Raynaud Marie-Véronique
29/10/2019
Échange entre des Orchestres à l’École de Saint Brieuc et de Gardanne en mars 2019.
Notes
1-Ce texte exprime très clairement pour moi le cœur de ce travail de trois années, de l’échange et du voyage à Saint Brieuc, et plus globalement le fondement de tout le travail de l’Orchestre à l’École fait sur la ville de Gardanne depuis une dizaine d’années.
2- Extraits de Changer la vie par la pratique de l’orchestre » de Tricia Tunstall. Aux Éditions Symétrie
01/03/2022
Éducation citoyenne et création artistique
Il faut continuer, mais comment ?
Apprendre à aller vers l'inconnu
Notes
[1] Il est possible de commander ce livre-disque « On n’arrête pas les oiseaux » à terredechansons@gmail.com ou dans n’importe quelle librairie.17/01/2017
ROMS Si c’est possible à Gardanne, c’est possible ailleurs !
Septembre 2012 : 12 familles Roms, chassées de Marseille puis de commune en commune pendant tout l’été squattent, faute d’autre solution, deux terrains de la commune de Gardanne, petite ville proche de Marseille. Un groupe de citoyens indignés et membres de diverses associations presse le maire, Roger MEÏ, d’autoriser ces familles à demeurer sur le territoire communal. Le maire, conscient de leur détresse et de l’absence de solution alternative, accepte de les accueillir provisoirement sur un terrain communal, le carreau de l’ancien puits de mine dit « Puits Z ». A ce jour Gardanne est toujours la seule commune du département à avoir choisi de mettre un terrain à la disposition des familles Roms. Le nombre de personnes accueillies s’est stabilisé début 2013 à 79. Les familles ont signé une charte avec la Mairie et se sont engagées à ne pas accueillir de nouveaux résidents. La Ville de Gardanne, dès les premiers jours, a mis à disposition des familles eau, électricité, ramassage scolaire, enlèvement des ordures ménagères. Progressivement, grâce notamment au concours de la Fondation Abbé Pierre et de l’AMPIL (Action Méditerranéenne Pour l’Insertion sociale par le Logement), des caravanes et mobile-homes convenables ont été installés pour toutes les familles.
Quels sont les acteurs de cet accueil ?
- La Ville de Gardanne, qui a consacré des moyens matériels et humains croissants à l’aide et au suivi de ces familles Roms. De sa « simple » décision d’accueil au départ elle est passée à la mise en œuvre de moyens plus importants avec ses services, notamment la Police Municipale et le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale), très actifs. Cela s’est fait progressivement, à la mesure des financements dédiés aux Roms obtenus du Conseil Général, de la Région PACA et de l’État.
- L’Éducation Nationale, dont les personnels ont aidé à intégrer les enfants dans le cursus scolaire ainsi que les différents services publics locaux ou départementaux (notamment la PMI (Protection Maternelle et Infantile) pour le suivi médical).
- Le Collectif Roms de Gardanne, qui regroupe plus de deux cents adhérents et sympathisants d’une grande diversité, plus de quarante bénévoles sur le terrain et qui s’est constitué en 2013 en association loi 1901. Le Collectif a entrepris dès les premiers jours un travail de terrain selon des axes prioritaires qui se sont précisés au fil des mois.
- Diverses associations et organismes humanitaires qui soutiennent et accompagnent réellement le travail réalisé avec les familles Roms au Puits Z, particulièrement, la communauté d’Emmaüs Cabriès, la Fondation Abbé Pierre, ... Le Collectif Roms s’est fixé pour objectif d’accompagner les familles dans leur accession à l’autonomie économique et sociale et dans leur insertion, dans la mesure de leurs souhaits, notamment par des actions de formation et d’éducation, en lien étroit avec les services municipaux, les Établissements scolaires et les différents acteurs institutionnels selon trois priorités :
- scolarisation des enfants Tous les enfants sont aujourd’hui scolarisés. Les bénévoles du « groupe scolarisation » assurent diverses animations et un suivi individuel des enfants, combinant accompagnement scolaire et activités ludiques. Il assure aussi le lien avec les enseignants et le service Enfance de la Ville de Gardanne.
