Participant à de nombreux groupes et réseaux préoccupés à divers titres par l'aggravation des crises sociales et écologiques et cherchant les voies d'une alternative, je suis de plus en plus frappé par notre incapacité collective à sortir de chemins parcourus dans tous les sens, depuis des décennies, sans grands résultats. Je constate notamment la prégnance persistante d'une vision que l'on pourrait qualifier un peu caricaturalement de « rousseauiste », selon laquelle les individus sont naturellement disposés à construire une société fraternelle et écologiquement soutenable pour peu qu'on en finisse avec un certain nombre de structures de domination (la finance, les élites technocratiques, le système politique français, voire la démocratie représentative). Bien entendu, je caricature : les choses sont souvent dites plus subtilement. Il n'en demeure pas moins que la pensée progressiste baigne dans un fond anti-autoritaire qui ne la prédispose pas à prendre à bras le corps, et de manière réaliste, les enjeux institutionnels. Or, ceux-ci sont évidemment cruciaux. Même parmi les intellectuels versés dans les sciences sociales, qui devraient pourtant savoir à quoi s'en tenir, je ne sens pas de prise de conscience de la nécessité de reconsidérer d'un œil neuf les fausses évidences du « progressisme », entendu comme une pensée politique fondée sur l'idée que le salut de la collectivité et l'émancipation des individus sont une seule et même chose.
Si l'on pense que j'exagère en voyant dans l'idée d'émancipation une manière d'occulter l'enjeu du rapport aux institutions, que l'on relise André Gorz. Avant de revisiter de manière critique certains textes de cet auteur[1], je tiens à préciser que je ne sous-estime nullement son apport : il m'est arrivé plus d'une fois de tirer profit de ses analyses de l'évolution du travail et de sa critique radicale de la raison économique. Il n'en demeure pas moins qu'il illustre parfaitement ce que je veux mettre ici en question : la croyance suivant laquelle les problèmes auxquels nous sommes confrontés, et les actions à mettre en œuvre pour y faire face, appellent des attitudes et des valeurs qui se situent dans la continuité de l'idéologie de l'émancipation individuelle que porte la Gauche depuis la Révolution française. Or, comme je vais essayer de le montrer, la crise écologique et l'émergence corrélative d'une problématique des biens communs (au pluriel) créent un nouveau contexte dans lequel la construction du collectif passe par l'acceptation de contraintes et par un nouveau regard sur les institutions.
Pour illustrer sans attendre ce que j'ai en tête, l'exemple qui vient à l'esprit est celui du scoutisme : c'est le type même d'une organisation fortement structurée qui se fixe explicitement pour but de former des personnes capables de prendre des responsabilités et d'agir dans le respect de valeurs humanistes, et qui y parvient de l'avis général avec une certaine efficacité. Ce que je veux dire est précisément ceci : la résistance à la logique marchande et l'édification d'une démocratie écologique et sociale passent aujourd'hui prioritairement par la création, le renforcement et la démocratisation d'institutions existantes ou de nouvelles institutions. Le mot institution étant pris ici au sens large de « dispositif social capable de susciter et de stabiliser certains comportements et certaines pratiques sociales sur de grandes échelles de temps et d'espace. » Mais commençons par une citation de Gorz, dans laquelle il exprime très clairement l'idée que l'autonomie de l'individu doit être défendue contre l'emprise des structures de socialisation :
« La question du sujet est restée centrale pour moi, comme pour Sartre, sous l’angle suivant : nous naissons à nous-mêmes comme sujets, c’est à dire comme des êtres irréductibles à ce que les autres et la société nous demandent et nous permettent d’être. L’éducation, la socialisation, l’instruction, l’intégration nous apprendront à être Autres parmi les Autres, à renier cette part non socialisable qu’est l’expérience d’être sujet, à canaliser nos vies et nos désirs dans des parcours balisés, à nous confondre avec les rôles et les fonctions que la mégamachine sociale nous somme de remplir »[2].
Ce qui fait problème, dans cette citation, c'est que l'autonomie de l'individu est supposée préexister à la socialisation. C'est même, si l'on en croit Gorz, un trésor qu'il conviendrait de préserver contre l'emprise des conditionnements sociaux (éducation, socialisation...). À cette vision on peut opposer celle de Cornélius Castoriadis, à mon avis beaucoup plus réaliste :
« L’individu social ne pousse pas comme une plante, mais est créé-fabriqué par la société, et cela toujours moyennant une rupture violente de ce que sont l’état premier de la psyché et ses exigences. Et de cela toujours une institution sociale, sous une forme ou sous une autre, aura la charge »[3].
