Roustang Guy
04/01/2023
Adresse aux amis convivialistes
Notre raison d’être. Rendre crédible un autre avenir possible.
1 - Etablir une cartographie des mouvements s’orientant vers un changement de cap
2 - Définir des cibles. Pour qui et avec qui, nous nous mobilisons ?
3 - Définir les moyens financiers et moyens de diffusion
4 - Sur la place des convivialistes
[1] https://convivialisme.org/
[2] Alain Caillé, leader des convivialistes a répondu : « Merci cher Guy, tes propositions me paraissent totalement judicieuses et bienvenues ».
[3] Constat de A. Mansuy, in AOC, 30 nov.2022
[4] Voir les analyses de F.Ruffin : « Je vous écris du front de la Somme » Ed. Les liens qui libèrent, sept. 2022, et Paul Magnette : « La vie large », Ed. La Decouverte, oct.2022, p.167.
[5] Voir les dix propositions « qui n’ont d’autre ambition que d’ouvrir le dialogue » de Paul Magnette, p.253.
[6];Voir Clément Dherbecourt : Comment réformer la fiscalité des successions, in France-Stratégie.Janvier 2017.
Notes
Suite à la réunion du 17 décembre à Paris, j’ai souhaité diffuser une adresse à mes amis convivialistes qui peuvent contribuer aux dynamiques de confluences. Voilà quelques axes à partager ensemble et plus largement.15/02/2020
Affaire Mila et déclaration d’Abou Dabi
Clarification qui s’impose d’autant plus que Nicole Belloubet, notre ministre de la justice, a dû faire amende honorable après avoir déclaré au cours d’une interview : « L’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience ». Elle a reconnu que s’exprimer ainsi était inexact car « juridiquement l’insulte à la religion n’existe heureusement pas dans notre République. Seules sont réprimées les injures faites à autrui en raison de son appartenance à une religion déterminée, comme celles adressées à une personne en raison de ses origines, de ses orientations sexuelles, de son sexe… » [1] .
Alors que Mila déclare : “Contrairement à eux, je n’ai insulté personne, ni menacé, ni appelé à la violence envers qui que ce soit. Ce que j’ai fait, c’est du blasphème, c’est une critique générale des religions, et rien d’autre.” Toujours est-il que la situation est dramatique : c’est Mila qui doit se cacher alors que ceux qui la menacent le font en toute impunité.
Notre ministre de la justice en faisant amende honorable écrit : « A l’occasion de cette polémique, je me suis replongée dans un petit texte de Jaurès, paru en 1904 dans l’Humanité, puis dans le Populaire en 1930, et heureusement republié récemment, muni d’une belle préface. Il s’intitule : « Le martyr d’un libre-penseur, Etienne Dolet ». Cet humaniste fut brûlé en 1546 pour crime d’impiété. Jaurès rend hommage à ce « blasphémateur »…en fustigeant « l’ineptie des inquisiteurs » et « la niaiserie des bourreaux ». Les buchers sont aujourd’hui virtuels, ils n’en sont pas moins intolérables et menaçants, car nous savons aujourd’hui, cinq ans après l’attentat de Charlie Hebdo, que les mots tuent aussi. La bêtise, l’ignorance nous guettent à chaque pas et ne nous lâchent pas, avec une force démultipliée sur les réseaux sociaux. Une adolescente en a fait la terrible expérience et nous devons tous contribuer à la protéger et lui permettre de retrouver le fil d’une vie normale, celle d’une jeune adulte qui s’ouvre au monde »
Les élèves français adhèrent largement à la laïcité, selon une enquête dont rend compte Le Point le 29 janvier 2020. Enquête réalisée entre mars et mai 2018 auprès de 16 000 élèves de troisième et terminale d’établissements publics et privés sous contrat, par le Conseil national dévaluation du système scolaire. Il reste que 28% des élèves en lycée professionnelle et 14% en lycées généraux estiment que les règles de vie prescrites par la religion sont plus importantes que celles de la République. Il faudrait bien comprendre ce que signifient ces chiffres, mais ils donnent à penser que la laïcité à la française a encore beaucoup à faire pour être unanimement partagée.
Déclaration d’Abou Dabi en 2019. La fraternité humaine. Pour la paix mondiale et la coexistence commune.
Nous recommandons vivement à Mila et à ses accusateurs (empêtrés les uns et les autres dans les échanges lamentablement violents des réseaux sociaux) la lecture de cette déclaration d’Abou Dabi. Elle est le fruit d’une véritable amitié entre le pape François et le grand Imam Ahmad Al Tayeb. Cette déclaration semble relativement peu connue. L’appel à une large diffusion était pourtant le suivant : « Al-Azhar et l’Eglise catholique demandent que ce document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout les droits des opprimés et des derniers ».
Voici quelques extraits de cette courte déclaration qui mérite d’être lue intégralement.
« Au nom de la « fraternité humaine » qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux.
…Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes …
…De même nous déclarons – fermement- que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire- de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques économiques mondaines et aveugles ».
…Le dialogue, la compréhension, la diffusion de la culture de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et de la coexistence entre les êtres humains contribueraient notablement à réduire de nombreux problèmes économiques, sociaux, politiques et environnementaux qui assaillent une grande partie du genre humain.
…Le concept de citoyenneté se fonde sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice…
Notes
[1] Nicole Belloubet. Le crime de lèse-Dieu n’existe pas. Le Monde 9/10 février 2020.
[2] Charlie Hebdo, 5 février 2020.
15/09/2023
A propos du livre d’Abdenour Bidard : le Génie de la France.
Cet article s’adresse tout à la fois :
- ;A ceux, qui sont;nombreux dans les jeunes générations, et qui pensent que la France n’a aucun rôle particulier à jouer dans une mondialisation respectueuse de tous.
- A ceux qui défendent une identité française qui existerait depuis toujours et qui serait menacé par le risque du grand remplacement.
Le livre d’Abdenour Bidar, Français croyant musulman, intitulé : « Génie de la France;» mériterait d’être lu par les uns et les autres.
« Génie de la France;» est donc le titre provocateur de ce livre. Le premier chapitre est intitulé : « Le pays qui dit non;». Il rappelle l’étymologie de « franc;» qui a donné France, c’est l’étymologie de frei en allemand et de free en français, les deux termes se traduisant également par libre[1]. Bidar écrit : « Depuis 1789, toute personne qui lutte quelque part sur la planète pour conquérir la reconnaissance de ses droits ne se sent-elle pas, par identification, un peu française;? »[2]
Bidar voit dans l’Appel de de Gaulle le 18 juin 1940, alors qu’il était sans armée, encore sans soutien politique d’une puissance alliée, l’héritier lointain du chevalier Bayard qui « au temps de Louis XII et de François Ier, personnifia une chevalerie française se battant héroïquement jusqu’au sacrifice, « sans peur et sans reproche;». Rappelons que la première phrase des Mémoires de guerre de de Gaulle est la suivante : « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France;».
Pour justifier le titre du premier chapitre, « Le pays qui dit non;», Bidar cite entre autres Descartes, ce « cavalier français qui partit d’un si bon pas;»[3] et qui « entreprit de douter ni plus ni moins que de la totalité du réel;», Jean-Paul Sartre qui affirme « que l’homme existe d’abord et avant tout comme liberté absolue…;», les « modernes Michel Foucault ou Jacques Derrida, en passant donc par Descartes, des esprits hyper critiques; de grands « déconstructeurs;». Sans oublier Blaise Pascal « pourtant chrétien si fervent;» qui prit « autant de soin à désacraliser tout ce que nous sacralisons;».
Ce premier chapitre du livre ne va pas sans mise en garde. « Nous nous sommes trahis hier, gravement, et nous devons avoir l’humilité de le reconnaître;». Sont évoqués par exemple : « l’iniquité colonialiste et esclavagiste;» « l’iniquité actuellement de notre commerce d’armes;» « l’iniquité enfin de politiques qui, désormais, lentement mais sûrement, deviennent de plus en plus autoritaires, sécuritaires, liberticides…;»[4].
Ce livre est écrit par un Français musulman.
Pour lever toute ambiguïté, Bidar souhaite que le pouvoir politique passe de la parole aux actes dans la lutte contre l’islamisme, par exemple : « la fermeture de tous les lieux de culte dont l’imam ne parle pas le français et n’a pas suivi de formation aux valeurs de la République;» [5]. Il rappelle aussi qu’il y a déjà cent ans, Charles Maurras déclarait : « Il s’agit de savoir si nous sommes chez nous en France ou si nous n’y sommes plus;». Il n’a donc pas fallu attendre Eric Zemmour pour parler de grand remplacement et de la crainte de voir la France mourir compte tenu de l’excès d’immigration. François Héran pour sa part s’élève contre la prétention à la continuité historique revendiquée comme un droit fondamental par Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen, Alain Finkielkraut, Eric Ciotti etc… Il écrit :« La vérité est que, migrations ou pas, les populations de la France n’ont jamais eu droit à la continuité historique et ce, quelle que soit l’époque considérée…Pas plus qu’un autre, le peuple français n’a eu droit à la continuité historique. L’essor de l’immigration ne fait que s’insérer dans la longue série de ces mutations…et le génie national n’a pas consisté à les rejeter mais plutôt à en tirer parti, comme l’a rappelé l’Histoire mondiale de la France animée par Patrick Boucheron, qui a tant chagriné les adorateurs du temps immobile. » [6]
Ce livre, dont nous n’avons évoqué que quelques aspects, est un acte de foi dans le génie de la France qui saura grâce à la laïcité amener l’Islam à reconnaître la liberté religieuse. Ce qu’il ne fait pas « quand il interdit l’apostasie ou criminalise comme blasphème l’atteinte à la divinité;». Alors que l’Eglise catholique aurait reconnu cette liberté religieuse, au moins en partie, depuis Vatican II. Et pour le judaïsme, Bidar cite la rabbine Delphine Horvilleur qui se réjouit de la laïcité pour l’exercice de son ministère. Cet espoir de voir l’Islam reconnaitre la liberté religieuse repose selon Bidar « sur la foi profonde que j’ai en mon pays, et la vision que je fais de notre terre comme cimetière de toute ambition de pouvoir du religieux. Je m’en réjouis, autant d’ailleurs comme musulman que comme français;»[7].
[1] A.Bidar ajoute ce commentaire : « Voulez-vous savoir si dans les veines de tel ou tel de nos chefs politiques d’aujourd’hui souffle l’esprit français;? Estimez le à la puissance de son « non;» et, à l’inverse, au nombre de ses complicités, notamment avec l’ordre libéral mondial;»
[2] A.Bidar, p.21
[3] Cette formule citée de Charles Péguy se trouve dans le tome 3 des Œuvres complètes en prose de Péguy, p. 1280.
[4] Page 46
[5] Voir le livre « Génie de la France;» p.101.
[6] François Héran. Immigration : le grand déni. Ed.du Seuil, 2023, p.96.
[7] Page 134.
09/02/2017
Au-delà de l’emploi, quelles activités ?
15/06/2021
Au-delà du dualisme Etat-marche pour une autre conception de l’économie
Pour une diversité institutionnelle au-delà du dualisme Etat-Marché
Pour une critique radicale du courant dominant de la théorie économique
Notes
[1] Voir l’article de Jean-Benoit Zimmermann sur ce site. Voir aussi l’article de Guy Roustang sur le livre de P.Dardot et C.Laval.[2] Voir dans l’eccap, l’article de J.L.Laville : L’association, de l’histoire à l’actualité.
[3] Voir in eccap, article de Jacques Perrin, individualime et Individuation.
[4] Ed. Erès, avril 2021.
Autoproduction
15/03/2023
Avec le débat sur les retraites, un immense gâchis et le Rassemblement national aux aguets.
Le Pacte civique, association de citoyens prudente et mesurée, affirmait dans son flash info de fin janvier intitulé Conflit sur les retraites, quelle issue? qu’on assistait à un immense gâchis. Depuis, avec les débats dans les Assemblées, ce diagnostic n’a fait qu’empirer et le Pacte civique propose une analyse qui donne une synthèse bien utile pour tous ceux qui se perdent dans les controverses et qui veulent y voir clair 1.
Maître des horloges ou garçon d’ascenseur ?
Mais pourquoi donc le Président Macron s’entête et refuse de recevoir les syndicats unanimes, au risque comme le dit Laurent;Berger d’un déni de démocratie. C’est que le président veut être le maître des horloges, celui qui décide et qui, quoi qu’il en coûte, veut faire passer sa réforme en tenant bon, en l’imposant à une société qui n’en veut pas. Au risque d’être un apprenti sorcier et d’être le garçon d’ascenseur qui fait monter Marine;Le;Pen dans les étages, c’est-à-dire dans les différentes étapes du suffrage universel.
Car comme le rappelle à nouveau E. Plenel dans son dernier livre : « L’appel à la vigilance;»2, c’est bien par les urnes que Mussolini puis Hitler sont arrivés au pouvoir. Or André;Koulberg dans son livre;Le FN et la société française;- L’extrême droite banalisée paru en 2017, aux éditions Utopia, montre comment la progression du Front national, devenu le Rassemblement national, dépend des vicissitudes de la société française.
Le 6 mai 1987, Jean-Marie;Le;Pen à l’Heure de vérité devant des millions de téléspectateurs dénonce les « sidaïques;» accusés de propager la maladie. La campagne menée par ce qui était alors le Front national a complètement échoué parce que « toutes les voix qui comptaient;» ont manifesté leur désaccord. « Ainsi, lorsque les frontistes ne trouvent aucun relais à leur discours de peur et à leurs fantasmes autoritaires ils échouent lamentablement;». « En septembre 1987, la déclaration sur les chambres à gaz, « point de détail de l’histoire de la guerre mondiale;», suscite de nouveau une désapprobation unanime;». C’est justement ce genre de déclaration que Marine Le Pen s’efforce d’éviter pour banaliser le Rassemblement National, supprimer le plafond de verre et l’emporter aux prochaines élections.
Malheureusement sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité, le Front national aujourd’hui Rassemblement national trouve des relais auprès de nombreux hommes politiques, médias, essayistes et pamphlétaires et cela explique ses succès électoraux3. La pléthore de textes législatifs ces dernières années sur ces questions est l’illustration de cette agitation autour des idées du RN.
Citons encore André Koulberg : « Les succès du Front national ne sont, pour l’essentiel, pas imputables à celui-ci, mais aux dysfonctionnements qui touchent la société française dans son ensemble…Le Front national est notre créature;». Et l’analyse qu’il fait de la montée des votes des Le Pen est éclairante : « Les variations des résultats frontistes à des moments où les espérances politiques s’infléchissent brusquement (confortées ou déçues) sont souvent observables;».
Est-il encore possible d’espérer un sursaut d’Emmanuel;Macron, qui ne serait ni maître des horloges, ni garçon d’ascenseur, mais Président des Français, dont l’écrasante majorité est opposée au projet actuel sur les retraites;? Il pourrait alors ouvrir une large négociation non seulement sur les retraites mais sur des sujets autrement plus urgents et importants comme le réchauffement climatique.
Nécessité d’un projet écologiste et socialiste.
Si l’on prend au sérieux le constat d’André Koulberg : ;« les succès du Front national (aujourd’hui Rassemblement national) sont dus aux dysfonctionnements de la société française dans son ensemble;», alors il est urgent de montrer aux électeurs du RN et aux abstentionnistes qu’un autre avenir est possible. C’est à quoi s’emploiera l’ECCAP avec bien d’autres.
1 Voir sur le site du Pacte Civique : « Retraites, une réforme nécessaire mais pas nécessairement urgente;».
2 E.Plenel. L’appel à la vigilance. Face à l’extrême droite. Ed. La Découverte 2023.
3 Les clarifications de François Héran, professeur au Collège de France, sur l'immigration sont très importantes et l’ECCAP s’efforcera d’en parler.
13/07/2023
Ce que nous dit une mère des quartiers populaires
En référence aux émeutes de 2005, F.Ouassak écrivait dans son premier petit livre La puissance des mères paru en 2020 :
« Si des voitures ont brulé après la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, c’est la faute de leurs parents, et non de la police, pourtant directement responsable de leur mort. Ils auraient dû tenir en laisse leurs fils – en laisse ou scotchés devant la télévision, peu importe mais ces sauvageons n’avaient pas à circuler librement le soir;»1.
On en est donc toujours au même point…
Il est difficile de se mettre à la place de cette mère, on est « dérangé;» parfois. Cela a été mon cas. Par exemple quand F.Ouassak échange avec une responsable pour que la cantine accepte que sa fille ne mange pas de viande, ou quand elle rend visite à une pédiatre alors que son fils vient d’être circoncis. La pédiatre croit que le bébé n’est pas propre alors que c’est du « henné qu’il a sur les mains et sur les pieds;». Lisez et vous me direz si vous aussi vous êtes « dérangés;».
F.Ouassak est diplômée de Sciences Po Lille en 1998. Elle nous dit « J’ai travaillé il y a une quinzaine d’années à la politique de la ville, et ensuite comme consultante en politiques publiques;». Ses ambitions et sa radicalité;s’expriment ainsi : « Reprendre le pouvoir qui nous a été confisqué en tant que mères, et prendre plus largement encore le pouvoir politique dans son ensemble »2 et l’ont amené à contribuer à créer le « Front de mères;». Mais sa radicalité n’exclut pas le dialogue, bien au contraire. Dans la préface inédite de la réédition de son premier livre, elle écrit que :
« La sortie du livre a été l’occasion d’échanges riches et enthousiasmants, partout en France comme à l’étranger, dans les quartiers populaires comme en centre-ville, dans les milieux institutionnels, universitaires ou très militants. Quelle fierté d’y porter un point de vue ancré dans les quartiers populaires, ce point de vue que l’on entend si rarement;».
Le second petit livre de F.Ouassak a pour titre Pour une écologie pirate paru en mai 2023. Comme pour le premier livre, c’est une mère à l’écoute de ses enfants qui écrit tout en politisant la question. Elle y parle de Verdragon à Bagnolet, première maison de l’écologie populaire, qui vise à réunir les habitantes et habitants des quartiers populaires autour de l’écologie. Portée en commun par Alternatiba et le Front des mères, Verdragon a connu l’opposition de la gauche et de l’extrême droite :
« la violence de la campagne visant à nous chasser du lieu…traduit selon moi l’obsession raciale des cadres des partis de gauche, qui parlent d’une réalité qu’ils ne connaissent que de loin car aucun n’habite les quartiers populaires ». L’autrice écrit également : « Nous avons aussi été soutenus par nombre de personnalités, notamment écologistes, et Alternatiba a été remarquable de fraternité…en menant à nos côtés la lutte pour sauver Verdragon »3.
Écoutons cet appel :« les luttes des quartiers populaires doivent trouver leur place dans le patrimoine écologiste. Mais ce qu’il faut pour rejoindre le nécessaire front contre le désastre climatique, c’est un projet précis, pensé depuis les quartiers populaires »4.
Tout le monde perçoit bien la gravité des émeutes et des pillages avec destructions de lieux publics qui vont affecter souvent la vie quotidienne des habitants. De multiples commentaires contradictoires se sont exprimés et les détestations réciproques vont bon train. C’est bien notre société qui est malade comme notre démocratie. Certains convivialistes5 proposent ce qui pourrait tenir lieu en quelque sorte de thérapie collective. Il s’agirait de prévoir dans la durée des émissions de télévision et de radio qui théâtraliseraient les points de vue divergents des uns et des autres, aussi bien les jeunes révoltés que les policiers ou les éducateurs et bien d’autres acteurs. Avec l’espoir de lutter ainsi contre les préjugés.
Fatima Ouassak annonce « un prochain livre qui mettra un point final au triptyque avec la question de l’organisation de la société;». Nous l’attendons.
13/09/2020
Changement de cap et effondrement
La pandémie de la Covid 19 met à mal le monde entier et donne un avant-goût de ce qui s’annonce. Depuis des décennies, les prévisions des scientifiques concernant le réchauffement climatique se sont avérées justes et de plus en plus précises, sans pour autant que l’on puisse prévoir des dates ni les enchaînements des évènements.
Impossible de se rassurer en pensant que nous savons ce dont il s’agit en observant les canicules actuelles. Jean Jouzel[2] nous dit « Nous sommes dans une trajectoire de réchauffement de 3% d’ici la fin du siècle même si l’Accord de Paris de 2015 est respecté…Les gens ne se rendent pas compte. Ils pensent que le réchauffement climatique correspond à ce qu’ils sont en train de vivre. Mais ce dont nous parlons, avec les + 3°C ou + 4°C, n’a absolument rien à voir avec la situation actuelle » (p.39). Une augmentation de 3°C pour l’ensemble de la terre entraînera des bouleversements sans commune mesure dans divers domaines : mouvements migratoires, effondrement de la biodiversité, fonte des glaciers et montée des océans, risques sanitaires venant du dégel du permafrost.
Les 10 personnes interviewées dans le livre sont d’accord pour penser que sans changement radical de nos modes de vie, de notre façon de produire, de consommer et d’habiter nous courons à la catastrophe.
Les responsables des interviews de 10 spécialistes écrivent : « De nos rencontres et nos échanges avec dix penseurs éclectiques aux perceptions variées émergent une véritable polyphonie de l’effondrement qui nous éclaire…Toutes et toutes ont su nous apporter matière à réflexion…Notre souhait est qu’il en soit de même pour vous ».
Yves Cochet dit ce qu’il entend par effondrement « j’entends un phénomène qui, en matière démographique, verrait environ la moitié de la population mondiale disparaître en moins de dix ans…et dans tous les autres domaines de la vie individuelle et collective, l’ampleur du bouleversement serait du même ordre. En d’autres termes un effondrement comme jamais l’espèce humaine n’en a connu, jusqu’à être confrontée à sa disparition ». (p. 90). Il considère que la survie de l’espèce humaine est en jeu (p.93). Et selon lui, le seul combat qui vaille consiste à « minimiser le nombre de morts ». Selon lui certains de ses amis collapsologues se font des illusions quand ils pensent qu’en informant on va pouvoir mobiliser et éviter le pire. Et il en veut pour preuve que dans le passé, les mises en garde de plus en plus précises n’ont pas entraîné des décisions à la hauteur des défis à relever.
A l’avenir, il y a bien sûr le risque de guerres, à propos par ex. de l’accès à l’eau, le risque que les gens s’entretuent pour accéder au nécessaire. Mais il y a aussi la conviction de certains que cela pourrait être une incitation à plus d’entraide et de bienveillance. C’est le cas de Pablo Servigne[3]. Quand on lui pose la question « Auriez-vous un conseil à donner à ceux qui prennent conscience de la perspective de l’effondrement ? ». Il répond : « La clé c’est l’amour. Il y a un livre magnifique de Carolyn Baker qui s’intitule « Love in the Age of Ecological Apocalypse ». Sagesse et compassion, l’une avec l’autre ensemble…Et l’amour est le ciment de tout. Si nous le perdons, nous perdons tout ». Caroline Baker est une des 10 personnes interviewées. Elle nous dit : « Tout comme les empires ont colonisé des populations, nous avons été colonisés par la civilisation industrielle. Nous avons intériorisé l’avidité, le profit, la guerre. Nous devons travailler à nous décoloniser nous-mêmes et à devenir des êtres humains à part entière… nous devons essayer de nous soigner collectivement. Une grande partie de mon travail porte sur ce processus de reconstruction ».
L’eccap fait le pari qu’il est encore possible d’éviter le pire, mais le déni des menaces auquel on se heurte est redoutable. L’eccap pour sa modeste part s’efforcera de contribuer à suivre les conseils donnés par Arthur Keller « Créez des groupes de conversation, de réflexion et d’action là où vous vivez, organisez-vous collectivement, unissez-vous, rejoignez des collectifs, réseaux et mouvements s’il y en a » (p.71). Arthur Keller donne un conseil aux dirigeants politiques et économiques : « Plutôt que de vouloir tout décider, donnez aux gens les moyens de redevenir citoyens et de s’organiser, faites jouer l’intelligence collective… ».
Notes
[1] Manon Commaret et Pierrot Pantel. L’effondrement de l’empire humain. Ed. Rue de l’échiquier. 2020.
[2] Jean Jouzel a été Vice-président scientifique du groupe d’experts intergouvernemental su l’évolution du climat (Giec) de 2002 à 2015 avec lequel il obtient le prix Nobel de la paix en 2007, il est le principal auteur des 2ème et 3ème rapports.
[3] P.Servigne dit notamment qu’il s’interroge sur la question du féminin et nous avons reproduit ses réflexions dans la rubrique féminisme de l’eccap.
[4] Exemple du café associatif grin et de ses podcasts : https://legrin.fr/nos-podcast.
01/03/2023
« Comprendre pourquoi on ne se comprend pas »
Cet article est une recension du livre d'Eric Dacheux[1] intitulé Comprendre pourquoi on ne se comprend pas.
La communication entre personnes ne va-t-elle pas de soi? Pourquoi se compliquer la vie et faire appel aux « sciences de l’information et de la communication » comme le fait Eric Dacheux dans ce 260ème petit volume de la collection Biblis du Centre National de la Recherche Scientifique[2]?
Est-il bien nécessaire de se « compliquer la vie » en utilisant des termes abscons comme « communication phatique » qui obligent à consulter le dictionnaire? ou en ergotant pour confronter la communication à d’autre formes de mises en lien : persuasion, diffusion, transmission etc.
Ce livre de vulgarisation demande un effort. Mais le jeu en vaut la chandelle si l’on reconnaît l’ambition qui est derrière. Ni plus, ni moins que «refaire la démocratie » pour reprendre une partie du titre d’un autre livre d’Eric Dacheux et Daniel Goujon : «Défaire le capitalisme, refaire la démocratie – les enjeux du délibéralisme »[3]. Dans cet autre texte, le délibéralisme est défini comme nouvelle conception du vivre ensemble. Autrement dit : « nous serons véritablement en démocratie quand les personnes concernées par un problème auront la possibilité de le résoudre elles-mêmes[4] ». Ce qui est le point commun des initiatives d’économie solidaire : « ce sont toutes des organisations démocratiques qui agissent suite à une délibération interne ».[5]
Pour « Comprendre pourquoi on ne se comprend pas » il est alors fructueux d’entrer dans les distinctions subtiles auxquelles nous engage ce petit livre. Alors que la communication est « une mise en lien qui vise la co-construction de sens entre altérités libres et égales » (p.46), elle n’est jamais à l’abri de l’ambivalence avec d’autres manières de mettre en lien les humains : la persuasion, la transmission de connaissances etc. Alors que la communication est « le fruit incertain d’une élaboration humaine complexe qui sera interprétée de manière différente d’un individu à l’autre », elle « est aussi une danse relationnelle, la recherche de la bonne distance entre le même et l’autre…régie par des règles culturelles et sociales qui offrent un cadre sécurisant permettant aux danseurs de rentrer en contact sans se heurter violemment »(p. 148).
Le dernier chapitre explique pourquoi les outils numériques sont « un remède pire que le mal ». Les outils numériques « sont de formidables machines permettant de nous connecter à distance, d’accéder à un potentiel quasi infini d’informations…ce ne sont pas des machines à communiquer. Communiquer en effet, nous l’avons montré tout au long de cet ouvrage, réclame du temps et de l’espace » (p.179).
« Les outils numériques que nous utilisons appartiennent à des multinationales regroupées sous le titre de GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) » (p.180). Ces outils, « loin de tenir les promesses d’une compréhension plus forte entre les hommes, représentent un danger pour nos sociétés démocratiques ». Les GAFAM plus puissantes que bien des États utilisent nos données personnelles et nous incitent à rester dans notre bulle de confort. « Or, … communiquer ce n’est pas rester chacun dans sa bulle, c’est prendre le risque de bâtir une bulle commune. De même construire une démocratie, ce n’est pas simplement laisser chacun explorer sa manière de voir le monde, c’est construire à partir des singularités, une vision commune, un intérêt général qui n’est pas réductible à la somme des intérêts particuliers » (p.184).
Notes
[1] Eric Dacheux. Comprendre pourquoi on ne se comprend pas. CNRS Editions. Coll. « Biblis;». Paris 2023. Avec en exergue la citation suivante de Dominique Wolton :: «Royaume du malentendu, des quiproquos, des mélancolies, la communication n’est jamais assurée d’être efficace. Impossible de s’en passer; difficile d’en être heureux ! »
[2] Cette petite collection de vulgarisation aborde tous les sujets.
[3] Eric Dacheux, Daniel Goujon. Défaire le capitalisme, refaire la démocratie. Les enjeux du délibéralisme. Ed. Erès, février 2020.
[4] E.Dacheux se réfère au philosophe John Dewey
[5] Sous la direction de Josette Combes, Bruno Lasnier, Jean-Louis Laville. L’économie solidaire en mouvement. Ed. Erès. Nov. 2022, p.64.
02/07/2023
Construire notre récit commun
A la suite de la proposition de plan d'action de Bastien Sibille, visant à :
- nous relier (construire notre récit commun et de la confiance)
- nous renforcer (créer un fonds citoyen visant 1 milliard d'euros)
- étendre notre capacité d'action (Documenter, former, accompagner les initiatives naissantes Gagner en visibilité Préparer l'extension du réseau).
Guy Roustang a rédigé la note suivante pour contribuer à la réflexion sur le récit commun à construire.
Selon Patrick Viveret, Laurent Berger posait la question : « Que ferions-nous si nous étions aux manettes ? » Pour répondre à cette question, il est essentiel de présenter un projet désirable et crédible qui permette de lutter contre les abstentions avec la menace de voir le Rassemblement National arriver au pouvoir après la politique néolibérale désespérante d’E.Macron[1]. Un projet qui soit écologique, sociale et démocratique[2] et qui permette de satisfaire une grande partie de la population.
Projet à diffuser chaleureusement avec le plaisir d’alimenter les combats des jeunes générations, de transmettre ce que nous savons. Tirer les leçons des échecs et ridiculiser les nantis qui utilisent les jets privés. Avoir une diversité d’argumentaires. Admirer l’intérêt du souci de la nature et des animaux, se rallier à de nouvelles façons de sentir (Descola et Mbembé) et respecter (voir le petit livre d’Agathe Cagé « Respect »).
Denis Clerc devrait être fier d’avoir créé Alter Eco plutôt que de perdre espoir, et Alain Caillé fier du convivialisme au lieu de se désoler que « rien ne marche ». Peut-être est-il temps de passer la main[3], de considérer que c’est aux jeunes de reprendre le flambeau, qu’ils sont « le monde de demain ». C’est ma façon d’interpréter ce que nous dit Dorothée Browaye : « Il y a assez de jeunes générations engagées dans cette démarche pour les rejoindre, plutôt que de croire à un ralliement à nos idées ! »[4]. Intéressant de constater aussi que Bastien Sibille nous propose un « plan d’action » sans en rester au niveau des idées en espérant que nous pouvons faire confiance à son charisme d’entrepreneur. Le « récit commun » est la première étape de ce plan, dont nous ne pouvons pas savoir ce qu’il donnera. Comment s’organisera la réunion du 6 juillet aux Bernardins ? Je me le demande bien en notant par exemple que nous sommes 80 à nous être inscrits dans le projet de récit commun.
Nous ne nous mettons pas à la place des partis politiques et ne prétendons pas agir à leur place mais il me semble que nous sommes en amont des luttes électorales, que nous préparons le terrain aux partis de gauche en agissant de telle façon qu’ils aient tout intérêt à s’inscrire dans ce que nous aurons préparé.
Assurer la diffusion de ce que nous proposons par de multiples canaux, notamment la Revue dessinée, éd. du Seuil, qui a créé des bandes dessinées sur « Capital et Idéologie » d’après le livre de T.Piketty, ou « On leur vend des armes »…et le pire c’est qu’ils s’en servent ». Pour diffuser largement notre récit commun, pourrait-on aboutir à un opuscule de quelques dizaines de pages ?
Sur certains sujets, il devrait être possible d’intéresser des gens de bonne volonté et de dépasser les oppositions gauche-droite. Je pense par exemple à un rapport parlementaire signé par diverses tendances politiques qui avaient souligné la honte du sous équipement des services publics en Seine St Denis, de même un rapport de 4 sénatrices de divers partis qui dénonçaient la diffusion de la pornographie. Sur la régulation des Gafam gauche et droite ne pourraient-elles pas s’unir etc. etc.
Une question importante selon moi : ne doit-on pas envisager des formations;autour de nos propositions ? Des formations par l’université numérique ? Par les divers canaux d’éducation populaire ?
Ne pas se contenter d’un public déjà acquis et surtout s’intéresser à ceux qui s’abstiennent parce qu’ils ne croient plus que des politiques pourraient changer leur situation. D’où l’intérêt de textes comme ceux d’Ulysse Rabaté (La politique beurk,beurk) du Bondy blog ou des livres de Fatima Ouassak[5].
Voici quelques thèmes à privilégier (parmi beaucoup d’autres) que je me contente de lister pour l’instant[6], puisque je ne sais pas sous quelle forme sera rédigé le récit commun, 1ère cible du Plan d’action de Bastien Sibille.
- Réchauffement climatique voir les alliés du compte Carbonne individuel avec Pierre Calame.
- Comment entendre ce que nous dit Fatima Ouassak : « l’écologie politique et électorale n’est pas du tout implantée dans les quartiers populaires » bien plus « le rapport de domination politique exercé par les classes moyennes supérieures blanches au nom de l’écologie risque de s’exacerber avec la crise climatique;» (pp. 80/81 de son livre « Ecologie pirate »)
- Financement de la politique. Dans son livre « Le prix de la démocratie » Julia Cagé soutient, chiffres à l’appui, que l’argent a un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Pire : l’État subventionne davantage les orientations politiques des plus aisés, favorisant ainsi les partis de droite. Les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches (voir son interview dans Libération reproduit dans ECCAP, auteur ECC). Des propositions remédiant à cette question « oubliée » s’impose absolument.
- Assurer l’indépendance des médias aujourd’hui sous la coupe d’une dizaine de milliardaires.
- Le manifeste fiscal, juste et féministe d’Oxfam du 9 décembre 2021 montrait comment une autre fiscalité permettrait de mieux financer les services publics. Intéressant de noter au passage qu’Oxfam participe aussi bien au « Pacte Pouvoir de vivre » appuyé par la CFDT, qu’à « Plus jamais ça » soutenu par la CGT.
- Pour éviter une société d’héritiers, voir la note de France Stratégie de Clément Dherbicourt de janvier 2017. Parmi les suggestions : « On peut imaginer par exemple que l’État verse un capital au dix-huitième anniversaire de tous les individus ».
- « Pour rompre avec l’élitisme monarchique français…élargir considérablement l’aire de recrutement de nos élites en mettant (réellement en synergie) les classes préparatoires, les grandes écoles et l’université ». Voir Alain Caillé « Si j’étais candidat » p.47.
- Etc.
Notes
[1] Loin d’être le « maître des horloges », E. Macron est le garçon d’ascenseur qui fait monter Marine Le Peine aux étages supérieures.
[2] Plusieurs textes ont servi de base à la rédaction de cette note, citons plus particulièrement : Paul Magnette : « La vie large »; F. Ruffin : « Le temps d’apprendre à vivre » et « Je vous écris du front de la Somme »; le « Second manifeste des convivialistes »; A.Caillé : « Si j’étais candidat » etc..
[3] Peut-être est-ce plus facile pour moi de « passer la main », moi qui suis d’une génération plus âgée que la plupart d’entre vous, par exemple qu’Hugues Sibille père de Bastien. Je peux reprendre ce que disait Véronique Decker directrice d’école pendant un quart de siècle en Seine St Denis : « Si je m’interroge sur les résultats de nos luttes, le bilan est maigre. On n’a pas beaucoup avancé, mais ça m’a bien occupée ».
[4] Courriel de D. Browayes dans le débat des convivialistes le 13 juin 2023 à 16 h 39. Voir aussi « Dialogue entre deux générations » Ed. Les petits matins 2022 de Bastien Sibille et Hugues Sibille.
[5] Fatima Ouassak a déjà écrit deux livres : « La puissance des mères » La Découverte 2020; « Pour une écologie pirate-Et nous serons libre ;» La Découverte 2023. Un troisième est annoncé qui traitera de " L'organisation de la société ».
[6] Alain Caillé parle de « mesures basculantes ».
15/04/2021
Contribution à l'échange M.Merchier - A.Koulberg
[1] André Koulberg avait participé aux premières réflexions autour de la création de l’eccap et a rédigé deux articles pour l’eccap.
[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/25/je-ne-peux-m-empecher-de-voir-dans-l-actuel-deferlement-de-haine-contre-l-unef-un-vertigineux-retour-en-arriere_6074382_3232.html
[3] Au lieu de suspecter trop largement l’ensemble des musulmans de séparatisme, le gouvernement ferait mieux de s’attaquer au séparatisme de ceux qui fuient l’impôt en France en bénéficiant des paradis fiscaux, de lutter contre le désarroi de certaines banlieues.