- questions sanitaires et sociales :
- accès à la santé:
- accès aux droits, en lien avec le CCAS de Gardanne : obtention de cartes AME (Aide Médicale d’Etat), Sécurité Sociale, allocations familiales, constitution de dossiers administratifs divers, papiers d’identité, cartes grises, ...
Un autre aspect important du travail du Collectif : la communication
La communication s'est développée en direction de la population non-Rom par des conférences, réunions publiques, manifestations ouvertes à tous, participations aux événements locaux, tout cela en y impliquant les familles Roms du Puits Z. En quatre ans les choses ont beaucoup évolué. De nouveaux objectifs et questionnements se sont imposés, particulièrement en termes de formation et d’insertion professionnelle. La nécessité d’un travail avec d’autres collectifs du département s’est peu à peu imposée : en novembre 2015 se crée un inter-collectif rassemblant des personnes d’Aix, Arles, Aubagne, Gardanne, Marseille, Martigues. Un premier travail en commun est la rédaction d’un livret « d’accès au droit », une deuxième réalisation : « Tous en fête avec les Roms ». Une fête organisée avec les roms de ces différentes villes, pour faire connaître leur culture, leurs conditions de vie, les enjeux de notre travail commun. Et aussi parce que la ville de Gardanne a fait savoir qu’elle souhaitait fermer le puits Z à la fin de l’été 2016, avec une solution pour chaque famille. La fête a lieu le 11 juin 2016 à Gardanne. C’est en effet la Ville qui va accorder au collectif le plus fort soutien en nature : espace, …. Pari gagné, plus de 800 participants de tout le département et au-delà, des roms venus de chaque site ont préparé des spécialités culinaires, groupes de musiciens, animations, pièce de théâtre de l’Atelier du Possible « Roms, paroles vivantes », des débats qui ont tous fait salle comble.
Les Roms du puits Z veulent-ils rester en France ?
La majorité des familles du puits Z souhaite rester en France, y travailler et scolariser durablement leurs enfants, même si certaines préféreraient rentrer en Roumanie si elles pouvaient y vivre décemment, ce qui n’est pas le cas actuellement.
Travailler en France
Depuis 1er janvier 2014, les ressortissants roumains ont le droit de travailler en France Mais les obstacles à franchir restent nombreux : maîtrise du français, lourdeurs ou réticences administratives, reconnaissance des compétences, formation...
Apprentissage du français et formation
Les hommes parlent un peu français pour leur travail (essentiellement le ferraillage). Les femmes restent à la maison pour s’occuper des enfants, du ménage et ont peu d’occasion de parler le français. Leur seule activité rémunératrice est la mendicité. L’enjeu de la langue est double : leur permettre de suivre leurs enfants scolarisés et leur permettre d’accéder à des activités rémunératrices « normales ». C’est donc aux femmes qu’ont été proposées les premières formations, notamment des cours de français assurés par un organisme conventionné. Un atelier de couture est aussi animé par une formatrice professionnelle, au-delà de la couture, les femmes y apprennent le français. La vente de ce qu’elles ont produit leur a permis de financer des machines à coudre personnelles. Trois petits locaux pour le soutien scolaire et la formation des adultes ont été aménagés pendant l’été 2013 par des bénévoles du Collectif, avec le soutien financier du CCAS.