Pour Castoriadis, comme pour beaucoup d’autres théoriciens du social, l'individu ne se construit pas seulement par et à travers ses relations à autrui, ce que personne ne songe à nier, mais aussi par l'intermédiaire des institutions. Cela commence bien-sûr avec l'institution scolaire, mais cela va bien au-delà. Toutes les institutions, au sens large, sont à prendre en considération sous cet angle : la justice, la police, mais aussi les institutions démocratiques, les partis politiques, les associations et toutes les structures de la société civile. Sans oublier bien sûr les institutions de la démocratie représentative : assemblées, processus électoral et partis politiques. Rien n'est plus vain que d'opposer la démocratie directe à la démocratie représentative même si, de toute évidence, celle-ci fonctionne mal. Avant même de vouloir la réformer, il conviendrait de la faire vivre. Il devrait être évident qu'il n'y a pas grand sens à vouloir changer la société sans agir dans et sur les institutions, pour les transformer et les rendre plus aptes à « former » des personnes responsables, imprégnées de valeurs humanismes et capables de participer positivement à la vie démocratique. Faute de prendre au sérieux cette fonction des institutions, il faut accepter que le marché formate les attitudes et les comportements sociaux. Car, non sans ironie, c'est le marché qui récupère le plus facilement notre aspiration à une soi-disant autonomie pour nous prendre dans les filets du consumérisme, avec des techniques de conditionnement bien plus efficaces que celles de toutes les institutions en charge de nous socialiser ! Après avoir vu les limites de sa conception de l'autonomie individuelle, voici maintenant les conséquences qu'en tire Gorz pour l'action politique :
« Le politique se définit originairement par sa structure bipolaire : il doit être et ne peut rien être d’autre que la médiation publique sans cesse recommencée entre les droits de l’individu, fondés sur son autonomie, et l’intérêt de la société dans son ensemble, qui à la fois fonde et conditionne ces droits. Toute démarche tendant à abolir la tension entre ces deux pôles est une négation du politique et de la modernité à la fois »[4].
Au risque d’enfoncer une porte ouverte, il est facile d'objecter à cela que l’activité politique est indissociable d’un ensemble d’institutions et de processus de socialisation. On ne naît pas citoyen, on le devient par l’effet d’apprentissages divers et, pour ne prendre qu’un exemple, c’est en vue de cette tâche qu’a été instituée l’École républicaine (il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur le climat intellectuel dans lequel ceci a eu lieu, les intellectuels et responsables politiques de l'époque étant très conscients de la nécessité de créer des institutions capables de structurer une société dans un cadre laïque et républicain). On pourrait également évoquer ici le rôle qu'a longtemps joué le service national. Ces considérations valent encore plus pour une action politique visant à construire une société écologiquement soutenable. L'écologie, en effet, se définit d'abord par la prise en compte d'un ensemble de contraintes. Son fondement est la prise en compte du caractère limité des ressources et de la fragilité des écosystèmes. Or, ces limites exercent nécessairement des contraintes sur l’activité humaine, et donc sur l’autonomie des individus. Le problème des transports l’illustre mieux que tout. Tous les spécialistes du domaine en conviennent : on voit mal comment lutter contre le changement climatique sans restreindre certaines formes de mobilité. Il est exclu que les 9 milliards d’habitants que comptera bientôt la planète prennent fréquemment l’avion. S’il est facile de s’en prendre au consumérisme vulgaire, à l’accumulation d’objets peu utiles et rapidement obsolètes (la « société de consommation »), il n’en va pas de même avec la mobilité. La possibilité concrète de parcourir le monde semble être l’une des formes les plus tangibles de l’émancipation. La « bagnole » est une cible de choix pour la critique écologique, mais il ne suffira pas pour s’en libérer de développer les transports collectifs. Ceux-ci, en effet, ne peuvent répondre à la demande d’autonomie que satisfait l’automobile. Pour réfléchir concrètement aux implications sociales du défi écologique, rien n’est plus indiqué que de s’attaquer au casse-tête suivant : comment limiter la mobilité sans réduire l’autonomie ? Dans le texte sur l’automobile déjà cité, Gorz imagine que l’on pourrait rendre les lieux d’habitation suffisamment plaisants pour que les gens n’aient pas envie de s’en éloigner. Il faudrait pour cela que :
« le quartier, ou la commune redevienne le microcosme modelé par et pour toutes les activités humaines, ou les gens travaillent habitent, se détendent, s’instruisent, s’ébrouent et gèrent en commun le milieu de leur vie commune »[5].
On ne peut qu’adhérer à une telle perspective, mais on voit mal, tout bien considéré, comment les gens pourraient cesser d’eux-mêmes d’avoir envie d’aller et venir toujours plus librement, plus loin et plus vite. Gorz avait d'ailleurs bien perçu la difficulté de réconcilier écologie et émancipation individuelle, comme en témoigne très clairement la citation suivante :
« Le problème qui se pose à l’écologie est donc celui des modalités pratiques qui permettent la prise en compte des exigences de l’écosystème par le jugement propre d’individus autonomes, poursuivant leur propre fin au sein du monde vécu »[6].