[4] Comme le rappelle A.Caillé dans le texte que je cite à la fin, il y a plusieurs significations du port du masque par les femmes musulmanes.
[5] Alors que je partageais le point de vue exprimée par la tribune de J.L.Laville le lendemain également dans Le Monde. Article disponible ici : http://www.jeanlouislaville.fr/wp-content/uploads/2020/11/tribune-La-théorie-décoloniale.pdf
[6] Voir son article « De quoi la blockchain est-elle le nom ? ».
[7] http://www.journaldumauss.net/spip.php?page=imprimer&id_article=1577
29/02/2024
De la démocratie dans le travail pour sauver la démocratie
Ce titre est la dernière phrase du livre de François Ruffin: « Mal travail - Le choix des élites;». Il résume bien l’essentiel du message de deux autres livres récemment parus : celui de Laurent Berger : Du mépris à la colère – Essai sur la France au travail et celui de Paul Magnette : L’autre moitié du monde – Essai sur le sens et la valeur du travail.
F.Ruffin est député de la Somme, Laurent Berger était secrétaire général de la CFDT de 2012 jusqu’au mois de juin 2023, Paul Magnette est professeur de théorie politique et président du Parti socialiste belge. La parution coup sur coup de ces trois livres sur le travail doit attirer notre attention. Le titre de cet article est une tentative de réponse à cette phrase de Jean-Jaurès « La Révolution a fait du Français un roi dans la cité et l’a laissé serf dans l’entreprise;».
Le travail, écrit Laurent Berger, représente un enjeu démocratique fondamental. Et « à l’inverse le chômage, la précarité, le mépris, les bas salaires créent du ressentiment – une tendance sur laquelle l’extrême droite progresse allégrement;» [1].
Le titre du livre de Paul Magnette;L’autre moitié du monde vient d’une citation du Pantagruel de François Rabelais : « …il est bien vrai ce que l’on dit, que la moitié du monde ne sait comment l’autre vit ». Ce qui est sans doute notre cas en tant que lecteur de la lettre de l’ECCAP. Nous qui avons applaudi les premiers de corvée lors de l’épidémie du Covid sans connaître le plus souvent leurs véritables conditions de travail. D’où l’intérêt de lire ces trois livres qui nous parlent des conditions de travail.
L.Berger secrétaire général, allait chaque semaine à la rencontre des salariés d’une entreprise pour discuter, écouter. Et ce qu’il entendait d’abord c’était la fierté du travail réalisé quelle que soit sa diversité. Mais souvent s’exprimait l’absence de reconnaissance des compétences et du désir de bien faire son boulot. L.Berger écrit : Dans le débat public, le travail est un « sujet extraordinairement mal traité;». Pourtant comme le souligne Paul Magnette, qui cite souvent dans son livre la philosophe Simone Weil : « On a toujours besoin pour soi-même de signes extérieurs de sa propre valeur;».
Le livre de François Ruffin abonde de rencontres avec des travailleurs qui relatent leurs expériences. Citons le cas de Valérie, trente ans de caisse chez Continent devenu Carrefour qui dit : « ça peut vous paraître bizarre, mais mon métier de caissière, je l’aimais bien. ». Mais l’obligation de s’en tenir avec le client à SBAM, c’est-à-dire : « Sourire- bonjour-au revoir-merci;»; ou avoir entendu un jour le chef dire à un client : « C’est terminé, les caissières ne parlent plus à personne;» l’a fait craquer, perdre l’envie.
Un mal français
Cinquante et un pour cent des salariés en France ont le sentiment de pouvoir influencer les décisions importantes de l’entreprise qui les concernent contre 85% dans les pays scandinaves[2]. « Sur le travail, dans toutes les enquêtes européennes, la France est distancée par les voisins qui lui ressemblent, au profil social et économique proche;»[3]. Pour ne prendre qu’un exemple parmi bien d’autres : en France il y a 4,5 accidents mortels au travail pour 100.000 salariés par an, c’est-à-dire que parmi une vingtaine d’autres pays, seules la Lituanie, Malte et la Lettonie ont de plus mauvais résultats que nous. La sociologue Marie-Jeanne Dujarier propose un néologisme : les « planneurs;» pour qualifier ces concepteurs de dispositifs qui précisent règles et process qui s’imposent aux exécutants sans avoir eux-mêmes expérimentés. Et l’article d’Alternatives Économiques Enquête sur le management ;à la française;le caractérise comme « autoritaire, technocratique, vertical;». Alors que chez tous les salariés, « on entend désormais la même aspiration à la reconnaissance, à l’autonomie, au respect, la même volonté de pouvoir s’exprimer sur son travail, d’être écouté;»[4].
[1] « Que sait-on du travail;? » rassemble 37 contributions de 60 chercheurs. Bruno Palier, qui a rédigé l’introduction, a été auditionné et a déclaré : « « Le ressentiment privé, dans l’entreprise, lorsqu’on s’y trouve maltraité, méprisé, rejaillit en ressentiment public, où l’on subit des dirigeants le même mépris. C’est manifestement un ressort, sinon un moteur du vote RN. »
[2] Voir Alternatives économiques, février 2024, page 29.
[3] Livre de F.Ruffin, p.40.
[4] Livre de Laurent Berger, p.25.
13/11/2017
De l’agriculture industrielle à l’agro-écologie. Reconquérir la souveraineté alimentaire des territoires.
Notes
1)Voir Quelles alternatives écologiques agricoles ? Sophie Chapelle, journaliste à Bastamag.net in En quête d’alternatives économiques, l’Etat du monde 2018. Ed. La découverte 2017, pages 107 à 112.
2)C’est ce qu’écrivait Denis Clerc d’Alternatives économiques que je citais dans « Démocratie : le risque du marché » DDB 2002, p.70. La situation n’a probablement pas beaucoup changé depuis. 3)(R)évolutions-Pour une politique en actes. Ed. Actes Sud 2012 p.43 et ss.
15/07/2020
Démocratie de l’abstention. Danger ! Quelques défis à relever
Au second tour des élections municipales, la chute du taux de participation a amené une professeure de science politique à déclarer : « Un cap est franchi dans le basculement vers les démocraties de l’abstention »[1]. Dit autrement, c’est l’avenir de notre démocratie qui est en danger si les citoyens s’en désintéressent [2]. D’autant plus que l’environnement international amènera peut-être la publication prochaine d’un livre « La fin des démocraties », trente après « La fin de l’histoire » de Fukuyama qui prédisait le triomphe des démocraties. Mais quarante ans de néolibéralisme sont passés par là.
Le taux d’abstention augmente d’année en année mais il est plus marqué chez les jeunes et dans les quartiers défavorisés. S’il a été en moyenne de 60% toutes tranches d’âge confondues au second tour des municipales, il a été de 72% selon un sondage pour les jeunes de 18 à 34 ans. Et ce sont les quartiers les plus populaires qui ont connu les taux d’abstention les plus élevés. On a moins voté à la Seine St Denis qu’ailleurs en France. La Seine St Denis le département le plus pauvre de France.
Face aux défis de l’abstention plus marquée dans les quartiers défavorisés et chez les jeunes, nous pouvons évoquer plus spécialement trois défis à relever pour sauver notre démocratie : la situation des quartiers défavorisés, la laïcité, la police.
Pour un plan massif de soutien aux quartiers populaires
Dans une lettre précédente nous faisions état du rapport à l’Assemblée Nationale le 31 mai 2018 remis par deux députés (l’un du Parti Républicain, l’autre de la République en marche) « sur l’évaluation de l’action de l’Etat dans l’exercice de ses missions régaliennes à La Seine St Denis ». Ce rapport impressionnant, consternant et passionnant listait les injustices et les torts causés au département le plus pauvre de France, il comprenait toute une série de propositions. Aujourd’hui c’est le rapport du Conseil National des Villes placé auprès du premier ministre qui plaide pour un plan de soutien massif aux quartiers populaires. Sa vice-présidente Fabienne Keller nous dit : «La crise a agi comme un révélateur des grandes fragilités et de l’urgence d’agir dans les quartiers. Avant la crise, les disparités étaient déjà criantes : un taux de chômage 2,7 fois plus élevé que la moyenne nationale, un tiers des jeunes de 16 à 25 ans sans emploi ni formation, 42 % de la population sous le seuil de pauvreté, indigence des équipements et des services publics… Avec la crise, elles ont explosé. A la pauvreté s’ajoute la pauvreté. Au chômage s’ajoute du chômage. Aux discriminations s’ajoutent des discriminations. Dans ces conditions s’ajoutent le découragement, la colère mais aussi la violence »[3]. Et devant l’abandon dont ils sont victimes, des jeunes et des moins jeunes peuvent être tentés de s’identifier à une conception rassurante de la religion.La laïcité
Le 10 juin dernier, un documentaire sur la chaîne LCP permettait à Salman Rushdie de relater son histoire, trente ans après que la fatwa de Khomenei ait appelé tous les musulmans à le tuer. Dans le débat qui a suivi ce documentaire, on ressentait un certain malaise. Il apparaissait que Mohamed Sifaoui ne pouvait plus intervenir à la Sorbonne, comme si ceux qui avaient pris cette décision craignaient simplement d’être traités d’islamophobes. Ce qui fait penser à l’affaire Mila (voir Lettre 22), cette jeune lycéenne qui a dû quitter son lycée suite à des milliers de message qui la menaçaient. Après une intervention d’Usul sur Mediapart, Gil Gosseyn a fait le commentaire suivant le 17 février 2020 : « Mediapart se réveille et de la pire des manières en sous-entendant que seuls les fachos sont indignés par cette affaire » ce qui est selon lui regrettable et révélateur d’une certaine attitude d’une partie de la gauche, qui craint d’être accusée d’islamophobie. Quelqu’un rappelait récemment que les catholiques s’étaient bien ralliés à la laïcité et à la République, et qu’il convenait de reconnaître que si une large majorité de musulmans étaient à l’aise dans la République, il convenait de ne pas s’en laisser compter en craignant d’être accusés d’islamophobie. L’islamisation qui suppose de laisser les lois religieuses empiéter sur les lois de la République n’est pas de mise.[4]
Pour une police de la confiance pour le bien de la police et de la population
C’est ce que souhaite notamment F.Ruffin. En effet, il n’est pas bon que les policiers aient la peur au ventre dans certains quartiers et que les jeunes soient systématiquement hostiles à leur égard. Pour Jacques Toubon qui vient de quitter sa fonction de défenseur des droits, l’un des moyens de restaurer la confiance serait de relancer une vraie discussion sur la traçabilité des contrôles d’identité, qui avait été promise par François Hollande en 2012 et ne s’était jamais concrétisée. Ces contrôles ne sont pas anodins et sont perçus par les jeunes comme une humiliation. En 2017, une étude avait montré que les jeunes « perçus comme noirs ou arabes » avaient 20 fois plus de chances d’être contrôlés que les autres.
Cette hostilité entre police et jeunes des banlieues n’est pas inéluctable, si l’on en juge par les souvenirs de Ladj Ly, réalisateur des Misérables [5], qui se souvient qu’adolescent il jouait au foot avec des policiers. C’était au temps de la police de proximité créée en 1998 par Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur dans le gouvernement Jospin, qui la définissait ainsi : « c’est une police qui est à la fois préventive, dissuasive et répressive ». Et Ladj Ly témoigne qu’avec ces policiers il y avait des échanges et que l’on pouvait communiquer et discuter. Cette police de proximité a été supprimée par N.Sarkosy, alors Ministre de l’intérieur, qui avait déclaré : « la police n’est pas là pour organiser des tournois sportifs, mais pour arrêter les délinquants, vous n’êtes pas des travailleurs sociaux » et il promettait de nettoyer au karcher la cité des 4000 à La Courneuve et de débarrasser le quartier des canailles. Propos déplacés si l’on veut éviter de mettre de l’huile sur le feu. Il serait important qu’une large concertation entre toutes les parties concernées puisse définir les conditions d’une politique de la confiance entre police et citoyens.
Notes
[1] Pages Idées du Monde du 3 juillet 2020.
[2] La dernière lettre n°31 sur la convention citoyenne pour le climat a suscité des réactions diverses. Elle était écrite par les deux responsables actuels de l’eccap, qui n’étaient pas d’accord entre eux. Ce sera l’occasion d’ouvrir un débat sur l’intérêt ou non des conventions citoyennes pour contribuer au renouveau de nos démocraties. Nous ferons état de ce débat prochainement.
[3] Voir le rapport du CNV et Le Monde du 2 juillet 2020.
[4] Voir les débats autour du livre « Inch ’Allah. L’islamisation à visage découvert de G.Davet et F.Lhomme. Enquête sur la Seine St Denis. Ed. Fayard 2018.
[5] Interviewé par Guillaume Erner lors des matins de France Culture le 15 novembre 2019.
15/10/2020
De nouvelles pistes pour l'eccap
Point de situation de l’eccap : comment contribuer à une prise de conscience collective ?
De la matière, précieuse, est construite. Elle est rendue visible par le site Internet de l’eccap et par sa lettre bimensuelle. Cette première étape, nécessaire, ne suffit pas à une prise de conscience collective. En effet, la mise à disposition de contenus ne signifie ni accessibilité – dans la profusion d’informations – ni formation. De plus, ces contenus ne sont pas débattus, ni en dehors de l’eccap ni entre les contributeur∙rices[1]. Or, il nous semble que c’est par la participation que les citoyen∙nes se sentant concerné∙es par un sujet peuvent développer leur capacité à former des jugements sur des problèmes publics (Dewey, 1927). Autrement dit, l’eccap, en cohérence avec son projet social, pourrait nourrir les débats et l’action collective dans les espaces publics de proximité de la société civile et en retour s’enrichir des réflexions citoyennes. C’est dans cette optique que nous proposons d’expérimenter une collaboration avec un premier espace physique : le café associatif « Grin ».
Une coopération avec un espace physique : le Grin
Le Grin est le nom que l’on donne au Mali à ces groupes de personnes qui se plaisent à défaire et refaire le monde autour du thé. Le Grin[2] à Clermont‑Ferrand est un espace public de proximité : un espace de causeries construit autour des trois thés du Grin traditionnel. Le premier, amer, symbolise l’étonnement vis-à-vis des opinions et connaissances que l’on a adoptées le deuxième, fort, la construction de savoirs à partir de l’expérience collective le troisième, sucré, l’ouverture à la multiplicité des façons de penser de tout un chacun. Le Grin se veut aussi grain de sable : il ne s’agit pas de se complaire dans des certitudes mais de les mettre en débat. Avant d’être un espace physique, le Grin est un idéal en travail : il s’agit de créer et partager des savoirs et des visions du monde pour avancer ensemble.Le Grin s’appuie sur ces trois thés pour explorer avec son public, pendant un trimestre, une question de société par le prisme de plusieurs mondes - sciences, sports, arts, spiritualités etc. - et de plusieurs sens - les sensations (les cinq sens ou le corps), les significations (la raison), la sensibilité (l’émotion). Jusqu’à la fin du mois de décembre, c’est la thématique du travail qui est abordée, intitulée « Bosser Bosser » : défaire et refaire le mot travail, faut-il travailler pour avoir un revenu, le travail intérieur, le travail de création…. sont autant de façons pour le Grin d’appréhender la thématique.
Nous proposons plus spécifiquement aux ancien∙nes et futur∙es contributeurs et contributrices de l’eccap de se pencher sur la thématique « changement de cap et travail » : écriture d’un article, témoignage, propositions musicales, illustrations graphiques, participation à un podcast (via un entretien téléphonique avec un membre du Grin), participation à une causerie au Grin etc.… votre participation alimentera la rubrique « travail »[3] de l’eccap, voire ses débats, et sera confrontée aux publics du café associatif « Grin ».
Voici donc une première proposition très concrète permettant, en accord avec le projet social de l’eccap, de diversifier les formats des contributions et de favoriser l’intelligence collective autour du changement de cap, sur une thématique – le travail - en cours d’exploration dans un espace public de proximité – le Grin.
Notes
[1] Un débat sur la convention citoyenne est né cet été (2020). Il est visible en ligne ici.
[2] Le Grin est initialement porté par l’association franco-malienne Kodon. Le Grin a plusieurs activités en son sein : librairie et bibliothèque des Afriques, café et production de jus, média (causeries et podcasts). Plus d’informations sur le site du Grin.
[3] La rubrique travail de l’eccap compte à ce jour les articles suivants :Au-delà de l’emploi, quelles activités ? par Guy Roustang
Le travail, instrument de domination, par Guillaume Borel
La RTT, béquille du productivisme ou porte d'un nouveau monde ? par Maurice Merchier
01/06/2021
Eccap et Economie sociale et solidaire
Notes
[1] Dans l’excellent petit livre « Quel monde associatif demain ? » paru en avril 2021, le chapitre « Les communs numériques : coopérer par l’information » analyse les bienfaits et les limites de l’usage du numérique.Dans ce petit livre il y a un article qui devrait intéresser les militants de l’ESS présents à Clermont-Ferrand. Il commence ainsi : « Pendant le XXème siècle, les débats se sont focalisés sur le dualisme marché-Etat. Ce raisonnement binaire commence à s’épuiser. Les communs tout autant que l’économie sociale et solidaire (E.S.S.) stimulent le débat en visibilisant un troisième pôle constitué à partir de la société elle-même »;
04/09/2021
Election présidentielle d’avril 2022 et Primaire populaire
Notes
[1] Voir Mediapart 10 octobre 2020.[2] Des élus de gauche et écologistes, locaux et nationaux, répartis sur tout le territoire et appelant de leurs vœux à une « primaire populaire » en novembre pour désigner un candidat commun à l’élection présidentielle de 2022. L’Obs. 30 juillet 2021. « Pour le climat, pour la justice sociale, pour la démocratie, pour la victoire en 2022, nous, élus et élues, vous appelons, collègues et camarades, à nous rejoindre pour soutenir et prendre part à la “primaire populaire” ».
[3] Voir leur site Primaire populaire.
[4] Le site de la PP explique les modalités du vote.
[5] Pour donner du poids à cette initiative remarquable, nous engageons tous les abonnés à l’eccap à participer à cette primaire populaire.
[6] Voir ci-joint le texte de B.Perret intitulé « Remarques sur la primaire populaire (PP) » qui considère que la PP est une fausse bonne idée.
[7] Voir ci-joint un autre texte de B.Perret, extrait de son livre et intitulé « Un changement nécessaire et radical de notre mode de vie » qui reproduit la déclaration imaginaire du Président de la République qui explicite ce que signifierait un changement de notre mode de vie. A la suite de quoi il démissionne en considérant que c’est à la société de prendre ses responsabilités.
01/04/2022
Élection présidentielle et changement climatique
Les programmes des différents candidats ne sont pas à la hauteur.
Un plan de transformation de l’économie pour échapper à l’effondrement.
Notes
1 « Pour une fiscalité plus juste en faveur de l’Etat social ».2 Voir F.Dosse, in AOC du 10 mars 2022, « Macron ou le peuple de gauche floué ». F.Dosse rappelle qu’il avait écrit un livre enthousiaste en 2017 « Le philosophe et le président ». Profondément déçu, il écrit : « je me suis senti un devoir déontologique de publier le livre critique : « Macron ou les illusions perdues. Les larmes de Paul Ricoeur » Ed. Le passeur.
3 Le Journal du Dimanche du 20 mars 2022 a donné le résultat de l’analyse du RAC et Le Monde du 30 mars a donné la synthèse de celle du Shift Project présidé par Jean-Marc Jancovici. .
4 The Shjft Project. Climat, crises : Le plan de transformation de l’économie française. Février 2022. Ed. Odile Jacob.
5 Les accords internationaux signés à Paris en 2015 prévoyaient que pour ne pas dépasser un réchauffement de plus de 2 degrés à la fin du siècle, l’humanité devait réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 5% par an.
17/12/2019
Espérer malgré tout
Il faut se rendre à l’évidence, Emmanuel Macron est bien le président des riches, le « grand manipulateur »[1] dans la ligne du néo-libéralisme.
Nos amis qui croient encore qu’E.Macron est le meilleur rempart contre Marine le Pen devraient déchanter, car le risque est bien de voir le mécontentement généralisé amener au pouvoir le Rassemblement National. Le « ni gauche, ni droite » de notre Président doit faire place à un autre slogan : ni Macron, ni Marine Le Pen ni néo-libéralisme, ni repli identitaire.
Les ambitions de l'ECCAP
Mais l’ECCAP ne désespère pas. Elle ose espérer un changement d’envergure et veut apporter très modestement sa part avec les ambitions suivantes.Elle se situe bien au niveau politique en espérant contribuer à une évolution de l’opinion, à un accord majoritaire pour des changements radicaux d’orientation sans pour autant entrer dans le jeu de la recherche du pouvoir, qui n’est pas de son ressort. Après avoir explicité dans notre Avant-Propos les dangers à affronter, et sans prétendre définir une nouvelle doctrine en « isme », il s’agit de contribuer à sortir du marasme et de la désespérance, car un autre horizon est possible. De multiples cheminements en cours donnent des raisons d’espérer.
Martin Luther King déclarait en 1967 : « Il est grand temps de passer d’une société orientée vers les choses à une société orientée vers les êtres ». D’autres diront qu’au lieu de se centrer sur les biens il faut se centrer sur les liens. Imaginons ce que serait une politique et un gouvernement qui, au lieu de mettre au centre du pouvoir le Ministère des finances et de l’économie, y mettrait le Ministère de la culture. Ce que serait une société qui mettrait l’éducation au cœur en allant à l’encontre d’un capitalisme qui « vit en épuisant les réserves anthropologiques constituées pendant les millénaires précédents. De même qu’il vit en épuisant les réserves naturelles »[2] .
Parler d’encyclopédie peut sembler bien prétentieux, mais il s’agit de souligner la multiplicité des sujets à aborder pour changer de cap. Nicolas Hulot qui s’adressait récemment à la Convention Collective pour le Climat souhaitait la bienvenue dans le monde de la complexité aux 150 citoyens, rassemblés pour proposer des solutions.
L’ECCAP veut constituer une base de données et de connaissances auxquelles les citoyens et tous ceux qui s’occupent d’information ou d’éducation populaire pourraient se référer. Il s’agit aussi de faire état des innombrables réalisations qui contribuent dès maintenant à « faire société autrement »[3].
Cela suppose d’étendre le nombre de contributeurs spécialistes d’un sujet qui l’exposent de manière pédagogique en quelques pages. Bien des personnes ont déjà rédigé des articles ou se sont engagés à le faire dans les prochains mois, dans un esprit d’éducation civique et citoyenne.
Il s’agit aussi de renvoyer à des sites spécialisés qui font un excellent travail, que ce soit par exemple sur les inégalités ou sur les questions environnementales. A cet égard, l’encyclopédie peut jouer un rôle de carrefour en permettant à des personnes ou des groupes, spécialisés dans une réflexion ou une action dans un domaine particulier, de prendre conscience que c’est un ensemble qui permettra un changement d’importance.
L’ECCAP devra préciser bientôt comment ouvrir des débats. Ceux-ci n’auront de sens que s’il y a accord préalable entre les uns et les autres sur la nécessité d’un changement de cap. Mais il y a place pour des débats entre personnes ou organisations qui partagent une visée commune. Rien ne serait plus inquiétant que la prétention de détenir une vérité à imposer. [4]
Peut-on espérer que la France (et l’Europe ?) joue un rôle de phare pour orienter autrement notre planète, alors même que les grands de ce monde nous amènent plutôt à être terriblement inquiets, qu’il s’agisse de Trump, de Poutine, ou de Xi-Jin-Ping ? Quitte à terminer sur un excès d’optimisme, citons ce qu’écrivait Bruno Viard dans un article de l’ECCAP : « De quelque façon qu’on les formule, les trois termes de la triade républicaine sont les guides qui doivent inspirer la transition à laquelle l’humanité est sommée de procéder à l’heure de la mondialisation »[5].
Notes
[1] Marc Endeweld. Le grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron. Ed.Stock 2019.
[2] Cité par Alain Supiot dans sa leçon de clôture au Collège de France « Le travail n’est pas une marchandise ». juillet 2019.
[3] « Faire société autrement » est le titre du numéro 28 de la Nouvelle revue de Psychosociologie.
[4] Voir à ce propos la contribution d’Eugène Enriquez dans l’eccap intitulée « Psychosociologie et changement de cap ».
[5] Voir les articles de Bruno Viard dans l’eccap.
01/10/2017
Esquisse sur les besoins.
- A lire : J.B. de Foucauld : L’abondance frugale, pour une nouvelle solidarité, Odile Jacob, Paris, 2010. Pierre Rabhi. Vers la sobriété heureuse ? Actes Sud 2010.
15/07/2021
Et si l’abstention s’expliquait par le manque de respect ?
Une page est tournée
Pour une politique du respect
Notes
[1] Donatien Huet et Ilyes Ramdani in Mediapart 4 juillet 2021.[2] Didier Daeninckx « Municpales. Banlieue naufragée ». Tracts Gallimard. N°13, février 2020.
[3] Agathe Cagé. Respect. Ed. Equateus. Mars 2021.
02/04/2019
Féminisme. Quelques citations.
1 - Et si le regard féminin changeait l'économie
(Luigino Bruni dans Avennire du 7 otobre 2018)Économie est un mot grec qui décrit directement à la maison (oïkos nomos, règles pour gérer la maison), et donc la famille. Cependant l'économie moderne, et plus encore l'économie contemporaine, s'est pensée comme un milieu régi par des principes différents et à de nombreux égards opposés aux principes et aux valeurs qui ont toujours régi et continue de régir la famille. Un principe qui fonde la famille, peut-être le premier et celui qui sous-tend tous les autres, c'est celui de la gratuité… La famille est en effet le principal lieu où nous apprenons pour toute la vie et spécialement depuis l ' enfance ce que Pavel Florensky appelle «l'art de la gratuité». C'est là surtout en tant qu'enfants, que nous apprenons aussi à travailler, car il n'y a pas de travail bien fait sans gratuité. Notre culture, cependant,
Dire gratuité signifie donc reconnaître qu'un comportement doit être fait parce qu'il est bon et non parce qu'il est récompensé ou sanctionné. La gratuité nous sauve ainsi de la tendance prédatrice qu'il y a en chaque personne, elle nous demande de manger les autres et nous-mêmes. C'est ce qui distingue la prière de la magie, la foi de l'idolâtrie, ce qui nous sauve du narcissisme, qui est la grande maladie de masse de notre époque, à cause de l'absence de gratuité.
Si la famille veut et doit cultiver la gratuité, elle doit faire très attention de ne pas importer dans son foyer la logique de l'incitation qui prévaut aujourd'hui partout… Si, en revanche, même au sein de la famille, on commence à mettre en pratique la logique et la culture de l'incitation et que l'argent devienne ainsi le «pourquoi» on fait ou ne fait pas les tâches et les petits travaux domestiques, ces enfants en tant qu'adultes seront difficilement de bons travailleurs, car le travail bien fait de demain repose toujours sur cette gratuité qu'on apprend surtout dans les premières années de la vie, et particulièrement à la maison…
Ce n'est certainement pas un hasard si l'économie de la communion est née du regard d'une femme (Chiara Lubich), si la première à théoriser les biens communs a été Catherine Coman (en 1911) et si Elinor Ostrom a été récompensée (seule femme jusqu'à présent) par le prix Nobel d'économie en raison de ses travaux sur les biens communs. Et ce sont deux femmes (Martha Nussbaum et Carol Uhlaner) qui sont à l'origine des biens relationnels. Lorsque le regard féminin sur l'économie fait défaut, les seules relations observées sont les relations instrumentales, où ce n'est pas la relation qui est un bien, mais où les relations humaines et avec la nature sont des moyens utilisés pour se procurer des biens.
2 - Simone de Beauvoir interviewée en 1978 par Pierre Viansson-Ponté,
Vous disiez en 1967, dans vos entretiens avec Francis Jeanson: «Le féminisme, c'est une manière de vivre individuellement et de lutter collectivement». Vivre le féminisme individuellement, commentateur? Et lutter collectivement, commentateur?
Je garderai toujours cette formule, c'est-à-dire qu'individuellement, on peut essayer de s'affranchir des contraintes économiques qui pèsent contre la femme, on peut essayer d'avoir un métier, de travailler au dehors, de faire une carrière. Cela dit c'est dangereux, parce que notre but à nous, ce que nous appelons le féminisme radical, ce n'est pas de prendre la place des hommes, pour retomber dans les mêmes défauts qu'eux. (…). Nous ne souhaitons pas que les femmes prennent ce goût du pouvoir et tous les défauts des hommes.
Depuis quand vous définissez-vous comme «féministe radicale»? Depuis pas très longtemps au fond?
C'est-à-dire que j'ai toujours dit que j'étais féministe… dans la mesure où féministe, pour moi cela voulait dire que je réclamais une identité de situation entre l'homme et la femme, et d'égalité radicale entre l'homme et la femme. Mais comme nous parlions tout à l'heure de travail collectif, il n'y avait pas de collectif de travail qui vraiment m'intéressât.
C'est seulement depuis 1971 ou 1972 que j'ai rencontré des jeunes féministes qui m'ont contactée à propos des problèmes de l'avortement, avec qui j'ai commencé à travailler tout à fait en sympathie parce qu'elles étaient féministes pas pour prendre la place des hommes, mais pour changer le monde tel qu'il est fait par les hommes. Et cela est une chose beaucoup plus intéressante à mes yeux.
3 - Extraits d'Olivier Rey: Homme-femme: heureuse différence ou guerre des sexes? Extraits de «La famille: héritage ou avenir?. Paris Editions Parole et Silence. 2011, p. 31-40.
«On ne saurait vraiment comprendre l'activisme technique moderne, si souvent dénoncé, si on ne mesure pas à quel point ce matérialisme est la contrepartie d'un spiritisme radical. Il ne s'agit plus, comme dans les temps anciens d'échapper à la matière par l'esprit, il s'agit de soumettre entièrement la matière à l'esprit. Ernest Renan affirme, dans l'Avenir de la science: «Le grand règne de l'esprit ne commence que quand le monde matériel sera parfaitement soumis à l'homme». On ne parle plus d'âme. Cependant une autre entité métaphysique a pris sa place: une volonté impérieuse, impérialiste, revendicatrice, devant laquelle tout doit plier. De là l'agressivité particulière à contre du donné, de tout donné, de tout ce qui pourrait paraître intangible ou indisponible: le passé, la tradition, la nature.
Fatalement, ce mouvement d'émancipation à l'égard du donné en vient à se heurter à un donné fondamental: la différence sexuelle. Face à la réquisition générale du monde par la volonté, voilà un obstacle de taille: peut-être l'obstacle suprême. Un obstacle qu'on s'emploie donc, par de multiples manières, à contourner, à saper, à dissoudre.
… La nature n'est plus une nature, elle est appréhendée comme une matière première infiniment malléable. Rien ne doit échapper à l'emprise, pas même la différence sexuelle. Et pas même évidemment la différence sexuelle entre les humains.
«L'anatomie, c'est le destin» disait Freud: pour refuser le destin, il devient donc nécessaire de démentir au besoin l'anatomie. Soit en la modification, par la technique médicale, soit en la déclarant subsidiaire. A la catégorie de sexe, on préfère alors celle du «genre» -substitution à un donné, naturel et social, qui nous définit, d'une identité choisie, par laquelle l'individu entend se définir. Que les choses soient claires: il n'est nullement question, here, de s'en prendre, le moins du monde, aux personnes transsexuelles ou transgenres. Comme l'a écrit Nietzsche, «il y a vraiment quelque chose à dire en faveur de l'exception». Cela dit Nietzsche ajouté: «à condition que l'exception ne veuille jamais devenir la règle». Ou c'est de cela qu'il est souvent aujourd'hui question.
4- La présidente de l'Ethiopie dénonce une société profondément patriarcale.
Sahle-Work Zewde, seule femme aujourd'hui à la tête d'un Etat africain qui compte 105 millions d'habitants a déclaré: «Il faut fondamentalement changer le statut de la femme. Toutes ces pratiques nocives liées à la culture, aux coutumes, ce n'est pas la force de la loi qui peut les faire changer, ce sont les mentalités ».
5- Romain Gary, en 1975: «L'absence de féminité dans notre civilisation est effrayante».
Pour son émission sur France Inter, Jacques Chancel disait à Romain Gary : Parfois les hommes et les femmes ne veulent pas parler de ce qui touche leur cœur.
Vous accordez un intérêt extraordinaire aux femmes qui, à votre avis, ne sont pas assez satisfaits. Même en ce moment où on s'occupe beaucoup d'elles…
Même sans s'engager dans le domaine du féminisme proprement dit, il y a une absence de féminité dans notre civilisation qui est effrayante. Je ne veux pas me lancer dans des propos religieux, vérifier plus que je suis incroyant, mais si vous regardez la parole duc Christ, elle est essentiellement féminine. La voix du Christ était une parole de femme, du moins au sens traditionnel que l'on donne à ce terme. Tendresse, pitié, amour, bonté, pardon. Mais ces vertus sont totalement absentes de deux mille et de notre civilisation. En dehors de l'égalité hommes-femmes, qui est évidente, il faut une transformation des valeurs dites «masculines» en valeur féminines. C'est pourquoi je ne comprends pas les mouvements féministes qui se réclament d'une sorte de masculinité, à parts égales avec les hommes. Elles devraient au contraire se retrancher de plus en plus, et élaborer des valeurs féminines pour en féconder notre civilisation. Mais c'est sans doute une vue un peu idéaliste des choses.
Dans votre nouveau roman, «Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable», vous rendez peut-être aux femmes leur juste valeur, mais vous remettez surtout les hommes à leur place. Qu'est-ce qu'ils prennent les hommes! On va vous dire que vous trahissez la caste…
Ca m'a été dit. J'ai reçu des lettres de ce genre. J'ai reçu également des insultes d'une dame qui m'a affirmé que je minais la virilité de son mari, et que j'étais un salaud d'avoir écrit ce livre-là. Mais quelle est la critique que je fais, là-dedans? Je ne critique pas les hommes. Je critique deux mille ans de civilisation qui font peser sur l'homme une hypothèque de fausse virilité et de fanfaronnade de coq, de manifestation extérieure d'une virilité inexistante, ce qui est catastrophique.
Après que Romain Gary ait déclaré qu'il croyait profondément au couple, Jacques Chanel lui a demandé : Et la fidélité?
Oui, mais pas à la fidélité épidermique, quand même. La fidélité de dévouement profond de l'un à l'autre, qui peut se contenter très bien de quelque égarement en cas d'absence. Je crois que la vérité des rapports de l'homme et de la femme, c'est le couple, et tout le reste de la crème chantilly. C'est très bon, la crème chantilly, mais enfin la vérité et la profondeur, c'est cette espèce d'équipe à deux, de soudure profonde, de complicité, cette entente instinctive de tous les instants, ce partage de tous les buts dans la vie et de tout ce qu'on veut faire, des rêves aussi, qui est absolument irremplaçable et qui a été l'une des grandes beautés, l'un des grands fleurons de la civilisation occidentale. Parce que c'est nous, quand même, qui semble inventé.
6- 21 octobre 2019. Ecoféminisme. Extraits de l'article de Catherine Vincent dans Le Monde du 17 octobre 2019.
7- Voici ce qu'a déclaré Ghaleb Bencheikh (islamologue franco-algérien, Président de la Fondation de l'islam en France depuis 2018) au cours de son débat avec Alain Finkielkraut le 29 avril 2015.
8- Extrait de la déclaration d'Abou Dabi de 2019 par le pape François et le Grand Imam Ahmad Al Tayyeb: «La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune»
9- d'Alain Badiou et Barbara Cassin: «Homme, femme, philosophie» chez Fayard, 2019 p.215.
10- Pablo Servigne, dans «« L'effondrement de l'empire humain - Regards croisés », Manon Commanet et Pierrot Pantel Editions rue de l'échiquier, août 2020
11- Quelques chiffres
La population carcérale est composée en très grande majorité d’hommes. Au 1er janvier 2016, d’après le Ministère de la justice, les femmes représentaient seulement 3,5 % des détenus.
12- Extraits des interventions de l’émission sur Arte du 13 janvier 2020 à propos du livre de Camille Kouchner : « La familia Grande » Ed. du Seuil.
Fiscalité : quel nouveau cap pour la politique fiscale ?
La fiscalité est un moyen tout à la fois d’orienter la production et la consommation, et de lutter contre les inégalités. La lutte contre les évasions fiscales doit être renforcée et constitue une ressource indispensable pour réduire les déficits publics en France et dans les pays développés. Dans les pays du Sud elle dégagera des ressources pour l’amélioration du bien-être. Les mesures fiscales et budgétaires des premiers mois de la présidence Macron vont à l’encontre d’une politique de lutte contre les inégalités.
