départ est à nouveau vérifiée : nul n’est inemployable dès lors que l’emploi est adapté aux capacités et aux compétences des personnes. Les travaux utiles, non concurrents des emplois marchands et des emplois publics, sont d’une grande diversité autour des trois thématiques : la cohésion sociale et la lutte contre l’exclusion, la transition écologique et le développement du tissu économique local. Enfin les financements existent dès lors que l’on prend en compte le coût de la privation d’emploi de longue durée pour les collectivités publiques et les recettes générées par la mise à l’emploi au profit de ces mêmes collectivités.

Si E.Macron a reconnu dans son allocution que le confinement avait des conséquences beaucoup plus lourdes pour les plus pauvres, il n’a pas pour autant annoncé la réforme fiscale qui s’imposerait. La politique qu’il a menée ces dernières années profite aux riches. Elle n’est nullement remise en cause, jusque là.
E.Macron avait vanté l’Etat-providence dans son allocution du 12 mars : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie c’est que la santé gratuite sans condition de revenu… ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Ce qui amène Mediapart à écrire : « s’il voulait apporter la preuve de sa bonne foi, {il lui faudrait} annoncer que la privatisation rampante de La Poste – dont le grand meccano avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et la Caisse nationale de prévoyance (CNP) est le dernier épisode en date – est sur-le-champ arrêtée. De même que la privatisation rampante de la SNCF qui ne cesse de liquider le service public ferroviaire ».
[1] Interview à France Inter le 3 avril 2020
Au lieu de rester sur les perspectives anciennes qui comptent sur des taux de croissance élevés du PIB pour lutter contre le chômage, il est temps de changer d’orientation. Ce n’est pas parce que ces perspectives anciennes font quasiment l’unanimité parmi les hommes au pouvoir, ou parmi ceux qui y prétendent, qu’elles sont plus crédibles. Non seulement il est illusoire de croire qu’un taux de croissance élevé du PIB est possible, mais plus fondamentalement il faut reconnaître que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être. Autrement dit la politique économique ne peut tenir lieu de politique comme si tout en dépendait.
Un changement d’orientation suppose bien sûr de reconnaître que l’emploi est un facteur d’intégration sociale et d’émancipation individuelle. La recherche du plein emploi s’impose donc. A ce propos, un appel de 150 personnalités paru en mai 2016 dans Alternatives économiques veut remettre la réduction du temps de travail au cœur du débat public. En effet le chômage de masse mine depuis longtemps la société française. Il y avait au printemps 2016, 2,6 millions d’inscrits à Pôle emploi en plus par rapport à 2008. L’appel constatait que « les perspectives de croissance sont limitées et le resteront. De plus, la révolution numérique et la robotisation pourraient bien, elles aussi, menacer de nombreux emplois ». Certes « d’autres pays affichent un taux de chômage plus faible que la France. Le plus souvent ce résultat est atteint grâce à un vaste secteur de « travailleurs pauvres », via une croissance massive du travail à temps partiel féminin et un retour en force du travail indépendant. Ces personnes occupent bien un emploi, mais n’en ont pas moins les plus grandes difficultés à se soigner, à se loger, à éduquer leurs enfants…Bref, à mener une vie décente.
Ces politiques creusent de plus les inégalités entre les riches et pauvres et les écarts entre hommes et femmes » « Si on veut éviter ces écueils tout en faisant reculer rapidement le chômage, il faut « travailler moins pour travailler tous et mieux ». Au tournant des années 2000 le passage aux 35 heures hebdomadaires avait eu un effet très positif sur l’emploi et l’activité, malgré certaines difficultés dans sa mise en œuvre, notamment en matière d’intensification du travail. Il faut d’urgence reprendre ce chemin, même s’il faut probablement s’y prendre autrement, et notamment ne plus raisonner seulement sur le temps de travail hebdomadaire ».
L’appel des 150 personnalités poursuivait : « Nous avons pleinement conscience de la difficulté de l’exercice tant en termes de financements que d’organisation des entreprises, mais cette question doit revenir au cœur du débat public. Non seulement pour réduire le chômage, mais aussi pour reprendre la marche en avant du progrès social et sociétal en favorisant des modes de vie plus équilibrés et plus respectueux de l’environnement ».
La 22e édition du rapport annuel sur l’état du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre dessine le portrait d’une France fracturée par la crise du logement. « Quatre millions de personnes sont sans abri, mal logées ou sans logement personnel. Outre ces situations les plus graves, 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement. Effort financier excessif, précarité énergétique, risque d’expulsion locative, copropriétés en difficulté, surpeuplement... au total, sans les doubles comptes, près de 15 millions de personnes sont touchées, à un titre ou à un autre, par la crise du logement. À bien des égards, pour les pauvres, les classes populaires et moyennes, la situation tend à s’aggraver, en particulier depuis la hausse des prix de l’immobilier des années 2000 et le déclenchement de la crise économique en 2008 ».