Mais il ne suffit pas de poser une question pour y répondre. En réalité, Gorz se met lui-même dans l’incapacité d'y répondre en posant comme principe absolu que les individus doivent être autonomes dans la détermination des fins qu’ils poursuivent. Dans un de ces textes, Gorz affirme que les besoins humains sont limités et l’avidité apparente des consommateurs modernes n’est qu’une « production » du système capitaliste :
« ce n’est que dans la mesure où le capital a besoin des consommateurs pour ses produits que la production est aussi au services des besoins humains. Ces besoins, toutefois, ne sont plus des besoins ou désirs « naturels », spontanément éprouvés, ce sont des besoins et désirs produits en fonction des besoins de rentabilité du capital. »[7]
Qui peut croire cela ? Il est certes peu douteux qu’une bonne partie de nos achats vise à satisfaire des désirs stimulés par la publicité. Mais il faut aussi compter, entre autres choses, avec le désir mimétique. Si l’on suit René Girard, les désirs humains sont radicalement sous-déterminés et donc potentiellement illimités :
« Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi, car aucun instinct ne les guide. Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre »[8].
Le désir est donc bien un phénomène social, mais dans un sens plus radical que ce qu’en dit Gorz. Sa dynamique explosive est inhérente aux relations entre les hommes et, si la structure sociale conditionne les individus, c’est d’abord pour en canaliser les effets. L’individu, en tous cas, ne possède par lui-même aucune propension à l’autolimitation. Mais laissons-là cette discussion avec Gorz. La pensée de Gorz m'importe ici par son exemplarité : ce qu'elle exprime, de manière d'ailleurs très éloquente, est l'essence même de l'idéologie de l'émancipation qui imprègne largement les milieux progressistes. Elle illustre parfaitement un trait récurrent de la pensée française, à savoir la tendance à penser la liberté contre les institutions. Luc Boltanski a récemment souligné la « tendance partagée par un grand nombre d’auteurs critiques français des années 1960 –1970 à décrire surtout les institutions sous le rapport des effets de domination qu’elles exercent »[9].
Il est en effet frappant de constater que, chez quelques-uns des penseurs qui ont dominé la scène intellectuelle française (Foucauld et Bourdieu, notamment), la question du rapport aux institutions est surdéterminée par celle de la domination. À l’idéologie de l'émancipation comprise comme autonomie à l'égard du social et des institutions, on peut préférer les théories du changement social qui mettent l'accent sur des notions telles que l'empowerment ou les « capabilités » au sens d’Amartya Sen. Dans les deux cas, l’accent est mis sur la possibilité concrète d’agir plus que sur l’indépendance. L’important, c’est le fait d’être en capacité de prendre des initiatives, d’accroître ses compétences et de maîtriser son environnement – que celui-ci soit ou non structuré par la technique et les institutions. Or, l’empowerment n’est pas tant le résultat d’une émancipation que d’une socialisation réussie. En d'autres termes, comme le souligne Anthony Giddens, il n’y a pas lieu d’opposer l’action autonome des individus et les contraintes structurelles de la vie sociale. En règle générale, c’est au contraire à travers les contraintes que s’inventent de nouvelles formes d’action :
« Toutes les formes de contrainte sont aussi, selon des formes qui varient, des formes d’habilité (empowerment). Elles servent à rendre possibles certaines actions en même temps qu’elles en restreignent ou en empêchent d’autres »[10].
De fait, n’est-ce pas ce que l’on constate ? Là où des pratiques sociales vraiment nouvelles émergent (réseaux de troc et d’échange de services, monnaies sociales, etc.), c’est toujours à l’articulation de stratégies de survie et de nouvelles quêtes de bonheur. La transition écologique n’émergera pas de désirs individuels enfin rendus à leur authenticité primitive, mais de la volonté collective d’affronter un péril vital pour l’humanité et de s’adapter collectivement et solidairement à de nouvelles conditions d’existence. Pour ce faire, il faudra nécessairement accepter de penser en termes d'éducation, d'organisation, d'apprentissage collectif, de représentation, d'élaboration de normes comportementales partagées, voire de contrôle social. Or, encore une fois, toutes ces capacités d'action s'acquièrent par et dans les institutions et les organisations au sens le plus large du terme. Pour prétendre transformer la société, nous devrions chercher à mieux comprendre comment celle-ci fonctionne, en prenant la mesure des médiations grâce auxquelles nous nous rendons capables de vivre et d'agir ensemble.
[1] Dans ce qui suit, je reprends de larges extraits d'un article paru en 2013 dans la revue La vie des idées. http://www.laviedesidees.fr/Ecologie-et-emancipation.html
[2] André Gorz, Écologica, Paris, Galilée, 2008, p. 12.
[3] Cornélius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, Paris, « Points », le Seuil, 1999, p. 453.
[4] Ecologica, p. 48.
[5] Ibidem, p. 85.