Moyen d’orienter la production et la consommation
C’est bien ce que fait N.Hulot, ministre de la transition énergétique et de la solidarité en 2017 lorsque par exemple il veut augmenter le malus des gros 4x4 les plus polluants. C’est le moyen préconisé par Philippe Madinier (1) , ancien rapporteur général du Centre d’étude des revenus et des coûts (CERC) quand il plaide pour une discrimination positive en faveur des services. C’est ainsi que la réparation des logements dispose d’un taux réduit de TVA, qui stimule l’emploi dans ce secteur. En accordant un taux de TVA plus faible à « l’ensemble des activités de réparation, on contribuerait efficacement à l’allongement, si souhaitable, de la durée de vie des biens ». Cela impliquerait une hausse compensatrice sur les biens. « Pourvu que cette divergence soit progressive et programmée, elle serait éminemment favorable à la fois au rétablissement du plein emploi et au freinage de la consommation d’énergie et de ressources naturelles don on reconnait de mieux en mieux la nécessité ». Mais Philippe Madinier s’empresse d’ajouter « Cependant une activité de service particulière devrait être exemptée de ces faveurs fiscales : la publicité. Son développement démesuré n’est pas pour rien dans la frénésie de consommation…Elle pousse les consommateurs à remplacer prématurément les biens « durables » et « semi-durables ». Bref elle s’oppose à la sobriété qu’appellent impérieusement des menaces écologiques grandissantes. Il faudrait faire taire la publicité, en tous cas l’obliger à baisser le ton. Objectif ambitieux ? Utopique ? Peut-être. Il suppose d’affronter un lobby puissant, celui qui a mis sous sa dépendance la quasi-totalité des moyens d’information ».
Lutte contre les inégalités de revenus et de patrimoine
En septembre 2017, l’observatoire des inégalités en France (WWW.inegalites.fr) constate : « Depuis une vingtaine d’années, les inégalités de revenus augmentent. Les plus aisés s’enrichissent alors que le niveau de vie des plus pauvres stagne ». Comme l’écrit Jean Gadrey, il s’agit d’en finir avec des inégalités indécentes qui minent la société. Ce qui devrait amener à agir à la fois sur les minima sociaux et à réduire les inégalités de revenus et de patrimoine. « Plus personne ne devrait vivre avec les minima sociaux actuels, qui ont décroché de 25% par rapport au Smic horaire depuis 1990. Il faut réévaluer ces minima, ou les remplacer par un revenu de base nettement supérieur au montant actuel du revenu de solidarité active (RSA) par exemple 600 ou 700 euros mensuels pour une personne seule » (2). Les écarts de rémunération entre salariés ont atteint à l’heure actuelle des proportions inadmissibles, avec des rémunérations parfois extravagantes. Le salaire de Carlos Ghosn président de l’alliance Renault-Nissan sera en 2017 de 7 millions d’euros pour Renault et à peu près autant de Nissan.
En attendant un changement de la réglementation, Alain Caillé et les convivialistes souhaitent « jouer sur le ressort moral, et encourager vivement grands patrons ou vedettes du sport ou du show-biz à renoncer d’eux-mêmes à des rémunérations extravagantes, comme certains le font déjà ». Ils souhaitent que les autorités religieuses, spirituelles, morales, humanistes et scientifiques mondiales s’accordent pour déclarer que toute personne qui prétend mériter cent fois par exemple le salaire ou revenu de base dans son pays « s’exclut des normes de la commune humanité…et mérite opprobre à ce titre ». Thomas Piketty interviewé en janvier 2015, auquel on faisait remarquer qu’il fallait bien rémunérer les talents et la réussite, répondait : « Je n’ai pas de problème avec l’inégalité…tant qu’elle reste dans des limites raisonnables … J’ai effectué des recherches avec des données d’entreprises. Quand vous payez un dirigeant 10 millions d’euros par an au lieu d’un million ou de 500.000 euros, obtenez-vous davantage de performances, de créations d’emplois ? Je n’ai pas pu le prouver. Il faut rémunérer les dirigeants correctement, mais vous n’avez pas besoin de les payer 50, 100 ou 200 fois le salaire moyen ».
La loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014 prévoit que des entreprises capitalistes peuvent demander un agrément Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale) pour bénéficier d’aides et de financement spécifique. Cet agrément ne leur sera donné que si l’une ou l’autre des deux conditions suivantes est satisfaite (voir décret du 25 juin 2014 article 2) : - La somme moyenne versée, y compris les primes, aux cinq salariés ou dirigeants les mieux payés n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 7 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé - La somme moyenne versée, y compris les primes, au salarié ou dirigeant le mieux payé n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 10 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé. Mais les associations, fondations, coopératives et mutuelles ne sont pas concernées par cet agrément puisqu'elles sont de droit dans l'ESS, de par leur statut, Ce qui veut dire qu'il s'écoulera encore du temps avant que les mutuelles, les banques coopératives et les coopératives agricoles appliquent ce genre de règle…
En définitive, pour réduire les inégalités, une majoration du taux de l’impôt sur les revenus élevés est indispensable, tout en sachant que la progressivité de l’impôt sur les revenus est en partie illusoire compte tenu des nombreuses niches fiscales. En ce qui concerne les inégalités de patrimoine, il est surtout question en 2017 dans les débats publics de l’impôt sur la fortune (ISF), alors qu’il faut élargir le débat. En effet l’ISF ne rapporte que 5 milliards à l’Etat alors que la taxe foncière rapporte 25 milliards. Le patrimoine total peut être estimé à 10 000 milliards, net de dettes. La moitié de la population française la plus pauvre en possède 5% et les 10% les plus riches en possèdent 60%. Quant au 1% de la population la plus riche elle en possède 25%. (T.Piketty Le Monde 12 et 13 juin 2016 ). Les 10.000 milliards de patrimoine se composent ainsi : 5.000 milliards revenant à l’immobilier … 4.500 sont des actifs financiers et 500 sont des actifs liés à l’activité professionnelle des indépendants. L’impôt sur l’ISF (5 milliards) et les taxes foncières (25 milliards) représentent respectivement 0,05% et 0,25% du patrimoine total, aussi ces deux impôts ne peuvent avoir qu’un effet très faible sur la répartition des patrimoines.
Pour Philippe Madinier, c’est surtout l’impôt sur les successions qui peut avoir « un effet d’égalisation notable, tout en étant économiquement supportable…pourvu évidemment qu’il comporte des taux bien différents de ceux qui sont actuellement en vigueur en France ». A condition de prévoir un abattement à la base assez substantiel et à condition de ne pas imposer fortement les biens qui sont à usage personnel comme le logement ou qui sont à usage professionnel personnel comme une exploitation agricole ou une entreprise artisanale, les taux d’imposition pourraient croître « progressivement jusqu’à atteindre 100% sur la tranche la plus élevée ». Michel Sapin ancien ministre des finances en déclarant « Ce n’est pas parce qu’on prend des « risques » qu’on devient riche mais d’abord et avant tout parce qu’on a hérité » (Libération 18 oct. 2017) justifie l’idée qu’il est juste de taxer les successions.
La preuve qu’un impôt fortement progressif est possible, c’est que les E.U. l’ont fait à une certaine époque. Voici ce que rappelait T.Piketty dans Le Monde du 10 06 2017 : « Afin de contrer la montée des inégalités et la concentration excessive des fortunes (alors perçue comme contraire à l’esprit démocratique américain)…les Etats-Unis mettent en place dans les années 1910 et 1920 un niveau de progressivité fiscale inconnu dans l’histoire. Ce grand mouvement de compression des inégalités implique à la fois l’impôt sur le revenu (le taux appliqué aux revenus les plus élevés fut en moyenne de 82 % entre 1930 et 1980) et sur les successions (avec des taux atteignant 70 % sur les transmissions de patrimoines les plus importants).
Evasion fiscale
Grâce à l’OCDE, des progrès dans la lutte contre l’évasion fiscale ont été faits au niveau mondial après la crise financière de 2008. Beaucoup reste à faire. Pour la France, « Une lutte efficace contre l’évasion fiscale illégale dans les paradis fiscaux permettrait de récupérer… une partie des trente à cinquante milliards qu’elle représente » (2). Pour les pays du Sud, On estime que l’évasion fiscale des entreprises multinationales représente un manque à gagner de 125 milliards d’euros (voir les études du CCFD-Terre solidaire sur les paradis fiscaux). Le directeur du Monde Jerôme Fenoglio écrivait le 7 novembre 2017 à propos des révélations des Paradise Papers : En France l'histoire récente a montré...que l'on pouvait supprimer un impôt sur la fortune en arguant du risque d'exode du capital, sans suffisamment s'attaquer aux paradis fiscaux qui nourrissent la tentation d'évasion. C'est à toutes ces formes de complaisance qu'il faudra renoncer si l'on veut mettre fin à ces pratiques qui conduisent nos démocraties à leur perte.
Cadeau aux riches de monsieur Macron
Guillaume Duval écrivait dans son éditorial d’Alternatives économiques d’octobre 2017, après quelques mois de la présidence d’E.Macron : « Du côté de la fiscalité, il a choisi de rendre en priorité 7 milliards d’euros aux plus riches en vidant l’ISF de sa substance et en baissant fortement l’impôt sur les revenus du capital. Rejoignant ainsi la théorie des adeptes de la théorie du ruissellement : si on laisse les riches devenir plus riches, ça finira bien par profiter aux pauvres...Une politique dont on a vu, en particulier aux Etats-Unis, qu’elle aggravait surtout les inégalités, minant la cohésion sociale et donc l’efficacité économique ». Au cours de son interview à TFI le 15 octobre 2017, E.Macron tout en affirmant qu’il ne partageait pas la théorie du ruissellement (3) a confirmé qu’il pensait que les riches allaient utiliser les milliards qu’ils allaient encaisser pour investir dans l’économie, ce qui serait favorable à la croissance, à l’emploi et en définitive à tous. Il a même osé affirmer « La condition pour ne plus être dans l’ISF, c’est d’investir dans l’économie française », ce qui est faux dans la mesure où aucune condition n’a été mise pour bénéficier des milliards de cadeaux. Un autre argument avancé pour justifier les nouveaux cadeaux aux riches est d’affirmer que l’ISF a fait fuir des Français riches à l’étranger. Ce qui a fait dire à Michel Sapin, ministre des finances de François Hollande : « On connaît ce refrain. Certains contribuables partent, d’autres reviennent. Les derniers chiffres connus montrent un équilibre entre les deux mouvements ». (Libération du 18 oct. 2017).
Michel Sapin avec 120 députés et sénateurs a demandé de rendre publics l’impact des mesures fiscales et budgétaires sur les contribuables les plus aisés, notamment les 0,1% et les 1% des Français qui concentrent le patrimoine français le plus important, ou sur les 100 français les plus riches. Ce ne serait pas enfreindre le secret fiscal puisque cette demande ne concerne pas les données individuelles. Faute de réponse précise de la part du gouvernement, Vincent Eblé, président de la commission des finances du Sénat (Parti socialiste) estime que le gain cumulé de l'instauration d'un prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30% sur les revenus du capital et de la transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) peut être estimé à environ 1,5 millions d'euros par an pour les cent premiers contribuables.
[1] Philippe Madinier. Une économie de services sans servilité. Préface de Jean Gadrey. L’Harmattan 2013.
[2]Alain Caillé/Les convivialistes. Eléments d’une politique convivialiste. Ed. Le bord de l’eau 2016.
[3]Voir Gaël Giraud in La Croix du 1er août 2017 : « Le mythe du ruissellement économique » et Zygmunt Bauman. Les riches font-ils le bonheur de tous ? Ed.Armand Colin 2013, notamment pp 61 et ss. .
15/09/2022
Forces et faiblesses d’un renouveau nécessaire
Notes
[1] Voir dans google « Seuil critique dans Science du 8 septembre » et Le Monde du 10 septembre, page 11.[2] France Inter, 6 septembre.
[3] Page 25 de « Je vous écris du front de la Somme ». Voir in Le Monde,13 sept. 2022, p.14 « la sortie du Secrétaire National du PCF sur « la gauche des travailleurs » face « à la gauche des allocations et des minima sociaux » aura alimenté les débats entre les membres de la Nupes tout le w.e. à la fête de l’Humanité. Preuve que ce débat pas toujours très clair est d’actualité !
[4] « L’impact environnemental des jets privés est largement sous- In Le Monde,13 sept. 2022, p.34 « la sortie du Secrétaire National du PCF sur « la gauche des travailleurs » face « à la gauche des allocations et des minima sociaux » aura alimenté tout le w.e. à la fête de l’humanité estimé ».
15/03/2022
Géopolitique et changement de cap
1 - Les visées de Poutine et les réactions appropriées.
2- Le réveil de l’Europe. Dans une tribune au journal Le Monde, la chercheuse allemande Daniela
3- Balayer devant notre porte et sortir du néocolonialisme (4)
Notes
1 Le livre de Florine Garlot qui a pour sous-titre : « (Re)penser la communication solidaire » a pour titre « Panser les solidarités internationales ». Ed. L’Harmattan, 2022.2 Selon la formule de B.Perret au cours du débat entre convivialistes.
3 Voir le chapitre 9, de Thomas Piketty. Une brève histoire de l’égalité. Seuil, 2021.
4 Dans un précédent article, en réaction à une autre actualité, nous étions revenus sur les questions de décolonialité.
19/02/2021
Inceste et changement de cap

Par changement de cap nous entendons habituellement un changement d’orientation économique et politique qui concerne l’ensemble de la société. Or l’inceste ne concerne-t-il pas seulement quelques cas particuliers exceptionnels ? Mon hypothèse est au contraire la suivante : un changement d’attitude de notre société à l’égard de l’inceste serait essentiel.
L’inceste est un crime beaucoup plus répandu qu’on ne le croit
Sur les 50 040 victimes de violences sexuelles (viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuels) enregistrées par les services de police et de gendarmerie en France en 2018, plus de la moitié des victimes sont mineurs (54%), soit plus de 27 000 enfants et adolescents. Et 31% des violences sexuelles commises sur un mineur ont eu lieu au sein de la cellule familiale. Or d’après des sondages une personne sur dix seulement porterait plainte[1].
L’inceste concerne toutes les classes sociales. En 1933, l’affaire Noguère avait défrayé la chronique : une jeune fille de 18 ans avait empoisonné son père qu’elle accusait d’inceste[2]. Il était mécanicien des chemins de fer. En 2021 dans son livre « La Familia grande » Camille Kouchner dénonce les agissements sur son frère jumeau de son beau-père politologue puissant[3].
Aujourd’hui ce sont des membres du pouvoir qui sont concernés. A la suite de la publication du livre de Camille Kouchner, Olivier Duhamel a démissionné de toutes ses fonctions. Il était notamment Président de la Fondation Nationale de Sciences Po, et depuis 2019 président du club le Siècle. On trouve dans l’annuaire de ce club très select des ministres, des conseillers d’Etat, des grands patrons, des banquiers, des magistrats, des savants et journalistes etc. Il est intéressant de noter que Marc Guillaume, aujourd’hui préfet d’Ile de France et ancien secrétaire général du gouvernement d’Edouard Philippe, ainsi que Jean Veil viennent de démissionner du Siècle car eux aussi savaient. « Marc Guillaume a fini par reconnaître avoir été informé dès 2018. Pourtant, un an plus tard, il soutiendra sans sourciller la candidature d’Olivier Duhamel à la présidence du cénacle prestigieux » [4]
Tout récemment, le directeur de Sciences Po Paris, a fini aussi par démissionner de son poste à la suite du rapport des inspecteurs qui avaient été dépêché par la ministre de l’enseignement supérieur. Ce directeur avait auparavant été très critiqué par les représentants des étudiants. Aujourd’hui, indépendamment de l’affaire Olivier Duhamel, il a été prouvé que plusieurs plaintes d’étudiantes de Sciences Po. à Paris et en province n’avaient pas été suffisamment prises en compte par les directions. Le président de l’UNEF de Sciences Po Paris considère que le nouveau directeur de sciences Po Paris qui sera bientôt nommé devrait en faire un de ses principaux sujets de préoccupation.
L’inceste entraîne un traumatisme profond
Les personnes victimes d’inceste ou ceux qui les ont écoutées évoquent un traumatisme profond et parlent « de l’atteinte au corps, à l’intime, à la confiance, à la joie de vivre » … « une agression de cet ordre ronge tout : le rapport que la personne entretient à la mémoire, à la confiance, à la sexualité » [5].
Camille Kouchner n’a pas été directement concernée par un abus sexuel, elle écrit cependant : p. 124. « Ma culpabilité est celle du consentement. Je suis coupable de ne pas avoir empêché mon beau-père, de ne pas avoir compris que l’inceste est interdit ». Elle parle d’un serpent, d’une hydre qui la torture pendant trente ans. Elle est reconnaissante à son frère de lui avoir permis d’écrire et elle « tente d’empoisonner l’hydre en achevant ce livre » p. 204.
Parmi les abus sexuels, l’inceste est particulier car il concerne la famille. Le titre du livre de C.Kouchner est « La familia grande ». L’inceste est signe d’un dysfonctionnement gravissime de la cellule familiale. Camille Kouchner écrit : « à 14 ans j’ai préféré me taire…j’ai préféré garder l’amour de mon beau-père plutôt que de m’en éloigner…Je suis coincée » (125). Et sa mère mise au courant n’a pas voulu entendre.
La parole peut libérer mais elle est difficile car elle met en cause la famille
A l’heure de #metooinceste, Flavie Flament, qui raconte dans son livre « La Consolation » avoir été violée à 13 ans par le photographe David Hamilton, met en garde : « Ces moments de libération de la parole sur les réseaux, c’est très beau, mais il faut faire attention…le silence est un poison, mais parler c’est extrêmement violent. On peut être confronté au déni familial, au rejet, devenir pestiféré. Il faut en être conscient »[6].
Ces derniers temps, divers livres sont parus, des débats ont eu lieu, et la parole s’est partiellement libérée grâce notamment aux réseaux sociaux. On peut alors espérer que la législation qui a déjà évolué, par exemple pour allonger les délais de prescription, évolue encore.
La première ligne de défense de ceux qui sont poursuivis pour inceste est de dire : mais la victime était consentante. Or la notion de consentement n’a aucun sens pour une personne dépendante, sous emprise affective.
Au-delà de la pénalisation de l’inceste, les personnes compétentes nous disent qu’il convient de tout mettre à plat pour vraiment mener une politique de prévention de l’inceste, en commençant par une meilleure écoute et un meilleur accompagnement des victimes. Voilà un chantier important pour ceux qui prônent un changement de cap.
Patriarcat et cléricalisme[7].
Dans son livre « Le berceau des dominations » Dorothée Dussy se penche sur les mécanismes complexes par lesquels l’inceste, en théorie interdit et condamné, est pratiqué dans l’intimité des foyers français. Ce sont cinq ans d’enquête, menée auprès d’enfants victimes d’un inceste devenus grands et de leurs familles, dont elle fait part dans ce premier livre qui devrait être accompagné de deux autres. Selon la présentation qui est faite du livre, l’inceste se révèle structurant d’un ordre social patriarcal. Cela mérite débat évidemment, mais comment entendre cependant Romain Gary qui constate : « L’absence de féminité dans notre civilisation est effrayante ». Et il ajoutait : « La voix du Christ était une parole de femme, du moins au sens traditionnel que l'on donne à ce terme. Tendresse, pitié, amour, bonté, pardon. Mais ces vertus sont totalement absentes de deux mille ans de notre civilisation »[8].
Gageons que ces questions vont connaître à l’automne un rebondissement, à l’occasion de la remise du rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise) fruit d’une vaste enquête en collaboration avec l’INSERM. Le rapprochement entre patriarcat au niveau de la société et cléricalisme au niveau de l’institution particulière qu’est l’Eglise catholique s’impose. Les déclarations officielles critiquant le cléricalisme au niveau même du pape François, risquent fort de paraître hors sol tant que ne sera pas vraiment affrontée la question de la place des femmes. Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France écrit sur la 4ème de couverture de son livre : « Je me suis décidée à écrire non pour enfoncer le glaive plus avant dans l’Eglise, mais pour proposer des voies afin de sortir de ce désastre ». Ou encore ceci p.146 : « Attaquer le cléricalisme ne se fera pas sans les femmes, sans la réelle place des femmes dans toutes les responsabilités »
Guy Roustang
Notes
[1] Lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes. N°14 novembre 2019[2] Voir The Conversation. Une douloureuse révélation
[3] Camille Kouchner. La familia grande. Ed. Seuil. Janvier 2021
[4] Article in Le Monde du 10 février de Marie Béatrice Baudet sur l’affaire Olivier Duhamel.
[5] Veronique Margron. Un moment de vérité. Albin Michel. 2019 P.31 et 41.
[6] Dans le Magazine du Monde du 6 février 2021, l’article : « Parole libérée, la vie d’après » relate plusieurs témoignages.
[7] Il est intéressant de noter qu’au Moyen-Âge, l’interdiction de l’inceste incluait les parents par alliance et la famille élargie mais également le confesseur et sa pénitente. Voir : L’inceste au fil du droit : circonstance aggravante mais pas crime en soit
[8] dans Radioscopie de J.Chancel
15/09/2021
Inégalités et Démocratie
Un mouvement de long terme vers l’égalité.
La grande redistribution de la période 1914-1980.
Le tournant Néo-libéral et la difficulté d’une nouvelle étape vers plus d’égalité et de démocratie.
Notes
« Au cours du XX ème siècle, les mobilisations sociales et syndicales ont un rôle majeur dans la mise en place de nouveaux rapports capital-travail et dans la réduction des inégalités » mais les mouvements sociaux ne suffisent pas, encore faut-il créer de nouveaux dispositifs institutionnels qui doivent être le fruit de la délibération et de la confrontation des différents points de vue.15/03/2021
Information et démocratie

Information et démocratie
Information et démocratie. Il y a urgence.
En 1944, le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) sous le nom « Les jours heureux » prévoyait : « la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression, la liberté de la presse… son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ».En 2021, l’indépendance des médias à l’égard des puissances d’argent n’est qu’un vieux rêve, puisque dix milliardaires contrôlent aujourd’hui 90% des quotidiens nationaux vendus, 55,3% des parts d’audience de la télévision et 44% des parts de la radio [1] .
Tout doit être fait pour que les ambitions du CNR reviennent sur le devant de la scène. Les échéances électorales sont une occasion à saisir et le livre « L’information est un bien public – Refonder la propriété des médias »[2] est une bonne base pour ouvrir un large débat. Malheureusement l’importance de cette question décisive pour l’avenir de notre démocratie est sous-estimée. C’est ainsi par exemple que le « Pouvoir de vivre » qui rassemble un très grand nombre d’associations de la société civile n’en parle pas dans ses 66 propositions pour un véritable changement[3].
Un milliardaire de moins ?
Demain les 10 milliardaires ne seront peut-être plus que neuf, car on s’attend à la vente par Arnaud Lagardère de ses derniers médias, bien qu’il ait déclaré il y a quelques jours n’avoir encore pris aucune décision concernant Europe 1 ou les deux titres de presse qui lui restent : « Le journal du dimanche » et « Paris Match ». Bernard Arnault est tenté par JDD et Paris Match, Vincent Bolloré par Europe 1. On peut craindre que Vincent Bolloré[4] fasse pour la radio Europe 1 la même opération que celle qu’il a faite à la télévision en passant de i Tele à C.News. L’un des fleurons de C.News imposé aux journalistes est Eric Zemmour, condamné pour incitation à la haine raciale en septembre 2019. Rappelons qu’au moment du rachat d’i Tele par V.Bolloré, les journalistes ont fait 31 jours de grève et il y eut 94 départs de journalistes dans une rédaction qui comptait 120 journalistes. Et le licenciement de Canal + en novembre 2020 de l’humoriste Sebastien Thoen donne la mesure du mépris de V.Bolloré à l’égard des journalistes[5].L’urgence de relever les ambitions du CNR
Bien sûr, les politiques sont réticents à aborder ces questions en période électorale en craignant de déplaire aux détenteurs du pouvoir des médias. Espérons cependant que ceux qui sont favorables à un changement de cap reprennent le flambeau du CNR. Les ordonnances de 1944 dans le prolongement du programme du CNR manquaient d’une véritable volonté politique si bien qu’on en est arrivé à la domination des médias par les puissances d’argent [6]. Dans le livre « L’information est un bien public » les deux auteurs qui proposent de refonder la propriété des médias sont l’une politiste, l’autre juriste. Ils donnent les éléments pour ouvrir un débat « Pour une loi de la démocratisation de l’information ». Aucune réforme d’ensemble n’a eu lieu en France depuis les ordonnances de 1944. Il y a bien déjà des mécanismes de protection de l’indépendance des rédactions ou de limitation de concentration des médias, mais ces différents garde-fous sont insuffisants ou devenus obsolètes. Il est temps de s’atteler à une réforme d’ensemble. Pour ce faire les auteurs du livre se fondent sur une analyse approfondie des expériences françaises et étrangères pour en tirer les leçons, pour tenir compte tout à la fois des succès et des échecs. Bien sûr les journalistes sont les mieux placés pour en bénéficier, pour y trouver les moyens de préserver leur indépendance, mais cela nous concerne tous en tant que citoyens.Propositions pour une loi de démocratisation de l’information.
Les règles proposées auraient « vocation à s’appliquer de la même façon aux publications de la presse papier, aux sites d’information en ligne et aux médias audiovisuels ».Voici les principales règles que proposent les deux auteurs du livre pour ouvrir le débat : ;- Dans les conseils d’administration ou de gouvernance, il faudrait prévoir au moins la moitié de représentants de salariés, parmi lesquels au moins deux tiers de journalistes. Peut-être conviendrait-il aussi d’imaginer une représentation des lecteurs/auditeurs/téléspectateurs.
- Toute cession de titres serait soumise à l’agrément du conseil d’administration paritaire.
- Transparence de la gouvernance et de l’actionnariat. Malgré les dispositions légales qui existent déjà, des journaux ne font pas figurer le nom de leurs actionnaires ou du directeur de la publication.
- Un investissement conséquent dans les rédactions pour garantir une information de qualité, pour rendre possible le travail d’enquête, d’investigation, au lieu du copié-collé. Pour empêcher aussi que des actionnaires prétendent produire plus d’informations avec moins de journalistes. Ce qui fut le cas récemment pour le Parisien et pour L’Equipe. Une proposition particulièrement marquante ambitionne de recréer un lien direct entre les citoyens et les médias pour sortir de la méfiance actuelle. Il s’agirait de remplacer toutes les aides de l’Etat à la presse, qui représentent de l’ordre de 8 euros par français adulte, par une contribution de 10 euros par adulte et par an que chaque citoyen pourrait affecter au média de son choix, à condition évidemment que ce média respecte les règles exposées ci-dessus. D’autres propositions importantes sont à découvrir par ceux qui voudront bien lire « L’information est un bien public ».
Guy Roustang
Notes
[1] Basta. Le pouvoir délirant des 10 milliardaires qui possèdent la presse française. Agnès Rousseaux. 5 avril 2017.
[2] Julia Cagé. Benoît Huet. L’information est un bien public. Refonder la propriété des médias. Seuil février 2021.
[3] Voir la liste des signataires et les 66 propositions du « Pouvoir de vivre ».
[4] Suite à une affaire de corruption au Togo, la juge du tribunal judiciaire a déclaré à Vincent Bolloré que les infractions ont « gravement porté atteinte à l’ordre public économique » et « à la souveraineté du Togo ». Elle a proposé qu’au regard de la gravité des faits « ils soient jugés par une juridiction correctionnelle ». Communiqué de l’AFP repris par l’Express le 27 février 2021.
[5] Pour plus de détails voir le livre « L’information est un bien public » p.185, note 1.
[6] Petite histoire des ordonnances de 1944 sur la liberté de la presse et de leur destin. Jean Pérès et Jérémy Fabre. Acrimed 26 juin 2017.
18/03/2021
Information et démocratie
Information et démocratie. Il y a urgence
En 1944, le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) sous le nom « Les jours heureux » prévoyait : « la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression, la liberté de la presse… son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ».En 2021, l’indépendance des médias à l’égard des puissances d’argent n’est qu’un vieux rêve, puisque dix milliardaires contrôlent aujourd’hui 90% des quotidiens nationaux vendus, 55,3% des parts d’audience de la télévision et 44% des parts de la radio [1] .
Tout doit être fait pour que les ambitions du CNR reviennent sur le devant de la scène. Les échéances électorales sont une occasion à saisir et le livre « L’information est un bien public – Refonder la propriété des médias »[2] est une bonne base pour ouvrir un large débat. Malheureusement l’importance de cette question décisive pour l’avenir de notre démocratie est sous-estimée. C’est ainsi par exemple que le « Pouvoir de vivre » qui rassemble un très grand nombre d’associations de la société civile n’en parle pas dans ses 66 propositions pour un véritable changement[3].
Un milliardaire de moins ?
Demain les 10 milliardaires ne seront peut-être plus que neuf, car on s’attend à la vente par Arnaud Lagardère de ses derniers médias, bien qu’il ait déclaré il y a quelques jours n’avoir encore pris aucune décision concernant Europe 1 ou les deux titres de presse qui lui restent : « Le journal du dimanche » et « Paris Match ». Bernard Arnault est tenté par JDD et Paris Match, Vincent Bolloré par Europe 1. On peut craindre que Vincent Bolloré[4] fasse pour la radio Europe 1 la même opération que celle qu’il a faite à la télévision en passant de i Tele à C.News. L’un des fleurons de C.News imposé aux journalistes est Eric Zemmour, condamné pour incitation à la haine raciale en septembre 2019. Rappelons qu’au moment du rachat d’i Tele par V.Bolloré, les journalistes ont fait 31 jours de grève et il y eut 94 départs de journalistes dans une rédaction qui comptait 120 journalistes. Et le licenciement de Canal + en novembre 2020 de l’humoriste Sebastien Thoen donne la mesure du mépris de V.Bolloré à l’égard des journalistes[5].L’urgence de relever les ambitions du CNR
Bien sûr, les politiques sont réticents à aborder ces questions en période électorale en craignant de déplaire aux détenteurs du pouvoir des médias. Espérons cependant que ceux qui sont favorables à un changement de cap reprennent le flambeau du CNR. Les ordonnances de 1944 dans le prolongement du programme du CNR manquaient d’une véritable volonté politique si bien qu’on en est arrivé à la domination des médias par les puissances d’argent [6]. Dans le livre « L’information est un bien public » les deux auteurs qui proposent de refonder la propriété des médias sont l’une politiste, l’autre juriste. Ils donnent les éléments pour ouvrir un débat « Pour une loi de la démocratisation de l’information ». Aucune réforme d’ensemble n’a eu lieu en France depuis les ordonnances de 1944. Il y a bien déjà des mécanismes de protection de l’indépendance des rédactions ou de limitation de concentration des médias, mais ces différents garde-fous sont insuffisants ou devenus obsolètes. Il est temps de s’atteler à une réforme d’ensemble. Pour ce faire les auteurs du livre se fondent sur une analyse approfondie des expériences françaises et étrangères pour en tirer les leçons, pour tenir compte tout à la fois des succès et des échecs. Bien sûr les journalistes sont les mieux placés pour en bénéficier, pour y trouver les moyens de préserver leur indépendance, mais cela nous concerne tous en tant que citoyens.Propositions pour une loi de démocratisation de l’information
Les règles proposées auraient « vocation à s’appliquer de la même façon aux publications de la presse papier, aux sites d’information en ligne et aux médias audiovisuels ».Voici les principales règles que proposent les deux auteurs du livre pour ouvrir le débat : - Dans les conseils d’administration ou de gouvernance, il faudrait prévoir au moins la moitié de représentants de salariés, parmi lesquels au moins deux tiers de journalistes. Peut-être conviendrait-il aussi d’imaginer une représentation des lecteurs/auditeurs/téléspectateurs.
- Toute cession de titres serait soumise à l’agrément du conseil d’administration paritaire.
- Transparence de la gouvernance et de l’actionnariat. Malgré les dispositions légales qui existent déjà, des journaux ne font pas figurer le nom de leurs actionnaires ou du directeur de la publication.
- Un investissement conséquent dans les rédactions pour garantir une information de qualité, pour rendre possible le travail d’enquête, d’investigation, au lieu du copié-collé. Pour empêcher aussi que des actionnaires prétendent produire plus d’informations avec moins de journalistes. Ce qui fut le cas récemment pour le Parisien et pour L’Equipe. Une proposition particulièrement marquante ambitionne de recréer un lien direct entre les citoyens et les médias pour sortir de la méfiance actuelle. Il s’agirait de remplacer toutes les aides de l’Etat à la presse, qui représentent de l’ordre de 8 euros par français adulte, par une contribution de 10 euros par adulte et par an que chaque citoyen pourrait affecter au média de son choix, à condition évidemment que ce média respecte les règles exposées ci-dessus. D’autres propositions importantes sont à découvrir par ceux qui voudront bien lire « L’information est un bien public ».
Notes
[1] Basta. Le pouvoir délirant des 10 milliardaires qui possèdent la presse française. Agnès Rousseaux. 5 avril 2017.
[2] Julia Cagé. Benoît Huet. L’information est un bien public. Refonder la propriété des médias. Seuil février 2021.
[3] Voir la liste des signataires et les 66 propositions du « Pouvoir de vivre ».
[4] Suite à une affaire de corruption au Togo, la juge du tribunal judiciaire a déclaré à Vincent Bolloré que les infractions ont « gravement porté atteinte à l’ordre public économique » et « à la souveraineté du Togo ». Elle a proposé qu’au regard de la gravité des faits « ils soient jugés par une juridiction correctionnelle ». Communiqué de l’AFP repris par l’Express le 27 février 2021.
[5] Pour plus de détails voir le livre « L’information est un bien public » p.185, note 1.
[6] Petite histoire des ordonnances de 1944 sur la liberté de la presse et de leur destin. Jean Pérès et Jérémy Fabre. Acrimed 26 juin 2017.
15/04/2021
Itineraire
Notes
20/07/2019
Justice fiscale
1 – Lutter contre la fraude fiscale
;2 - Augmenter le caractère redistributif des impôts
3- Revoir les droits de succession
Alors que le pouvoir en place magnifie la méritocratie et le travail, les inégalités de patrimoine s’accentuent depuis 1980, si bien que les « revenus qu’on peut tirer du patrimoine deviennent plus élevés que ceux qu’on peut tirer du travail » [3] et la formule de Beaumarchais en 1778 : « Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus » retrouve tout son sel. Les inégalités de patrimoine sont beaucoup plus importantes que les inégalités de revenus. Si l’on compare la situation des français les 10% les plus riches aux 10 % les moins riches, en 2015, les écarts de revenus vont de 1 à 6,8, et de 1 à 627 pour le patrimoine.
4- Les Etats-unis nous donneront-ils l’exemple ?
Notes
[1] « La fiscalité est - et doit être – un sujet idéologique au sens propre et noble du terme. Cela ne peut se réduire à un débat technique, quelles qu’en soient les délices intellectuels. Savoir s’il faut prendre le risque de taxer les hauts patrimoines qui pourraient être tentés de quitter le territoire national revient à se demander si la finalité du système fiscal est de préserver la compétitivité du pays, son attractivité pour les investisseurs ou les grandes fortunes, ou d’assurer une redistribution stricte et consacrer un pacte républicain dans les faits (les plus riches acceptant de payer plus, les possédants acceptant d’être taxés parce que leur adhésion au pacte social, à la collectivité le justifie). Faire du débat fiscal un débat technique, d’analyse purement rationnel et mathématique, c’est déjà prendre un biais idéologique en décidant que l’impôt n’est pas politique et n’a rien à voir avec un contrat social, une volonté d’être dans la cité ». Ce texte est d’E.Macron dans la revue Esprit de mars 2011 à une époque où il allait se placer dans le sillage du candidat François Hollande.01/10/2020
Justice sociale et justice climatique

Les inégalités de revenu et de patrimoine
L’Observatoire des inégalités ne prétend pas détenir la vérité, il veut ouvrir le débat. Certes, il constate « une distribution des richesses souvent trop inégale pour être juste. La pauvreté est le résultat de cette situation. On ne peut pas à la fois déplorer le dénuement des uns sans mettre en cause les privilèges dont jouissent les autres. Et en matière de privilèges, chacun doit balayer devant sa porte plutôt que de pointer du doigt ceux qui sont encore plus riches que lui ». (souligné par nous).
En vingt ans entre 1996 et 2017, en France, les 10% les plus riches ont vu augmenter leurs revenus et leur patrimoine par rapport aux classes moyennes.[2] Et depuis l’arrivée au pouvoir d’E.Macron « Les mesures prises par la nouvelle majorité ont été très favorables aux plus aisés »[3].