D’après Le Monde du 1 12 2017 « les bétonnières tournent à plein avec 418 300 logements mis en chantier entre nov.2016 et oct. 2017, soit 17% de plus que l’année précédente ». La situation est très différente selon les territoires. Alors qu’il y aurait 500 000 demandes de logements sociaux en attente en Ile de France, il y aurait (selon le documentaire du 13 sept. 2017 sur la cinq) 130 000 logements sociaux vides en France. La ville de Vichy aurait été pénalisée de 172 000 euros pour n’avoir pas construit les 20% de logements sociaux imposés alors même que beaucoup de logements sociaux à Vichy ne trouvent pas preneurs. Des exemples de communes dans la même situation dans la région PACA pourraient être donnés.
En France « le décrochage avec les revenus est violent : de 1998 à 2017, les prix de l’immobilier ont été multipliés par 2,5 et les salaires par 1,5 seulement ». Voici ce que déclarait Patrick Artus dans une note du 5 octobre pour la banque Natixis : « C’est de là que provient le sentiment d’appauvrissement de beaucoup de salariés, car la France est l’un des pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) où ils ont continué de gagner du pouvoir d’achat mais pour l’engloutir dans le logement… Le renchérissement du logement opère un énorme transfert de richesses des pauvres vers les riches, des jeunes vers les vieux. » Le Monde 1er déc. 2017 : « La flambée des prix a pour 1ère conséquence l’éviction des habitants les moins aisés des métropoles, jeunes en tête » qui sont obligés d’aller se loger loin des zones d’activité et qui voient leurs frais de déplacement augmenter. Par ailleurs le dispositif Pinel, qui permet à un investisseur d’acheter un appartement destiné à la location avec des économies d’impôt importantes, serait une bonne chose si les loyers autorisés, étaient véritablement sociaux, si les plafonds de ressource des locataires concernés étaient correctement calculés. Ce serait bien le moindre pour des logements qui sont davantage aidés par l’Etat qu’un logement social classique. Cela supposerait des contrôles sérieux, ce qui n’est pas le cas. Les exonérations fiscales sont à limiter et mieux vaudrait attribuer cette manne importante, au moins en partie, aux logements très sociaux et réduire ainsi des loyers trop élevés.
Avec le dispositif Pinel, de nombreux investisseurs trompés par des promoteurs immobiliers indélicats qui croyaient réaliser l’affaire du siècle, se sont retrouvés pénalisés, voire ruinés, parce que l’appartement acheté ne trouvait pas de locataires dans un marché saturé. Les propriétaires devaient alors rembourser les exonérations. La carotte fiscale avait bien mauvais gout !!! L’aide personnalisée au logement (APL) initiée dans les années 70 a remplacé l’aide à la pierre, c'est-à-dire qu’au lieu d’aider de manière importante la construction du logement, permettant des loyers plus bas, il a été décidé d’aider la personne et de ne pratiquement plus aider la construction, c’est-à-dire l’aide à la pierre. C’était encore les 30 glorieuses (1945 à 1975) et le logement social était considéré comme transitoire pour les ménages. Ce logement est progressivement devenu définitif pour les locataires les plus pauvres. A noter qu’à l’époque, seul le Parti Communiste était opposé à cette réforme. En définitive, la politique du logement n’a pas permis de loger des gens dans le besoin mais plutôt à faire tourner les entreprises du bâtiment. Selon Didier Cormuel économiste de l’immobilier cité par le journal Le Monde du 24 oct. 2017 « cette politique a alimenté une surproduction de logements car si le neuf trouve preneur, elle vide l’ancien dont la vacance s’accroit depuis dix ans même en région parisienne. » Et il ajoute « Pour assurer un logement décent à tous à un coût supportable pour la collectivité, il serait plus économique de réhabiliter l’ancien que de construire du neuf ». Bien sûr le diagnostic de pénurie de logements émane des acteurs du logement neuf qui n’hésitent pas à brandir le chantage à l’emploi. Concernant la politique du logement, nous sommes actuellement à un tournant. Espérons que la future loi ELAN (Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique) ne fera pas la part trop belle aux lobbies du BTP et aux exonérations fiscales et que les plus mal lotis du système actuel seront mieux pris en compte.
Pour pouvoir prétendre à l’attribution d’un logement H.L.M. les revenus des ménages doivent être inférieurs à un certain plafond de ressources. Les ressources à prendre en compte correspondent à la somme des revenus fiscaux de l’année N-2 de toutes les personnes composant le ménage, soit 2015 pour une attribution en 2017. (Des rumeurs laissent entendre que seraient pris en compte dès 2018 les revenus actuels.)