[6] Ibidem, p. 55
[7] (ibidem, p. 62)
[8] René Girard, Je vois Satan tomber comme l’éclair, Paris, Grasset, 1999, pp. 1-5.
[9] Luc Boltanski, De la critique, Paris, NRF Essais, Gallimard, 2009, p. 96.
[10] Anthony Giddens, La constitution de la société, PUF, 2005, p. 231.
La critique du PIB et les tentatives d'élaboration d'indicateurs alternatifs ne sont pas une chose nouvelle. Dans les années 60 et jusqu’au milieu des années 70, ce qu’il est convenu d’appeler le « mouvement des indicateurs sociaux » s’est inscrit dans un ensemble de tentatives de rationalisation du gouvernement par la connaissance, dont participaient également la Rationalisation des choix budgétaires (RCB) et la modélisation macroéconomique. Dès l’origine, le thème des indicateurs sociaux a été associé à la volonté de contrebalancer l’influence de la quantification économique sur la décision publique. La réussite de la comptabilité nationale comme outil de pilotage des politiques keynésiennes faisait alors figure de modèle pour l’application des sciences sociales à l’action publique. Dans l’esprit de leurs promoteurs, les indicateurs sociaux devaient constituer un outil de pilotage du développement social dont le rôle aurait été comparable à celui de la comptabilité nationale pour la croissance économique. Même si personne n’a jamais eu l’ambition de mesurer le « bonheur intérieur net de la nation », il s’agissait au minimum d’ « exprimer, par un ensemble de données quantifiées, l’état d’une nation dans différents domaines de l’activité économique et sociale » afin de mesurer les conséquences des décisions prises et d’éclairer les choix politiques (1). Une ambition comparable s’est exprimée sous diverses formes dans la plupart des pays développés. En France, les tentatives d’institutionnalisation des indicateurs sociaux et leur échec relatif sont indissociables du déclin de la planification à la française au cours des années 70 (2) . Les observateurs s’accordent sur le fait que les crises économiques de 1974 et 1979 ont mis fin au mouvement des indicateurs sociaux en tant que projet de pilotage rationnel du progrès social. Ce renoncement n’a toutefois pas empêché les statistiques sociales de se développer : l'Insee publie périodiquement un « portrait social » de la France qui rassemble des données tirées d’un ensemble de grandes enquêtes sociales (emploi, logement, conditions de vie, conditions de travail…) développées et perfectionnées depuis les années 60. Depuis une dates plus récente, le ministère de l'écologie publie des données assez complètes sur l'environnement (biodiversité, climat...) et les politiques de développement durable. De même, aux États-Unis, le mouvement des indicateurs sociaux s’est résorbé dans le développement des statistiques sociales. En nombre limité, quelques indicateurs clefs publiés par les agences fédérales (taux de pauvreté, inégalités, criminalité) occupent une grande place dans le débat public. Un regain d'intérêt depuis une vingtaine d'années Si l’on en juge par le nombre d’initiatives et de publications qui leur sont consacrées depuis quelques années, les indicateurs sociaux sont de nouveau d’actualité. Ce qui frappe avant tout est la diversité des initiatives et des acteurs impliqués. Les vocables « indicateurs sociaux », « indicateurs de développement durable », « indicateurs de bien-être » ou « nouveaux indicateurs de richesse » recouvrent un grand nombre de travaux et de publications émanant d’une multiplicité d’instances publiques et privées. Le champ des indicateurs alternatifs recouvre un continuum de pratiques qui vont du simple recueil de statistiques aux tentatives d’élaboration d’indicateurs agrégés de bien-être social. En terme de champ, les indicateurs sociaux sont désormais le plus souvent un sous ensemble des indicateurs de développement durable. En terme d’acteurs, on observe la création d’observatoires spécialisés (notamment au niveau européen), ce qui n’empêche pas les organismes impliqués dans la conception ou la mise en œuvre des politiques sociales ou des politiques de développement de publier leurs propres tableaux de bord. Aux États-Unis, le secteur privé n’est pas absent à travers les rapports publiés par les multiples fondations et think tanks. Les comparaisons internationales Dans ce foisonnement, l’un des phénomènes les plus importants par ses enjeux pratiques est le développement des comparaisons internationales. Les principaux organismes de coopération internationale (Commission européenne, PNUD, OCDE, Banque mondiale,…) ont pris des initiatives en ce domaine. Ces structures étant dépourvues des instruments habituels de l’autorité politique, le benchmarking (‘étalonnage comparatif’) constitue pour elles un moyen efficace d’influer sur les décisions des États en incitant chacun à se comparer aux « bons élèves » et à prendre pour modèle les « meilleures pratiques ». Le rôle joué par l'indicateur de développement humain du PNUD (IDH) illustre ce phénomène, de même que les ODD (objectifs de développement durable des nations unies), dont il sera question plus loin. La critique du PIB Le retour d’une interrogation critique sur la croissance