Les inégalités concernant les atteintes à l’environnement
Les chiffres publiés tout récemment (le 21 septembre 2020) par Oxfam et l’Institut de l’environnement de Stockholm[4] sont bouleversants : en 25 ans, entre 1990 et 2015, le 1% le plus riche de la population mondiale ( 63 millions de personnes) est responsable de 15% de la pollution par le carbone, alors que la moitié la plus pauvre de l’humanité (3,1 milliard de personnes) n’est responsable que de 7% de cette pollution.En France, les inégalités sont aussi très marquées. De 1990 à 2015, les 10% les plus riches ont été responsables de plus d’un quart des émissions de CO2 soit presque autant que la moitié la plus pauvre de la population.
Pour une conception élargie de la justice : des quota d’émission de CO2 par individu
Aujourd’hui, un siècle plus tard, face à l’urgence écologique et climatique la proposition d’attribuer à chacun des quota d’émission de gaz à effets de serre mérite toute notre attention. « Pour respecter nos engagements internationaux vis-à-vis du changement climatique, il faut que l’empreinte carbone totale associée à notre mode de vie soit plafonnée et que ce plafond s’abaisse de 6 à 7 %par an…La seule manière équitable de le faire en laissant à chacun la responsabilité de ses choix de vie est d’allouer des quotas d’émission de dioxyde de carbone égaux pour tous, diminuant de 6 à 7% par an ».[5]
Dans leurs propositions pour « Un retour sur terre » après le Covid-19, Dominique Bourg et ses collègues (dont Pablo Servigne fait partie) ont aussi une proposition n°4 qui concerne des quotas par individu[6]. Quand Pierre Calame tente de répondre à la question : Comment ça marchera ? voilà ce qu’il écrit : « La mise en place effective de quotas alloués annuellement à tous les citoyens supposera de nombreux calages nécessitant une délibération démocratique mais on peut se faire une idée assez précise du mécanisme : le « compte carbone », enregistré sur une carte magnétique à la manière d’un porte-monnaie électronique et correspondant en début d’année à l’allocation annuelle, sera débité à chaque achat, comparable au « compte sucre » d’un diabétique libre de ses choix de consommation mais dont chaque achat se traduit par une réduction de son compte restant »[7] .
De nombreuses questions se posent : comment ces quotas seront - ils fixés ? Seront-ils échangeables ? Quel impact sur les échanges internationaux ? Le chantier est immense et devra donner lieu à des débats démocratiques, mais il faut relever le défi.
Les quotas individuels attirent l’attention sur les responsabilités personnelles en parallèle il est essentiel de souligner la dimension collective, comme le fait la « Fabrique des transitions » dans une tribune signée par plus de cent organisations et réseaux et publiée le 7 avril dans le journal « La Croix »[8]. « Face à la nécessité de faire évoluer de façon radicale nos systèmes de pensée, nos modèles économiques, nos institutions, nos trajectoires de développement, les territoires au sens de communautés humaines tissées de relation, sont appelés à devenir des acteurs décisifs de la transition à conduire ».
Notes
[1] Rapport sur les riches en France. Observatoire des inégalités. 104 pages. En vente sur inégalités.fr : 10 euros.
[2] Pour les revenus : en 1996, l’écart entre le niveau de vie médian de la population et le niveau de vie moyen des plus riches était de 27.800 euros annuels. En 2017 il était de 36.000 euros. Pour ce qui est du patrimoine, le seuil d’entrée dans les 10% les plus fortunés a plus que doublé : il est passé de 533.000 euros à 1,2 million entre 1998 et 2010 hors endettement.
[3] Voir dans l’eccap.fr : Quel nouveau cap pour la politique fiscale ? Guy Roustang, 16-10-2017
[4] Rapport de l’ONG Oxfam et du think tank Stockholm Environment Institute.
[5] Voir la pétition signée notamment par Pierre Calame, Dominique Méda, Michèle Rivasi députée européenne Europe-Ecologie-Les Verts dans Le Monde du 13 août 2020,
[6] Dominique Bourg et alii. Retour sur terre.
[7] Reçu de Pierre Calame à propos de notre débat sur La convention citoyenne pour le climat.
[8] La Fabrique des transitions. La Croix du 7 avril 2020.
17/10/2019
La convention citoyenne pour le climat, un anti grand débat
Elle vient compléter notre démocratie représentative (Assemblée Nationale, Sénat) par une dose de démocratie participative. En effet, 150 citoyens ont été tirés au sort qui sont représentatifs de la répartition par âge, formation, lieu d’habitation etc. de l’ensemble de la population française. Une France en petit. Bien sûr il y a un biais, dans la mesure où l’acceptation de participer à six week-ends au cours des mois à venir suppose d’être intéressé par la question à laquelle il va falloir répondre : comment réduire de 40% en 2030 les émissions de gaz à effet de serre de la France par rapport au niveau de 1990 en respectant la justice sociale ? Autre preuve de biais : quand on a demandé aux 150 personnes, qui se sont réunies pour la première fois le 4 octobre, si la question posée les intéressait, ou encore s’ils avaient cherché à s’informer sur le climat pour se préparer à ces week-ends, une grande majorité a manifesté que oui.
L’origine de cette réunion de 150 personnes tirées au sort est venue de personnes ou de groupes conscients de la gravité des défis à relever concernant l’environnement. E.Macron a accepté de lancer cette convention citoyenne pour le climat (CCC) et s’est engagé à ce que les propositions qu’elle ferait seraient soumises soit au vote du Parlement, soit à un referendum, soit traduites en mesures réglementaires.
L’organisation même de cette convention semble donner des garanties sur le sérieux du déroulement des débats et la possibilité d’aboutir à des propositions argumentées. La convention se réunit au Palais d’Iéna, siège du Conseil économique et social, 3ème assemblée de la République. Des personnes compétentes vont suivre tout au long les échanges pour en garder la trace. Au cours du premier week-end, des spécialistes sont déjà venus apporter les connaissances de base nécessaires pour alimenter les débats et aider plus tard à la formulation de propositions, qui seraient rédigées avec l’aide d’un groupe de juristes. Au cours du premier week-end, des experts du climat ont répondu aux questions posées par les participants qui souhaitaient avoir des compléments d’information. Si les participants considèrent que les informations qui leur sont données sont biaisées, ils pourront demander à avoir le point de vue d’autres spécialistes. Les séances plénières seront ouvertes à la presse et les participants sont encouragés à consulter leur environnement social entre les sessions. Loïc Blondiaux (professeur à Sciences Po qui travaille depuis 15 ans sur les enjeux de la démocratie participative) est l’un des trois membres du comité de gouvernance. Il disait à France Inter le 8 octobre qu’il s’agissait d’emmener toute la France derrière les membres de la convention.
Un collège de trois garants suivra l’évolution de la convention. Parmi eux, Cyril Dion réalisateur du film «Demain » et auteur du « Petit manuel de résistance contemporaine »[1]. Il a été avec d’autres à l’origine de cette convention et il a dialogué avec E.Macron sur les raisons d’être de cette convention et ses modalités d’organisation. Interrogé par un journaliste sur les risques de voir le pouvoir politique orienter les débats et leurs conclusions, C.Dion a prévenu qu’il démissionnerait évidemment et le ferait savoir.
A un tournant civilisationnel décisif, peut-être que cette convention sera un grand moment dans notre histoire républicaine ? Peut-être qu’elle viendra contredire la formule célèbre de Jacques Chirac : la maison brule et nous regardons ailleurs ? Peut-être que la France sera avec cette convention un modèle pour les autres nations ? Malgré la difficulté de l’environnement international dominé par le néo-libéralisme, sans parler des climato-sceptiques du genre Trump et Bolsonaro.
Au contraire, peut-être que cette convention sera une nouvelle déception et qu’elle se perdra dans les sables, compte tenu des puissances d’argent[2], de la difficulté d’aller à l’encontre de ce qui fait la dynamique de nos sociétés : la recherche par chacun du toujours plus, la croissance du PIB et des valeurs marchandes qui vont de pair avec la destruction de la nature. Il y a aussi fort à parier qu’E.Macron aura bien du mal à abandonner son rêve d’une France Start-up nation, et que la majorité présidentielle aura peur de prendre des mesures courageuses et difficiles, très difficiles.
Quoi qu’il en soit, on peut espérer que les travaux de cette convention, ses débats, ses controverses sur les solutions envisagées, sera un bouillon de culture. Occasion pour chacun d’entre nous, pour les responsables à tous les niveaux, pour les partis politiques, de regarder en face l’effondrement qui nous menace, si l’on poursuit la fuite en avant. Et si, par malheur, le pouvoir politique actuelle se déjugeait, en ne prenant pas au sérieux les propositions que cette convention devra faire pour répondre à une question qui nous concerne tous, il perdrait toute crédibilité.
Notes
[1] Collection Domaine du possible, Actes Sud.
[2] Voir l’interview de 31 minutes de Jérémy Désir in Le Media du 20 septembre 2019 : Un ex-banquier révèle l’imposture de la finance. Pour calmer l’opinion et rassurer certains investisseurs, les banques font mine de prendre au sérieux le risque climatique. C’est une mascarade nous dit J.D. qui a démissionné en juillet 2019 de la HSBC faute d’avoir pu persuader sa hiérarchie de la gravité de la situation. Nous recommandons vivement cette interview.
06/07/2019
La culture, un thème que privilégiera l’eccap.
18/05/2023
« La fraude des plus puissants est impardonnable »
Ce n’est pas moi qui le dis, mais un ministre, Gabriel Attal, ministre délégué aux comptes publics. Un vrai projet de lutte pour la justice sociale et plus d’égalité est-il en cours qui permettrait à Emmanuel Macron de sortir de son impopularité? Quoi qu’il en soit, goûtons notre plaisir de voir une question importante mise sur le devant de la scène.
Le Président de la République a donc demandé à son ministre Gabriel Attal de présenter un plan de lutte contre la fraude fiscale. Il s’agit « de faire payer ce qu’ils doivent aux ultrariches et aux multinationales qui fraudent;»[1]. Comme l’indique le ministre : « chaque fraude est grave, mais celle des plus puissants est impardonnable;». Quelle est l’ampleur de cette fraude;? « Certains parlent de 30 milliards, d’autres de 100 milliards;». Les 4000 emplois qui ont été supprimés au cours des dix dernières années dans les services de contrôle n’aident pas à clarifier la situation. Mais le gouvernement envisage de recruter 1500 emplois en faveur du contrôle fiscal d’ici à 2027. Gabriel Attal veut aussi renforcer les sanctions pour les fautes les plus graves « par exemple lorsqu’il y a dissimulation d’avoirs à l’étranger…Nous travaillons avec Eric Dupont-Moretti à une sanction d’indignité fiscale et civique;». Si bien qu’un fraudeur pourrait être même condamné à des travaux d’intérêt général. « En plus de payer son amende, le gros fraudeur ira repeindre le centre des impôts;». Vraiment;? Nous attendons des preuves.
Il semble que Gabriel Attal ait obtenu du Président Macron la possibilité de chercher à créer une COP (conférence des parties) fiscale au niveau international sur le modèle des COP climatiques « Le gouvernement en attend de nouvelles avancées en matière de transparence fiscale dans le prolongement du travail réalisé par l’OCDE pour combattre les paradis fiscaux[2];».
Le livre : « Offshore. Dans les coulisses édifiantes des paradis fiscaux;»[3] de Renaud Van Ruymbeke, juge d’instruction pendant vingt ans, aujourd’hui retraité, nous montre l’ampleur et la complexité des questions de la fraude fiscale. Dans la préface de ce livre, le journaliste Christophe Boisbouvier parle des paradis fiscaux comme le « vrai scandale du siècle;». Et il nous met devant les choix qui sont devant nous : « Au moment où les services d’urgence des hôpitaux sont démunis, faute de ressources, la lutte anticorruption est plus nécessaire que jamais;». « Du Luxembourg à l’Etat du Delaware (Etats-Unis), de Hong Kong à Singapour, cet ouvrage détruit la réputation d’Etats qui annoncent en fanfare la création d’une « task force anticorruption;» mais qui en réalité font tout pour protéger le secret bancaire;». Et encore ceci : « Au fil de la lecture, on apprend comment, du temps de François Mitterrand et de Jacques Chirac, deux de leurs lieutenants les plus fidèles, Michel Charasse et Jean Toubon, ont tenté d’intimider le juge emblématique qu’était déjà Van Ruymbeke, premier magistrat en France à perquisitionner le siège d’un parti politique, celui du Parti socialiste;». Pour bien marquer que la fraude fiscale est universelle, le premier chapitre du livre est intitulé « Un certain M.Poutine;» et parle du Shéhérazade, un yacht de luxe avec deux pistes d’hélicoptère que les membres d’équipage appellent « le navire de Poutine;», surnommé aussi le « kremlin aquatique;». Bien difficile d’établir qui est vraiment le propriétaire « car le yacht est immatriculé aux îles Caïmans, paradis fiscal notoire, et la société qui le possède, baptisée Beilor, serait enregistrée aux Iles Marshall en Micronésie, également réputées pour leur opacité. Deux Etats confettis spécialisés dans le blanchiment de l’argent sale;».
Le livre de Ruymbeke se termine sur une lueur d’espoir : « Je suis convaincu que malgré l’ampleur des difficultés et les montants astronomiques en jeu, les Etats finiront par se réveiller…C’est à mon sens une évolution inéluctable à terme;». Mais il est conscient aussi des difficultés. « C’est là une réforme longue et difficile à mettre en œuvre, mais inévitable si les Etats veulent recouvrer les sommes considérables dont ils sont spoliés…Ces fonds pourraient être aussi utilisés pour financer les mesures coûteuses que les Etats vont devoir engager, de toute urgence, pour lutter contre le réchauffement climatique et la préservation de notre environnement;».
Seule une régulation à l’échelle mondiale permettrait d’éliminer les paradis fiscaux. Plus modestement peut-on penser qu’Emmanuel Macron comprenne qu’il doit vraiment lutter contre la fraude fiscale;?
Notes
[1] Le Monde, 10 mai, p.7.
[2] Le Monde 11 mai, p.9. Dans le livre de Van Ruymbeke, p.191 il est question du G 20 et de l’OCDE qui ont tenté de remédier aux paradis fiscaux.
[3] Livre paru en novembre 2022 aux éd. « Les liens qui libèrent;»
15/11/2020
Laïcité et Islam
A la rentrée scolaire du lundi 2 novembre, suite à l’assassinat de Samuel Paty, tous les enseignants ont lu une lettre de Jean-Jaurès datée de 1888 adressée aux instituteurs et institutrices. Cette lecture signifiait la volonté de l’éducation nationale de faire de chaque élève un individu capable de former son propre jugement, en se rattachant à une tradition humaniste. Pour engager le dialogue avec les élèves, les enseignants ont bien senti le poids qui pesait sur eux et beaucoup se trouvent encore bien démunis malgré les efforts rappelés par Jean-Paul Delahaye[1]. En effet en 2013 une Charte de la laïcité voulue par Vincent Peillon a été inaugurée par Robert Badinter. Et il y a eu continuité d’un ministre de l’Education Nationale à un autre pour accompagner les éducateurs dans l’enseignement de la laïcité, enseignement de la liberté. Mais il reste beaucoup à faire car certains enseignants se sentent encore bien démunis et une petite minorité s’autocensure. Il reste que le témoignage de Wahida El Mansour que nous citions dans une lettre précédente montre bien comment musulmane maghrébine, elle est devenue française de cœur grâce à tous les professeurs comme Samuel Paty qu’elle a pu rencontrer.
La loi de 1905 instaurant la séparation entre Eglise et Etat a été élaborée après des années de discussion et de débat. Aujourd’hui la question est de savoir si cette loi qui avait réussi, après de très longues confrontations, à pacifier les rapports avec les fidèles de l’Eglise catholique aura la même réussite avec tous les musulmans français. N’oublions pas ce que rappelle Marcel Bernos, dans l’article de l’eccap « Heureux comme la laïcité en France » : le Vatican romain a mis du temps « à découvrir les Droits de l’homme qui lui semblaient mettre en question les « droits de Dieu » (Cf. les 80 propositions du Syllabus de Pie IX, en1864, condamnant « les principales erreurs de notre temps », dont la 55e porte sur la séparation de l’Église et de l’État).
Si l’on en croit certains témoignages, la situation est de plus en plus tendue avec des musulmans dans certains secteurs comme l’hôpital ou des activités sportives. Comme le note Jean-Louis Bianco : « On voit de plus en plus des formes de religion très archaïques, littéralistes, éloignées de l’égalité entre la femme et l’homme. Il y a effectivement une offensive et un combat à mener...mais il ne faut pas se tromper de diagnostic. Ce n’est pas tout le temps et partout. En beaucoup d’endroit la laïcité fonctionne bien. Beaucoup de problèmes se résolvent par le dialogue »[2]
Des raisons d’espérer
Eva Janadin[3], imame écrit : « Si l’Islamisme est un danger pour la République, il l’est tout autant pour l’islam…La théologie et la jurisprudence islamiques classiques telles qu’elles sont transmises depuis le Moyen Age jusqu’aux instituts de formation actuels ne sont plus adaptées pour faire face aux défis contemporains. L’ère du suivisme aveugle des théologiens et juristes du passé…doit s’achever en ce XXI ème siècle pour rouvrir les portes de l’interprétation des textes…Le travail est titanesque ». Et encore ceci : « Il est temps d’oser débattre sur les questions les plus épineuses de l’islam » y compris nous dit-elle sur « l’interprétation des textes sur l’égalité homme-femme ».
Dans la déclaration d’un collectif d’intellectuels musulmans intitulée : « Il faut cesser le boycott de la France »[4], on trouve ceci : « Qui pourrait raisonnablement dire que la France maltraite ses citoyens de confession musulmane ? Personne, hormis peut-être ceux qui voudraient instiller des germes de discorde au sein de la communauté nationale française ». A propos de la déclaration du président Macron, voici ce que dit ce collectif : « contrairement à ce qu’il a été dit ici ou là, ce discours ne critique pas l’islam. Il critique l’islamisme qui est une déformation de l’Islam…Et il est respectueux d’une tradition française instaurée par une loi de 1905 : la séparation de l’Eglise, des Eglises et de l’Etat … Également et surtout, il a insisté sur la nécessité de construire un islam en France, islam des Lumières, libéré des influences étrangères, structuré et transparent dans ses financements, et intégrant pleinement la part culturelle de l’Islam-civilisation , sans empiéter d’un pouce sur l’islam-religion ».
Lutter contre un terreau favorable au djihadisme
Comme le dit O.Roy « Si vous enseignez aux enfants d’un collège de banlieue que les valeurs de la République, c’est l’égalité et la fraternité, ils éclatent de rire »[5]. Autrement dit il est vraiment trop difficile d’enseigner les valeurs de la République quand la réalité vécue des élèves les contredit. L’islamisme radical est alors une issue perverse. Parallèlement à l’effort d’éducation s’impose la nécessité de lutter contre les inégalités croissantes, contre l’abandon de certains quartiers. Selon l’article 1 de la constitution, la République est « indivisible, laïque, démocratique et sociale ». « Les trois sont nécessaires pour éviter le communautarisme » nous dit Jean-Paul Delahaye.
Plus de cent maires, membres du PC comme de la droite, viennent d’adresser au chef de l’Etat une lettre pour « renforcer la République » et « instaurer un nouveau pacte de confiance ». Le 14 novembre 2017 (c’est un anniversaire) Macron prononçait un discours à Tourcoing dans lequel il appelait à une « mobilisation nationale pour les villes et les quartiers ». Jean-Louis Borloo appelé à la rescousse a remis son rapport le 22 mai 2018 après avoir consulté élus, responsables associatifs etc. Le 2 octobre de cette année, E.Macron a prétendu que les trois-quarts des propositions du rapport avaient été mises en œuvre. Enorme mensonge qui a fait « tomber du placard » la maire divers droite (DVD) de Chanteloup les Vignes. Et André Laignel maire socialiste d’Issoudun, 1er vice-président de l’association des maires de France dit que c’est un mensonge si énorme que l’on ne peut pas laisser passer[6].
Notes
[1] Voir entretien avec Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l’enseignement scolaire, co-auteur du rapport Obin de 2004, in Le1, n°320 du 28 oct. 2020.
[2] Le Monde, 1er et 2 nov.2020.
[3] Eva Janadin, Imame, Déléguée générale de l’association L’Islam au XXIème siècle, imame de la mosquée Simorgh, à Paris, cofondatrice des associations Voix d’un islam éclairé et Association pour la renaissance de l’islam mutazilite. Voir Le 1 n°320 « Face à l’islamisme ».
[4] Le Monde, mardi 3 nov. 2020 p.25.
[5] Le 1, n°320.
[6] Le Monde 15/16 novembre 2020.
29/01/2020
L’autonomie du système technique
14/12/2019
L’autoréhabilitation accompagnée du logement
Les inventions démocratiques peuvent concerner des actes du quotidien apparemment minuscules et donc négligées, alors qu’elles sont d’une grande importance, comme nous allons le montrer. On voit se multiplier des chantiers d’autoréhabilitation accompagnée du logement (ARA), dans lesquels ce sont les maîtres d’ouvrage qui avec l’aide des professionnels réalisent une partie -parfois très importante - des travaux. L’ARA favorise la coopération avec des voisins, des parents, des professionnels. Déjà des territoires ont compris que la mobilisation de l’apport en industrie des ménages dans le cadre de chantiers hybrides sera la clé de la rénovation énergétique et de la remise en état d’une partie du parc de logements.
La réhabilitation énergétique des logements : un enjeu de justice sociale et de solidarité planétaire.
L’obstacle du passage à l’acte de la rénovation
Ne plus considérer les gens comme des charges mais comme des ressources
Une pratique qui se diffuse
Des formations se mettent en place
Des territoires s’engagent
De la nécessité d’un soutien public
15/10/2022
L’école de la réconciliation
Les étapes pour assurer la réussite de tous
Est-ce généralisable ?
Notes
[1] La réconciliation. Un professeur à Drancy. Ed. Les liens qui libèrent, 2022.15/05/2020
Le monde d'après
L’hôpital français a tenu
L’écrivain Sylvain Tesson qui a plongé dans les coulisses de l’hôpital parisien La Pitié Salpêtrière nous dit ceci : Si l’hôpital français a tenu « c’est grâce à une troupe de soutiers inconnus… A la Pitié chacun confirme que l’inventivité des personnels hospitaliers a permis d’absoudre l’impréparation des personnels politiques ». Selon un infirmier réanimateur : « Les français sont ainsi faits » « qu’ils rivalisent de génie dans la débrouille ». Un cadre technique raconte : « Avec les 125 techniciens, on a dû tout inventer. Il fallait reconfigurer les salles, convertir des véhicules en ambulances de fortunes. Pour une fois on n’était pas astreints aux normes ! ». Un collègue ajoute « On a eu l’impression de faire quelque chose de grand, les chauffagistes aidaient à l’électricité, les électriciens transportaient des planches, personne ne mouftait, c’était le branle-bas ». Des bénévoles sont venus prêter main-forte. Un polytechnicien en troisième année pousse un diable chargé d’une cargaison de filtres (0). Le contraste est saisissant entre ceux qui, à tous les étages, ont permis aux hôpitaux de tenir et le cafouillage des politiques. Mais d’où vient l’impréparation des personnels politiques ?
Comment a-t-on pu en arriver là ?
C’est ce que se demande Vincent Lindon, en simple citoyen[1]. Et il répond « Au-delà de la santé, c’est l’ensemble du secteur public qui subit depuis des décennies les coups de boutoir des présidents qui se succèdent avec toujours la même obsession : réduire la place de l’État dans l’économie. La recette est simple : privations pour ce qui coûte (l’éducation, la justice, la police, l’armée, la santé…) et privatisations pour ce qui rapporte.
Tandis que les budgets des ministères régaliens sont comprimés et les salaires de leurs fonctionnaires bloqués, la grande braderie est ouverte. Villepin solde les autoroutes, Nicolas Sarkozy fait absorber Gaz de France par un groupe privé, Suez, et enfin François Hollande, sous la férule de Macron, démembre Alstom pour le plus grand profit de l’américain General Electric.
Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, la fête continue. Deux entreprises publiques, la Française des jeux (FDJ) et Aéroports de Paris (AdP), sont très rentables ? Vendez-les ! »
Mais pourquoi V.Lindon s’inquiète puisqu’E.Macron a déclaré récemment. « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché » [2]. E.Macron, et tous les tenants du néolibéralisme qui nous ont menés là où nous en sommes, seraient-ils « convertis » ? On peut en douter.
Le monde d’après : le même, en un peu pire ? Ou bien un autre monde ?
Comment ne pas être optimiste, puisque nous croulons sous les appels au changement et constatons de multiples réalisations. Par exemple la création de nombreux réseaux d’approvisionnement alimentaire de proximité. De très nombreuses déclarations plaident pour lutter contre les inégalités et le réchauffement climatique, pour la rénovation de nos démocraties : celles de « Pouvoir de Vivre » ou de « PourLejourDaprès » qui regroupent un grand nombre d’associations et de syndicats, celles d’Alternatiba et de Place publique par exemple, les déclarations de nombreuses personnalités : N.Hulot, Laurent Berger, D.Bourg etc. etc.
Houellebecq aurait donc tort de déclarer : « Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ce sera le même, en un peu pire »[3].
A moins qu’il soit lucide, si nous ne réussissons pas à surmonter des obstacles redoutables. Notamment les trois suivants : les inégalités, le pouvoir de la finance qui dirige le monde, et celui des géants du numérique.
Les inégalités
Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus du double des richesses cumulées de 6,9 milliards de personnes. [4] Mais attention de ne pas se focaliser uniquement sur les très, très riches. Je fais partie personnellement (et comme sans doute beaucoup de lecteurs de l’eccap) des 10% les plus riches qui consomment 50% des richesses mondiales. Sommes-nous prêts vraiment à une réforme fiscale qui serait « révolutionnaire », comme l’a été celle de F.D. Rooesevelt avec le new deal, en taxant fortement les hauts revenus et les successions, en luttant plus efficacement contre l’optimisation ou la fraude fiscale [5]. Sommes-nous prêts à une taxe qui tiendrait compte de notre empreinte écologique, qui serait aussi révolutionnaire que l’a été l’introduction de l’impôt progressif sur le revenu[6]. Taxe qui soulève les mêmes objections que celles qui étaient faites au moment de la création de l’impôt sur le revenu en 1914.
Les financiers qui dirigent le monde
Black Rock est le plus grand financier du monde avec 6000 milliards d’actifs qui appartiennent à de gros investisseurs mais aussi à des millions de petits épargnants. En regardant le film on comprend comment Black Rock et d’autres peuvent influencer les entreprises, les responsables politiques et les Etats.
Larry Finck, Président de Black Rock a été le premier dirigeant financier à être reçu par E.Macron après son élection et il aimerait profiter d’une évolution de notre régime des retraites.[7] Suite à une rencontre avec Larry Fink, Lopez Obrador nouvel élu à la tête du Mexique a probablement renoncé à nationaliser certains secteurs touchant à l’énergie dans lesquels Black Rock avait de gros intérêts. Quant aux belles déclarations de Black Rock en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, elles ont tout juste valu un diplôme d’imposture décerné par dérision à Larry Fink. La compétence de Black Rock pour conseiller les individus ou les institutions sur les risques d’un placement est incontestable. Les moyens qui fondent cette compétence sont colossaux. Il n’est donc pas étonnant que la Banque centrale européenne ait eu recours à ses services pour évaluer la fiabilité des banques européennes. Mais ses critères d’évaluation sont financiers. Ils ne se soucient pas de répondre à la question de savoir si les investissements sont éthiques ou non. Encore moins de savoir si les investissements de Mr Al Gore dans l’énergie verte sont destructeurs des forêts ou non[8].
Un seul livre est paru sur Black Rock en allemand : « BlackRock: Eine heimliche Weltmacht greift nach unserem Geld » (« Une puissance mondiale cachée met la main sur notre argent »).. Pour le rédiger Heike Buchter a recueilli des témoignages d’anciens salariés de Black Rock qui tous ont voulu rester anonymes de peur de voir leur carrière compromise.
Du capitalisme industriel au capitalisme numérique
Quand nous avons rédigé la lettre n° 27 nous n’avions pas connaissance de l’action menée par le collectif franco-espagnol Ecran total et Ecologistas en accion, ni de sa contribution « Ne laissons pas s’installer le monde sans contact »[9]. Avec le confinement, le numérique est devenu notre mode privilégié de rapport au monde et aux autres. Rien d’étonnant alors à ce que les valeurs en bourse des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) soient en hausse depuis les débuts de la pandémie, alors qu’en moyenne les autres valeurs baissent.[10] Le 4 mai les GAFAM étaient estimées 4.800 milliards d’euros alors que les 40 plus grandes sociétés françaises du Cac40 valaient 1400 milliards.
Au temps du capitalisme industriel, les démocraties ont su lutter contre les dangers des concentrations excessives[11], il est grand temps qu’aujourd’hui elles limitent les pouvoirs des GAFAM.
Notes
[0] Le Monde du 29 avril 2020..
[[1] Vincent Lindon a proposé à Mediapart sa déclaration le 6 mai 2020
[2] Le Monde 14 mai 2020
[3] Lundi 4 mai sur France Inter.
[4] Rapport Oxfam Inégalités 2020.
[5] Un article de l’eccap rendra compte prochainement du livre récemment paru de G.Zucman et E.Saez « Le triomphe de l’injustice ».
[6] Voir Propositions pour un retour sur terre, signé par Dominique Bourg et alii.
[7] Retraites: BlackRock souffle ses conseils pour la capitalisation à l’oreille du pouvoir. 9 DÉCEMBRE 2019 PAR MARTINE ORANGE.
[8] Voir le film de Michael Moore et Jeff Gibbs La Planète des Humains dont voici le lien:https://www.youtube.com/watch?v=Zk11vI-7czE
[9] https://www.terrestres.org/2020/04/27/ne-laissons-pas-sinstaller-le-monde-sans-contact/
[10] Dans Marianne du 5 mai 2020 : « depuis le début de l’année, nonobstant la crise du coronavirus, les cinq titres sont en hausse de 10%, alors que les 495 autres valeurs du S&P 500 baissent de 13% en moyenne ».
[11] La première loi anti-trust aux Etats-Unis date de 1890.
14/09/2019
Le projet de l'eccap rendre un autre avenir possible
La notion même de changement de cap amène à prendre acte des bouleversements en cours, y compris au niveau mondial. Après la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin, le livre de F. Fukuyama paru en 1992 intitulé « La fin de l’histoire et le dernier homme » pouvait donner à penser que la suprématie de la démocratie et du libéralisme était définitivement assurée. Mais les pays du G7 réunis récemment à Biarritz ( France, Allemagne, Italie, Royaume Uni, , Etats-Unis, Canada, Japon) ne représentent plus que 40% de la richesse mondiale mesurée par leur PIB contre 70% il y a 45 ans. Avec l’arrivée de Trump à la présidence de la démocratie la plus ancienne, on ne peut que s’inquiéter de la fragilité des institutions démocratiques. Et si les Etats-Unis sont incontestablement la première puissance militaire, Trump dans sa volonté de s’en tenir étroitement aux intérêts des Etats-Unis, affiche un certain repli par rapport au reste du monde. Ce qui contraste de manière saisissante avec les ambitions de Xi-Jin Ping de faire à nouveau de la Chine la première puissance mondiale, grâce notamment aux multiples partenariats que permettent les nouvelles routes de la soie[1]. L’importance actuelle et à venir de la Chine, qui n’est pas un modèle de démocratie, nous entraîne bien loin de Fukuyama.
Ceci étant, les résultats du G7 représentent sans doute, grâce à la politique menée par E.Macron, l’optimum de ce que l’on pouvait en espérer. Qu’il s’agisse d’éviter une coupure grandissante entre les Etats-Unis et l’Europe en calmant quelque peu les foucades de Trump, du refus de signer le Mercosur en l’état actuel, de l’intérêt porté à la protection de la forêt amazonienne, avec les modestes perspectives de reforestation, en opposition à la politique catastrophique menée par le président brésilien Bolsonaro. Qu’il s’agisse aussi des avancées concernant la fiscalité des multinationales du numérique sur laquelle nous reviendrons.
Les opposants à E.Macron ont évidemment raison de souligner que la volonté de ne pas signer le traité Mercosur en l’état est bien tardive et qu’il ne fallait pas signer le traité CETA avec le Canada qui présente des dangers évidents.
Plus généralement, l’eccap considère qu’un véritable changement de cap suppose de remettre en question toute une idéologie qui tourne autour de la volonté de faire de la France une start-up nation, ou qui ambitionne de voir le plus de français possible devenir millionnaire ou milliardaire... L’eccap veut apporter sa pierre à la lutte en cours contre un capitalisme néo-libéral qui s’inquiète lui-même de son avenir (tant les dégâts qu’il entraîne sont gravissimes), contre les risques de la numérisation, de l’homme augmenté etc. avec la conscience du tragique de notre situation. Un article récent du Monde du 17 août 2019 était titré « Ecologie, climat : l’effondrement n’est pas inéluctable ». Nous partageons l’analyse des six chercheurs signataires qui considèrent que « la panique de la collapsologie est tout aussi paralysante que la certitude des climatosceptiques » Ces chercheurs plaident pour une mobilisation concertée alliant militance citoyenne, décideurs politiques et entreprises.
Nous poursuivons donc notre effort en collaboration (avec tous ceux qui le veulent bien) pour les changements radicaux qui s’imposent en envisageant un autre avenir possible. En sachant que l’avenir se joue aussi bien au niveau des idées que des réalisations innovantes si modestes soient-elles parfois.
Notes
[1] Peter Frankopan. Les nouvelles routes de la soie. 2018.
01/06/2024
Le rêve européen
C’est avec ce titre « Le rêve européen;» que Jeremy Rifkin, auteur à succès américain a fait paraître en 2004 son livre [1]. Le ressortir 20 ans après grâce à une voisine qui se débarrasse d’une partie de sa bibliothèque ne manque pas de sel ! Est-il prémonitoire ou est-ce un rêve? Toujours est-il que le numéro de printemps 2024 de la revue trimestrielle Zadig a pour titre « Rêver l’Europe».
En complément de son titre « le rêve européen;» en page de garde, J.Rifkin précisait : « comment l’Europe se substitue peu à peu à l’Amérique dans notre imaginaire». Et dans Zadig qui a pour titre du n° de printemps 2024 « Rêver l’Europe;» l’ukrainien A.Kourkov déclare : « Vous savez, sous l’URSS, nous croyions tous dans l’American Dream. Mais après la chute du mur, les Ukrainiens l’ont remplacé par l’European Dream». Et à titre d’exemple, selon la presse, aujourd’hui 80% des géorgiens choisissent l’Europe et s’opposent à leur gouvernement tenté d’imiter la Russie de Poutine.
J.Rifkin est américain et s’il avait eu à choisir il y a 20 ans, il aurait choisi à nouveau d’être américain. Il n’empêche qu’il considère que l’Europe telle qu’elle était il y a 20 ans, lui semblait présenter pour l’avenir du monde des qualités susceptibles d’être un modèle pour le monde supérieur à l’esprit américain. Il cite Romano Prodi alors Président de la Commission Européenne qui déclarait : « Nous (les européens) apportons au monde l’exemple réussi d’une méthode pour la paix».
A la croisée des chemins
Ce « rêve européen» peut paraître dérisoire quand on voit le « sud profond» qui s’écarte de l’occident, quand on voit les difficultés de la France en Afrique de l’ouest. Déclin de l’Occident selon Poutine? Ou au contraire l’avenir est-il porté par les géorgiens et tous ceux qui ont fui la Russie de Poutine?
Mais Abderrahmane Sissako nous dit : « Nous, africains, nous avons le sentiment que l’Europe a toujours un regard condescendant, qu’elle ne juge pas à égalité les autres culture »[2]. Et dans ce même numéro remarquable de la revue trimestrielle Zadig du printemps 2024, Hartmut Rosa, penseur allemand, nous met en garde. Il écrit : « l’Europe doit se mettre à l’écoute du monde » plutôt que dominer, il lui faut résonner. A travers les concepts de démocratie et de droits de l’homme et du citoyen, elle a en même temps fait une puissante promesse : que les citoyens et citoyennes puissent entrer ensemble dans une relation de résonnance, une relation dans laquelle leurs différentes voix pourront trouver une écoute…»[3]
Notes
[1] Jeremy Rifkin. Le rêve européen. Librairie Arthème Fayard pour la traduction française. 2005.
[2] Numéro « hors-série» de la revue trimestrielle Zadig, printemps 2024 en collaboration avec Arte, intitulé « Rêver l’Europe» p.82
[3] Dans ce même numéro p.191.