Trois types de logements sociaux : Les PLAI (Prêt locatif aidé d’intégration) destiné aux ménages les plus modestes Les PLUS (Prêt locatif à usage social) le « classique » Les PLS (Prêt Locatif Social) le « haut de gamme » du logement social. Ainsi, pour une personne seule le plafond de ressources sera pour 2017 - de 12 733 Euros à Paris et de 11 067 Euros en province (hors Ile de France) pour un PLAI - de 23 146 Euros à Paris et de 20 123 Euros en Province. (hors IdF) pour un PLUS - de 30 090 Euros à Paris et de 26160 Euros en province (hors IdF) pour un PLS. Pour une famille (4 personnes ou 1 personne avec 2 personnes à charge) le plafond de ressource sera -de 29 781 Euros à Paris et de 21 575Euros en province (hors IdF) pour un PLAI -de 54 141 Euros à Paris et de39 013 Euros en province (hors IdF) pour un PLUS - de 70383 Euros à Paris et de 50 717 en province en province ( hors IdF) pour un PLS. Au 1/1/2015 seulement 75 000 nouveaux logements sociaux livrés (l’USH parle de 100 000 et dans Le Monde du. 27 09 17, 4ème col. Les HLM construisent 100 000 logements par an) dont 87% de neufs et parmi lesquels 20% en VEFA (Vente en Etat Futur d’Achèvement), achetés à des promoteurs privés. (Ce taux a fortement augmenté puisqu’il se situe aujourd’hui aux environs de 5O% voire 80% selon les organismes et les années de livraison) A noter qu’il est très difficile de connaitre exactement le nombre de logements livrés, car parfois, on parle de logements financés ou autorisés et les organismes sociaux ont souvent tendance à gonfler à la fois le nombre de logements en cours de construction ainsi que ceux dont ils sont propriétaires
La répartition de ces nouveaux logements Ces plafonds de ressource permettent théoriquement à 75 % de la population française d’accéder à un logement dit social. Mais peut-on encore parler de logement social pour un PLUS sauf peut-être dans des zones extrêmement tendues où les loyers du privé sont très élevés. En réalité 80% des familles « entrantes » aujourd’hui logées par les organismes de logements sociaux ont des revenus inférieurs à 80% des plafonds et 20% des familles logées ont des revenus inférieurs à 20% des plafonds de ressource. Le logement social reste bien attribué aux familles modestes et compte tenu de la crise actuelle et du chômage, les demandeurs de logement ont des ressources toujours plus faibles. Loyers et charges trop élevés. Compte tenu du coût de la réalisation de ces logements, et de leurs financements, les loyers de tous ces logements sont trop élevés, notamment pour les logements récents. Ainsi, un loyer pour un T2 en province pourra atteindre 450 Euros par mois (dont 50 Euros de charges) pour un financement PLAI, avec plafond de ressource de 11 000 Euros imposable, soit un taux d’effort de 45% sans l’aide personnalisée au logement, ce qui est le cas lorsque le candidat est proche du plafond. Un T4 récent, toujours financement PLAI, aura un loyer de l’ordre de 500 Euros par mois (dont 60 Euros de charges sans chauffage collectif) pour un plafond de ressource du ménage de 21 575 Euros. Un candidat locataire à environ 60% du plafond de ressource aura un taux d’effort de plus de 45% avant une éventuelle Aide Personnalisée au logement (APL). Si un locataire voit ses revenus augmenter sensiblement, il lui sera pratiqué un supplément de loyer de solidarité (S.L.S.), dès que les revenus dépassent 25 à 35 000 Euros imposable pour une personne seule et selon le type de logement et 45 à 65 000 Euros de revenu annuel imposable pour 4 personnes résidentes ou 1 personne avec 2 personnes à charge. Les charges locatives ont augmenté dans des proportions considérables. Le coût du chauffage, de l’eau et de l’électricité surtout dans les immeubles anciens peut atteindre des demi-loyers. Les bailleurs sociaux ont complètement laissé tomber le chauffage collectif (hors eau chaude), qui est beaucoup plus intéressant techniquement et économiquement, au profit des chaudières individuelles gaz où l’abonnement est dû, même si l’occupant ne se chauffe pas ou se chauffe avec de mauvais poêles à pétrole dangereux pour les habitants et pour le bâti (condensations). Les vendeurs d’eau, par ailleurs refusent, surtout dans les résidences importantes de poser des compteurs à proximité du logement (comme pour l’électricité) laissant à la charge des habitants les éventuelles fuites sur les canalisations entre le compteur général et les appartements. A.P.L. Se greffe en diminution de ces loyers trop élevés l’aide personnalisée au logement (APL) en fonction des revenus des familles. Une partie de cette aide est destinée à alléger les charges locatives. Avec la montée du chômage et de la précarité, l’aide à la personne a augmenté dans des proportions importantes et atteint aujourd’hui 40% des loyers d’un organisme bailleur et parfois d’avantage selon la population logée. ... Tous les gouvernements successifs depuis plus de 20 ans n’ont cessé de rogner cette APL. Et fin 2017, le gouvernement a décidé de baisser l’APL de 30 à 60 euros par mois. Pour que la mesure soit neutre pour les locataires, les bailleurs sociaux devront baisser les loyers de 30 à 60 Euros. D’après Le Monde du 16 09 17, selon le périmètre retenu pour la baisse des loyers – les 5 millions de ménages locataires HLM ou les 2,5 millions qui touchent l’aide personnalisée au logement (APL) - la ponction dans les finances des bailleurs sociaux sera de 3 ou 1,5 milliard d’euros. L’Union sociale pour l’habitat qui fédère les 723 organismes HLM a réagi en ces termes le 13 sept. 2017 en fustigeant : « des baisses insoutenables de loyers pour compenser une volonté unilatérale de Bercy de baisser drastiquement les APL. Cela fait courir un risque majeur à un secteur qui loge 11 millions de personnes, produit plus