économique et son assimilation abusive au bien-être collectif constitue l’un des moteurs du renouveau actuel des indicateurs alternatifs. Aussi vieille que la comptabilité nationale, cette contestation du rôle des indicateurs économiques part d’un constat banal : le taux de croissance du PNB a acquis le statut d’un indicateur de performance globale de la nation. Les données sociales et environnementales sont certes présentes dans le débat public, mais de manière généralement partielle et discontinue. Ces informations sont rarement rapprochées les unes des autres et elles ne font pas l’objet de la part des décideurs d’un suivi aussi attentif que les données économiques ou financières. Dans le domaine social, aucune information ne présente le même caractère de bilan global d’une situation que le taux de croissance du PIB. Or, d’un simple point de vue économique, les limites de cet indicateur sont évidentes : il ne tient compte ni des activités non rémunérées, ni de l’évolution des stocks de capital physique, naturel humain et social, ni de l'évolution de l'état de l'environnement naturel. A fortiori, il n’a aucunement vocation à refléter le « bien-être national » et le caractère plus ou moins « soutenable » du développement. Les comptables nationaux n’ont d’ailleurs jamais formulé une telle prétention, mais on ne saurait nier que, pour des raisons évidentes (le moral des ménages et les ressources publiques en dépendent directement) la croissance demeure l’objectif majeur des gouvernements. En réalité, la place prise par le PIB reflète le fonctionnement de la société et l'importance pratique des biens monétisables dans les décisions des agents économiques. Il est probablement utopique de vouloir détrôner le PIB si l'on ne s'attaque pas de manière plus systémique à l'hégémonie politique de la logique marchande (je renvoie sur ce sujet à mon dernier ouvrage Au-delà du marché ) (3). Il n'en est pas moins vrai que la critique du PIB cristallise une prise de conscience des limites et des impasses d'un modèle de développement entièrement axé sur le développement des échanges monétaires. Difficile, en effet, de ne pas voir que l'on assiste à une accumulation de problèmes que la croissance économique ne peut résoudre et qu'elle risque même d'aggraver : menaces sur l’environnement et la cohésion sociale, accroissement des inégalités et du sentiment d’insécurité, etc.
C'est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy a pris l'initiative de constituer en 2008 une « Commission de mesure de la performance économique et du progrès social », présidée par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz et à laquelle participaient également, parmi d'autres experts, Amartya Sen (autre prix Nobel d'économie), Jean Gadrey (qui est notamment l'un des spécialistes français des indicateurs alternatifs) et le sociologue et politologue américain Robert Putnam (l'inventeur de la théorie sociologique du capital social). Les travaux de la commission ont abouti en 2009 a quelques conclusions importantes :
1) le PIB est un outil inadapté pour évaluer le bien-être social et la soutenabilité « Il se peut que les statistiques habituellement utilisées ne rendent pas compte de certains phénomènes qui ont une incidence de plus en plus grande sur le bien-être des citoyens. (…) Le PIB ne reflète pas la capacité de la croissance à se maintenir dans le temps (soutenabilité). (…) Il convient d'établir une distinction entre l'évaluation du bien-être présent et l'évaluation de sa soutenabilité (nécessité d'outils distincts) ».
2) Il convient de donner plus d'importance aux revenus réels et à leur répartition (mesure des inégalités) « L’évaluation du bien-être matériel doit se référer aux revenus et à la consommation plutôt qu’à la production. Prendre en compte le patrimoine en même temps que les revenus et la consommation. Accorder davantage d’importance à la répartition des revenus, de la consommation et des richesses. Élargir les indicateurs de revenus aux activités non marchandes » .
3) la qualité de la vie ne dépend pas uniquement du niveau de consommation « La qualité de la vie dépend des conditions objectives dans lesquelles se trouvent les personnes et de leur « capabilités » (capacités dynamiques). Il conviendrait d’améliorer les mesures chiffrées de la santé, de l’éducation, des activités personnelles et des conditions environnementales. En outre, un effort particulier devra porter sur la conception et l’application d’outils solides et fiables de mesure des relations sociales, de la participation à la vie politique et de l’insécurité..(...).
4) La mesure de la soutenabilité requiert un approche patrimoniale et physique (et donc non monétaire) « L’évaluation de la soutenabilité nécessite un ensemble d’indicateurs bien défini. Les composantes de ce tableau de bord devront avoir pour trait distinctif de pouvoir être interprétées comme des variations de certains « stocks » sous-jacents. (…) Un indice monétaire de soutenabilité a sa place dans un tel tableau de bord toutefois, en l’état actuel des connaissances, il devrait demeurer principalement axé sur les aspects économiques de la soutenabilité. ».