29/01/2020
Les responsabilités partagées d’une société de la ségrégation
L’écrivain Alex Jenni commente ainsi le film dans le journal La Croix du 26 novembre 2019 : « tous les personnages sont doubles : à la fois ce qu’ils pourraient être et ce que la violence de la banlieue a fait d’eux … Dans cette ambivalence de chacun se trouve la solution potentielle : s’ils sont ce que la banlieue a fait d’eux, d’autres conditions les rendront différents ». La projection du film se termine par la citation suivante de Victor Hugo tiré de son roman Les Misérables : « Mes amis, il n’y a pas de mauvais hommes ou de mauvaises herbes, il y a juste de mauvais cultivateurs”. Mais qui sont ces mauvais cultivateurs ? Ne sommes-nous pas tous peu ou prou de mauvais cultivateurs en tolérant l’inertie de ceux qui nous gouvernent, en ne voyant pas la gravité du mal ? Dans Le Monde du 4 janvier 2020, Eric Vuillard écrit un article intitulé : « Les Misérables est un film universel sur une société de la ségrégation ».
Le n’importe quoi de notre président
D’après La Croix, notre président a vu le film et il été « bouleversé par sa justesse, et a demandé au gouvernement de se dépêcher de trouver des idées et d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers. » Ce qui amène le commentaire suivant d’Alex Jenni : « Avec tout le respect que l’on doit à sa fonction, on peut s’étonner de la surprise de celui qui l’occupe. Il ne savait vraiment pas ? Il serait bien le seul. Et puis cette réaction de trouver très vite des idées… On traîne le problème depuis trente ans, et il faudrait trouver très vite des idées ? Mais là, heureusement c’est facile. L’année passée, Jean-Louis Borloo avait produit un rapport sur l’état des banlieues, plein d’idées pour l’améliorer.Rapport enterré par le susdit président, car : « Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent un rapport… Cela ne marche plus comme ça. » Façon contemporaine de dire : qu’ils se débrouillent ».[2]
Les responsabilités de ceux qui nous gouvernent depuis des décennies
Un rapport déposé à l’Assemblée Nationale le 31 mai 2018 par deux députés (l’un du Parti Républicain, l’autre de la République en marche)[3] « sur l’évaluation de l’action de l’Etat dans l’exercice de ses missions régaliennes à La Seine St Denis » est impressionnant, consternant et passionnant. Ce rapport très fouillé liste les injustices et les torts causés au département le plus pauvre de France. Toute une série de propositions accompagnent ce rapport qui est à l’honneur de notre démocratie. Les deux députés rappellent que « parce qu’ils sont représentants de la Nation et concourent par l’exercice de leur mandat à la définition de l’intérêt général, les parlementaires sont légitimes pour questionner l’exécutif sur l’efficience de l’action publique ».
Des responsabilités largement partagées
Ce rapport très fouillé note par exemple : « comme les agents chevronnés ne demandent pas à y aller - ou très peu - les besoins en moyens humains de ce territoire difficile sont essentiellement couverts par des personnels inexpérimentés, ce qui pèse sur l’action de l’Etat dans le département ». Les recrutements des policiers, des magistrats, des enseignants se font à la « sortie d’école ». Si l’on y ajoute le constat des déserts médicaux, on prend conscience que lutter contre la ségrégation de notre société supposerait un sursaut de bien des professions et peut-être de tout un chacun.Notes
[1] Le Monde 4 janvier 2020.
[2] Julien Lenormandie, ministre chargé de la ville et du logement, malgré toute sa bonne volonté , a du mal à convaincre que le gouvernement a pris au sérieux les recommandations du rapport Borloo. Voire son débat avec Mohamed Mechmache « Quartiers populaires : une politique invisible.
[3] Un complément au rapport a été rédigé par madame Sylvie Charrière, députée LREM de Seine St Denis.
17/01/2021
Le triomphe de l'injustice

Le triomphe de l'injustice est le titre du livre publié d’abord en anglais de deux économistes français, professeurs à Berkeley en Californie, qui ont contribué à l’élaboration de programmes électoraux de certains candidats démocrates à la présidence des Etats-Unis. Le sous-titre de leur livre est : « Richesse, évasion fiscale et démocratie ». Leur introduction s’intitule « Réinventer la démocratie fiscale » Dans le livre, les allusions à la France ne manquent pas, sans compter leurs interviews dans les media français.
1 - Fiscalité et démocratie. La richesse c’est le pouvoir
Les deux auteurs nous préviennent : si l’on veut éviter de s’enfoncer « dans la dérive inégalitaire et oligarchique qui a amené Trump au pouvoir » il serait sage d’étudier l’histoire des impôts aux Etats-Unis. Le père de la constitution américaine déclarait en 1792 : « le grand objet |des partis politiques] devrait être de combattre le mal…en ne permettant pas …à quelques-uns d’accroître l’inégalité des biens par une accumulation de richesses immodérée[1] ». En France, 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres et les 10% les plus riches possèdent 50 % des richesses, selon le rapport d’Oxfam en janvier 2020.
Si des milliardaires français souhaitent contrôler les médias (presse écrite, télévisions, radios) ce n’est pas parce ces secteurs leur rapportent beaucoup mais pour influencer l’opinion. Pour toute personne qui veut s’informer sur le contrôle des médias par quelques milliardaires français, il y a abondance d’information.
Gaël Giraud dans une interview reproduit dans l’eccap déclarait : « Quand vous êtes une banque qui gagne plusieurs milliards d’euros chaque année, vous pouvez acheter tous les économistes qui passent dans le débat public…quand vous multipliez votre salaire par dix en allant travailler un jour par semaine dans une banque, vous n’avez absolument pas envie de donner une interview dans un journal pour dire du mal des banques ».
Et pour montrer la difficulté de contrôler le secteur financier, Gaël Giraud poursuivait : « regardez les cinq premiers postes de toutes nos grandes banques, ce sont des anciens inspecteurs généraux des finances, à tel point que l’ancien PDG de BNP Paribas aime répéter qu’il y a plus d’inspecteurs généraux des finances à BNP Paribas qu’au service de l’Etat. Cela vous dit quelque chose de cette espèce de collusion complètement incestueuse entre la finance privée et la haute administration des finances publiques, qui devrait travailler pour l’intérêt général. »[2]
Dans son livre « Le prix de la démocratie » (Ed. Fayard) Julia Cagé montre comment des questions en apparence techniques ont un rôle dans le sentiment d’abandon des classes moyennes et populaires, et dans la montée des populismes[3]
2- Une réforme fiscale est possible
Les auteurs du livre ont fait un travail remarquable de rassemblement des données en collaborant avec d’autres économistes et notamment Thomas Piketty. Pour analyser l’évolution du revenu national et sa répartition pour chaque catégorie sociale, ils tiennent compte de tous les impôts aux divers niveaux administratifs. Il en résulte que pour les Etats-Unis : - de 1946 à 1980 il y a eu une croissance forte et équitable du revenu national grâce à des taux d’imposition marginaux quasi confiscatoires, -par contre de 1980 à 2018 les classes populaires ont été exclues de la croissance. De 1980 à 2018, les 1% les plus aisés (ceux qui touchent plus de 500.000 dollars aujourd’hui) ont vu leur revenu augmenter fortement. Pour une infime minorité, la croissance a été exponentielle : pour les 0,1% les plus fortunés les revenus ont augmenté de 320%, et pour les 0,001 (soit les deux mille trois cents américains les plus riches) de plus de 600%. Durant la même période les classes populaires, c’est-à-dire la moitié de la population qui perçoit les revenus les plus bas, n’ont pratiquement bénéficié d’aucun gain de revenu réel.
Il ne faut donc pas oublier que le taux marginal supérieur d’imposition des hauts revenus a été aux Etats-Unis de « 78% entre 1930 et 1980, dépassant même les 90% entre 1950 et 1963 ». C’est donc un retournement spectaculaire qui a été introduit par Ronald Reagan président des E.U. durant son second mandat en 1986. Après trois semaines de débat au Congrès, la nouvelle loi prévoyait le taux marginal supérieur d’imposition de 28%, soit le taux le plus bas de tous les pays développés. Et au Sénat la loi avait été adoptée par 97 voix contre trois. « Les démocrates Ted Kennedy, Al Gore, John Kerry et Joe Biden avaient tous voté « oui » dans un bel élan d’enthousiasme »[4] et les auteurs ajoutent : « Bien que peu populaire auprès des citoyens, cette réforme fiscale suscitait la ferveur dans les hautes sphères politiques et intellectuelles ». C’était le tournant néo-libéral qui amenait Margaret Thatcher à déclarer « La société n’existe pas, seuls les individus existent ». Et les auteurs de « Triomphe de l’injustice » constatent que pour les économistes qui enseignent dans les universités américaines enseigner les bienfaits du virage de Reagan « relève quasiment du devoir professionnel ».
Joe Biden nouveau président des E.U. n’a pas retenu (contrairement à Mme Warren qui était aussi candidate démocrate pour la présidence des E-U), les suggestions des auteurs du livre « Le triomphe de l’injustice » pour imposer davantage les grandes fortunes. Il est probable cependant que Joe Biden reviendra sur la décision de Trump d’abaisser l’impôt sur les sociétés.
3 - Réforme fiscale et élections présidentielles de 2022
En France, le gouffre entre les plus riches et la classe moyenne au cours des 40 dernières années a été moindre qu’aux E.U. mais un débat démocratique est cependant essentiel pour qu’un candidat favorable à la lutte contre les inégalités nous prépare à la transition écologique et à une politique d’amélioration des services publics.
Il n’y a rien à attendre d’E.Macron, lui qui a été sourd jusqu’à présent : ;- A toutes les demandes de rétablissement de l’impôt sur la fortune.
- Aux demandes qui ressortaient du grand débat national à la suite du mouvement des gilets jaunes, c’est-à-dire la demande d’une meilleure répartition de l’effort fiscal qui pèse trop à l’heure actuelle sur les classes moyennes.
- Au fait que 76% de la population interrogée par le baromètre Odoxa sur le moral économique des français réalisé pour BFM Business, Challenges et Aviva soutiennent l’instauration d’un nouvel impôt spécifique pour les plus aisés. Une mesure qui convainc une majorité de français, qu’ils soient sympathisants de gauche (86%), de LR (60%) ou de LREM (57%).
Alors qu’ E.Macron recevait le 29 juin 2020 les 150 membres de la Convention Citoyenne pour le Climat, leur demande d’une taxe de 4% sur les dividendes distribués figurait déjà parmi les trois demandes qu’il refusait sur les 149 propositions contenues dans le rapport. En s’appuyant sur les travaux des économistes français qui ont inspiré certains candidats démocrates pour les élections présidentielles aux E.U., nous avons les arguments et les outils pour relever les défis de l’évasion fiscale, assurer une meilleure coordination entre pays, passer de la course au moins disant à la course au mieux-disant.
Notes
[1] Emmanuel Saez, Gabriel Zucman. Le triomphe de l’injustice. Ed. du Seuil. Traduit des E.U. Ed du Seuil. 2020, p.227.
[2] Dans la rubrique Finance de l’eccap.fr Régulation financière et pantouflage Extrait d’une conférence de Gaël Giraud.
[3] Voir dans l’eccap « La démocratie et l’argent » selon Julia Cagé, octobre 2018.
[4] Le triomphe de l’injustice p.82.
15/11/2019
Migrations et futures élections présidentielles 2022
Les contre-vérités d’E.Macron concernant l’immigration
Malheureusement cela se fait au prix de contre-vérités relevées par F.Héran, professeur de la chaire Migrations et Solidarités du Collège de France dans une interview à France Inter du 5 octobre 2019.
Selon le pouvoir en place, la France serait un pays très attractif pour les migrants. Un argument massue utilisé par le gouvernement (qui a été repris par messieurs Cioti, Hortefeux et d’autres) serait que les demandes d’asile ont augmenté en France de 50% en 2017, alors qu’elles baissaient en Allemagne. Ce à quoi F. Héran répond qu’il s’agit d’un rééquilibrage. La France, loin d’être le pays le plus attractif pour les demandes d’asile, se situe au 11ème rang en Europe, si l’on rapporte les demandes d’asile à l’importance de la population de chaque pays. Et au moment de la crise de 2015, 2016, la France était même au 15ème rang. Si, de plus, on tenait compte du revenu par habitant le rang de la France serait encore plus mauvais. Selon F.Héran, on raconte n’importe quoi quand on donne à penser que la générosité de la politique d’accueil de la France serait exceptionnelle. Si l’on compare aux autres pays, nous serions en passe de rejoindre la moyenne européenne.
Quant à la prétention que notre politique doit devenir humaine et efficace, F.Héran considère que ce n’est pas nouveau et que c’est la politique théoriquement menée par la France depuis les années 1970.
F.Héran manifeste dans l’interview du 5 octobre une certaine irritation. Selon lui, les chercheurs sont agacés d’être considérés comme de belles âmes peu soucieuses des réalités. Il refuse l’angélisme comme le cynisme. Il n’y a pas la morale d’un côté et la politique de l’autre. Il n’y a pas l’ouverture des frontières qui serait morale et la fermeture qui serait politique. Il faut mener de front morale et politique, c’est-à-dire la responsabilité et la prise en compte des données réelles. Si les autorités persistent à prétendre que nous sommes le premier pays pour les demandes d’asile et que nous sommes sous la pression du monde entier, alors il faudra en conclure qu’elles le font délibérément en connaissance de cause et il continuera, lui et les spécialistes à dénoncer fermement ces contre-vérités.
Le gouvernement laisse aussi penser qu’avec l’AME (aide médicale d’Etat), la France ferait un effort exceptionnel pour soigner les immigrés, mais F.Héran souligne que la France est le seul pays à avoir isolé dans un compte spécial les dépenses consacrées aux sans-papiers, ce qui n’empêche pas les autres pays de soigner les demandeurs d’asile.
Personne ne devrait contester qu’il faut des règles et que la France ne peut pas accepter selon la formule de Rocard « toute la misère du monde »[2]. L’eccap ne manquera pas de revenir sur la politique d’immigration, question importante, controversée et complexe. Mais aujourd’hui on ne peut que s’élever contre l’utilisation de cette question à des fins bassement politiques. Quand E.Macron prétend faire barrage à Marine le Pen et à ses idées, on peut au contraire considérer qu’il joue les faire-valoir, et qu’il cherche à détourner l’attention pour ne pas affronter les vrais problèmes : les questions du climat, de notre démocratie, de la justice sociale et fiscale.
Ni Macron, ni Marine le Pen
La question des migrations n’était pas mise en avant par les gilets jaunes sur les ronds-points et ce sont les questions de justice sociale, de politique fiscale, d’évolution du climat, de représentation démocratique qui préoccupent le plus les français.
Il faut se rendre compte que 30 ans après la chute du mur de Berlin, alors que l’on croyait à l’époque au triomphe « d’une conception du monde structuré par la marché »[3], la mondialisation actuelle, la financiarisation des économies, l’aggravation des inégalités entraînent dans le monde entier des soulèvements, des protestations.
Pour les futures élections présidentielles de 2022, il faut substituer au « ni gauche, ni droite » un « Ni Macron, ni Marine Le Pen » avec l’espoir qu’en France une force politique pourra se dégager qui refusera le repli nationaliste que favorise la mise en avant de la question migratoire, qui affrontera les défis que sont l’évolution du climat, l’aggravation des inégalités sociales, et l’appauvrissement de notre vie démocratique.
Notes
[1] Sauf que cette fois il pourrait bien perdre compte tenu des mécontentements dus aux inégalités sociales que sa politique a aggravées.
[2] F.Héran souligne du reste que ce ne sont pas les plus pauvres qui cherchent à immigrer, mais ceux qui le peuvent.
[3] Voir l’éditorial du Monde du 9 novembre 2019.
18/01/2020
Mystique et politique
Un idéal pour garder le cap
François Ruffin. Mon rôle est spirituel.
Notes
[1]Voici ce que nous dit un ami Eric Prédine. En Dordogne le mouvement des gilets jaunes a été celui des petites gens. Les ronds-points étaient des lieux d'abord de rencontres, puis d'échanges et de conscientisation politique. Le phénomène de médiatisation des violences urbaines a estompé nettement cette mobilisation. En effet le gros des troupes de gilets jaunes, avec beaucoup de femmes, ne s'identifie pas du tout à la notion d'émeutier. Aujourd'hui encore, le moindre drapeau jaune à un carrefour provoque des manifestations de soutien.
J'ai fréquenté deux fois un tel rassemblement. J'ai été témoin de conversations étonnantes qui ont brisé beaucoup de mes préjugés sur le glissement populaire vers le rassemblement national. En fin de compte les préoccupations sociales se mêlent étroitement avec celles écologiques. J'en conclue que la radicalité fascisante n'est pas inéluctable (bien que profondément inquiétante même dans nos villages périgourdins). Elle est, j'en suis convaincue, le résultat de plusieurs décennies de politique c'est comme cela, on ne peut rien changer, soyez raisonnable et faite confiance à l'élite libérale.
Chaque éclairage qui démontre qu'un changement de politique est possible sans passer par la violence donne un véritable espoir
26/07/2019
Nécessité de traduire sur le plan politique les nouvelles voies qui se cherchent en faveur de l’écologie et de la lutte contre la fracture sociale
La percée réalisée par Macron et LREM qui détiennent tous les pouvoirs a été possible compte tenu de la fragilité de la gauche et de la droite. La gauche en se ralliant au libéralisme économique et à la mondialisation financière s’est coupée de sa base. Gauche et droite ont déçu et favorisé la prise de distance par rapport à nos institutions ainsi que l’abstention et la montée du Rassemblement National comme principale opposition. Le mouvement des gilets jaunes a manifesté la difficulté des canaux traditionnels à exprimer les revendications et le désir de changement. Mais il n’a pas été à même de s’organiser, d’exprimer des revendications en se contentant du dégagisme. Le résultat des élections européennes est un espoir même si le mauvais clivage LREM/RN est dominant. Espoir en ce sens que les préoccupations écologiques sont sur le devant de la scène et que dans certains pays les socialistes ont résisté.
Compte tenu du manque de perspective de la gauche et de la droite, LREM a pu s’imposer avec le slogan ni gauche, ni droite et l’espoir d’une politique raisonnable qui prendrait le meilleur des uns et des autres. De plus, le discours « humaniste » de Macron a pu séduire de larges pans de l’opinion, indépendamment du fait qu’il apparaissait comme le seul à pouvoir contrer le Front National. Moi-même j’ai été trompé à l’écoute du discours du président Macron devant le congrès réuni à Versailles. Ses propos m’avaient séduit et donné à penser qu’il prendrait très au sérieux les risques de l’exclusion et de la marginalisation d’une partie de la population. La collaboration ancienne de Macron à la revue Esprit, son aide apportée à Paul Ricoeur pour un de ses ouvrages, différentes publications comme par exemple le livre de Brice Couturier : « Macron, un président philosophe » etc. etc. ont créé un halo de sympathie et entretenu l’illusion. Bien sûr, tout n’est pas à rejeter en bloc dans les intentions affichées par le pouvoir en place, si l’on pense par ex. au rapport d’Erick Orsena sur les bibliothèques, ou encore à l’appui maintenu par F.Nyssen à E.Macron malgré son départ du Ministère de la culture. Appui qu’elle a manifesté lors de son interview à France Inter le mercredi 5 juin avec un bel éloge de la culture.
Mais en dernier ressort quelle est l’idéologie du macronisme ?
Le livre de Brice Couturier sur E.Macron affirmait en bandeau : « Aucun de ses mots n’est le fruit du hasard ». Ce qui est peut-être vrai à condition de l’interpréter à la lumière du livre de Marc Endeweld : « Le grand manipulateur »[1]. Il est vivement recommandé d’écouter l’interview de ce journaliste par Denis Robert le 13 mai 2019. Indépendamment de l’effondrement des partis de gauche et de droite qui s’étaient partagés les pouvoirs au cours des dernières décennies, Macron a pu s’installer au niveau de l’Etat grâce à une mobilisation habile et méthodique des réseaux de pouvoir et d’argent dominants. C’est ce que montre Marc Endeweld grâce à un long travail d’enquête. Pour ce journaliste, en dernier ressort, E.Macron est un néo-libéral convaincu qui rêve de voir la France imiter la Silicon Valley. Sa personnalité remarquable est sa force et sa faiblesse : il n’a pas d’amis ni d’états d’âme. Après avoir séduit et utilisé, il n’hésite pas à jeter. Son mépris désinvolte pour le rapport Borloo, son refus de répondre à une demande générale de plus de justice fiscale m’ont guéri de mes illusions. Indépendamment du choix de Macron en faveur de l’adaptation à la mondialisation, la verticalité du pouvoir le rend incapable d’écouter le malaise populaire et de faire place aux corps intermédiaires, syndicats et associations contrairement à ce qui est dit et répété par le gouvernement. Au point, par exemple, que la négociation sur la santé au travail entraîne un front uni du patronat et des syndicats qui ont l’impression d’être menés en bateau.
Le pouvoir de Macron est plus fragile qu’il n’y parait, car si sa légitimité institutionnelle est incontestable, sa légitimité politique est en train de s’éroder. Son image confirmée de président des riches, et le renforcement du vote populaire en faveur du rassemblement national, qui devient la principale opposition et qu’E.Macron a lui-même encouragée, pourrait bien inquiéter une partie de ceux qui le soutiennent, y compris parmi les parlementaires de LREM. Les élections européennes ont contribué à mettre sur le devant de la scène les questions écologiques. Tout l’enjeu des mois à venir est de savoir si la conjonction des inquiétudes sur l’évolution du climat et de la biodiversité alliées à la volonté de lutter contre les inégalités et les injustices sociales et fiscales aura une traduction politique. Tout va dépendre en effet de savoir si le ni gauche, ni droite (qui n’est que le camouflage d’une adaptation à la dynamique d’une certaine mondialisation) fera place à une force politique décidée à affronter en même temps le défi écologique et la fracture sociale et territoriale. Les regroupements souhaitables amèneraient les supports actuels de Macron à choisir, car le vrai clivage n’est pas ni gauche, ni droite pour l’adaptation au monde de la finance et de l’économisme, mais le choix entre la silicolonisation du monde[2]et un véritable changement de cap (voir la charte de l’eccap dans la lettre d'information n°= 1 et l’article de Maurice Merchier « Il faut changer de cap »).
De nouvelles voies se cherchent qui allient lutte pour la justice sociale et pour l’écologie. Voici deux exemples :
- le pacte écologique et social appuyé par 19 associations (dont les grandes associations du secteur social et de la lutte pour la transition énergétique). Nicolas Hulot et Laurent Berger figures reconnues de l’écologie et du mouvement social ont appuyé ce pacte dans la presse.
- La recherche « pour un big bang de la gauche » porté par un millier de signatures. (Voir www.pourunbigbang.fr).
La traduction politique de ces nouvelles voies n’existe pas pour l’instant. Noël Mamère recommandait récemment à Yannick Jadot de ne pas se laisser griser par son succès aux élections européennes avec son score de 13,5% des suffrages avec la liste Europe Ecologie Les Verts. Il l’engageait à ne pas ignorer les autres forces de gauche « pour redonner du souffle et de l’espoir à toutes celles et tous ceux qui ne veulent pas se résigner à un face à face Macron-Le Pen »[3].
L’encyclopédie du changement de cap pourrait être à l’avenir un outil au service de tous ceux qui sont à la recherche d’un véritable renouveau. L’eccap est éminemment politique bien évidemment. Mais elle ne se situe pas au niveau de l’action politique avec les choix, les alliances, les compromis qui seront de la responsabilité de ceux qui devront rechercher le pouvoir de décider dans les différentes institutions du local à l’international. Elle se situe en amont avec l’ambition de contribuer à un autre imaginaire social et à la prise en compte de l’extrême multiplicité des questions à aborder.
Notes
[1] Marc Endeweld « le grand manipulateur ». Stock 2019[2] Eric Sadin. « La silicolonisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique » L’Echappée, 2016.
[3] Noël Mamère. L’écologie identitaire, un rêve irresponsable. Le Monde, 7 juin 2019.
21/07/2019
Nouveau capitalisme et Europe
| Rang | Firme | Secteur | pays I Capitalisation milliards $ 28/02/2000
| 1 I Exxon Mobile | Hydrocarbures | Etats-Unis | 262,53
| 2 | General Electric | Conglomérat | Etats-Unis | 348,45
| 3 | Microsoft | Tech/logiciel | Etats-Unis | 279,02
| 4 | Citigroup | Finance | Etats-Unis | 230,93
| 5 | BP | Hydrocarbures | Royaume-Uni | 225,93
| 6 | Royal Dutch Shell | Hydrocarbures | Etats-Unis | 203,52
| 7 | Procter & Gamble | produits ménagers, soins | Etats-Unis | 197,12
| 8 | HSBC Group | Finance | Etats-Unis | 193,32
| 9 | Pfizer | Pharmaceutique | Etats-Unis | 192,05
|10| Wal Mart | Commerce | Etats-Unis | 188,86
Tableau 2. Les plus grandes firmes mondiales en terme de capitalisation boursière en 2018 (FT com & Bloomberg)
| Rang | Firme | Secteur | pays | Capitalisation milliards $ 8/02/2018
| 1 | Apple | Tech/hardware | Etats-Unis | 809,51
| 2 | Alphabet | Tech/media | Etats-Unis | 730,91
| 3 | Microsoft | Tech/logiciel | Etats-Unis | 691,3
| 4 | Amazon | Tech/commerce I Etats-Unis | 682,71
| 5 | Facebook | Tech/media I Etats-Unis | 523,42
| 6| Tencent | Tech/commerce | Chine I 507,25
| 7 | Berkshire Hathaway | Finance | Etats-Unis | 494,68
| 8| Alibaba | Tech/commerce | Chine | 461,78
| 9 | JP Morgan | Finance | Etats-Unis | 391,63
| 10 | Johnson & Johnson | Santé | Etats-Unis | 353,06
Nouveau capitalisme et Europe.
La position en pointe de la France pour imposer plus sérieusement les géants du numérique appelés GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ou GAFA est un premier pas vers ce qui devrait mener à une politique de contrôle beaucoup plus rigoureuse de ces entreprises géantes. En 1890, les Etats-Unis avaient précisé les premières règles anti-trust pour lutter contre les dangers que des monopoles faisaient courir à la démocratie. Aujourd’hui la montée en puissance de ces géants du numérique est saisissante comme le montre le tableau précédent. Alors qu’en 2000, seul Microsoft figurait parmi les 10 entreprises les plus riches en capital, en 2018 les cinq entreprises les plus puissantes dans le monde sont des entreprises du numérique. A noter qu’Alphabet est la maison-mère de Google et que l’importance de la capitalisation boursière des géants du numérique est très supérieure à celle des autres entreprises.
Au-delà de la perspective comptable et de la récupération de quelques centaines de millions grâce à une meilleure imposition de ces géants, on doit affronter les dangers sociaux et politiques qu’entraîne ce nouveau technocapitalisme qui nous fait passer d’un capitalisme de concurrence de marché à un capitalisme monopolistique. (Voir dans l’eccap l’article de Renaud Vignes « et si nous nous étions trompés ? »)
Les conséquences sociales en sont redoutables et il est significatif que les salariés d’Amazon venant de 15 pays se soient réunis lundi 29 avril à Berlin pour protester contre les bas salaires et contre des conditions de travail détestables. Un syndicaliste polonais du mouvement Solidarnosc a expliqué que les gestes des employés sont chronométrés « à la seconde », et que les employés jugés trop lents sont immédiatement licenciés. Sur une grande banderole on pouvait voir que les salariés sont «Traités comme des robots» Dans un article intitulé « Le mirage salarial de la Silicon Valley » ( journal Les Echos du 15 octobre 2018) Lucas Mediavilla montre qu’ « en vingt ans les salaires de neuf salariés sur dix ont diminué dans le pôle américain de la « tech » et que la richesse se concentre autour d’une petite minorité de travailleurs ultra-qualifiés dans la recherche et la conception des produits ». [1]
Mais ce technocapitalisme va de pair avec l’homme consommateur que nous sommes tous à divers titres : celui qui se précipite pour acheter le smartphone dernier cri, celui qui prend l’avion pour aller visiter l’autre bout du monde dès qu’il en a le temps et les moyens, celui qui accepte que ses enfants passent autant de temps devant les écrans qu’à l’école. Autrement dit enfants victimes de l’immédiateté et des énormes moyens mis en œuvre pour capter leur attention et les rendre disponibles aux flash publicitaires. Le consommateur aussi qui recherche les meilleurs prix grâce à Amazon, et qui bénéficie des services quotidiens de Google, Apple, Facebook.
Ces géants de l’information, qui captent nos données et accumulent des connaissances innombrables sur ce que nous sommes, nous manipulent. Voilà un cas limite : le documentaire d’Arte du 9 octobre 2018 a relaté de manière très précise comment les données personnelles recueillies notamment par Facebook ont permis de cibler des électeurs et de favoriser l’élection de Trump en 2016.
Ce nouveau capitalisme est porté par un groupe relativement restreint de personnes qui détiennent un pouvoir démesuré et partagent l’utopie d’un avenir radieux grâce aux progrès illimités avec en perspective l’homme augmenté. (voir l’article de Maurice Merchier sur l’homme augmenté)
Face à ces défis c’est effectivement un changement révolutionnaire, un changement de cap qui s’imposerait. Vendredi 3 mai, Régis Debray était interviewé à France Inter. Un auditeur lui a posé la question : « En tant qu’ancien révolutionnaire que pensez-vous de la révolution des gilets jaunes ? ». R.Debray a répondu qu’il reconnaissait l’importance de cette protestation des dominés à l’égard des dominants mais que, selon lui, la révolution c’est une promesse alors que la révolte est une colère et qu’il ne voyait guère de perspective à cette colère des gilets jaunes, ni de stratégie. Pour lui le fond de l’air c’est qu’on ne sait plus où il serait souhaitable d’aller. On ne sait plus où est notre futur. Selon Régis Debray, l’affaiblissement du mouvement ouvrier et du syndicalisme, comme le ralliement du socialisme officiel au capitalisme financierlaisse un vide.
Dix-neuf organisations environnementales, de solidarité et d’éducation proposent de combler ce vide
par un pacte écologique et social suivi de 66 propositions. Nicolas Hulot et Laurent Berger ont ensemble défendu ce pacte au cours d’une interview dans Le Monde. Ces deux personnalités illustrent bien la nécessité de fonder une politique à l’avenir sur la transition écologique et la lutte contre les inégalités sociales. Mais il n’y a pas de traduction des ambitions de ce pacte écologique et social au niveau politique. A l’heure des élections pour le Parlement européen, nous pouvons au moins privilégier les candidats qui affichent clairement cette double ambition écologique et social. Et rêvons que l’Europe soit un rempart contre les géants du numérique,en effet, prenons au sérieux ce que nous dit le lanceur d’alerte Eric Sadin : « … ce sont les principes fondateurs de l’humanisme européen, affirmant l’autonomie du jugement et le libre choix et induisant … le principe de la responsabilité et le droit des sociétés à décider en commun de leur destin, que l’esprit de la Silicon Valley a détruit en une seule génération et à une vitesse exponentielle » [2].
Notes
[1] Renaud Vignes. L’impasse. Ed. CitizenLab, p.157. 2018.[2] Eric Sadin. La silicolonisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique. 2016. Ed. L’échappée.
01/11/2021
Politique et religion. Laïcité.
Le saut périlleux de Michel Blanquer
Enseigner les religions à l’école
Laïcité et spiritualité
Notes
[1] Article de Frédéric Salat-Baroux in Le Monde des 17-18 octobre 2021, p.27[2] Voir l’article « De Samuel Paty au « wokisme » le saut périlleux de Blanquer » in Le Monde du 22 octobre p.32.
L’autrice de cet article écrit aussi : « En arrière-plan flottent les pires excès d’une cancel culture qui va jusqu’à pousser des écoles de l’Ontario à brûler des exemplaires d’Astérix et les Indiens…Cette cancel culture ne s’embarrasse pas de nuances, mais semble autoriser en retour, la diabolisation de militants et intellectuels qui cherchent à faire disparaître les discriminations envers les minorités ».
[3] Télérama, 27 aout 2021. Voir aussi une tribune du journal Le Monde, du 8 avril 2021, dans laquelle 119 universitaires avaient mis en garde contre les menaces qui pesaient sur l’Observatoire de la laïcité et contre la tentation de faire de la laïcité « un outil répressif, de contrôle et d’interdiction, en contradiction totale avec la loi de 1905 ».
[4] Telerama 15 octobre 2021.
[5] Abdennour Bidar. Génie de la France. Le véritable sens de la laïcité. Albin Michel 2021. Voir dans l’eccap le billet de Bernard Ginisty du 19 octobre qui présente ce livre.
27/07/2019
possibilité d'une renaissance
Certes, cette renaissance apparait a priori difficile d’abord en raison de la prégnance du néolibéralisme dans notre société. Le décès de Michel Serres, le 1er juin, est l’occasion pour Maurice Merchier d’une réflexion dans l’eccap sur un des thèmes chers au philosophe, et qui a été l’objet d’un de ses derniers livres « c’était mieux avant ! » idée reçue selon lui, qu’il n’a cessé de tenter de réfuter. Au-delà des précautions méthodologiques qu’il faut examiner, il y a pourtant bien des raisons de penser au contraire que cette formule n’est pas dénuée de pertinence.
Il est difficile d’attendre d’un sursaut politique cette renaissance. En effet, nous sommes dans « l’année zéro de la gauche française », pour reprendre le titre d’un article du Monde du 25 juin.
C’est dans le dernier chapitre d’un livre sur lequel nous voudrions attirer l’attention qu’il faut chercher l’espérance de cette « possibilité de renaissance » [1]..
La situation politique est aujourd’hui bloquée par l’affrontement entre le pouvoir macroniste et le Rassemblement National. Tous ceux qui rejoignent le macronisme, pour éviter le pire, devraient s’inquiéter puisque l’incapacité du gouvernement à affronter l’injustice sociale amène des couches de plus en plus importantes de la population à rejoindre le Rassemblement national de Marine Le Pen. C’est un autre pari qu’il faut faire : celui d’une renaissance qui paraît difficile, bien sûr, puisque nous sommes dans « l’année zéro de la gauche française » pour reprendre le titre d’un article du Monde du 25 juin, Parmi les espoirs d’un renouveau il faut noter cependant deux hirondelles :
- Le pacte écologique et social porté par 19 organisations environnementales, de solidarité et d’éducation, mutuelles et syndicats, concernées par le souci de l’’environnement, de la justice sociale et du renouveau démocratique. Ces organisations s’engagent dans la durée et doivent se retrouver à l’automne pour un premier bilan concernant leurs 66 propositions. Nicolas Hulot et Laurent Berger s’en sont faits les promoteurs dans la presse nationale..
- Un millier de signataires « Pour un bing bang de la gauche » appellent à « construire une espérance » autour des exigences sociales et écologiques éloignée des accords de circonstance, des logiques de ralliement et de « la haine pour moteur ». Une première rencontre est prévue le 30 juin à Paris Porte Maillot sans les leaders des formations politiques, comme si un mouvement venu des militants pouvait ébranler les ego de certains dirigeants.
Le livre sur lequel nous voudrions attirer l’attention converge avec les orientations de notre encyclopédie du changement de cap (eccap) et nous semble faire le tour d’une critique du « Triomphe de l’ordre marchand » pour orienter vers ce que pourrait être une renaissance.
Ce livre est à lire pour comprendre la difficulté d’échapper à cet ordre marchand. Car la notion même d’ordre marchand nous interdit de penser que le renverser serait un jeu d’enfant. Qu’il suffirait d’un peu de bonne volonté et de bons sentiments pour nous débarrasser des vilains méchants riches qui nous dominent et détiennent le pouvoir. Dans le « dégagisme » il y a cette croyance qu’il suffirait d’éliminer nos élites pour connaître des jours radieux. Bien sûr, l’ordre marchand n’est pas totalitaire car il n’y a pas de parti unique, la violence est régulée etc. mais il n’empêche que sa prégnance est très forte. Il tend à nous isoler les uns des autres si bien que l’une des vertus du mouvement des gilets jaunes aura été de permettre à des personnes isolées de se parler. En tant qu’’homo mercantilis, je paie donc je suis. La publicité est envahissante et la plupart de nos journaux en dépendent, aussi l’autocensure des journalistes est réelle. « L’ordre marchand présente des traits totalitaires, sans pour autant l’être, et s’en trouve d’autant plus difficile à combattre ». Hervé Hutin cite Tocqueville qui prévoyait les risques d’un despotisme qui viendrait s’emparer des régimes démocratiques : « je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme ». [2]
Ceux qui voudront bien lire le livre « Le triomphe de l’ordre marchand » y trouveront des développements sur le fait que l’ordre marchand entraine la réduction de la sphère publique ce qui a pour conséquence l’accroissement des inégalités et des exclusions, sans compter la mise à sac de la planète terre.