de 100.000 logements sociaux par an et génère 300.000 emplois. » Cela inquiète aussi les promoteurs immobiliers puisque le secteur social représente 30% de leur production. Le gouvernement part du principe que les bailleurs sociaux ont des réserves importantes qui leur permettront de réaliser ces baisses de loyer sans grand dommage. Ce qui n’est pas évident. Certes la valeur des 4,5 millions de logements du secteur qui avoisine les 200 milliards d’euros est importante, mais la dette cumulée atteint 160 milliards d’euros en 2017. Et les trésoreries des organismes HLM sont très différentes les unes des autres. Les offices publics dans des territoires en déclin où les loyers baissent, où la vacance progresse n’ont aucune réserve. A l’opposé, un rapport de la Caisse des dépôts et consignations recense une trentaine d’offices ou sociétés HLM « dodus » qui disposent d’un gros potentiel financier. Dès 2010 sous la pression du gouvernement de l’époque une péréquation des trésoreries avait été mise en place. Le Monde du 4 nov. 2017 souligne l’injustice de l’art.52 du projet de loi de finances de 2018 « qui épargne le secteur privé alors qu’il consomme plus de la moitié des 18,5 milliards d’euros d’allocation logement » Malgré les protestations d’une vingtaine de députés qui demandaient la suppression de l’art. 52 il est passé. Ce qui a entraîné le commentaire suivant du député communiste de Seine St Denis : « on a mis 120 ans à construire le modèle de logement social que toute l’Europe nous envie et il peut être défait en deux ou trois ans ». Le slogan «Small is beautiful » , qui fit florès à la fin du siècle dernier est aujourd’hui devenu caduc dans le monde du logement social. Compte tenu de la volonté de l’exécutif de baisser l’APL et les loyers, les organismes sont maintenant obligés de se regrouper pour continuer à vivre et les plus riches doivent se marier avec les moins aisés. Cette course qui avait commencé déjà quelques années plus tôt aboutit à des sociétés ou des groupes dont le patrimoine dépasse les 100 ou 200 000 logements. Il est certain qu’il est alors possible de disposer d’une ingénierie très forte et efficace. En même temps une gestion sociale de proximité reste indispensable. Une transition numérique bien pensée permettra de changer de mode de gouvernance pour aboutir à des structures en plateforme où l’information circulera sans entraves, et comme l’observe Michel Serres, où ce n’est plus la hiérarchie et les diplômes qui priment mais la compétence réelle. Tout cela suppose une véritable révolution passant par un rajeunissement des esprits. Cela prendra un peu de temps !
Jean Fourastié avait publié en 1949 un livre intitulé sans barguigner « Le grand espoir du 20ème siècle ». Il y montrait que la productivité du travail était la source de l’augmentation des richesses économiques. Si une usine d’automobiles produit deux fois plus de voitures avec le même nombre de salariés la productivité du travail a doublé. Si un agriculteur produit deux fois plus de quintaux de blé à l’hectare, sa productivité a doublé. Grâce aux progrès scientifiques et techniques, on considérait que l’augmentation de la productivité du travail finirait bien par profiter à l’ensemble des hommes. Jean Monnet qui avait appelé Jean Fourastié au commissariat du Plan écrit dans ses Mémoires « Je fis confiance à Fourastié qui voyait clair et loin…C’est à travers le Plan et ses commissions de Productivité qu’il a pu faire passer dans la réalité sa conception d’un effort de production plus utile, plus rationnel et plus efficace qui libère l’homme des servitudes les plus pénibles ». Le livre a connu bien des rééditions. Dans celle de 1989, quarante ans après la première parution, la présentation soulignait à juste titre que les grandes tendances révélées dans le livre s’étaient bien réalisées, tout en reconnaissant que le bonheur attendu de l’augmentation du niveau de vie n’était pas au rendez-vous. Parallèlement à la productivité du travail, la notion de croissance du Produit Intérieur brut (PIB), qui mesure les richesses économiques produites dans un pays au cours d’une année, a joué un rôle central dans l’idéologie économique, c'est-à-dire les idées les mieux partagées par tout un chacun. On a pu parler à juste titre de religion du PIB au sens où c’est bien la boulimie du toujours plus qui tient lieu de ciment dans notre société. Comme le dit Maurice Bellet dans son livre « La seconde humanité » ayant pour sous titre « De l’impasse majeur de ce qu’on appelle l’économie » « c’est la fuite en avant qui permet de tenir debout, c’est la boulimie d’innovation, de production, de vente, de chiffre d’affaires, de consommation qui est l’équilibre même de l’homme de l’écorègne ». La religion de la croissance du PIB faisait à peu près l’unanimité au Nord qui dominait le monde, car les Etats providence assuraient dans un cadre national les progrès de l’éducation et de la santé avec un système de protection sociale performant. L’équilibre des forces entre capital et travail était assez bien assuré grâce aux syndicats. Durant cette période, l’augmentation des richesses économiques était la finalité dernière, mais le caractère néfaste de la primauté donnée à cette finalité n’apparaissait guère compte tenu des régulations exercées par les Etats nationaux, compte tenu du fait que tout le monde en « profitait » peu ou prou. Ceci étant, les valeurs du capitalisme triomphaient. Le communisme soviétique avait réduit ses ambitions à l’idée qu’il allait se montrer plus efficace que le capitalisme dans l’augmentation du niveau de vie. Le mouvement ouvrier français avait rangé au placard les valeurs qui étaient les siennes à l’origine du socialisme. Il se souciait principalement d’avoir sa part du gâteau de la croissance.