5) Il faut pouvoir mesurer la distance qui nous sépare des « seuils critiques » « Les aspects environnementaux de la soutenabilité méritent un suivi séparé reposant sur une batterie d’indicateurs physiques sélectionnés avec soin. Il est nécessaire, en particulier, que l’un d’eux indique clairement dans quelle mesure nous approchons de niveaux dangereux d’atteinte à l’environnement (du fait, par exemple, du changement climatique ou de l’épuisement des ressources halieutiques). »
Suite à la remise du rapport de la commission, l'INSEE a entrepris un certain nombre de travaux, publiés de 2010 à 2013, inspirés des principales conclusions de la commission. Pour l'essentiel, ces publications ont recyclé des statistiques sociales et environnementales existantes. Les nouveaux développements concernent notamment les indicateurs économiques, l'INSEE s'étant efforcé de satisfaire la recommandation de la Commission de « prendre en compte le patrimoine en même temps que les revenus et la consommation ». La commission Stiglitz avait laissé ouverte la question de l'élaboration d'un indicateur synthétique de bien-être, comme il en existe un certain nombre dans le monde (indicateur de santé sociale, indicateur de progrès véritable, PIB vert, Indicateur de développement humain du PNUD, etc.). L'Insee n'a pas souhaité s'engager dans cette voie, pour des raisons techniques que l'on peut comprendre, même si l'élaboration d'un tel indicateur est peut-être un point de passage obligé pour relativiser l'importance du PIB.
En réalité, le principal problème n'est pas le manque d'indicateurs sociaux et environnementaux, mais le fait qu'ils ne soient pas mis en valeur et utilisés au même titre que les statistiques économiques pour orienter la politique du gouvernement. C'est à ce problème qu'a voulu s'attaquer la loi du 13 avril 2015 (dite Loi Eva Sas, du nom de la députée qui en est à l'initiative). Voici l'article unique de cette loi : « Le Gouvernement remet annuellement au Parlement, le premier mardi d'octobre, un rapport présentant l'évolution, sur les années passées, de nouveaux indicateurs de richesse, tels que des indicateurs d'inégalités, de qualité de vie et de développement durable, ainsi qu'une évaluation qualitative ou quantitative de l'impact des principales réformes engagées l'année précédente et l'année en cours et de celles envisagées pour l'année suivante, notamment dans le cadre des lois de finances, au regard de ces indicateurs et de l'évolution du produit intérieur brut. Ce rapport peut faire l'objet d'un débat devant le Parlement. » Le gouvernement s'est saisi de cette loi en chargeant France Stratégie et le CESE d'élaborer un tableau de bord d'une dizaine d'indicateurs appelés à figurer dans un rapport remis au Parlement le premier mardi d'octobre. Ce qui a été fait au moins formellement pendant deux ans, mais sans impact sur le débat budgétaire. Le nouveau gouvernement n'a manifestement pas l'intention de faire vivre cette loi : le rapport 2017 n'a pas été publié ni porté à la connaissance du Parlement, sans que cela provoque d'ailleurs la moindre remarque critique dans la presse. Des avancées aux niveaux local et international Le sommet international sur le développement durable les 25-27 septembre 2015 à New-York qu'a été adopté un nouveau programme mondial de développement durable (Agenda 2030, « Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030»), structuré par 17 objectifs mondiaux de développement durable, déclinés en 169 cibles, autour de 3 buts principaux : faire face au défi climatique lutter contre les inégalités, l’exclusion et les injustices mettre fin à l’extrême pauvreté. Un système de suivi a été mis en place, sur la base d'un tableau de bord de 230 indicateurs. Dans certains pays, y compris en Europe, les objectifs de développement durable (ODD) sont devenus un outil d'orientation et d'évaluation des politiques publiques. Ce n'est pas le cas en France, où le suivi des ODD est considéré comme un processus technocratique sans grande portée pratique. Dans notre pays, c'est finalement au plan local que les développements les plus intéressants peuvent être observés. « Des États-Unis au Brésil, de la Gironde au Pas-de-Calais, en passant par Grenoble, des collectivités locales inventent leur propre tableau de bord pour observer la situation sociale et écologique de leur territoire. Et pour piloter autrement les politiques publiques (4) . » La Conférence internationale sur les indicateurs de richesses qui doit se tenir à Grenoble en mai 2018 permettra de faire le point sur ces initiatives et sur leur portée politique réelle.
Pour conclure, il faut souligner le nombre et la diversité des initiatives autour des indicateurs alternatifs au PIB. Ce bouillonnement témoigne des doutes croissants de larges secteurs de la population et des acteurs sociaux sur la pertinence de la croissance marchande comme objectif dominant des politiques publiques. Les réflexions et débats auxquels ils donnent contribuent sans doute à accélérer cette prise de conscience et à transformer l'imaginaire social. Sauf dans le cas très atypique du Bouthan (qui a promu le Bonheur national brut au rang d'objectif central du pays), on ne voit cependant nulle part de gouvernement manifestant la volonté d'utiliser ces outils pour réorienter le développement économique. Pour prendre tout leur sens, les indicateurs alternatifs devraient être conçus comme des éléments d'une stratégie de démarchandisation du développement de la société qu'aucune force politique ne semble actuellement vouloir porter avec la cohérence nécessaire.