En définitive deux conceptions du monde s’opposent. « D’un côté un monde marchand, où l’impératif financier surdétermine les décisions économiques sans autre considération que l’argent, gage d’efficacité, où les États comme les individus sont classés par rang de richesses, où l’accomplissement passe par la possession et où le social, le culturel ou l’écologique existent de façon accessoire, sans nécessité… De l’autre, un monde où l’homme s’accomplit par la culture, la société par la solidarité, où le commerce peut être équitable, où produire et consommer n’équivaut pas à saccager et gaspiller, où les moyens sont orientés davantage vers une utilisation raisonnable et non excessive ». « Devant ces enjeux, choisir son camp est une nécessité : celui de l’ordre marchand et de la passivité dont il se nourrit … ou celui de la résistance active pour rétablir d’autres priorités ».
Hervé Hutin écrit : « Sortir de la logique de l’ordre marchand est possible malgré les contraintes qui assurent sa cohésion et sa force dès lors que les moyens adéquats sont utilisés avec détermination dans le cadre de stratégies pertinentes ». Et dans la dernière partie de son livre il fait toute une série de propositions pour desserrer l’étreinte économique et financière, sortir les médias de l’ordre marchand, moins d’espace pour la publicité et plus d’espace pour respirer, pour protéger les biens communs de l’humanité, pour favoriser la culture et l’éthique face au désarroi du monde.
L’eccap pour sa modeste part s’efforcera de mettre en valeur les diverses tentatives qui cherchent à sortir de l’ordre marchand, de les confronter entre elles, de contribuer en amont à susciter une ligne politique porteuse d’une renaissance.
Notes
[1] Hervé Hutin. Triomphe de l’ordre marchand. L’Harmattan 2011.[2] En écho voici ce qu’écrivait Daniel Mothé à propos de l’augmentation du temps libre qu’il avait constaté au cours de sa vie militante grâce à la réduction de la durée du travail : « …si les militants de l’éducation populaire ont été évincés du terrain du temps libre par les marchands c’est parce que ceux-ci ont proposé des biens et des services plus faciles, moins austères donc plus attractifs. La culture, la connaissance, les arts exigent des efforts. Le temps libre, nouvelle formule, a pris une toute autre signification : le rejet de toute contrainte ». D.Mothé. Le temps libre contre la société » p.50. Desclée de Brouwer. 1999.
01/10/2021
Pour sauver nos démocraties, reprendre la marche vers l’égalité
Argent et information des électeurs
L’indépendance des médias à l’égard des puissances d’argent n’est en France qu’un vieux rêve du Conseil National de la Résistance de 1944, puisque dix milliardaires contrôlent 90% des quotidiens nationaux vendus, 55,3% des parts d’audience de la télévision et 44% des parts de la radio[1]. La mainmise des milliardaires sur une grande partie des médias ne permet pas d’informer les citoyens sur les véritables enjeux électoraux [2]. Quand Gaël Giraud admirait que les 150 membres de la Convention Citoyenne pour le Climat aient pu aboutir à des propositions intéressantes, dont avaient été incapables nos hauts fonctionnaires, il soulignait que c’était grâce à une bonne information de ces 150 citoyens. Et il pointait ainsi les carences générales de notre système d’information.
Notes
[1] Basta. Le pouvoir délirant des 10 milliardaires qui possèdent la presse française. Agnès Rousseaux. 5 avril 2017.[2] Mon article « Information et démocratie » du 15 mars 2021 présente le livre de J.Cagé et B.Huet « L’information est un bien public-Refonder les médias ». Signalons à cette occasion que J.Cagé est l’un des soutiens de la primaire populaire. Depuis la lettre 57, le nombre de soutiens à la P.P. a fait un bond (passant de 78 000 à 121 000), nous nous permettons de suggérer à tous nos lecteurs de prendre part à cette PP.
[3] Thomas Gomart écrit dans Guerres invisibles, Ed. Tallandier 2021 : « la mondialisation donne désormais lieu à une profonde divergence entre deux modèles de capitalisme : d’un coté un modèle occidental qui repose sur une séparation des pouvoirs et, de l’autre, un modèle chinois qui repose sur une fusion des pouvoirs au bénéfice exclusif du PCC ». Expliquer pourquoi cette rivalité entre deux systèmes pourrait favoriser la marche vers l’égalité devrait être développé dans un autre article.
01/02/2022
Pour une fiscalité plus juste en faveur de l’Etat social
Une bombe à retardement
Un big bang pour une fiscalité plus juste et plus écologique.
Pourquoi repenser l’héritage aujourd’hui.
Une note passionnante du Conseil d’analyse économique[2] intitulée « Repenser l’héritage » vient conforter les nombreux plaidoyers pour une réforme fiscale d’importance. Cette note fait la synthèse des travaux réalisés par une grande diversité d’économistes. Elle montre comment la situation actuelle entraîne un « dérèglement profond de l’égalité des chances, valeur cardinale des sociétés démocratiques et condition de leur possibilité d’existence à long terme ». Voici comment cette note présente ses principaux objectifs :
« Cette Note propose une réforme en profondeur de la taxation de l’héritage s’appuyant sur quatre piliers. Le premier pilier est l’amélioration du système d’information actuel, sans lequel aucune réforme et aucun pilotage ne sont envisageables. Le deuxième est la mise en place d’une politique de taxation sur le flux successoral total perçu par l’individu tout au long de sa vie afin de réduire les inégalités de patrimoine issues de l’héritage. Un tel système permettrait d’éliminer les distorsions quant au séquencement des transmissions et de traiter de manière identique les héritages en lignes directes et indirectes. Le troisième pilier consiste en une refonte de l’assiette des droits de succession : réduire voire éliminer les principales exemptions ou exonérations dont la justification économique est limitée. Ceci permettrait d’instaurer des taux nominaux plus bas mais réellement progressifs, en particulier en haut de la distribution des patrimoines, tout en réduisant la taxation sur les classes moyennes. Enfin, pour réduire les inégalités les plus extrêmes dans le bas de la distribution, la création d’une garantie de capital pour tous constitue le quatrième pilier ». La recommandation n°4 amènerait à verser à chaque personne à sa majorité de 10.000 à 40.000 euros selon les scénarios.
Pour un renouveau de l’Etat social, grâce à une fiscalité plus juste
Nous assistons, depuis l’arrivée d’E.Macron qui dirige l’Etat comme une start-up, à l’Etat contre l’Etat, c’est-à-dire à la destruction de l’Etat par lui-même[3]. Alain Supiot parle à ce propos du démantèlement prévu d’EDF, comme de tous les statuts professionnels (statut salarial, fonction publique, cheminots, préfets, diplomates, universitaires…) et de la paupérisation de tous les services publics (police, tribunaux, hôpitaux, tribunaux, écoles ou université). Et il conclut sa tribune ainsi : « Alors que depuis 1946, c’est l’invention de l’Etat social qui avait instauré la légitimité de l’Etat et la victoire des démocraties. S’employer à le défaire méthodiquement au lieu de le réformer démocratiquement ne peut conduire qu’à la violence ».
Notes
[1] Oxfam France. Manifeste fiscal, juste, vert et féministe : quelle réforme pour un modèle fiscal moins inégalitaire ?
[2] Le Conseil d’analyse économique est un lieu de réflexion pluraliste qui conseille le premier ministre.
[3] Alain Supiot, juriste, professeur émérite au Collège de France, dans Le Monde du 31 janvier 2022.
17/10/2019
Pouvoir de vivre et encyclopédie du changement de cap
La lettre n°7 de l’eccap était intitulée : De nouvelles voies se cherchent qui allient lutte pour la justice sociale et l’écologie. Nous parlions alors du pacte écologique et social (Pacte pouvoir de vivre) appuyé par 19 associations, notamment les grandes associations du secteur social et de la lutte pour la transition énergétique. Nous notions que Nicolas Hulot et Laurent Berger figures reconnues de l’écologie et du mouvement social avaient appuyé ce pacte dans la presse. En un certain sens, ce pacte est pris au sérieux par le gouvernement puisque le 27 août 2019 le Premier Ministre et cinq ministres ont échangé avec les 19 organisations.
01/01/2022
Présidentielle 2022 : un espoir de changement de cap ?
Une candidature possible : Christiane Taubira
Notes
[1] Dans sa dernière conférence de presse du 9 décembre qui a duré deux heures, E.Macron n’a pas dit un mot sur l’environnement.16/05/2021
Projet pour une présentation de l’eccap au Réseau interuniversitaire de l’économie sociale et solidaire (RIUESS)
- En 20 ans, les géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) sont devenues les 5 premières firmes mondiales en termes de capitalisation boursière [4]. Ces géants n’ont pas d’autre finalité que la puissance financière. Comme le dit Thomas Gomart : « la technologie ne pense pas, elle façonne » [5]. Ces géants du numérique, qui rivalisent de pouvoir avec les Etats, façonnent en effet nos modes de vie. Ils sont souvent un passage obligé quand nous avons besoin de nous informer, d’entrer en relation avec d’autres, de procéder à un achat. Ils contrôlent le travail d’un nombre croissant de travailleurs[6].
Il y aurait trente-six autres possibilités d’exprimer en quoi un changement de cap s’impose ou de préciser les défis que nous avons à relever (effondrement de la diversité biologique, risque de nouvelles pandémies, d’une humanité augmentée[7], etc.). Mais il convient surtout de préciser nos orientations pour préparer l’avenir, rassembler davantage de contributeurs pour couvrir davantage de sujets, multiplier le nombre d’abonnés et favoriser la consultation fréquente de l’eccap.fr.
- Comment améliorer la qualité de vie pour tous et la qualité du travail pour chacun ?
- Comment reconnaître à leur juste place les métiers du soin et plus largement du « prendre soin » (care), au centre du tertiaire ?
Les différentes formes deDémocratie. La Convention Citoyenne sur le Climat (CCC) a suscité un immense intérêt. Elle a amené Gaël Giraud à déclarer : « La Convention citoyenne c’est, de mon point de vue, un véritable miracle démocratique qui montre que vous tirez au hasard 150 citoyens, vous leur donnez les moyens de se former convenablement pendant 9 mois et ils vous pondent in fine un programme de transition écologique pour la France qui est plus intelligent que ce que la haute fonction publique a conçu depuis 20 ans. »[14]
La laïcité ou la politique libérée de la religion. Gaël Giraud explique dans la vidéo : « Après la privatisation du monde » vers la 35ème minute, comment le pape Grégoire 7 au 11ème siècle a prétendu que le pape était l’interprète de la volonté de Dieu pour organiser la cité. Alors même que Jésus avait dit au cours de son procès : mon royaume n’est pas de ce monde. La tendance cléricale, qui s’est imposée, explique la difficulté qu’a eu l’église catholique à admettre la laïcité[16]. Pour l’Islam, Ghaleb Bencheikh défend dans El Watan la position suivante : personne n’est habilité à interpréter la volonté de Dieu et c’est aux hommes de décider de l’organisation de la cité[17].
Les dangers de l’autonomie du système technique. J. Ellul écrivait en 1954 :« La technique ne supporte aucun jugement, n’accepte aucune limitation…Elle peut donc tout faire. Elle est vraiment autonome »[19]. La technique, ce ne sont pas seulement les machines mais la recherche dans tous les domaines de la méthode la plus efficace. La technique nous soumet à un processus de transformation sociale que nous ne maîtrisons pas. Daniel Cérézuelle écrit : « La technicisation du monde, tout comme le déploiement de la logique capitaliste, s’effectue hors de notre maîtrise…selon un processus qui a sa logique propre » [20]. Par exemple il n’y a jamais eu de débat pour savoir si l’agriculture industrielle était préférable à l’agriculture paysanne traditionnelle. Au nom de la recherche de l’efficacité maximale on a introduit au fur et à mesure sans en apprécier les multiples conséquences, toutes les techniq es concernant la mécanisation, les engrais, les pesticides qui font système et augmentent la productivité par homme au travail en entraînant une dévastation des sols (par les entrants chimiques et la mécanique lourde) l’empoisonnement des consommateurs, le ravage des paysages et la désertification des campagnes.
Pas de progrès envisageable de la démocratie sans remédier à la coupure actuelle entre ceux qui se considèrent comme des élites et le reste de la population. Un tiers de la population diplômé est coupé des deux autres tiers. Gaël Giraud n’hésite pas à déclarer que le gouvernement actuel gouverne « pour une toute petite élite et, pour les autres, semble n’avoir rien d’autre à proposer que la violence et le mépris de classe »[22]. Selon l’Observatoire des inégalités, depuis les élections de 2017, il n’y a pour ainsi dire plus de représentants des milieux populaires au Parlement [23].
Pour les auteurs que nous avons cités précédemment (Ch. Péguy, Keynes, H. Arendt…), la priorité qu’ils voulaient donner à la culture par rapport à la politique et à l’économie relevait de choix philosophiques. Aujourd’hui, ce sont les menaces de destruction du système-terre qui impose un « tournant de civilisation » selon l’expression du texte « pour un retour sur terre » après le confinement rédigé par Dominique Bourg et quelques collaborateurs dont Pablo Servigne : « Nous devrons métamorphoser les modes de vie des pays les plus riches, dont le nôtre, tout simplement parce que les causes des destructions du système-Terre ne sont autres que nos niveaux de consommation de ressources énergétiques, minérales, halieutiques, de surfaces, d’eau, de biomasse, etc. Un seul exemple, les 10 % les plus riches de la population mondiale émettent la moitié des gaz à effet de serre, alors que la moitié la plus pauvre de la population n’émet que 10 % de ces mêmes gaz ».
Léo Joubert, qui a fait une thèse très riche pour analyser l’évolution de Wikipedia et sa situation actuelle, veut bien nous conseiller. L’une des questions difficiles est la suivante : Comment réaliser une encyclopédie du changement de cap qui tournerait le dos à la neutralité affirmée haut et fort par Wikipedia ? Au cours d’un échange, Léo Joubert avait noté avec ironie que l’évolution de Wikipedia n’avait pas été tendre à l’égard des fondateurs de Wikipedia et des principes qu’ils défendaient. Ils avaient été mis de côté. Et en effet, une certaine neutralité d’apparence ne s’impose-t-elle pas logiquement dès lors que l’on ouvre à tout un chacun la possibilité d’intervenir ? N’est-elle pas consubstantielle à un « commun numérique de masse »? Donc, comment maintenir une certaine ligne éditoriale qui prône un changement de cap sans céder à une pseudo-neutralité et au repli sur soi ?
[1] eccap.fr
[2] Comme l’est Wikipedia, pour tout un chacun qui cherche un renseignement.
[3] Voir l’article de Renaud Vignes « le monde d’après » dans l’eccap.fr
[4] Voir eccap Lettre n°5. Nouveau capitalisme et Europe
[5] T.Gomart. Guerres invisibles. Ed. Tallandier. 2021.
[6] Voir l’article dans AOC en avril 2021, qui s’appuie notamment sur le travail mené par Odile Chagny et Florian Forestier dans leur article « Contrebalancer les asymétries de pouvoir nées de la société numérique : vers un droit social de l’algorithme ? », à paraître dans le Cahier du CIEP.
[7] Voir art. de Maurice Merchier « Le transhumanisme : un homme augmenté, une humanité mutilée »
[8] Le Monde du 17 novembre 1989.
[9] Depuis J.Lang , nous avons connu onze ministres de la culture en 20 ans.
[10] C’était le titre d’un n° de l’été 2008, de la revue Mouvement des idées et des luttes. Thierry Paquot y faisait notamment mention des détracteurs de la société de consommation.
[11] Voir dans l’eccap l’article de G.R. « Au-delà de l’emploi quelles activités ? »
[12] Bruno Pattino. La civilisation du poisson rouge. Petit traité sur le marché de l’attention. Ed. Grasset, p.24.
[13] Dans la rubrique laïcité, voir l’article « Originalité de la laïcité française » selon R. Debray. Voir aussi l’article de G.Roustang, « Mystique et politique ».
[14] Interview de G. Giraud par D. Robert le 29 sept.2020. A noter cependant que l’eccap a tenu à faire partager les critiques formulées par Pierre Calame sur la méthode suivie pour organiser la CCC, voir la lettre 48.
[15] Dans la rubrique Démocratie, voir l’article Conventions citoyennes, recension du livre de J.Testart.
[16] Voir article de Marcel Bernos à la rubrique laïcité de l’eccap.fr
[17] Voir dans la rubrique laïcité son interview « Séparer le politique et le religieux » in El Watan que nous reproduisons dans l’eccap.
[18] Voir la tribune « Menaces sur l’observatoire de la laïcité » dans Le Monde du 8 avril 2021.
[19] J. Ellul. La technique ou l’enjeu du siècle. Paris 1954. Librairie A. Colin.
[20] Article in Futuribles n°429, 2019.
[21] E.Sadin. La silicolonisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique. Paris, 2016, L’échapée.
[22] Voir la rubrique Elite de l’eccap.
[23] Mediapart présente un dossier très documenté intitulé « Un coup de bluff » à propos de la déclaration récente d’E. Macron (8 avril 2021) de supprimer l’ENA. A cette occasion la rédaction de Mediapart, en partageant l’analyse de Marc Bloch dans « L’étrange défaire », reprend un historique des origines de l’ENA et cite plusieurs livres dont celui de Mauduit, intitulé « La caste »
[24] Article de l’ECCAP « La démocratie et l’argent » selon Julia Cagé et l’article de G.Roustang « Information et démocratie, il y a urgence »
[25] Nous espérons bénéficier pour un ou plusieurs articles de l’expérience de Bernard Perret qui a été membre du Conseil National de l’évaluation. Voir son livre « L’évaluation des politiques publiques. Ed. La découverte,2001.
[26] Article de B.Perret : « De la critique du PIB aux nouveaux indicateurs de bien-être »
[27] Voir « Le choix des sobriétés » du Pacte civique, Ed. de l’atelier, 2021. Voir art. de M.Merchier « Conte de Noël : un monde sans publicité ».
15/07/2022
Quel avenir avec cette nouvelle Assemblée Nationale ?
Le fait marquant est évidemment la perte de la majorité absolue pour E.Macron, qui rendra bien difficile la poursuite d’une présidence jupitérienne
J.L.Mélenchon cheville ouvrière de la Nouvelle Union Populaire Sociale et Ecologique
Le pire n’est pas toujours sûr
Notes
[1] La Croix du 24 juin 2022.[2] Cité dans Le Monde 26/27 juin, p.9.
[3] Pap Ndiaye, nouveau ministre de l’Education Nationale avait déclaré dans un tweet : « Quelle que soit la configuration, aucune voix ne doit aller au Rassemblement National. Le combat contre l’extrême droite n’est pas un principe à géométrie variable ».
[4] Voir le livre de Renaud Dély : Anatomie d’une trahison. Ed. De l’Observatoire. Avril 20022, p. 129 et ss. qui cite Pascal Perrineau : « Cette France de gauche qui vote Front National » Le Seuil 2017.
[5] https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/signes-des-temps/comment-etre-de-gauche-en-france-aujourd-hui-6284250
[6] Voir article de Bruno Viard dans cette lettre de l’eccap.
[7] Voir la double page de l’article : .« Réconcilier la nation » de Nicolas Truong in Le Monde du 25 juin 2022 . Dans ce même article Pap Ndiaye affirme qu’E.Macron est « le premier président à avoir compris l’importance de refonder les liens avec l’Afrique ».
[8] Sur les défis à relever, voir l’étude de l’Institut Rousseau : « Un sursaut pour l’école de la République » par E.Picard et V.Barel, 24 mars 2022.
[9] Le Monde, 9 juillet, p.29, article de Michel Guerrin qui a pour titre « La ministre osera-t-elle ? ».
01/12/2023
Quel avenir avec l’Intelligence artificielle ?
Il y a des questions importantes que l’on hésite à aborder si l’on n’est pas un spécialiste. C’est pour moi le cas de l’Intelligence artificielle (IA): faute d’avoir trouvé un spécialiste pour en parler, nous nous contentons donc de faire état de la question à partir d’une documentation limitée. Seule certitude : le sujet est important pour notre avenir et nous voulons commencer à l’évoquer pour nos lecteurs.
Rien d’étonnant à ce que le journal Le Monde ait consacré une double page à l’affaire Sam Altman [1], inventeur de Chat GPT dans son entreprise Open AI. Directeur général, licencié par le Conseil d’administration de son entreprise, il a connu un retour triomphal quelques jours plus tard, soutenu par 700 employés sur 770. Comme E. Musk, Sam Altman croit dans le potentiel immense de l’Intelligence artificielle. E. Musk déclarait déjà en 2014 que l’IA est « potentiellement plus dangereuse que les bombes nucléaires ». Ne serait-ce que les conséquences sur les suppressions d’emploi que pourrait entraîner une généralisation de l’IA. Et pour souligner l’importance de l’inventeur de Chat GPT le journaliste du Monde écrit : « En mai…il fait une tournée digne d’un chef d’État, passant par Washington, Toronto, Rio, Lagos, Séoul, Varsovie, Londres, ou Paris, où il est reçu par Emmanuel Macron ».
Selon l’article du Monde le licenciement tout provisoire de Sam Altman était justifié parce qu’il « cherchait à avancer et à lancer des produits à un rythme trop rapide, dans un but jugé trop commercial et contraire à la politique de sûreté d’Open AI;» qui construit une IA qui bénéficie à toute l’humanité. Son retour est interprété de la manière suivante dans un autre article du Monde :
« Open AI a clairement tranché entre éthique et profit en faveur de ce dernier. Ce dénouement montre que les bonnes intentions ne seront pas suffisantes pour préserver l’IA générative d’une logique économique classique»[2].
Avant d’écrire cet article j’ai demandé à quelques amis ce qu’ils pensaient de l’IA. L’un d’eux m’a répondu :
« J'avoue avoir été assez convaincu par les explications du PDG de Microsoft sur internet, qui disait à peu près la chose suivante : oui, il y a des risques, oui il faut de la régulation, mais la situation n'est pas fondamentalement différente de celle que l'on a connu après l'invention de l'électricité. On s'est aperçu qu'on risquait des incendies et autres accidents graves si l'on ne mettait pas partout des disjoncteurs et des interrupteurs. Pour l'IA, c'est pareil, nous ne serons pas assez fous pour créer des systèmes susceptibles de prendre des décisions à notre place sans dispositifs de sécurité permettant de les débrancher à tout moment. Mais il faudra bien-sûr que les autorités publiques s'en mêlent. J'avoue que cela m'a paru assez cohérent et sensé. Les promesses étant immenses, notamment en matière de santé (diagnostic médical), on ne bloquera pas la recherche, mais je crois que tous les gens un peu responsables sont conscients du fait qu'il faudra des garde-fous;».
Mais un autre ami qui ne partageait pas ce point de vue considérait que l’IA était beaucoup plus inquiétante que l’invention de l’électricité :
« Les potentialités de l'IA sont immenses et étonnantes. Certains de ses effets peuvent être dévastateurs en matière d’emplois (cf. les grèves des comédiens et des scénaristes à Hollywood), de désinformation et de manipulation de l'information, de l'évolution du cerveau humain (on le voit déjà sur les impacts de certains algorithmes sur les capacités d'attention des individus) etc. Il est temps de mettre en place un système de régulation au niveau des États comme a commencé à le faire l'Europe avec l'IA Act. Une structure du type GIEC, serait aussi une bonne idée pour confronter les points de vue des experts et pour exposer les enjeux de leurs débats en impliquant des cogniticiens, des neuroscientifiques, des politologues, des sociologues, des psychologues;».
Dès avril 2021, la Commission européenne a proposé que des systèmes d'IA qui peuvent être utilisés dans différentes applications soient analysés et classés en fonction du risque qu'ils présentent pour les utilisateurs, ce qui impliquera plus ou moins de réglementation. Une fois approuvées, ces règles seront les premières au monde sur l'IA. Les pourparlers vont maintenant commencer avec les pays de l'UE au sein du Conseil sur la forme finale de la loi.
Selon une information de Mediapart du 1er décembre, la position de la France serait la suivante après le départ de Cédric O du gouvernement et sa nouvelle embauche par Mistral AI, fleuron de l'intelligence générative :
« Comme Secrétaire d’État chargé du numérique, Cédric O défendait la régulation de l’intelligence artificielle. Il conseille à présent l’inverse à Élisabeth Borne, en tant que lobbyiste du secteur, au nom de la principale start-up française».
Avec l’Intelligence artificielle nous avons donc un sujet important et la façon dont notre société va l’aborder conditionne en partie notre avenir.
01/05/2024
Quel avenir pour l’Europe ?
L’Europe démocratique est menacée de l’intérieur par la montée dans divers pays des mouvements d’extrême droite, et spécialement en France par la montée du Rassemblement national. Elle est aussi menacée de l’extérieur par le régime de Poutine qui ne lésine pas avec ses campagnes de désinformation, ou par Tik Tok, instrument de la politique chinoise[1].
En définitive nous sommes confrontés à un immense défi entre des régimes dictatoriaux comme la Russie actuelle et la Chine de Xi JinPing et les pays démocratiques considérés par Poutine comme décadents. Alors quel avenir, les régimes dictatoriaux ou les démocraties ? N’est-ce pas le régime de Poutine qui est décadent ?
Au cours de la dernière décennie, l’extrême droite a progressé dans l’ensemble des pays européens. Et les sondages annoncent une large avance de Bardella tête de liste du R.N. sur les autres listes. Si le parti de Marine Le Pen, instruit par l’expérience de la Grande Bretagne, n’envisage plus de sortir de l’Europe, il est à craindre que les partis d’extrême droite « ne cherchent plus à quitter l’Union européenne mais à la transformer de l’intérieur ». Ces partis « ont tendance à coopérer sur les sujets d’identité, d’immigration et d’islam, sur lesquels ils sont d’accord »[2]. Et si l’extrême droite progresse au Parlement à la suite des élections du 9 juin, elle influencera la prochaine Commission européenne et le Conseil européen qui réunit les chefs de gouvernement des Etats membres.
En lien avec la question d’identité, qu’entend-on par souveraineté ? Les partis d’extrême droite font grand cas de la souveraineté nationale. Céline Spector, spécialiste notamment de Montesquieu et de Rousseau, interroge la notion de souveraineté nationale à la lumière de l’Union européenne[3]. Elle considère que la souveraineté nationale est une illusion, compte tenu notamment de l’inscription de chaque nation dans un tissu de nombreuses contraintes et de la mondialisation des économies, compte tenu aussi des GAFAM qui rivalisent avec la puissance des États. Pour Céline Spector l’Europe serait le bon niveau à condition qu’elle apprenne le langage du pouvoir, qu’elle devienne une puissance « vouée à entrer dans le champ des rivalités avec la Russie, la Turquie, l’Iran, la Chine, voire les États-Unis ». Et Céline Spector, avec d’autres, décrit l’évolution souhaitable des institutions européennes pour que l’Europe n’apparaisse pas comme un pouvoir lointain et bureaucratique qui favorise l’abstention aux élections. Cela passe par un renforcement de la place du Parlement européen chargé « d’animer un espace public européen : il n’est pas de démocratie sans lieux de formation des opinions politiques, sans arène médiatisée d’échanges rationnels ». « Peut-on clarifier l’identité de ce que le député européen représente : sa circonscription, son parti, son pays, le demos européen tout entier » . Il s’agit de « personnaliser » le Parlement européen pour en faire le véritable gardien des intérêts du peuple »… « Aussi faut-il accroître le budget du Parlement, conférer à l’Union des ressources propres et lui donner le droit de lever un impôt progressif ». « D’un point de vue institutionnel, il faut…contrer le démantèlement de l’État social et amorcer « une révolution fiscale » à l’échelle européenne destinée à financer la transition écologique ».
Les analyses du dossier «Le projet européen à l’épreuve;» du dernier numéro de la Revue Esprit convergent avec le numéro de la revue « L’économie politique;» de février 2024 qui a pour titre « Quelle Europe face au désordre mondial;?». L’éditorial s’intitule « Donnons à l’Europe les moyens d’agir» et différents chapitres analysent ce qui permettrait à l’Europe de progresser avec cette inquiétude : « L’Europe politique risque de s’affaiblir davantage au moment où nous avons le plus besoin d’elle».
Notes
[1] Voir Le Monde du 28 avril 2024, p.28
[2] Article de Hans Kundnani in Esprit, avril 2024, p.75.
[3] Voir son interview sur son livre;« No Demos;» dans le cadre des conférences de la librairie Mollat qui peut être écoutée en podcast. Céline Spector a écrit avec la directrice de la Revue Esprit l’éditorial du numéro d’Esprit d’avril 2024 et a écrit également un article dans ce numéro. Dans son livre elle s’interroge sur la notion de souveraineté à la lumière de l’Union européenne.
16/10/2017
Quel nouveau cap pour la politique fiscale ?
La fiscalité est un moyen tout à la fois d’orienter la production et la consommation, et de lutter contre les inégalités. La lutte contre les évasions fiscales doit être renforcée et constitue une ressource indispensable pour réduire les déficits publics en France et dans les pays développés. Dans les pays du Sud elle dégagera des ressources pour l’amélioration du bien-être. Les mesures fiscales et budgétaires des premiers mois de la présidence Macron vont à l’encontre d’une politique de lutte contre les inégalités.
Moyen d’orienter la production et la consommation
C’est bien ce que fait N.Hulot, ministre de la transition énergétique et de la solidarité en 2017 lorsque par exemple il veut augmenter le malus des gros 4x4 les plus polluants. C’est le moyen préconisé par Philippe Madinier (1) , ancien rapporteur général du Centre d’étude des revenus et des coûts (CERC) quand il plaide pour une discrimination positive en faveur des services. C’est ainsi que la réparation des logements dispose d’un taux réduit de TVA, qui stimule l’emploi dans ce secteur. En accordant un taux de TVA plus faible à « l’ensemble des activités de réparation, on contribuerait efficacement à l’allongement, si souhaitable, de la durée de vie des biens ». Cela impliquerait une hausse compensatrice sur les biens. « Pourvu que cette divergence soit progressive et programmée, elle serait éminemment favorable à la fois au rétablissement du plein emploi et au freinage de la consommation d’énergie et de ressources naturelles don on reconnait de mieux en mieux la nécessité ». Mais Philippe Madinier s’empresse d’ajouter « Cependant une activité de service particulière devrait être exemptée de ces faveurs fiscales : la publicité. Son développement démesuré n’est pas pour rien dans la frénésie de consommation…Elle pousse les consommateurs à remplacer prématurément les biens « durables » et « semi-durables ». Bref elle s’oppose à la sobriété qu’appellent impérieusement des menaces écologiques grandissantes. Il faudrait faire taire la publicité, en tous cas l’obliger à baisser le ton. Objectif ambitieux ? Utopique ? Peut-être. Il suppose d’affronter un lobby puissant, celui qui a mis sous sa dépendance la quasi-totalité des moyens d’information ».
Lutte contre les inégalités de revenus et de patrimoine
En septembre 2017, l’observatoire des inégalités en France (WWW.inegalites.fr) constate : « Depuis une vingtaine d’années, les inégalités de revenus augmentent. Les plus aisés s’enrichissent alors que le niveau de vie des plus pauvres stagne ». Comme l’écrit Jean Gadrey, il s’agit d’en finir avec des inégalités indécentes qui minent la société. Ce qui devrait amener à agir à la fois sur les minima sociaux et à réduire les inégalités de revenus et de patrimoine. « Plus personne ne devrait vivre avec les minima sociaux actuels, qui ont décroché de 25% par rapport au Smic horaire depuis 1990. Il faut réévaluer ces minima, ou les remplacer par un revenu de base nettement supérieur au montant actuel du revenu de solidarité active (RSA) par exemple 600 ou 700 euros mensuels pour une personne seule » (2). Les écarts de rémunération entre salariés ont atteint à l’heure actuelle des proportions inadmissibles, avec des rémunérations parfois extravagantes. Le salaire de Carlos Ghosn président de l’alliance Renault-Nissan sera en 2017 de 7 millions d’euros pour Renault et à peu près autant de Nissan.
En attendant un changement de la réglementation, Alain Caillé et les convivialistes souhaitent « jouer sur le ressort moral, et encourager vivement grands patrons ou vedettes du sport ou du show-biz à renoncer d’eux-mêmes à des rémunérations extravagantes, comme certains le font déjà ». Ils souhaitent que les autorités religieuses, spirituelles, morales, humanistes et scientifiques mondiales s’accordent pour déclarer que toute personne qui prétend mériter cent fois par exemple le salaire ou revenu de base dans son pays « s’exclut des normes de la commune humanité…et mérite opprobre à ce titre ». Thomas Piketty interviewé en janvier 2015, auquel on faisait remarquer qu’il fallait bien rémunérer les talents et la réussite, répondait : « Je n’ai pas de problème avec l’inégalité…tant qu’elle reste dans des limites raisonnables … J’ai effectué des recherches avec des données d’entreprises. Quand vous payez un dirigeant 10 millions d’euros par an au lieu d’un million ou de 500.000 euros, obtenez-vous davantage de performances, de créations d’emplois ? Je n’ai pas pu le prouver. Il faut rémunérer les dirigeants correctement, mais vous n’avez pas besoin de les payer 50, 100 ou 200 fois le salaire moyen ».
La loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014 prévoit que des entreprises capitalistes peuvent demander un agrément Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale) pour bénéficier d’aides et de financement spécifique. Cet agrément ne leur sera donné que si l’une ou l’autre des deux conditions suivantes est satisfaite (voir décret du 25 juin 2014 article 2) : - La somme moyenne versée, y compris les primes, aux cinq salariés ou dirigeants les mieux payés n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 7 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé - La somme moyenne versée, y compris les primes, au salarié ou dirigeant le mieux payé n’excède pas, sur une année et pour un temps complet, 10 fois la rémunération annuelle d’un salarié au smic ou au salaire minimum de branche si ce dernier est plus élevé. Mais les associations, fondations, coopératives et mutuelles ne sont pas concernées par cet agrément puisqu'elles sont de droit dans l'ESS, de par leur statut, Ce qui veut dire qu'il s'écoulera encore du temps avant que les mutuelles, les banques coopératives et les coopératives agricoles appliquent ce genre de règle…
En définitive, pour réduire les inégalités, une majoration du taux de l’impôt sur les revenus élevés est indispensable, tout en sachant que la progressivité de l’impôt sur les revenus est en partie illusoire compte tenu des nombreuses niches fiscales. En ce qui concerne les inégalités de patrimoine, il est surtout question en 2017 dans les débats publics de l’impôt sur la fortune (ISF), alors qu’il faut élargir le débat. En effet l’ISF ne rapporte que 5 milliards à l’Etat alors que la taxe foncière rapporte 25 milliards. Le patrimoine total peut être estimé à 10 000 milliards, net de dettes. La moitié de la population française la plus pauvre en possède 5% et les 10% les plus riches en possèdent 60%. Quant au 1% de la population la plus riche elle en possède 25%. (T.Piketty Le Monde 12 et 13 juin 2016 ). Les 10.000 milliards de patrimoine se composent ainsi : 5.000 milliards revenant à l’immobilier … 4.500 sont des actifs financiers et 500 sont des actifs liés à l’activité professionnelle des indépendants. L’impôt sur l’ISF (5 milliards) et les taxes foncières (25 milliards) représentent respectivement 0,05% et 0,25% du patrimoine total, aussi ces deux impôts ne peuvent avoir qu’un effet très faible sur la répartition des patrimoines.
Pour Philippe Madinier, c’est surtout l’impôt sur les successions qui peut avoir « un effet d’égalisation notable, tout en étant économiquement supportable…pourvu évidemment qu’il comporte des taux bien différents de ceux qui sont actuellement en vigueur en France ». A condition de prévoir un abattement à la base assez substantiel et à condition de ne pas imposer fortement les biens qui sont à usage personnel comme le logement ou qui sont à usage professionnel personnel comme une exploitation agricole ou une entreprise artisanale, les taux d’imposition pourraient croître « progressivement jusqu’à atteindre 100% sur la tranche la plus élevée ». Michel Sapin ancien ministre des finances en déclarant « Ce n’est pas parce qu’on prend des « risques » qu’on devient riche mais d’abord et avant tout parce qu’on a hérité » (Libération 18 oct. 2017) justifie l’idée qu’il est juste de taxer les successions.