On peut considérer que le triomphe du libéralisme économique promu par Margaret Thatcher et Ronald Reagan dans les années 1980 n’a été qu’une nouvelle étape de cette autonomisation de l’économie par rapport au politique. On assiste alors à une dérégulation des économies et du système bancaire, à une mise en concurrence généralisée avec cette idée que l’abaissement des barrières douanières va entraîner des progrès pour tous. Mais jouer sur la mondialisation n’est pas à la portée de tout un chacun. Ce sont par définition les multinationales qui peuvent en profiter. Elles font du dumping social en recherchant les lieux de production où les salaires sont les plus faibles, elles font du dumping fiscal en installant leurs activités là où la taxation des entreprises est minimale et elles profitent de toutes les facilités que leur offrent les paradis fiscaux[1]. C’est la loi de la jungle où les plus forts l’emportent. Les inégalités se creusent dans tous les pays entre ceux qui profitent du système et ceux qui en sont exclus, en Chine comme aux Indes. Quant à la France, c’est à partir du milieu des années 1980 que les inégalités se sont accrues. La part du 1% les plus riches est passée de 7% à 9% du revenu national au cours des vingt dernières années[2]. La situation se détériore pour les plus démunis, mais grâce à notre protection sociale qui se maintient vaille que vaille, la France demeure après les pays nordiques parmi les pays les moins inégalitaires de la planète.
Il est important de souligner l’évolution de la « science » économique à partir du marginalisme qui considère que la valeur d’un bien ne dépend plus du volume de travail qu’il a fallu dépenser pour le créer, mais de la désirabilité du consommateur à l’égard de ce bien. Le mouvement d’abstraction, pourrait-on dire, a eu son parallèle dans l’évolution historique du capitalisme. D’abord commercial, puis industriel, le capitalisme est devenu financier au cours des siècles. « La question de la valeur des choses est devenue obsolète sous toute autre forme que leur valeur monétaire telle qu’elle se présente sur le marché »[4].Charles Péguy parlant de l’argent en juillet 1914, écrivait déjà : « …l’appareil de mesure et d’échange et d’évaluation a envahi toute la valeur qu’il devait servir à mesurer, échanger, évaluer. L’instrument est devenu la matière et l’objet et le monde…c’est un évènement aussi monstrueux que si l’horloge se mettait à être le temps… »[5]. Ces dernières décennies, la finance internationale a créé de nouveaux objets financiers si compliqués que le banquier ne sait pas ce qu’il vend à « un client qui ne sait pas ce qu’il achète ». La dérégulation des banques et du secteur financier a entraîné une économie financière spéculative et il y a maintenant « une finance de marché non contrôlée qui représente 20 à 30 fois la valeur de l’économie réelle »[6]
Cette autonomie de l’économie par rapport au politique fait système et le consommateur a pris le pas sur le citoyen. Dans le supercapitalisme[7] ce sont les consommateurs et les actionnaires qui font la loi. Robert Reich montre que les évolutions techniques rapides et la mondialisation ont entraîné une grande incertitude pour les entreprises, les amenant à s’adapter constamment à un univers changeant. Les entreprises ne garantissent plus la stabilité de l’emploi à leurs salariés. Une compétitivité toujours plus féroce les amène à piloter à vue et à se comporter comme si les salariés étaient un moyen de production comme un autre, comme le sont les machines et les équipements. La grande distribution fédère les intérêts des consommateurs, ce qui lui permet de faire pression sur les agriculteurs et les industriels pour qu’ils abaissent leurs prix. Si les producteurs régionaux ou nationaux ne veulent pas ou ne peuvent pas baisser leur prix, on achète à l’étranger grâce à la mondialisation, aux facilités de communication et de transport avec le pétrole bon marché. Le consommateur est gagnant. L’actionnaire aussi car il exige une rentabilité des capitaux de plus en plus élevé. Cela se fait aux dépens des salariés. Le salarié est jetable[8]. Et pour permettre aux entreprises d’être plus compétitives, on tend à remettre en cause l’Etat providence, à réduire les charges sociales. Au niveau mondial, comme l’a souligné depuis longtemps le Programme des Nations Unies pour le Développement, la croissance ne se fait pas au profit des besoins essentiels. « L’augmentation de la consommation à l’échelle de la planète ne se fait pas en direction des plus nécessiteux. La consommation progresse rapidement pour les riches mais plus d’un milliard de personnes en sont exclues ». Pour plus d’un milliard de personnes une augmentation de la consommation serait vitale. Pour les nantis, en revanche, l’escalade de la consommation est devenue une drogue. La diffusion par la publicité de « normes de consommation » est favorable à la consommation de produits de luxe qui augmente plus vite que celle de la production des produits de première nécessité[9]. De la publicité dépend en France l’équilibre économique des medias, on comprend alors qu’il est difficile de remettre en cause la publicité et toute la logique économique dont elle est l’instrument.