1 - Jacques Delors, Les indicateurs sociaux, Futuribles-Sedeis 1971, p. 8.
2 - Pour plus de détails sur l’histoire française des indicateurs sociaux, on renvoie à la thèse de Vincent Spenlehauer L’évaluation des politiques publiques, avatar de la planification, Université de Grenoble II Pierre Mendès-France, 1998.
3 - Les Petits matins, 2015. 4 - Anne Leroy et Fiona Ottaviani, « Quand des collectivités changent de cap », Projet Février 2018, p. 31.
L'apport possible de la Théorie mimétique issue des écrits de René Girard pour l'auto-analyse de la contagion émotionnelle et des mécanismes de la violence collective
Il est à peine besoin de souligner la gravité permanente du problème de la violence et le caractère préoccupant de son apparente recrudescence au sein même de notre société. Il existe bien entendu différentes sortes de violence: chacun peut être agressé par un inconnu, chez soi ou dans la rue, sans d'autre motif que le vol ou, si l'on est une femme, la prédation sexuelle. Toutefois, les phénomènes qui font de la violence un véritable problème de société, des violences urbaines aux phénomènes de harcèlement, s'inscrivent souvent dans des dynamiques collectives et/ou relationnelles dans lesquelles la responsabilité d'individus ordinaires - potentiellement de tout un chacun - est directement engagée. Il en est ainsi chaque fois qu'entrent en jeu une situation de rivalité, de frustration sociale, un désir de revanche ou de vengeance, le besoin de faire supporter à autrui une situation de souffrance, ou encore le besoin d';« expulser;» par le moyen d'un bouc émissaire la violence latente au sein d'un groupe traversé de multiples frustrations et rivalités.
Parmi d'autres outils, la théorie mimétique issue des écrits de René Girard (1923-2015) pourrait être mobilisée pour développer et diffuser une intelligence concrète des mécanismes de la violence, particulièrement quand elle se manifeste au sein d'un groupe ou qu'elle est exercée collectivement par un groupe[1]. Précisons d'emblée que l'on ne trouvera rien de directement utile sur ce sujet dans les livres de René Girard. Il était trop pessimiste et « apocalyptique;» - persuadé que nos sociétés devront tôt ou tard choisir entre l'auto-destruction violente et une conversion spirituelle radicale - pour s'intéresser aux applications possibles de ses idées dans un but d'éducation et de transformation sociale. Mais rien n'interdit de le faire à sa place, en s'emparant de ses idées. L'un des principaux mérites de la « théorie mimétique;» dont il a posé les bases est d'aider à prendre conscience du fait que la violence n'est pas une anomalie, une pathologie accidentelle des relations humaines que l'on pourrait expliquer et combattre en isolant et éradiquant ses causes sociales et psychopathologiques – frustrations causées par les inégalités, déficits de socialisation, perte de sens moral ou actions d'individus particulièrement pervers. L'approche mimétique conduit à un renversement de perspective : elle oblige à reconnaître l'instabilité fondamentale des relations humaines - le fait que nous sommes tous, dans certaines circonstances, à risque de devenir persécuteurs, complices, ou bien-sûr victimes de la violence collective. Elle met en évidence, le fait que notre dépendance psychique à autrui structure en profondeur nos désirs et nos affects. Cet autrui étant toujours susceptible de devenir pour nous un modèle (celui dont nous imitons les désirs), un obstacle (celui qui s'oppose à la réalisation de ces désirs) ou un rival à abattre ou dominer. De là résulte, au sein des groupes humains sans structure répressive ou symbolique forte, un chaos relationnel et émotionnel qui peut à tout moment cristalliser en violence physique, psychologique ou symbolique. En résumé : la violence n'est pas seulement un problème qui existe en dehors de nous et auquel nous sommes parfois injustement confrontés, mais une réalité constitutive de la vie sociale dont nous sommes toujours plus ou moins partie prenante dès lors que nous sommes membres d'un collectif, quel qu'il soit.
On comprend mieux à partir de là comment s'agencent et se complètent les différents moyens ordinairement mis en œuvre par les collectifs de toute nature pour gérer et contrôler leur propre violence. Ces moyens peuvent être vertueux ou franchement pathologiques, relever d'une dynamique mimétique spontanée ou de dispositifs sociaux de contrôle ou d'endiguement. Du côté des pratiques habituellement vertueuses de « métabolisation;» des rivalités, on peut citer le sport, le jeu, toutes les activités génératrices de saine émulation et de coopération. Du côté du pathologique, on a soit la polarisation interne de la violence sur un souffre-douleur ou « bouc émissaire;» (typiquement, le harcèlement), soit l'externalisation dans la violence entre bandes (tous unis contre...), entre groupes sociaux ou contre les symboles de l'ordre social (y compris la police...), sans oublier la guerre.