Trouver du travail et un logement
L’accès à l’emploi est plus que jamais une priorité et une urgence. Le Collectif, le CCAS et la MAIO (Maison de l’Accueil de l’Information et de l’Orientation) unissent leurs efforts auprès de Pôle Emploi et de divers organismes d’insertion. L’emploi conditionne en effet l’accès au logement. Mais une maîtrise minimale de la langue est indispensable pour occuper un emploi. Petit à petit, des Roms accèdent à l’emploi, et des familles quittent le Puits Z pour de vrais logements situés dans le département ou au-delà, dans l’habitat diffus. La Mairie de Gardanne fait savoir qu’elle souhaite fermer le « village » du Puits Z à l’été 2016, parce qu’elle considère et a toujours fait savoir que le Puits Z ne peut constituer une solution pérenne. Le Collectif ne s’y oppose pas, parce que cela faisait partie du contrat moral de départ. Tous les acteurs de terrain travaillent alors ensemble, plus que jamais, à la recherche de solutions d’insertion par l’emploi et le logement.
En janvier 2017 il n’y a plus aucune famille au Puits Z. les douze familles ont été relogées, seules deux familles ont décidé de retourner dans les bidonvilles marseillais. Le Collectif fait le lien avec les travailleurs sociaux des différents lieux où sont logées les familles, avec les écoles, met en place un soutien scolaire, cherche des relais.
Pouvons-nous dire aujourd’hui, en mars 2017, que nous avons fait bouger les lignes au niveau de la population gardannaise ? C’est difficile à évaluer. Les roms sont sans doute mieux acceptés par une partie de la population, dans laquelle ceux qui habitent Gardanne se fondent maintenant. Nous avons le sentiment d’avoir montré que « si c’est possible à Gardanne, c’est possible ailleurs ». L’importante couverture dont le Puits Z a bénéficié au plan local et national, en termes souvent documentés et favorables à sans doute amené citoyens, élus et responsable à se questionner, peut-être à changer de regard. Le mérite en revient autant au Maire de Gardanne et à son équipe dont le courage politique a rendu cet accueil et cet accompagnement possibles. Et à tous les partenaires qui se sont investis dans l’aventure. Ensemble nous espérons avoir contribué à une meilleure acceptation des Roms et à la nécessité de rechercher des solutions humaines et sociales durables.
Rappelons que 16 800 Roms dans un pays de 66 millions d’habitants, cela représente environ 2,5 Roms pour 10000 habitants ! A l’échelle des Bouches du Rhône, 2 000 Roms pour 2 millions d’habitants représentent 1 (un) Rom pour 1000 habitants. À quand de vraies solutions, dignes et décentes ? Dans la réalité, l’État français continue de ne pas respecter les recommandations et préconisations qu’il a lui-même édictées par la circulaire interministérielle d’août 2012. Et d’ignorer la quatrième condamnation qu’a prononcée à son encontre le CEDS (Comité Européen des Droits Sociaux du Conseil de l’Europe) pour « violations manifestes de droits et d’accès aux droits des populations Roms ».
30/05/2023
Un sujet oublié : les prisons en France
Quelle étrange construction à l’entrée de la galerie marchande du Géant Casino d’Aix-en-Provence. Une cabane en bois? Un cube, avec des barreaux à la fenêtre. A quoi cela peut bien servir ?
Nous sommes au mois de novembre 2022, ce sont les 29e journées nationales sur les prisons (JNP). Le thème de ces journées : « pauvreté dedans, pauvreté dehors;». A cette occasion, le groupe local de concertation prison (GLCP) propose de découvrir pendant quelques jours la réplique d’une cellule de la prison d’Aix-en-Provence, située à Luynes.
Qu’est-ce que ce groupe local de concertation ? Il est constitué des associations et aumôneries qui interviennent au sein du centre pénitentiaire d’Aix-Luynes et qui participent ensemble à des actions solidaires dans la prison (préparation de colis de Noël, apport de vêtements, accompagnement et formations diverses)
Il rassemble l’ANVP (visiteurs de prisons), les aumôneries catholiques, musulmanes et protestantes, la Croix rouge française, ECTI Insertion, l’Entraide protestante, la Halte Vincent (accueil des familles à la prison), le Secours catholique, la Cimade, les Restos du cœur.