La productivité du travail a une signification relativement claire lorsqu’il s’agit de produire des biens agricoles ou industriels. Mais comment mesurer la productivité du travail d’un enseignant ou d’un médecin ? Or les services représentent aujourd’hui les deux tiers de l’activité économique. Le rédacteur en chef d’Alternatives Economiques rendant compte du livre de Jean Gadrey « Services : la productivité en question » écrivait : « La définition du produit dans les services pose de difficiles problèmes méthodologiques qui rendent périlleux tout calcul des gains de productivité. Une catastrophe pour les économistes, car cette remise en cause conduit à contester…la notion même de croissance économique…: c’est la capacité même de la science économique à fournir des outils permettant de juger de l’efficacité du système économique qui est remise en cause »[10]. Dans les pays riches, il n’y a plus corrélation entre augmentation du niveau de vie telle que nous le calculons avec le PIB et la qualité de la vie sociale. Si l’on prend l’exemple des E.U. un indicateur de « santé sociale » a été créé qui regroupe des indicateurs concernant les inégalités entre riches et pauvres, la mortalité infantile, la pauvreté infantile, le suicide des jeunes, les homicides, l’usage des drogues chez les adolescents, le chômage, la pauvreté des personnes âgées etc. Jusqu’au début des années 70, le PIB et l’indicateur de santé sociale ont progressé parallèlement, il y a eu ensuite un décrochage spectaculaire. Le PIB a poursuivi sa progression pendant que l’indicateur de santé sociale a chuté brutalement[11]. Les critiques qui pouvaient être faites à l’économisme, c'est-à-dire à la domination de la société par l’économie, ont été nombreuses et venaient d’horizons très différents. Elles ont été particulièrement marquées au tournant du 19ème et du 20ème siècle. La naissance de la sociologie peut-être interprétée comme une volonté de comprendre la société à une époque où la recherche par chacun de son intérêt personnel devenait un ferment de destruction du vivre ensemble. A cette même époque Charles Péguy écrivait ses textes sur l’argent. Mais toutes les analyses critiques et mises en garde sont restées sans effet. L’autonomie de l’économie par rapport à des finalités éthiques et politiques s’est accentuée pour aboutir au caractère démentiel de la crise actuelle. On est passé de l’argent roi à l’argent fou.
Aujourd’hui le réchauffement climatique, la raréfaction de ressources non renouvelables comme le pétrole ou les minéraux, l’exploitation excessive des ressources renouvelables auxquelles on ne laisse pas le temps de se renouveler (les ressources de la pêche, les nappes phréatiques…) amènent à reconnaître qu’il faudra revoir radicalement nos modes de production et de consommation. Le caractère néfaste des modes de calcul de la productivité du travail apparaît nettement. Lorsqu’un agriculteur produit deux fois plus de quintaux à l’hectare, on ne prend pas en compte les dégâts sur l’environnement qu’entraîne souvent l’agriculture industrielle : pollution venant de l’utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires, dégradation des sols, épuisement des nappes phréatiques, réduction de la biodiversité. Un certain mode de calcul de l’efficacité comptait pour rien les ressources naturelles qui paraissaient surabondantes. L’économiste René Passet était bien isolé quand il critiquait une science économique qui amène « à développer une logique et à inspirer des actions qui s’inscrivent en contradiction formelle avec les mécanismes présidant à la reproduction du vivant »[12].