La preuve qu’un impôt fortement progressif est possible, c’est que les E.U. l’ont fait à une certaine époque. Voici ce que rappelait T.Piketty dans Le Monde du 10 06 2017 : « Afin de contrer la montée des inégalités et la concentration excessive des fortunes (alors perçue comme contraire à l’esprit démocratique américain)…les Etats-Unis mettent en place dans les années 1910 et 1920 un niveau de progressivité fiscale inconnu dans l’histoire. Ce grand mouvement de compression des inégalités implique à la fois l’impôt sur le revenu (le taux appliqué aux revenus les plus élevés fut en moyenne de 82 % entre 1930 et 1980) et sur les successions (avec des taux atteignant 70 % sur les transmissions de patrimoines les plus importants).
Evasion fiscale
Grâce à l’OCDE, des progrès dans la lutte contre l’évasion fiscale ont été faits au niveau mondial après la crise financière de 2008. Beaucoup reste à faire. Pour la France, « Une lutte efficace contre l’évasion fiscale illégale dans les paradis fiscaux permettrait de récupérer… une partie des trente à cinquante milliards qu’elle représente » (2). Pour les pays du Sud, On estime que l’évasion fiscale des entreprises multinationales représente un manque à gagner de 125 milliards d’euros (voir les études du CCFD-Terre solidaire sur les paradis fiscaux). Le directeur du Monde Jerôme Fenoglio écrivait le 7 novembre 2017 à propos des révélations des Paradise Papers : En France l'histoire récente a montré...que l'on pouvait supprimer un impôt sur la fortune en arguant du risque d'exode du capital, sans suffisamment s'attaquer aux paradis fiscaux qui nourrissent la tentation d'évasion. C'est à toutes ces formes de complaisance qu'il faudra renoncer si l'on veut mettre fin à ces pratiques qui conduisent nos démocraties à leur perte.
Cadeau aux riches de monsieur Macron
Guillaume Duval écrivait dans son éditorial d’Alternatives économiques d’octobre 2017, après quelques mois de la présidence d’E.Macron : « Du côté de la fiscalité, il a choisi de rendre en priorité 7 milliards d’euros aux plus riches en vidant l’ISF de sa substance et en baissant fortement l’impôt sur les revenus du capital. Rejoignant ainsi la théorie des adeptes de la théorie du ruissellement : si on laisse les riches devenir plus riches, ça finira bien par profiter aux pauvres...Une politique dont on a vu, en particulier aux Etats-Unis, qu’elle aggravait surtout les inégalités, minant la cohésion sociale et donc l’efficacité économique ». Au cours de son interview à TFI le 15 octobre 2017, E.Macron tout en affirmant qu’il ne partageait pas la théorie du ruissellement (3) a confirmé qu’il pensait que les riches allaient utiliser les milliards qu’ils allaient encaisser pour investir dans l’économie, ce qui serait favorable à la croissance, à l’emploi et en définitive à tous. Il a même osé affirmer « La condition pour ne plus être dans l’ISF, c’est d’investir dans l’économie française », ce qui est faux dans la mesure où aucune condition n’a été mise pour bénéficier des milliards de cadeaux. Un autre argument avancé pour justifier les nouveaux cadeaux aux riches est d’affirmer que l’ISF a fait fuir des Français riches à l’étranger. Ce qui a fait dire à Michel Sapin, ministre des finances de François Hollande : « On connaît ce refrain. Certains contribuables partent, d’autres reviennent. Les derniers chiffres connus montrent un équilibre entre les deux mouvements ». (Libération du 18 oct. 2017).
Michel Sapin avec 120 députés et sénateurs a demandé de rendre publics l’impact des mesures fiscales et budgétaires sur les contribuables les plus aisés, notamment les 0,1% et les 1% des Français qui concentrent le patrimoine français le plus important, ou sur les 100 français les plus riches. Ce ne serait pas enfreindre le secret fiscal puisque cette demande ne concerne pas les données individuelles. Faute de réponse précise de la part du gouvernement, Vincent Eblé, président de la commission des finances du Sénat (Parti socialiste) estime que le gain cumulé de l'instauration d'un prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30% sur les revenus du capital et de la transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) peut être estimé à environ 1,5 millions d'euros par an pour les cent premiers contribuables.
Notes
[1] Philippe Madinier. Une économie de services sans servilité. Préface de Jean Gadrey. L’Harmattan 2013.
[2]Alain Caillé/Les convivialistes. Eléments d’une politique convivialiste. Ed. Le bord de l’eau 2016.
[3]Voir Gaël Giraud in La Croix du 1er août 2017 : « Le mythe du ruissellement économique » et Zygmunt Bauman. Les riches font-ils le bonheur de tous ? Ed.Armand Colin 2013, notamment pp 61 et ss. .
01/11/2017
Rapprocher médecines conventionnelles et alternatives.
C’est le titre d’un des chapitres du livre ( R ) Evolutions – Pour une politique en actes- de la collection Domaine du possible chez Actes Sud. Dans ce chapitre, Thierry Janssen fait part de son expérience et plaide pour une médecine intégrative.
On peut écouter par internet différentes conférences dans lesquelles il explique son itinéraire. Après avoir pratiqué la chirurgie en urologie, gynécologie, pendant une douzaine d’années à Bruxelles et à Paris, et alors qu’il allait accéder aux responsabilités qu’il briguait dans le système hospitalier, il a éprouvé la nécessité de changer de voie, conscient qu’il était des limites du formatage de la médecine conventionnelle qu’il avait reçu au cours de ses études. Il a alors suivi pendant quatre ans aux E.U. des cours à la Barbara Brennan School for Healing fondée par une physicienne. Ces cours « ne se résumaient ni à la transmission d’une théorie, ni à une formation intellectuelle. Ils étaient avant tout expérientiels ». L’encadrement était assuré par « des professeurs aux méthodes très variées : des psychothérapeutes…des approches psycho-corporelles…des art-thérapeutes, des professeurs de qigong et de yoga ainsi que des chamans et toutes sortes de guérisseurs traditionnels ».
Thierry Janssen nous dit qu’il a été déstabilisé par cette approche. « Mais la réputation mondiale de cette école et la reconnaissance officielle du diplôme qui sanctionnait ce cursus ont contribué à me rassurer ». Il a été frustré de ne pas pouvoir relier sa culture médicale analytique, scientifique et les approches non conventionnelles. Par exemple il ne pouvait pas faire lien entre le vocabulaire très précis de la médecine chinoise et son propre langage scientifique. Il a souhaité alors « faciliter un rapprochement entre les médecines non conventionnelles et la médecine allopathique, en créant des ponts et un vocabulaire commun afin de jeter les bases d’une « médecine intégrative » ». La médecine conventionnelle, très analytique avec une hyperspécialisation se développe souvent au détriment d’une vue d’ensemble. Elle gagnerait à s’enrichir « des intuitions plus holistiques des médecines non conventionnelles ».
Quant aux médecines complémentaires et alternatives elles sont aussi « le plus souvent fermées sur elles-mêmes ». Des études ont montré que les trois quarts des patients qui recourent à des médecines alternatives n’osent pas à en parler à leur médecin généraliste. « Cela pose un problème grave : en l’absence de concertation, les stratégies des différents thérapeutes peuvent s’avérer incompatibles, voir opposées, alors même qu’elles pourraient s’enrichir mutuellement et créer une synergie ». Médecine conventionnelle et approches thérapeutiques non conventionnelles « sont avant tout complémentaires : chacune possède ce qui manque à l’autre dans bien des domaines ».
Thierry Janssen donne l’exemple d’un malade du cancer pour lequel le recours à la médecine intégrative est bénéfique. « Outre la combinaison habituelle de la chirurgie, de la chimiothérapie et de la radiothérapie, la médecine intégrative veut aussi aider le patient grâce à un accompagnement global incluant entre autre la diététique, l’exercice physique, la relaxation, le massage, l’acupuncture, la méditation ainsi qu’un suivi psychologique. Ce dernier considéré comme accessoire par certains est en fait crucial pour la réussite d’un traitement ». L’organisation d’un hôpital où chaque service est consacré à un organe sans lieu de rencontre ne favorise pas le plus souvent la prise en compte des relations entre différents symptômes, entre diverses parties du corps. Thierry Janssen pense que les patients, les élus, comme les professionnels de la santé peuvent favoriser la création de centre de médecine intégrée où l’on peut rencontrer des praticiens de culture thérapeutique différentes. « Plus de quatre-vingts facultés de médecine ont déjà créé ce genre de centres aux Etats-Unis ». Il parle également du centre de santé Marylebone à Londres auquel collabore Leon Chaitow, l’un des pionniers de la médecine intégrative.
Le livre (R)évolutions renvoie également au Centre de santé de Colombier en Suisse près de Neuchâtel fondé par le docteur Nathalie Calame. Si l’on cherche à s’informer sur elle, on trouve une interview de juillet/août 2014. Elle y raconte comment elle craignait de se faire mettre des œillères et de se conformer à un point de vue unique : « J’ai donc déjà pendant mes études de médecine à Lausanne, suivi des cours de massage, d’acupuncture, de naturopathie, d’homéopathie et fait personnellement l’expérience de plusieurs méthodes thérapeutiques. J’ai également collaboré avec un collectif de thérapeutes bénévoles au suivi d’un lieu de vie pour enfants autistes, je me suis donc intéressé aussi aux courants psychanalytiques et à l’antipsychiatrie dans les années 70. Puis j’ai eu la chance d’aller rencontrer des médecins traditionnels au Japon, en Inde, en Chine, avant l’âge de trente ans et d’être enseignée par eux ».
Le centre de santé et prévention qu’elle a créé fonctionne sur trois axes : Informations et formation (au public et aux professionnels de santé), documentation, et consultations médicales thérapeutiques « Nous avons fonctionné depuis le début sur ces trois axes, et partagé nos savoirs et compétences au service de nos usagers, en partageant également les dossiers des patients, avec leur accord bien sûr. Ce qui permet d’intégrer ce que les autres thérapeutes ont proposé ou travaillé, et de créer une synergie au bénéfice des principaux intéressés, les usagers eux-mêmes ». L’interview du docteur Nathalie Calame se terminait sur une question : quelle est la recette du succès du centre de Santé et de Prévention de Colombier, quels conseils pour créer un CSP en France ? Voilà la réponse du Dr Nathalie Calame : « Le CSP est comme un petit village helvète résistant ! Nous sommes conscients de notre originalité mais aussi de notre petite taille…Nous n’avons aucune aide officielle, et cela nécessite beaucoup de bénévolat et de volonté pour poursuivre notre mission. Le système de santé suisse est sans aucune doute plus permissif et ouvert aux médecines complémentaires que le système français, mais nous savions que nous ne devons compter que sur nos propres forces. La recette du succès du CSP : la force de volonté de quelques personnes, et le fait que cela réponde à un réel besoin de la population, en particulier de la population désireuse de prendre sa santé en mains ! Je ne peux pas donner une recette pour la France, si ce n’est de constituer une équipe solide pour démarrer et de faire attention d’avoir un but commun plus important que les égos individuels ! ».
T.Janssen, à la fin du chapitre de (R)évolutions, souligne que la logique participative qui préside au fonctionnement du CSP de Colombier « déteint naturellement sur le patient qui se sent actif et responsabilisé dans son processus de guérison ». Le centre met à la disposition des usagers toute une documentation et propose des conférences portant sur l’éducation à la santé. Mais la création de centres du type de celui créé par N.Calamme n’est pas le seul moyen de rapprochement entre médecines conventionnelle et médecines alternatives et complémentaires. Il suffit de rechercher sur un moteur de recherche « Hôpitaux et médecine alternative » pour constater que « Acupuncture, auriculothérapie, homéopathie, hypnose, sophrologie pour ne citer que les plus pratiquées, les médecines alternatives et complémentaires, les MAC, font doucement mais sûrement leur entrée à l’hôpital».
01/10/2017
Révolution du XXIème siècle ? Le commun pour sortir de la société de marché
Une grande ambition
Les divers travaux sur la notion de commun explorent la possibilité de nous orienter vers un autre avenir que celui de nos sociétés de marché. Dans ces sociétés, le marché outrepasse sa fonction d’organisation des activités productives, car l’argent qui s’insinue dans toutes les relations sociales, contamine toutes les valeursLe « commun » est-il susceptible de nous faire échapper à la marchandisation croissante et de rénover nos démocraties grâce à une démocratie participative qui serait un heureux complément de la démocratie représentative ? C’est bien l’ambition affichée par le livre;Commun;qui a pour sous-titre « Essai sur la révolution au XXIesiècle ».
Quelle est la signification de « commun » ?
Des exemples de « commun »
Le livre de Gaël Giraud, L’illusion financière, paru en 2012, avant donc la publication du livre Commun, plaide aussi pour une société de biens communs. Cela prouve que cette approche n’est pas limitée aux marges de la société mais peut concerner ce qui est au cœur de son fonctionnement, c’est-à-dire la finance. La crise de 2007-2008 a eu des conséquences catastrophiques pour bien des ménages aux Etats-Unis et dans le monde. Faute d’une régulation suffisamment rigoureuse du système financier par les pouvoirs politiques, de nouvelles crises sont devant nous. G. Giraud rappelle que la monnaie a notamment deux qualités, la première est la liquidité qui autorise à acheter n’importe quoi et n’importe quand, la seconde, qui s’identifie au crédit, permet d’emprunter à l’avance sur la foi d’une promesse de richesse ultérieure. Dans une société où les échanges marchands sont la norme, il est essentiel que tout un chacun puisse bénéficier de la liquidité et de l’accès au crédit. Or la dérégulation des marchés financiers depuis les années Thatcher-Reagan a permis « une appropriation privée de la liquidité en Europe ». Autrement dit, certains ont pu échapper et même tirer bénéfice de la crise de 2007-2008, alors que d’autres étaient ruinés à la suite des krachs boursiers. De même, nous dit G. Giraud, « on peut relire la construction européenne comme une vaste tentative pour privatiser l’accès au crédit : d’abord en décidant de l’indépendance de la banque centrale, qui permet de la tenir à l’écart des autorités politiques en charge du bien public ensuite en laissant le pouvoir de création monétaire aux banques commerciales. » Pour éviter à l’avenir le retour de crises majeures, c’est « vers une société de biens communs;» qu’il faut donc s’orienter en refusant de faire comme si la monnaie était une marchandise[6];et en la soumettant à une régulation politique au nom de l’intérêt général. La monnaie n’est pas par nature un bien commun, la monnaie ne peut devenir un commun que par une décision politique.
Parler d’agir commun, c’est parler de l’action de citoyens qui instituent le commun et le prennent en charge dans la durée. Cela amène à refuser aussi bien l’appropriation indue que la bureaucratisation fréquente dans les administrations (aussi bien au niveau des collectivités territoriales que le d’Etat national ou de l’Europe) souvent submergées par une réglementation très lourde et opaque pour le citoyen. Autant dire que le conflit privé-public qui a si longtemps structuré les débats politiques est dépassé.
L’agir commun suppose que les citoyens puissent consacrer une partie de leur temps à la gestion des affaires communes et qu’ils soient, dès l’école, encouragés au dialogue et à la prise de responsabilité.
Et maintenant ?
Le livre Commun est historique et principalement théorique mais il est précieux dans la mesure où il fonde ce qui pourrait être une nouvelle orientation. Sa faiblesse vient de ce qu’il ne peut guère s’appuyer sur des exemples suffisamment convaincants pour justifier son sous-titre « Essai sur la révolution au XXIe siècle », ce qui l’amène à faire des propositions sous la forme d’un vœu : « il faut …». Nous sommes sur un chemin de crête et bien malin celui qui prétendrait connaître l’avenir. Soit le capitalisme financier poursuit sa marche et aggrave des crises de tous ordres, soit nous nous engageons dans l’agir commun en nous appuyant sur toute une série de réalisations originales qui pourraient faire un jour système.Parmi les nombreuses questions qui mériteraient débat, citons en deux à propos des auteurs du livre Commun. Dans sa recension du livre, Fabrice Flipo écrit : « En héritiers de la tradition marxiste, ils s’engagent essentiellement du point de vue du producteur, et non de celui du consommateur, des finalités, qui se trouvent régulièrement renvoyées au « spiritualisme », à une dimension théologique. Pourtant le spirituel c’est d’abord ce que Hegel appelait la vie de l’esprit, la culture;»[7]. Contestable aussi ce point de vue exprimé par les auteurs de Commun : « Aucune appartenance – l’ethnie, la nation ou l’humanité, etc. – ne peut constituer en elle-même le fondement de l’obligation politique. Il en résulte également que cette obligation n’a aucun caractère sacré ou religieux, ce qui implique que toute source transcendante, toute autorité extérieure à l’activité doivent être récusées. L’obligation politique procède entièrement de l’agir commun, elle tire toute sa force de l’engagement pratique liant tous ceux qui ont élaboré ensemble des règles de leur activité, elle ne vaut que relativement aux coparticipants d’une activité».
Guy Roustang
Notes
[1]Bien d’autres livres concernant la notion de « commun » seraient cependant à citer. Par exemple : P. M., Voisinages et Communs, éd. L’éclat, 2016 de même : Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, sous la direction de Benjamin Coriat, éd. Les liens qui libèrent, 2015.
[2]Michael J. Sandel. Ce que l’argent ne saurait acheter, Préface de Jean-Pierre Dupuy. Ed. du Seuil. Point, 2014.
[3]Voir l’article Régulation financière et pantouflage.
[4]Gaël Giraud, Illusion financière, Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire. Ed. de l’Atelier, sept. 2012, p. 107.
[5]Ligue des droits de l’Homme, n°176, décembre 2016.
[6]Karl Polanyi, dans son livre, La grande transformation (traduit en français en 1983, éd. Gallimard, préfacé par Louis Dumont), montrait comment la prétention du libéralisme économique à faire comme si le travail, la terre et la monnaie étaient des marchandises, avaient eu cette terrible conséquence : « la société était devenue sur toute la ligne un appendice du march;» page 111.
[7]Analyse critique réalisée par Fabrice Flipo : Du communisme aux communs, Revue du MAUSS permanente, 21 juin 2014 [en ligne]. http://www.journaldumauss.net/?Du-communisme-aux-communs
02/02/2024
S’opposer en proposant, sur toutes les grandes questions politiques
Dans deux articles précédents de l’ECCAP (Non au défaitisme et Tisser des liens) Pierre-Alain Cardona a exposé les conditions à remplir pour aboutir à une démocratie continue et renouvelée: des liens au plan local entre les nombreuses initiatives actives et favorables à un changement de cap. Mais encore faut-il que les partis politiques prennent le relais pour contribuer à modifier les règlements, les lois et les institutions. Or aujourd’hui, comme l’écrit Agathe Cagé;dans un article d’AOC :
« Les partis de gauche, quant à eux, paraissent avant tout focalisés… sur la promotion de leurs dissensions et de leurs désaccords. Ils font passer au deuxième plan l’opposition aux politiques portées par le gouvernement, et au troisième plan la mise en chantier de l’élaboration d’un projet solide et ambitieux à soumettre aux électrices et aux électeurs. »
Alors que François Dubet dans un autre article d’AOC souligne : « il est plus que temps pour la gauche, et sur toutes les grandes questions politiques, de s’opposer en proposant;», car on a bien du mal à savoir ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir.
Auparavant cette gauche était portée par un courant de pensée favorable aux progrès social, scientifique et technique, mais François Dubet écrit : « Les dégâts du progrès paraissent l’avoir emporté sur ses bénéfices et les lendemains qui chantent se sont plus encore éloignés. La destruction de la planète et la mondialisation donnent le sentiment de vivre dans un monde dangereux;».
Jusqu’à présent l’orientation de l’Europe a été favorable à la mondialisation; son obsession en faveur de la concurrence, de l’ouverture des marchés, de la limitation des déficits publics a entraîné une « hécatombe;» industrielle[1] et contribué, lors des élections, à une augmentation des abstentions et au vote en faveur de Marine Le Pen.
Remettre au cœur de la politique la question du travail
Parmi tous les sujets qu’il faudrait aborder pour un véritable changement de cap, la question du travail devrait avoir une place centrale. Concernant les accidents du travail en 2019, il y en a eu 783.600 dont 780 ont été mortels, ce qui donne un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100.000 salariés, soit le double de la moyenne européenne. En rapportant le nombre de décès au nombre de travailleurs, nous obtenons un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100 000 salariés. En comparant aux résultats des autres pays européens, nous dépassons le double de la moyenne européenne (1,7). Cela fait de la France, le pays européen ayant le plus fort ratio de décès du travail d'Europe. La suppression du CHSCT (Comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail) en 2020 sous prétexte de simplification[2]a été une catastrophe.
Laurent Berger, qui a été secrétaire général de la CFDT depuis 2012 et qui a quitté ses fonctions à la fin du mois de juin 2023, a écrit un livre intitulé Du mépris à la colère. Essai sur la France au travail en mai 2023. Il écrit :
« nous devons imposer un cadre politique qui mette ce sujet capital à sa juste place… Il faut redonner de la place au travail dans l’espace démocratique;» (p.113).
Il déplore que les politiques soient passés à côté (p.73). Paul Magnette, président du Parti socialiste belge fait exception. Il a écrit en janvier 2024 : L’autre moitié du monde. Essai sur le sens et la valeur du travail[3].
Nos politiques feraient bien de s’inspirer de ces deux livres.
Notes
[1] Voir F.Ruffin « Je vous écris du front de la Somme;», Ed. Les liens qui libèrent, sept. 2022, p.35. voir aussi l’interview de Paul Magnette à France-Inter le 9 janvier 2024.
[2] Voir l’interview de Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT et du Président de la FE/CGC à Mediapart.
[3] Voir son interview à France Inter le 9 janvier 2024.
01/06/2022
Souveraineté nationale et Europe
« Quelle voie européenne pour une coalition de gauche ? »
La souveraineté nationale a-t-elle fait son temps ?
Notes
[1] Voir au contraire l’article de Marc Humbert : « Une France multiple, libre, égale et fraternelle », paru dans Ouest-France du 16 décembre 2021 que nous reproduisons dans l’eccap.
[2]Voir Fabrice Flückiger in AOC 18 mai 2022 : « Eternité ou inévitabilité, une dangereuse alternative politique. » Cet auteur se réfère à Timothy Snyder dans The Road to Unfreedom qui développe deux concepts qui permettent de penser ce qui se joue dans l’opposition entre le « progressisme » macronien et l’« identité » lepeniste (ou zemmourienne)
[3] Le Monde, 8 et 9 mai 2022, p.30.
[4] AOC, 10 mai 2022, G.Sacriste et A.Vauchez.
[5] « Dans les crises, l’Union européenne a plus progressé en quelques mois qu’en trente ans ». c’est ce que déclaraient JEAN-DOMINIQUE GIULIANI (Président de la Fondation Robert Schumann) et PASCALE JOANNIN voir Question d'Europe n°634 30, mai 2022 L’Europe dans la tempête parfaite
[6]AOC, 10 mai 2022. Guerre Ukraine :L’Union Européenne par-delà la souveraineté. Gérard Mairet.
[7] AOC, 28 mai 2022(
20/08/2020
Sur la Convention citoyenne
Nous lançons donc ce débat en résumant les arguments donnés dans la Lettre d'information N ° 31: L'appel des 150 citoyens de la Convention Citoyenne pour le climat publié le 03/07/2020, et dont vous pouvez retrouver l'intégralité ici .
Guy Roustang titre sa contribution: «Une convention citoyenne, heureuse contribution à notre démocratie. »
;Dans leur adresse aux français, les 150 expliquent: «Nous sommes nourris d'échanges avec des experts, et des représentants économiques, associatifs et publics, afin d'être en capacité de rédiger des mesures concrètes, en connaissance de cause et en toute indépendance ».
Tout cela est sans doute étonnant pour les sceptiques à l'égard de la démocratie participative?
Maurice Merchier titre la sienne: «Les illusions dangereuses de la Convention Citoyenne»
En voici quelques éléments clés en résumé
;Les participants ont été soumis à des conditions exceptionnelles, qui ont pesé sur l'évolution de leurs opinions: présence d'experts, et surtout effet de groupe, phénomène classique bien connu en sociologie
Voici les premières réactions
Renaud Vignes, le 5 juillet 2020
Pierre Calame, le 6 juillet 2020
Bernardette Cateau, le 8 juillet 2020
;faut il y renoncer? Le populisme n'est alors pas loin.
Guy Roustang, le 20 juillet 2020
Maurice Merchier, le 24 juillet 2020
Marc Durand le 23 août 2020 A propos de la tenue de conventions citoyennes.
;Je n’ai aucune confiance en Macron ni son gouvernement (ni la majorité parlementaire!). Donc je n’attends pas grand-chose de bon de cette convention et je suppose que, tout comme a été organisé le « grand débat » pour des raisons politiciennes, étant bien entendu que tout serait enterré à la fin, je pense que là encore on est dans la même veine. Mais cette fois-ci les autorités ont pris un risque plus grand en permettant un vrai débat informé entre les participants (tout en s’arrangeant pour que les questions déterminantes ne soient pas abordées, il y avait un cadre).
;Gagne-t-on en démocratie ? Je pense que le b-a-ba serait d’abord de dialoguer vraiment avec les corps intermédiaires. Les syndicats, qui ont été torpillés (ils y ont mis du leur aussi!) depuis des années, les grandes associations, d’autres corps ne sont jamais écoutés, il n’y a aucune négociation sérieuse, on les convoque pour leur faire enregistrer le fait du prince en leur laissant un petit os à ronger pour ne pas les humilier totalement. Là est le premier problème de la démocratie.
;On n’a pas à les remplacer par ces conventions. A mon sens ces conventions ont l’intérêt de faire débattre sur des sujets autrement que par des slogans. Des citoyens ont la possibilité de s’informer, de se former, pour débattre sérieusement. Ils n’ont pas à être représentatifs, il ne s’agit pas d’un parlement bis. Alors que les syndicats ont des prés-carrés à défendre, le tirage au sort des citoyens des conventions a l’intérêt d’obliger ces conventions à un vrai pluralisme et donc d’approfondir les sujets pour obtenir des consensus qui dépassent les intérêts particuliers. Ils ont montré une grande intelligence collective tout en étant bridés, ce qui les a menés à des propositions « hors sol » car le sol leur avait été interdit. Qu’ils ne représentent pas la population ne me gêne pas, c’est à nos représentants officiels (je reconnais qu’ils nous représentent bien mal!) que reviennent les décisions. Les conventions fourniront des rapports qui peuvent vraiment enrichir les décisions, mettre sur la table ce qui est caché, étudier les conséquences des décisions proposées.
;Je ne suis pas choqué qu’on dise ou écrive que les citoyens de base ne sont pas formés pour comprendre les problèmes, c’est une réalité qui ne me choque pas. Ce qui m’importe est que ceux qui sont choisis aient les moyens de se former.
;Reste que les grandes questions sous-jacentes ont été éludées, et je pense que c’était voulu par les pouvoirs publics. Il faut pousser pour qu’il y ait des conventions sur les problèmes de fond. Evidemment le Pouvoir ne les suivra pas, mais les mettre sur la table est un premier pas nécessaire.
Pierre Bouchet, le 13 août 2020
;La dénomination « Encyclopédie du changement de cap» incite à approcher le sujet « convention citoyenne » dans la perspective complète de la participation institutionnelle du citoyen à la gouvernance de la France. L’observation de l’histoire récente permet de discerner ce qui est souhaitable aussi bien que ce qui est possible en France.
Pourquoi ?
29/10/2019
Territoire zéro chômeur.
La triple conviction de départ est à nouveau vérifiée : nul n’est inemployable dès lors que l’emploi est adapté aux capacités et aux compétences des personnes. Les travaux utiles, non concurrents des emplois marchands et des emplois publics, sont d’une grande diversité autour des trois thématiques : la cohésion sociale et la lutte contre l’exclusion, la transition écologique et le développement du tissu économique local. Enfin les financements existent dès lors que l’on prend en compte le coût de la privation d’emploi de longue durée pour les collectivités publiques et les recettes générées par la mise à l’emploi au profit de ces mêmes collectivités.
Historique de « Territoire zéro chômeur ».
Partir des territoires, de leur énergie et de leurs besoins
Quel avenir pour le dispositif Territoire zéro chômeur ?
28/04/2020
Tirons les leçons du grand malheur actuel

Bruno Latour a osé dire avec raison : « ce serait absolument terrifiant de ne pas profiter de cet arrêt général pour ne pas infléchir un système dont on sait … qu’il nous précipite vers une catastrophe par rapport à laquelle celle du virus actuel est un minuscule petit problème ». [1]: Il était conscient que ces propos pouvaient paraître indécents puisque la situation actuelle est dramatique pour certains : ceux qui meurent loin de leurs proches dans les EHPAD et les hôpitaux (et que famille et amis ne peuvent même pas accompagner dignement à leur dernière demeure comme on dit) les femmes et les enfants victimes de violence et tous ceux qui subissent le confinement à l’étroit dans un petit espace. Quand Bruno Latour évoque une catastrophe de beaucoup plus grande ampleur que celle du coronavirus, c’est de la mutation écologique en cours dont il parle, de l’augmentation de la température que notre société entièrement folle observe avec une certaine inconscience. Il y a donc deux catastrophes qui sont enchâssées l’une dans l’autre qui doivent nous amener à penser un autre avenir. C’est aussi l’avis de la convention citoyenne pour le climat (qui aurait dû rendre compte maintenant de ses travaux) qui nous dit : il ne faudrait pas que les mesures qui seront prises pour sortir de la situation sanitaire actuelle, nous amènent à accélérer le dérèglement climatique.
E.Macron a déclaré lundi 13 avril : « Sachons nous réinventer, moi le premier ». Aidons le donc à se réinventer
Si E.Macron a reconnu dans son allocution que le confinement avait des conséquences beaucoup plus lourdes pour les plus pauvres, il n’a pas pour autant annoncé la réforme fiscale qui s’imposerait. La politique qu’il a menée ces dernières années profite aux riches. Elle n’est nullement remise en cause, jusque là.
E.Macron avait vanté l’Etat-providence dans son allocution du 12 mars : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie c’est que la santé gratuite sans condition de revenu… ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Ce qui amène Mediapart à écrire : « s’il voulait apporter la preuve de sa bonne foi, {il lui faudrait} annoncer que la privatisation rampante de La Poste – dont le grand meccano avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et la Caisse nationale de prévoyance (CNP) est le dernier épisode en date – est sur-le-champ arrêtée. De même que la privatisation rampante de la SNCF qui ne cesse de liquider le service public ferroviaire ».Pensons à nous réinventer nous-mêmes
Envisager des changements ne va pas de soi, car tous ceux qui sont aujourd’hui privés de travail et de revenus n’ont qu’une envie : retrouver la situation d’avant. Quant au président du Medef, il en rajoute en disant qu’il ne faudra pas hésiter à revenir sur certains acquis pour relancer la machine.Cela ne doit pas empêcher de chercher à être lucide. Parmi les changements à opérer, le premier amène à relier crise de l’environnement et crise sociale. En effet ce sont les plus riches parmi nous qui ont l’empreinte écologique la plus élevée (voir dans l'ECCAP l’article empreinte écologique selon WWF/Marin Harvey). La crise de l’environnement exigerait que l’on prenne au sérieux les mises en garde des scientifiques de plus en plus précises et inquiétantes. Mais si les politiques ont fini par reconnaître le sérieux de ces mises en garde en signant en 2015 les Accords de Paris, les décisions qui seraient nécessaires pour les appliquer ne sont pas à la hauteur. Sans parler des Etats Unis qui se sont retirés des accords de Paris ou du Brésil qui poursuit allègrement la destruction de l’Amazonie. Nous sommes donc en bonne voie pour la catastrophe écologique.
Faute de définir des finalités, nos politiques s’agitent au hasard
Simone Weil (voir dans l'ECCAP esquisse sur les besoins) écrivait dans l’Enracinement, à une époque où il s’agissait de reconstruire après la seconde guerre mondiale, et alors même que les problèmes de l’environnement n’étaient pas un souci : « la première étude à faire est celle des besoins qui sont à la vie de l’âme ce que sont pour la vie du corps les besoins de nourriture, de sommeil et de chaleur. Il faut tenter de les énumérer et de les définir…L’absence d’une telle étude force les gouvernements, quand ils ont de bonnes intentions, à s’agiter, au hasard ». Dans cette perspective et de manière très embryonnaire et désordonnée voici une liste de quelques propositions nécessaires pour changer de cap, pour nous réinventer et nous interroger sur ce dont nous avons vraiment besoin. Les changements qui s’imposent sont d’une telle ampleur qu’ils donnent le vertige. Mais il est impossible de se faire illusion. C’est l’organisation de l’économie mondiale qu’il faut mettre en question. Bruno Lemaire, notre ministre de l’ économie, déclarait récemment : Je pense qu’il faut que nous tirions sur le long terme toutes les conséquences de cette épidémie sur l’organisation de la mondialisation. Il faut réduire notre dépendance vis à vis de certaines grandes puissances comme la Chine. On ne peut pas avoir aujourd’hui 80 % des principes actifs d’un médicament produits à l’étranger.- Il conviendrait de limiter strictement la publicité qui vise à « créer des besoins ». La publicité incite par exemple les enfants à consommer trop salé, trop sucré, trop gras. Ce qui favorise une obésité croissante et des maladies comme le diabète qui font exploser nos budgets sociaux.
- Au lieu de favoriser l’agriculture industrielle encouragée notamment par la grande industrie chimique, c’est l’agroécologie qu’il faut développer. Dans leur petit livre « L’agroécologie peut nous sauver » Marc Dufumier et Olivier Le Naire énoncent les cinq voies de la sagesse : lancer la révolution agroécologique, nourrir le monde, préserver notre santé et notre environnement, lutter contre les inégalités nord-Sud et résoudre les problèmes migratoires, réconcilier les villes et les campagnes.
- Les avions sont cloués au sol et le tourisme de masse est à l’arrêt. Les prévisions de croissance du trafic aérien dans les prochaines années sont un non-sens pour l’environnement. Allons-nous continuer de rêver que tous ceux qui en ont les moyens puissent parcourir le monde ?
- Les applaudissements à 20 heures pour les soignants sont un des signes d’une prise conscience que les métiers du soin (assurés majoritairement par des femmes), comme celui des éboueurs et autres métiers peu reconnus et mal rémunérés, mériteraient d’être mieux placés dans la hiérarchie des rémunérations. Va-t-on vraiment en tirer des conclusions ? Va-t-on dans la foulée revoir la situation des enseignants ?
- Pourra-t-on envisager la création d’un revenu minimum qui serait d’autant plus importante qu’il faudra aider les salariés qui perdront leur emploi, dans des secteurs comme l’aéronautique ou l’automobile par exemple dont on peut penser qu’ils seront moins importants à l’avenir.
- Deux « petites » questions pour finir : Comment reprendre barre sur les GAFAM dont les pouvoirs exorbitants sont dangereux pour nos démocraties ? Question annexe sur le numérique : est-il raisonnable de s’engager tête baissée dans la 5G ?
Si l’on refuse pour les prochaines élections présidentielles le face à face Macron-Le Pen, peut-on espérer qu’un candidat aura le courage d’affronter les questions que nous venons d’évoquer dans cette lettre et quelques autres avec ?
Notes
[1] Interview à France Inter le 3 avril 2020
12/01/2017
Travailler moins pour travailler tous et mieux
Au lieu de rester sur les perspectives anciennes qui comptent sur des taux de croissance élevés du PIB pour lutter contre le chômage, il est temps de changer d’orientation. Ce n’est pas parce que ces perspectives anciennes font quasiment l’unanimité parmi les hommes au pouvoir, ou parmi ceux qui y prétendent, qu’elles sont plus crédibles. Non seulement il est illusoire de croire qu’un taux de croissance élevé du PIB est possible, mais plus fondamentalement il faut reconnaître que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être. Autrement dit la politique économique ne peut tenir lieu de politique comme si tout en dépendait.
Un changement d’orientation suppose bien sûr de reconnaître que l’emploi est un facteur d’intégration sociale et d’émancipation individuelle. La recherche du plein emploi s’impose donc. A ce propos, un appel de 150 personnalités paru en mai 2016 dans Alternatives économiques veut remettre la réduction du temps de travail au cœur du débat public. En effet le chômage de masse mine depuis longtemps la société française. Il y avait au printemps 2016, 2,6 millions d’inscrits à Pôle emploi en plus par rapport à 2008. L’appel constatait que « les perspectives de croissance sont limitées et le resteront. De plus, la révolution numérique et la robotisation pourraient bien, elles aussi, menacer de nombreux emplois ». Certes « d’autres pays affichent un taux de chômage plus faible que la France. Le plus souvent ce résultat est atteint grâce à un vaste secteur de « travailleurs pauvres », via une croissance massive du travail à temps partiel féminin et un retour en force du travail indépendant. Ces personnes occupent bien un emploi, mais n’en ont pas moins les plus grandes difficultés à se soigner, à se loger, à éduquer leurs enfants…Bref, à mener une vie décente.