Ce 16 novembre 2022, voilà donc une équipe représentant toutes ces associations en train de bâtir dans la galerie marchande du Géant Casino cette « cabane », une reproduction en bois, à l’identique, d’une cellule de la prison d’Aix 2,9m2, un jeu de lit superposé, un matelas glissé sous le lit et que l’on tire pour dormir quand trois personnes détenues vivent dans ces 9m2.
C’est fréquent à Aix, la prison, conçue pour accueillir 1;400 personnes détenues en compte aujourd’hui près de 2;000.
Intrigués en arrivant dans la galerie marchande, les passants demandent s’ils peuvent entrer, regarder. Ils sont souvent surpris, nous sommes en effet loin des séries américaines sur la prison : une porte battante (comme une porte de saloon) pour isoler les WC et la douche, une table, une fenêtre grillagée, un frigo (payant) une télévision (payante) une plaque chauffante (que la personne détenue doit acheter) …
Comment faire si tout cela est payant ? En prison, l’argent est le nerf de la guerre, encore plus qu’à l’extérieur. Il faut de l’argent pour « cantiner », acheter des produits alimentaires pour compléter la nourriture proposée, acheter des produits d’hygiène, payer le téléphone, payer la télévision (14,15 € par mois, 7,10 € si l’on est deux dans la cellule), payer le frigo (4,10 € par mois).
Peu de personnes détenues ont la possibilité de travailler. Et quand elles le peuvent, un emploi en prison est 4 à 5 fois moins payé qu’à l’extérieur. Beaucoup de personnes détenues n’ont aucun revenu. Si l’on ajoute à cela l’éloignement de leur famille, les conditions de vie sont souvent difficiles.
Voilà ce que les bénévoles qui se relaient expliquent aux passants de la galerie marchande. Plus de 700 personnes prennent le temps de venir « visiter;» cette cellule pendant les trois jours où elle est exposée. Les questions sont nombreuses : comment vivre correctement ainsi, dans si peu d’espace;? Comment se former;? se soigner;? L’Europe a plusieurs fois condamné la France pour la surpopulation et les mauvaises conditions de vie dans les prisons;? Qu’est-ce que cela a changé;?
Parmi les visiteurs beaucoup d’enfants, d’adolescents, viennent voir, curieux, et questionnent; d’anciennes personnes détenues, des familles de personnes détenues, des personnes réticentes à cette action : l’occasion d’une réflexion sur la prison, sur les peines alternatives à la prison, sur ce qui est proposé et accessible en prison : formation, réflexion, accompagnement.
Les bénévoles informent sur le dispositif des « Codétenus de Soutien;», proposé par la Croix rouge et l’administration pénitentiaire, sur la prévention du suicide en prison (risque 7 fois plus élevé que dans le reste de la population). Des personnes détenues sont formées spécifiquement et sont ainsi à l’écoute des autres détenus qui ont besoin du soutien de leurs pairs à des moments particuliers de leur détention.
La prison reste pour beaucoup de visiteurs un lieu mystérieux, sur lequel on est mal informé. Faire connaître les conditions de vie dans les prisons françaises, c’est vraiment le but de ces journées. Instaurer un dialogue : pour les bénévoles présents il ne s’agit pas de juger de ce qui se passe dans la prison mais de parler de leur expérience, de ce qu’ils vivent dans la prison, de s’interroger sur la politique pénale de l’État français.
Une expérience similaire avait eu lieu à Aix-en-Provence en 2017 dans la galerie marchande de Carrefour, et à trois reprises entre 2016 et 2021 à la Faculté de droit d’Aix-en-Provence.
Rien de tel que de toucher du doigt, d’une manière très concrète, en entrant dans cette cellule, ce qu’est aujourd’hui la prison, pour que surgissent questions et réflexions.

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