Le petit livre de Jean Gadrey « Adieu à la croissance » paru en 2010 est représentatif du tournant pris par certains économistes. La croissance, écrit Jean Gadrey, était considérée comme « le remède magique à toutes les inégalités et injustices ». « Nous tenions tous de tels raisonnements…il y a quelques années ». Enfin presque tous. Quand certains d’entre nous critiquaient l’illusion de la croissance comme LA solution à tous nos maux, des amis de la revue Alternatives Economiques nous répondaient : « Peut-être avez-vous raison mais on ne sait pas faire autrement ». Ils cherchaient des réponses à l’intérieur de la logique économique du toujours plus de richesses économiques, sans remettre en question cette notion même de richesse. Denis Clerc qui a fondé en 1980 le mensuel Alternatives économiques peut être fier du chemin parcouru puisque Alternatives économiques est un mensuel économique à fort tirage, reconnu pour sa qualité, qui s’est constamment battu pour plus de justice sociale et contre le dogmatisme du libéralisme économique. Mais Denis Clerc en octobre 2010 pour le numéro du trentième anniversaire[13] reconnaît qu’Alternatives économiques a participé au mythe de la croissance comme préalable à la solution à tous les problèmes. Il note « l’ambiguïté entretenue sur la question de la croissance, depuis le début du journal ». Tout en rappelant que les questions de maîtrise de l’énergie, de pollution, de course au « toujours plus » ont été une thématique très présente dans le journal, il écrit : « Mais d’un autre coté, la liste des articles critiquant telle ou telle mesure au motif qu’elle ne favorisait pas la croissance, le pouvoir d’achat et l’emploi est infiniment plus longue ». Autrement dit, la croissance et ses effets bénéfiques pour l’emploi restaient en dernier ressort LA finalité. Le livre de Jean Gadrey a convaincu Denis Clerc qu’il faut cesser d’être chauve-souris et qu’il faut trancher : « On ne peut plus être favorable à la croissance dans le court terme et réservé ou critique dans le long terme ». Il considère qu’il faut articuler écologie et économie et que la tâche d’Alternatives Economiques pour les trente ans à venir sera de chercher un modèle viable pour nos petits enfants sans qu’aujourd’hui devienne invivable.
Les modes de production et de consommation sont remis en question par les impasses écologiques. Est-ce que cela veut dire que l’économisme qui entraîne à l’heure actuelle misère et exclusion pour une grande partie de la population dans le monde va évoluer vers un système plus vertueux ? Rien n’est moins sûr. On peut craindre au contraire que les luttes pour contrôler les matières premières accentuent les conflits entre nations, que la guerre économique et la recherche de la compétitivité dans une économie mondialisée ne détruisent les systèmes de protection sociale. Nous sommes à la croisée des chemins comme l’exemple de l’Irlande peut l’illustrer. L’Irlande était vantée avant la crise pour sa réussite économique et sa forte croissance. Ses succès venaient de ce qu’elle pratiquait le dumping fiscal en taxant peu les entreprises qui avaient tout intérêt à venir s’y installer. Aujourd’hui le déficit budgétaire de l’Irlande a atteint de telles proportions qu’elle ne peut plus emprunter qu’avec difficulté et à des taux très élevés. Pour combler le déficit, certains considèrent que l’Irlande doit augmenter le taux d’imposition des entreprises. Récemment un économiste considérait au contraire que c’est une mauvaise solution, et que l’Irlande pour rester compétitive doit maintenir un faible taux d’imposition des entreprises et tailler dans les dépenses sociales. Pour espérer une évolution favorable plus soucieuse du bien commun, on ne peut pas s’en remettre à l’idée que les nécessités écologiques vont nous mettre sur la bonne voie. Non, il faut avoir en tête les critiques faites à l’économisme au nom d’une certaine idée de l’homme. Se convaincre avec Gandhi que la terre peut nourrir tous les hommes mais pas leur cupidité, ou encore qu’il faut vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre. Se convaincre avec Péguy que c’est le travail individuel ou collectif à faire en art, en science, et en philosophie qui est indéfini et non pas l’accumulation de richesses matérielles. Au risque de paraître bien naïf, il faut poser la question : produire et consommer pour répondre à quels besoins ? Simone Weil considérait que, de même que les besoins de nourriture, de sommeil, de chaleur étaient nécessaires à la vie du corps, il fallait tenter d’énumérer les besoins de l’âme, faute de quoi les gouvernements étaient condamnés à s’agiter au hasard. Il faut ouvrir un débat à tous les niveaux pour discuter des finalités en fonction des besoins. Tout en étant conscient de la difficulté de ce débat, car il faut se méfier de la prétention de définir les besoins objectivement valables pour toutes les populations, tous les pays et tous les continents. Les mesures quantitatives sont intéressantes, comme le nombre de dollars disponibles par personne, mais elles sont souvent sans grande signification. Le livre de Majid Rahnema « Quand la misère chasse la pauvreté » critique la colonisation par le modèle occidental des esprits des riches et des pauvres, au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest[14].