Ces politiques creusent de plus les inégalités entre les riches et pauvres et les écarts entre hommes et femmes » « Si on veut éviter ces écueils tout en faisant reculer rapidement le chômage, il faut « travailler moins pour travailler tous et mieux ». Au tournant des années 2000 le passage aux 35 heures hebdomadaires avait eu un effet très positif sur l’emploi et l’activité, malgré certaines difficultés dans sa mise en œuvre, notamment en matière d’intensification du travail. Il faut d’urgence reprendre ce chemin, même s’il faut probablement s’y prendre autrement, et notamment ne plus raisonner seulement sur le temps de travail hebdomadaire ».
L’appel des 150 personnalités poursuivait : « Nous avons pleinement conscience de la difficulté de l’exercice tant en termes de financements que d’organisation des entreprises, mais cette question doit revenir au cœur du débat public. Non seulement pour réduire le chômage, mais aussi pour reprendre la marche en avant du progrès social et sociétal en favorisant des modes de vie plus équilibrés et plus respectueux de l’environnement ».
01/03/2022
Trois dangers : Réchauffement climatique – Inégalités sociales – Verticalité du pouvoir
[1] La dramatique invasion de l’Ukraine par Poutine amènera sans doute plus d’un électeur à réfléchir à deux fois avant de voter pour J.L.Mélenchon qui était le mieux placé d’après les sondages.
[2] « Les milliardaires français font flamber la planète et l’Etat français regarde ailleurs » est le titre du rapport d’Oxfam France et de Greenpeace. Les préoccupations concernant les fins de mois et la fin du monde vont de pair.
[3] Voir l’analyse de Rémi Lefebvre (https://www.alternatives-économiques.fr) du 12 février 2022, qui sort un livre « Faut-il désespérer de la gauche ? » le 3 mars aux Ed. Textuel.
Notes
Souhaitons que des accords puissent se nouer entre ceux qui souhaitent faire face aux trois dangers que sont : le réchauffement climatique, les inégalités sociales et la verticalité du pouvoir.12/04/2018
Une France fracturée par la crise du logement.
La 22e édition du rapport annuel sur l’état du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre dessine le portrait d’une France fracturée par la crise du logement. « Quatre millions de personnes sont sans abri, mal logées ou sans logement personnel. Outre ces situations les plus graves, 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement. Effort financier excessif, précarité énergétique, risque d’expulsion locative, copropriétés en difficulté, surpeuplement... au total, sans les doubles comptes, près de 15 millions de personnes sont touchées, à un titre ou à un autre, par la crise du logement. À bien des égards, pour les pauvres, les classes populaires et moyennes, la situation tend à s’aggraver, en particulier depuis la hausse des prix de l’immobilier des années 2000 et le déclenchement de la crise économique en 2008 ».
Le nombre de constructions par an
D’après Le Monde du 1 12 2017 « les bétonnières tournent à plein avec 418 300 logements mis en chantier entre nov.2016 et oct. 2017, soit 17% de plus que l’année précédente ». La situation est très différente selon les territoires. Alors qu’il y aurait 500 000 demandes de logements sociaux en attente en Ile de France, il y aurait (selon le documentaire du 13 sept. 2017 sur la cinq) 130 000 logements sociaux vides en France. La ville de Vichy aurait été pénalisée de 172 000 euros pour n’avoir pas construit les 20% de logements sociaux imposés alors même que beaucoup de logements sociaux à Vichy ne trouvent pas preneurs. Des exemples de communes dans la même situation dans la région PACA pourraient être donnés.
Les dépenses de logement augmentent plus vite que les salaires
En France « le décrochage avec les revenus est violent : de 1998 à 2017, les prix de l’immobilier ont été multipliés par 2,5 et les salaires par 1,5 seulement ». Voici ce que déclarait Patrick Artus dans une note du 5 octobre pour la banque Natixis : « C’est de là que provient le sentiment d’appauvrissement de beaucoup de salariés, car la France est l’un des pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) où ils ont continué de gagner du pouvoir d’achat mais pour l’engloutir dans le logement… Le renchérissement du logement opère un énorme transfert de richesses des pauvres vers les riches, des jeunes vers les vieux. » Le Monde 1er déc. 2017 : « La flambée des prix a pour 1ère conséquence l’éviction des habitants les moins aisés des métropoles, jeunes en tête » qui sont obligés d’aller se loger loin des zones d’activité et qui voient leurs frais de déplacement augmenter. Par ailleurs le dispositif Pinel, qui permet à un investisseur d’acheter un appartement destiné à la location avec des économies d’impôt importantes, serait une bonne chose si les loyers autorisés, étaient véritablement sociaux, si les plafonds de ressource des locataires concernés étaient correctement calculés. Ce serait bien le moindre pour des logements qui sont davantage aidés par l’Etat qu’un logement social classique. Cela supposerait des contrôles sérieux, ce qui n’est pas le cas. Les exonérations fiscales sont à limiter et mieux vaudrait attribuer cette manne importante, au moins en partie, aux logements très sociaux et réduire ainsi des loyers trop élevés.
Avec le dispositif Pinel, de nombreux investisseurs trompés par des promoteurs immobiliers indélicats qui croyaient réaliser l’affaire du siècle, se sont retrouvés pénalisés, voire ruinés, parce que l’appartement acheté ne trouvait pas de locataires dans un marché saturé. Les propriétaires devaient alors rembourser les exonérations. La carotte fiscale avait bien mauvais gout !!! L’aide personnalisée au logement (APL) initiée dans les années 70 a remplacé l’aide à la pierre, c'est-à-dire qu’au lieu d’aider de manière importante la construction du logement, permettant des loyers plus bas, il a été décidé d’aider la personne et de ne pratiquement plus aider la construction, c’est-à-dire l’aide à la pierre. C’était encore les 30 glorieuses (1945 à 1975) et le logement social était considéré comme transitoire pour les ménages. Ce logement est progressivement devenu définitif pour les locataires les plus pauvres. A noter qu’à l’époque, seul le Parti Communiste était opposé à cette réforme. En définitive, la politique du logement n’a pas permis de loger des gens dans le besoin mais plutôt à faire tourner les entreprises du bâtiment. Selon Didier Cormuel économiste de l’immobilier cité par le journal Le Monde du 24 oct. 2017 « cette politique a alimenté une surproduction de logements car si le neuf trouve preneur, elle vide l’ancien dont la vacance s’accroit depuis dix ans même en région parisienne. » Et il ajoute « Pour assurer un logement décent à tous à un coût supportable pour la collectivité, il serait plus économique de réhabiliter l’ancien que de construire du neuf ». Bien sûr le diagnostic de pénurie de logements émane des acteurs du logement neuf qui n’hésitent pas à brandir le chantage à l’emploi. Concernant la politique du logement, nous sommes actuellement à un tournant. Espérons que la future loi ELAN (Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique) ne fera pas la part trop belle aux lobbies du BTP et aux exonérations fiscales et que les plus mal lotis du système actuel seront mieux pris en compte.
12/04/2018
Un logement social, pour qui ?
Pour pouvoir prétendre à l’attribution d’un logement H.L.M. les revenus des ménages doivent être inférieurs à un certain plafond de ressources. Les ressources à prendre en compte correspondent à la somme des revenus fiscaux de l’année N-2 de toutes les personnes composant le ménage, soit 2015 pour une attribution en 2017. (Des rumeurs laissent entendre que seraient pris en compte dès 2018 les revenus actuels.)
Trois types de logements sociaux : Les PLAI (Prêt locatif aidé d’intégration) destiné aux ménages les plus modestes Les PLUS (Prêt locatif à usage social) le « classique » Les PLS (Prêt Locatif Social) le « haut de gamme » du logement social. Ainsi, pour une personne seule le plafond de ressources sera pour 2017 - de 12 733 Euros à Paris et de 11 067 Euros en province (hors Ile de France) pour un PLAI - de 23 146 Euros à Paris et de 20 123 Euros en Province. (hors IdF) pour un PLUS - de 30 090 Euros à Paris et de 26160 Euros en province (hors IdF) pour un PLS. Pour une famille (4 personnes ou 1 personne avec 2 personnes à charge) le plafond de ressource sera -de 29 781 Euros à Paris et de 21 575Euros en province (hors IdF) pour un PLAI -de 54 141 Euros à Paris et de39 013 Euros en province (hors IdF) pour un PLUS - de 70383 Euros à Paris et de 50 717 en province en province ( hors IdF) pour un PLS. Au 1/1/2015 seulement 75 000 nouveaux logements sociaux livrés (l’USH parle de 100 000 et dans Le Monde du. 27 09 17, 4ème col. Les HLM construisent 100 000 logements par an) dont 87% de neufs et parmi lesquels 20% en VEFA (Vente en Etat Futur d’Achèvement), achetés à des promoteurs privés. (Ce taux a fortement augmenté puisqu’il se situe aujourd’hui aux environs de 5O% voire 80% selon les organismes et les années de livraison) A noter qu’il est très difficile de connaitre exactement le nombre de logements livrés, car parfois, on parle de logements financés ou autorisés et les organismes sociaux ont souvent tendance à gonfler à la fois le nombre de logements en cours de construction ainsi que ceux dont ils sont propriétaires
La répartition de ces nouveaux logements Ces plafonds de ressource permettent théoriquement à 75 % de la population française d’accéder à un logement dit social. Mais peut-on encore parler de logement social pour un PLUS sauf peut-être dans des zones extrêmement tendues où les loyers du privé sont très élevés. En réalité 80% des familles « entrantes » aujourd’hui logées par les organismes de logements sociaux ont des revenus inférieurs à 80% des plafonds et 20% des familles logées ont des revenus inférieurs à 20% des plafonds de ressource. Le logement social reste bien attribué aux familles modestes et compte tenu de la crise actuelle et du chômage, les demandeurs de logement ont des ressources toujours plus faibles. Loyers et charges trop élevés. Compte tenu du coût de la réalisation de ces logements, et de leurs financements, les loyers de tous ces logements sont trop élevés, notamment pour les logements récents. Ainsi, un loyer pour un T2 en province pourra atteindre 450 Euros par mois (dont 50 Euros de charges) pour un financement PLAI, avec plafond de ressource de 11 000 Euros imposable, soit un taux d’effort de 45% sans l’aide personnalisée au logement, ce qui est le cas lorsque le candidat est proche du plafond. Un T4 récent, toujours financement PLAI, aura un loyer de l’ordre de 500 Euros par mois (dont 60 Euros de charges sans chauffage collectif) pour un plafond de ressource du ménage de 21 575 Euros. Un candidat locataire à environ 60% du plafond de ressource aura un taux d’effort de plus de 45% avant une éventuelle Aide Personnalisée au logement (APL). Si un locataire voit ses revenus augmenter sensiblement, il lui sera pratiqué un supplément de loyer de solidarité (S.L.S.), dès que les revenus dépassent 25 à 35 000 Euros imposable pour une personne seule et selon le type de logement et 45 à 65 000 Euros de revenu annuel imposable pour 4 personnes résidentes ou 1 personne avec 2 personnes à charge. Les charges locatives ont augmenté dans des proportions considérables. Le coût du chauffage, de l’eau et de l’électricité surtout dans les immeubles anciens peut atteindre des demi-loyers. Les bailleurs sociaux ont complètement laissé tomber le chauffage collectif (hors eau chaude), qui est beaucoup plus intéressant techniquement et économiquement, au profit des chaudières individuelles gaz où l’abonnement est dû, même si l’occupant ne se chauffe pas ou se chauffe avec de mauvais poêles à pétrole dangereux pour les habitants et pour le bâti (condensations). Les vendeurs d’eau, par ailleurs refusent, surtout dans les résidences importantes de poser des compteurs à proximité du logement (comme pour l’électricité) laissant à la charge des habitants les éventuelles fuites sur les canalisations entre le compteur général et les appartements. A.P.L. Se greffe en diminution de ces loyers trop élevés l’aide personnalisée au logement (APL) en fonction des revenus des familles. Une partie de cette aide est destinée à alléger les charges locatives. Avec la montée du chômage et de la précarité, l’aide à la personne a augmenté dans des proportions importantes et atteint aujourd’hui 40% des loyers d’un organisme bailleur et parfois d’avantage selon la population logée. ... Tous les gouvernements successifs depuis plus de 20 ans n’ont cessé de rogner cette APL. Et fin 2017, le gouvernement a décidé de baisser l’APL de 30 à 60 euros par mois. Pour que la mesure soit neutre pour les locataires, les bailleurs sociaux devront baisser les loyers de 30 à 60 Euros. D’après Le Monde du 16 09 17, selon le périmètre retenu pour la baisse des loyers – les 5 millions de ménages locataires HLM ou les 2,5 millions qui touchent l’aide personnalisée au logement (APL) - la ponction dans les finances des bailleurs sociaux sera de 3 ou 1,5 milliard d’euros. L’Union sociale pour l’habitat qui fédère les 723 organismes HLM a réagi en ces termes le 13 sept. 2017 en fustigeant : « des baisses insoutenables de loyers pour compenser une volonté unilatérale de Bercy de baisser drastiquement les APL. Cela fait courir un risque majeur à un secteur qui loge 11 millions de personnes, produit plus de 100.000 logements sociaux par an et génère 300.000 emplois. » Cela inquiète aussi les promoteurs immobiliers puisque le secteur social représente 30% de leur production. Le gouvernement part du principe que les bailleurs sociaux ont des réserves importantes qui leur permettront de réaliser ces baisses de loyer sans grand dommage. Ce qui n’est pas évident. Certes la valeur des 4,5 millions de logements du secteur qui avoisine les 200 milliards d’euros est importante, mais la dette cumulée atteint 160 milliards d’euros en 2017. Et les trésoreries des organismes HLM sont très différentes les unes des autres. Les offices publics dans des territoires en déclin où les loyers baissent, où la vacance progresse n’ont aucune réserve. A l’opposé, un rapport de la Caisse des dépôts et consignations recense une trentaine d’offices ou sociétés HLM « dodus » qui disposent d’un gros potentiel financier. Dès 2010 sous la pression du gouvernement de l’époque une péréquation des trésoreries avait été mise en place. Le Monde du 4 nov. 2017 souligne l’injustice de l’art.52 du projet de loi de finances de 2018 « qui épargne le secteur privé alors qu’il consomme plus de la moitié des 18,5 milliards d’euros d’allocation logement » Malgré les protestations d’une vingtaine de députés qui demandaient la suppression de l’art. 52 il est passé. Ce qui a entraîné le commentaire suivant du député communiste de Seine St Denis : « on a mis 120 ans à construire le modèle de logement social que toute l’Europe nous envie et il peut être défait en deux ou trois ans ». Le slogan «Small is beautiful » , qui fit florès à la fin du siècle dernier est aujourd’hui devenu caduc dans le monde du logement social. Compte tenu de la volonté de l’exécutif de baisser l’APL et les loyers, les organismes sont maintenant obligés de se regrouper pour continuer à vivre et les plus riches doivent se marier avec les moins aisés. Cette course qui avait commencé déjà quelques années plus tôt aboutit à des sociétés ou des groupes dont le patrimoine dépasse les 100 ou 200 000 logements. Il est certain qu’il est alors possible de disposer d’une ingénierie très forte et efficace. En même temps une gestion sociale de proximité reste indispensable. Une transition numérique bien pensée permettra de changer de mode de gouvernance pour aboutir à des structures en plateforme où l’information circulera sans entraves, et comme l’observe Michel Serres, où ce n’est plus la hiérarchie et les diplômes qui priment mais la compétence réelle. Tout cela suppose une véritable révolution passant par un rajeunissement des esprits. Cela prendra un peu de temps !
11/01/2017
Un monde économique à bout de souffle
Une dynamique économique et sociétale qui repose sur la productivité du travail et la croissance
Jean Fourastié avait publié en 1949 un livre intitulé sans barguigner « Le grand espoir du 20ème siècle ». Il y montrait que la productivité du travail était la source de l’augmentation des richesses économiques. Si une usine d’automobiles produit deux fois plus de voitures avec le même nombre de salariés la productivité du travail a doublé. Si un agriculteur produit deux fois plus de quintaux de blé à l’hectare, sa productivité a doublé. Grâce aux progrès scientifiques et techniques, on considérait que l’augmentation de la productivité du travail finirait bien par profiter à l’ensemble des hommes. Jean Monnet qui avait appelé Jean Fourastié au commissariat du Plan écrit dans ses Mémoires « Je fis confiance à Fourastié qui voyait clair et loin…C’est à travers le Plan et ses commissions de Productivité qu’il a pu faire passer dans la réalité sa conception d’un effort de production plus utile, plus rationnel et plus efficace qui libère l’homme des servitudes les plus pénibles ». Le livre a connu bien des rééditions. Dans celle de 1989, quarante ans après la première parution, la présentation soulignait à juste titre que les grandes tendances révélées dans le livre s’étaient bien réalisées, tout en reconnaissant que le bonheur attendu de l’augmentation du niveau de vie n’était pas au rendez-vous. Parallèlement à la productivité du travail, la notion de croissance du Produit Intérieur brut (PIB), qui mesure les richesses économiques produites dans un pays au cours d’une année, a joué un rôle central dans l’idéologie économique, c'est-à-dire les idées les mieux partagées par tout un chacun. On a pu parler à juste titre de religion du PIB au sens où c’est bien la boulimie du toujours plus qui tient lieu de ciment dans notre société. Comme le dit Maurice Bellet dans son livre « La seconde humanité » ayant pour sous titre « De l’impasse majeur de ce qu’on appelle l’économie » « c’est la fuite en avant qui permet de tenir debout, c’est la boulimie d’innovation, de production, de vente, de chiffre d’affaires, de consommation qui est l’équilibre même de l’homme de l’écorègne ». La religion de la croissance du PIB faisait à peu près l’unanimité au Nord qui dominait le monde, car les Etats providence assuraient dans un cadre national les progrès de l’éducation et de la santé avec un système de protection sociale performant. L’équilibre des forces entre capital et travail était assez bien assuré grâce aux syndicats. Durant cette période, l’augmentation des richesses économiques était la finalité dernière, mais le caractère néfaste de la primauté donnée à cette finalité n’apparaissait guère compte tenu des régulations exercées par les Etats nationaux, compte tenu du fait que tout le monde en « profitait » peu ou prou. Ceci étant, les valeurs du capitalisme triomphaient. Le communisme soviétique avait réduit ses ambitions à l’idée qu’il allait se montrer plus efficace que le capitalisme dans l’augmentation du niveau de vie. Le mouvement ouvrier français avait rangé au placard les valeurs qui étaient les siennes à l’origine du socialisme. Il se souciait principalement d’avoir sa part du gâteau de la croissance.
La mondialisation comme nouvelle étape dans l’autonomisation de l’économie
On peut considérer que le triomphe du libéralisme économique promu par Margaret Thatcher et Ronald Reagan dans les années 1980 n’a été qu’une nouvelle étape de cette autonomisation de l’économie par rapport au politique. On assiste alors à une dérégulation des économies et du système bancaire, à une mise en concurrence généralisée avec cette idée que l’abaissement des barrières douanières va entraîner des progrès pour tous. Mais jouer sur la mondialisation n’est pas à la portée de tout un chacun. Ce sont par définition les multinationales qui peuvent en profiter. Elles font du dumping social en recherchant les lieux de production où les salaires sont les plus faibles, elles font du dumping fiscal en installant leurs activités là où la taxation des entreprises est minimale et elles profitent de toutes les facilités que leur offrent les paradis fiscaux[1]. C’est la loi de la jungle où les plus forts l’emportent. Les inégalités se creusent dans tous les pays entre ceux qui profitent du système et ceux qui en sont exclus, en Chine comme aux Indes. Quant à la France, c’est à partir du milieu des années 1980 que les inégalités se sont accrues. La part du 1% les plus riches est passée de 7% à 9% du revenu national au cours des vingt dernières années[2]. La situation se détériore pour les plus démunis, mais grâce à notre protection sociale qui se maintient vaille que vaille, la France demeure après les pays nordiques parmi les pays les moins inégalitaires de la planète.
Frivolité de la valeur[3]
Il est important de souligner l’évolution de la « science » économique à partir du marginalisme qui considère que la valeur d’un bien ne dépend plus du volume de travail qu’il a fallu dépenser pour le créer, mais de la désirabilité du consommateur à l’égard de ce bien. Le mouvement d’abstraction, pourrait-on dire, a eu son parallèle dans l’évolution historique du capitalisme. D’abord commercial, puis industriel, le capitalisme est devenu financier au cours des siècles. « La question de la valeur des choses est devenue obsolète sous toute autre forme que leur valeur monétaire telle qu’elle se présente sur le marché »[4].Charles Péguy parlant de l’argent en juillet 1914, écrivait déjà : « …l’appareil de mesure et d’échange et d’évaluation a envahi toute la valeur qu’il devait servir à mesurer, échanger, évaluer. L’instrument est devenu la matière et l’objet et le monde…c’est un évènement aussi monstrueux que si l’horloge se mettait à être le temps… »[5]. Ces dernières décennies, la finance internationale a créé de nouveaux objets financiers si compliqués que le banquier ne sait pas ce qu’il vend à « un client qui ne sait pas ce qu’il achète ». La dérégulation des banques et du secteur financier a entraîné une économie financière spéculative et il y a maintenant « une finance de marché non contrôlée qui représente 20 à 30 fois la valeur de l’économie réelle »[6]
Les actionnaires et les consommateurs font la loi
Cette autonomie de l’économie par rapport au politique fait système et le consommateur a pris le pas sur le citoyen. Dans le supercapitalisme[7] ce sont les consommateurs et les actionnaires qui font la loi. Robert Reich montre que les évolutions techniques rapides et la mondialisation ont entraîné une grande incertitude pour les entreprises, les amenant à s’adapter constamment à un univers changeant. Les entreprises ne garantissent plus la stabilité de l’emploi à leurs salariés. Une compétitivité toujours plus féroce les amène à piloter à vue et à se comporter comme si les salariés étaient un moyen de production comme un autre, comme le sont les machines et les équipements. La grande distribution fédère les intérêts des consommateurs, ce qui lui permet de faire pression sur les agriculteurs et les industriels pour qu’ils abaissent leurs prix. Si les producteurs régionaux ou nationaux ne veulent pas ou ne peuvent pas baisser leur prix, on achète à l’étranger grâce à la mondialisation, aux facilités de communication et de transport avec le pétrole bon marché. Le consommateur est gagnant. L’actionnaire aussi car il exige une rentabilité des capitaux de plus en plus élevé. Cela se fait aux dépens des salariés. Le salarié est jetable[8]. Et pour permettre aux entreprises d’être plus compétitives, on tend à remettre en cause l’Etat providence, à réduire les charges sociales. Au niveau mondial, comme l’a souligné depuis longtemps le Programme des Nations Unies pour le Développement, la croissance ne se fait pas au profit des besoins essentiels. « L’augmentation de la consommation à l’échelle de la planète ne se fait pas en direction des plus nécessiteux. La consommation progresse rapidement pour les riches mais plus d’un milliard de personnes en sont exclues ». Pour plus d’un milliard de personnes une augmentation de la consommation serait vitale. Pour les nantis, en revanche, l’escalade de la consommation est devenue une drogue. La diffusion par la publicité de « normes de consommation » est favorable à la consommation de produits de luxe qui augmente plus vite que celle de la production des produits de première nécessité[9]. De la publicité dépend en France l’équilibre économique des medias, on comprend alors qu’il est difficile de remettre en cause la publicité et toute la logique économique dont elle est l’instrument.
Perte de sens de la productivité du travail et de la croissance
La productivité du travail a une signification relativement claire lorsqu’il s’agit de produire des biens agricoles ou industriels. Mais comment mesurer la productivité du travail d’un enseignant ou d’un médecin ? Or les services représentent aujourd’hui les deux tiers de l’activité économique. Le rédacteur en chef d’Alternatives Economiques rendant compte du livre de Jean Gadrey « Services : la productivité en question » écrivait : « La définition du produit dans les services pose de difficiles problèmes méthodologiques qui rendent périlleux tout calcul des gains de productivité. Une catastrophe pour les économistes, car cette remise en cause conduit à contester…la notion même de croissance économique…: c’est la capacité même de la science économique à fournir des outils permettant de juger de l’efficacité du système économique qui est remise en cause »[10]. Dans les pays riches, il n’y a plus corrélation entre augmentation du niveau de vie telle que nous le calculons avec le PIB et la qualité de la vie sociale. Si l’on prend l’exemple des E.U. un indicateur de « santé sociale » a été créé qui regroupe des indicateurs concernant les inégalités entre riches et pauvres, la mortalité infantile, la pauvreté infantile, le suicide des jeunes, les homicides, l’usage des drogues chez les adolescents, le chômage, la pauvreté des personnes âgées etc. Jusqu’au début des années 70, le PIB et l’indicateur de santé sociale ont progressé parallèlement, il y a eu ensuite un décrochage spectaculaire. Le PIB a poursuivi sa progression pendant que l’indicateur de santé sociale a chuté brutalement[11]. Les critiques qui pouvaient être faites à l’économisme, c'est-à-dire à la domination de la société par l’économie, ont été nombreuses et venaient d’horizons très différents. Elles ont été particulièrement marquées au tournant du 19ème et du 20ème siècle. La naissance de la sociologie peut-être interprétée comme une volonté de comprendre la société à une époque où la recherche par chacun de son intérêt personnel devenait un ferment de destruction du vivre ensemble. A cette même époque Charles Péguy écrivait ses textes sur l’argent. Mais toutes les analyses critiques et mises en garde sont restées sans effet. L’autonomie de l’économie par rapport à des finalités éthiques et politiques s’est accentuée pour aboutir au caractère démentiel de la crise actuelle. On est passé de l’argent roi à l’argent fou.
Les contraintes écologiques obligent à revoir nos modes de production et de consommation
Aujourd’hui le réchauffement climatique, la raréfaction de ressources non renouvelables comme le pétrole ou les minéraux, l’exploitation excessive des ressources renouvelables auxquelles on ne laisse pas le temps de se renouveler (les ressources de la pêche, les nappes phréatiques…) amènent à reconnaître qu’il faudra revoir radicalement nos modes de production et de consommation. Le caractère néfaste des modes de calcul de la productivité du travail apparaît nettement. Lorsqu’un agriculteur produit deux fois plus de quintaux à l’hectare, on ne prend pas en compte les dégâts sur l’environnement qu’entraîne souvent l’agriculture industrielle : pollution venant de l’utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires, dégradation des sols, épuisement des nappes phréatiques, réduction de la biodiversité. Un certain mode de calcul de l’efficacité comptait pour rien les ressources naturelles qui paraissaient surabondantes. L’économiste René Passet était bien isolé quand il critiquait une science économique qui amène « à développer une logique et à inspirer des actions qui s’inscrivent en contradiction formelle avec les mécanismes présidant à la reproduction du vivant »[12].
Prise de conscience que la croissance n’est pas le remède magique
Le petit livre de Jean Gadrey « Adieu à la croissance » paru en 2010 est représentatif du tournant pris par certains économistes. La croissance, écrit Jean Gadrey, était considérée comme « le remède magique à toutes les inégalités et injustices ». « Nous tenions tous de tels raisonnements…il y a quelques années ». Enfin presque tous. Quand certains d’entre nous critiquaient l’illusion de la croissance comme LA solution à tous nos maux, des amis de la revue Alternatives Economiques nous répondaient : « Peut-être avez-vous raison mais on ne sait pas faire autrement ». Ils cherchaient des réponses à l’intérieur de la logique économique du toujours plus de richesses économiques, sans remettre en question cette notion même de richesse. Denis Clerc qui a fondé en 1980 le mensuel Alternatives économiques peut être fier du chemin parcouru puisque Alternatives économiques est un mensuel économique à fort tirage, reconnu pour sa qualité, qui s’est constamment battu pour plus de justice sociale et contre le dogmatisme du libéralisme économique. Mais Denis Clerc en octobre 2010 pour le numéro du trentième anniversaire[13] reconnaît qu’Alternatives économiques a participé au mythe de la croissance comme préalable à la solution à tous les problèmes. Il note « l’ambiguïté entretenue sur la question de la croissance, depuis le début du journal ». Tout en rappelant que les questions de maîtrise de l’énergie, de pollution, de course au « toujours plus » ont été une thématique très présente dans le journal, il écrit : « Mais d’un autre coté, la liste des articles critiquant telle ou telle mesure au motif qu’elle ne favorisait pas la croissance, le pouvoir d’achat et l’emploi est infiniment plus longue ». Autrement dit, la croissance et ses effets bénéfiques pour l’emploi restaient en dernier ressort LA finalité. Le livre de Jean Gadrey a convaincu Denis Clerc qu’il faut cesser d’être chauve-souris et qu’il faut trancher : « On ne peut plus être favorable à la croissance dans le court terme et réservé ou critique dans le long terme ». Il considère qu’il faut articuler écologie et économie et que la tâche d’Alternatives Economiques pour les trente ans à venir sera de chercher un modèle viable pour nos petits enfants sans qu’aujourd’hui devienne invivable.
Articuler écologie et économie, certes, mais c’est insuffisant
Les modes de production et de consommation sont remis en question par les impasses écologiques. Est-ce que cela veut dire que l’économisme qui entraîne à l’heure actuelle misère et exclusion pour une grande partie de la population dans le monde va évoluer vers un système plus vertueux ? Rien n’est moins sûr. On peut craindre au contraire que les luttes pour contrôler les matières premières accentuent les conflits entre nations, que la guerre économique et la recherche de la compétitivité dans une économie mondialisée ne détruisent les systèmes de protection sociale. Nous sommes à la croisée des chemins comme l’exemple de l’Irlande peut l’illustrer. L’Irlande était vantée avant la crise pour sa réussite économique et sa forte croissance. Ses succès venaient de ce qu’elle pratiquait le dumping fiscal en taxant peu les entreprises qui avaient tout intérêt à venir s’y installer. Aujourd’hui le déficit budgétaire de l’Irlande a atteint de telles proportions qu’elle ne peut plus emprunter qu’avec difficulté et à des taux très élevés. Pour combler le déficit, certains considèrent que l’Irlande doit augmenter le taux d’imposition des entreprises. Récemment un économiste considérait au contraire que c’est une mauvaise solution, et que l’Irlande pour rester compétitive doit maintenir un faible taux d’imposition des entreprises et tailler dans les dépenses sociales. Pour espérer une évolution favorable plus soucieuse du bien commun, on ne peut pas s’en remettre à l’idée que les nécessités écologiques vont nous mettre sur la bonne voie. Non, il faut avoir en tête les critiques faites à l’économisme au nom d’une certaine idée de l’homme. Se convaincre avec Gandhi que la terre peut nourrir tous les hommes mais pas leur cupidité, ou encore qu’il faut vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre. Se convaincre avec Péguy que c’est le travail individuel ou collectif à faire en art, en science, et en philosophie qui est indéfini et non pas l’accumulation de richesses matérielles. Au risque de paraître bien naïf, il faut poser la question : produire et consommer pour répondre à quels besoins ? Simone Weil considérait que, de même que les besoins de nourriture, de sommeil, de chaleur étaient nécessaires à la vie du corps, il fallait tenter d’énumérer les besoins de l’âme, faute de quoi les gouvernements étaient condamnés à s’agiter au hasard. Il faut ouvrir un débat à tous les niveaux pour discuter des finalités en fonction des besoins. Tout en étant conscient de la difficulté de ce débat, car il faut se méfier de la prétention de définir les besoins objectivement valables pour toutes les populations, tous les pays et tous les continents. Les mesures quantitatives sont intéressantes, comme le nombre de dollars disponibles par personne, mais elles sont souvent sans grande signification. Le livre de Majid Rahnema « Quand la misère chasse la pauvreté » critique la colonisation par le modèle occidental des esprits des riches et des pauvres, au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest[14].
Pour une économie qui serait au service des besoins essentiels
Remettre l’économie sur ses pieds serait la mettre au service des besoins essentiels à satisfaire. Pour les tenants de la « science » économique cette affirmation n’a pas de sens car ce qui se vend correspond évidemment à un besoin, et l’on ne voit pas pourquoi certains pourraient prétendre définir les besoins essentiels[15]. Il n’empêche que la communauté internationale a cru bon de définir ce que l’on appelle les objectifs du millénaire qui représentent bien une certaine idée des besoins essentiels à satisfaire. En 2000, à l’ONU, 189 pays avaient défini 8 objectifs à atteindre en 2015, notamment 1) Réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim 2) Assurer l’éducation pour tous 3) Promouvoir l’égalité des sexes et améliorer le sort des femmes etc. Aujourd’hui il est clair que ces objectifs ne seront pas atteints et que l’économie mondiale ne s’est pas organisée et réformée en conséquence. Pour sa part, Alain Supiot[16] rappelle que c’est le 10 mai 1944 qu’a été proclamée la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle, qui définissait les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il s’agissait d’une œuvre normative qui voulait tirer les leçons des désastres des deux guerres mondiales. La Déclaration de Philadelphie donnait une définition globale de la justice sociale : « Tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales ». Et cette déclaration faisait de la réalisation de la justice sociale « le but central de toute politique nationale et internationale ». A.Supiot analyse le grand retournement qui a eu lieu depuis cette déclaration : « Au lieu d’indexer l’économie sur les besoins des hommes, et la finance sur les besoins de l’économie, on indexe l’économie sur les exigences de la finance et on traite les hommes comme du « capital humain » au service de l’économie » (25).
Gagner ou perdre aujourd’hui et ici
Ce monde est à bout de souffle. Rien n’assure qu’il ne va pas poursuivre sur sa lancée mortifère. Il est terrifiant de constater que les principaux acteurs de la crise financière qui a ébranlé l’économie mondiale, ne sont nullement convaincus de la nécessité de réformes de grande ampleur pour ne pas retomber dans les mêmes errements[17]. Les opinions des pays occidentaux traumatisés par le ralentissement de l’accumulation de richesses économiques sont tentées par le populisme, la recherche de boucs émissaires et le rejet de l’autre. Nos démocraties sont fragiles. En Chine, si le politique domine l’économie c’est pour en faire un instrument de sa puissance et de son impérialisme. Bien d’autres arguments peuvent être avancés pour donner à penser que nous allons collectivement dans le mur et que l’accumulation des moyens de notre autodestruction est impressionnante. Mais il faudrait aussi voir tout ce qui se cherche et qui permet d’espérer un autre avenir[18]. La place manque pour le faire. Optimisme, pessimisme ? Nous n’avons pas le choix, il faut nous battre. Ce n’est pas « un combat où on aura bien le temps…Il faut gagner ou perdre aujourd’hui et ici »[19].
Notes
[1] Voir l’étude du CCFD parue le 7 décembre 2010 sur les paradis fiscaux. Les 50 plus grandes entreprises européennes comptent 4700 filiales dans les pays les plus accueillants juridiquement et fiscalement. [2] Voir le Hors série N°86 d’Alternatives Economiques [3] Jean-Joseph Goux. Frivolité de la valeur. Essai sur l’imaginaire du capitalisme. Ed.Blusson. [4] Hugues Puel. Responsabiliser la finance. In Dossier : l’argent trompeur. Lumière et Vie. Avril-juin 2010. [5] Charles Péguy. Œuvres en prose complètes. Tome III, p.1456. [6] Hugues Puel, opus cité. [7] Robert Reich. Supercapitalisme. Ed. Vuibert 2008. [8] Bien sûr, ceux qui ont une activité professionnelle sont à la fois salariés et consommateurs et la place manque pour analyser quelles catégories de la population souffrent plus spécialement aujourd’hui de ce supercapitalisme. Mais l’analyse de Robert Reich a l’intérêt de complexifier l’opposition trop simple entre travailleurs et capitalistes. Elle explique comment le supercapitalisme profite de la connivence du consommateur et de son aliénation. [9] Rapport mondial sur le développement humain. 1998 [10] Alternatives Economiques n°148, mai 1997. [11] Jean Gadrey. Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire. Ed.Les petits matins/Alternatives Economiques, août 2010, p.31 à 41. [12] René Passet. L’économique et le vivant. Ed.Payot. Paris 1979. [13] Alternatives Economiques. Octobre 2010, pp.78 et 79. [14] Voir la recension de ce livre sur le site www.garriguesetsentiers.org, dans les Rubriques, le dossier sur la pauvreté. [15] Voir les déclarations ambiguës de Jean Boissonnat in « L’évêque et l’économiste ». Presses de la renaissance p.228. [16] L’esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total. Ed. Seuil. Janvier 2010. [17] Voir le film documentaire Inside Job sorti en novembre 2010 sur la dépression mondiale. [18] Pensons par exemple au succès considérable du film « Des dieux et des hommes », du petit texte de Stéphane Hessel « Indignez-vous ». [19] Charles Péguy. Œuvres complètes, tome III page 1460.

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