Remettre l’économie sur ses pieds serait la mettre au service des besoins essentiels à satisfaire. Pour les tenants de la « science » économique cette affirmation n’a pas de sens car ce qui se vend correspond évidemment à un besoin, et l’on ne voit pas pourquoi certains pourraient prétendre définir les besoins essentiels[15]. Il n’empêche que la communauté internationale a cru bon de définir ce que l’on appelle les objectifs du millénaire qui représentent bien une certaine idée des besoins essentiels à satisfaire. En 2000, à l’ONU, 189 pays avaient défini 8 objectifs à atteindre en 2015, notamment 1) Réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim 2) Assurer l’éducation pour tous 3) Promouvoir l’égalité des sexes et améliorer le sort des femmes etc. Aujourd’hui il est clair que ces objectifs ne seront pas atteints et que l’économie mondiale ne s’est pas organisée et réformée en conséquence. Pour sa part, Alain Supiot[16] rappelle que c’est le 10 mai 1944 qu’a été proclamée la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle, qui définissait les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il s’agissait d’une œuvre normative qui voulait tirer les leçons des désastres des deux guerres mondiales. La Déclaration de Philadelphie donnait une définition globale de la justice sociale : « Tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales ». Et cette déclaration faisait de la réalisation de la justice sociale « le but central de toute politique nationale et internationale ». A.Supiot analyse le grand retournement qui a eu lieu depuis cette déclaration : « Au lieu d’indexer l’économie sur les besoins des hommes, et la finance sur les besoins de l’économie, on indexe l’économie sur les exigences de la finance et on traite les hommes comme du « capital humain » au service de l’économie » (25).
Ce monde est à bout de souffle. Rien n’assure qu’il ne va pas poursuivre sur sa lancée mortifère. Il est terrifiant de constater que les principaux acteurs de la crise financière qui a ébranlé l’économie mondiale, ne sont nullement convaincus de la nécessité de réformes de grande ampleur pour ne pas retomber dans les mêmes errements[17]. Les opinions des pays occidentaux traumatisés par le ralentissement de l’accumulation de richesses économiques sont tentées par le populisme, la recherche de boucs émissaires et le rejet de l’autre. Nos démocraties sont fragiles. En Chine, si le politique domine l’économie c’est pour en faire un instrument de sa puissance et de son impérialisme. Bien d’autres arguments peuvent être avancés pour donner à penser que nous allons collectivement dans le mur et que l’accumulation des moyens de notre autodestruction est impressionnante. Mais il faudrait aussi voir tout ce qui se cherche et qui permet d’espérer un autre avenir[18]. La place manque pour le faire. Optimisme, pessimisme ? Nous n’avons pas le choix, il faut nous battre. Ce n’est pas « un combat où on aura bien le temps…Il faut gagner ou perdre aujourd’hui et ici »[19].
[1] Voir l’étude du CCFD parue le 7 décembre 2010 sur les paradis fiscaux. Les 50 plus grandes entreprises européennes comptent 4700 filiales dans les pays les plus accueillants juridiquement et fiscalement. [2] Voir le Hors série N°86 d’Alternatives Economiques [3] Jean-Joseph Goux. Frivolité de la valeur. Essai sur l’imaginaire du capitalisme. Ed.Blusson. [4] Hugues Puel. Responsabiliser la finance. In Dossier : l’argent trompeur. Lumière et Vie. Avril-juin 2010. [5] Charles Péguy. Œuvres en prose complètes. Tome III, p.1456. [6] Hugues Puel, opus cité. [7] Robert Reich. Supercapitalisme. Ed. Vuibert 2008. [8] Bien sûr, ceux qui ont une activité professionnelle sont à la fois salariés et consommateurs et la place manque pour analyser quelles catégories de la population souffrent plus spécialement aujourd’hui de ce supercapitalisme. Mais l’analyse de Robert Reich a l’intérêt de complexifier l’opposition trop simple entre travailleurs et capitalistes. Elle explique comment le supercapitalisme profite de la connivence du consommateur et de son aliénation. [9] Rapport mondial sur le développement humain. 1998 [10] Alternatives Economiques n°148, mai 1997. [11] Jean Gadrey. Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire. Ed.Les petits matins/Alternatives Economiques, août 2010, p.31 à 41. [12] René Passet. L’économique et le vivant. Ed.Payot. Paris 1979. [13] Alternatives Economiques. Octobre 2010, pp.78 et 79. [14] Voir la recension de ce livre sur le site www.garriguesetsentiers.org, dans les Rubriques, le dossier sur la pauvreté. [15] Voir les déclarations ambiguës de Jean Boissonnat in « L’évêque et l’économiste ». Presses de la renaissance p.228. [16] L’esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total. Ed. Seuil. Janvier 2010. [17] Voir le film documentaire Inside Job sorti en novembre 2010 sur la dépression mondiale. [18] Pensons par exemple au succès considérable du film « Des dieux et des hommes », du petit texte de Stéphane Hessel « Indignez-vous ». [19] Charles Péguy. Œuvres complètes, tome III page 1460.