Les ressorts fondamentaux de cette mécanique sociale de la violence sont plutôt faciles à comprendre. Acquérir un minimum de culture et d' « éléments de langage » à ce sujet ne serait déjà pas si mal. On peut en attendre une meilleurs capacité à repérer dans la vie de tous les jours la figure du bouc émissaire derrière celle de l'individu harcelé, le souffre-douleur dont tout groupe a plus ou moins besoin pour se sentir exister pleinement. On peut en attendre aussi, pour les adultes, une conscience plus aiguisée du rôle de la contagion émotionnelle, du ressentiment, des pulsions vengeresses et de la facilité avec laquelle ces sentiments inévitables peuvent être instrumentalisés par des leaders cyniques. Dans une perspective éducative, on peut toutefois être plus ambitieux et réfléchir à des techniques plus actives de conscientisation et de transformation des comportements.
Avant de voir quelles pratiques d'éducation et de transformation sociale pourraient être imaginées dans cette perspective – principalement des mises en situation contrôlées permettant aux participants de s'identifier aux différents « rôles;» qu'il sont susceptibles de tenir dans une situation de violence, voici en résumé les principaux messages dont il faudrait faciliter l'assimilation :
Tout cela pourrait être largement développé et argumenté en s'appuyant, notamment, sur les avancées récentes de la neuropsychologie – les « neurones miroirs;». Mais aussi en faisant appel à la littérature, roman et théâtre. Les grands auteurs ont souvent décrit les passions humaines dans des termes qu'éclaire très pédagogiquement la théorie mimétique (rivalités, contagion, escalade catastrophique de la violence, aveuglement auto-destructeur...cf les tragiques grecs, les grands romanciers et Shakespeare...). On peut aussi penser au cinéma, et plus largement aux documents audiovisuels (actualités, etc.).
L'approche théorique, toutefois, suffit rarement pour transformer en profondeur les comportements. Pour susciter des prises de conscience et des transformations de comportement plus profondes, c'est vers les techniques de la dynamique de groupe qu'il faudrait se tourner. Il s'agit d'un vaste domaine de recherches et de pratiques d'intervention, largement mobilisé à des fins de management d'entreprise depuis la seconde guerre mondiale. Les techniques développées dans ce cadre – groupes d'observation, jeux de rôles, etc. - pourraient sans difficulté être utilisées à des fins d'auto-analyse des phénomènes mimétiques et de la violence au sein d'un groupe. Il « suffirait;» pour cela de former suffisamment d'enseignants et d'animateurs capables de « décrypter;» pour les participants les processus à l' œuvre, à l'aide d'une grille d'analyse inspirée de la théorie mimétique (sans exclure d'autres apports).
[1] Voir mon livre Violence des dieux, violence de l'homme. René Girard notre contemporain (Seuil 2023)
1- C'est le thème principal de mon livre Pour une raison écologique, Flammarion 2011.
2- « une puissance de création, une vis formandi, immanente aux collectivités humaines comme aux êtres humains singuliers. » (Figures du pensable, Seuil 1999, p. 94).
3- Ibid., p. 85.
4- Lynn White, Jr. « Les racines historiques de notre crise écologique », in Dominique Bourg et Philippe Roch (dir.), Crise écologique, crise des valeurs. Défis pour l'anthropologie et la spiritualité, pp. 17.
5- Les théologiens chrétiens n'ont pas manqué de rappeler que la Bible proclame la dignité du monde en tant que création divine. Cf. notamment Jurgen Moltmann, Le Rire de l'univers, Traité de christianisme écologique, Cerf 2004.
6- Par opposition au downcycling (recyclage des produits ou des matériaux avec dégradation de leurs fonctionnalités, à l’instar du papier recyclé), l’upcycling consiste à récupérer les produits ou matériaux dont on n’a plus l’usage pour fabriquer des biens d’utilité supérieure.
7- Notons au passage la pertinence de la notion de « permaéconomie » forgée par analogie avec la permaculture pour désigner les pratiques économiques fondées sur les principes d’économie de ressources, de diversité et d’adaptation à l’environnement (cf. Emmanuel Delannoy, Permaéconomie, Marseille, Wildproject, 2016).
8- « Les éco-quartiers sont-ils l’avenir de la ville durable ? ». plateforme de l'engagement RSE et développement durable. https://e-rse.net/eco-quartiers-avenir-solution-ville-durable-25850/#gs.mH4AIFY
9- « La ville est vue comme un organisme énergétique multidimensionnel et sensible, un environnement vivant. L’acupuncture urbaine vise à approcher cette nature et à comprendre les flux énergétiques du collectif caché derrière l’image de la ville pour réagir aux endroits qui en ont besoin » (Marco Casagrande, Biourban Acupuncture: Treasure Hill of Taipei to Artena, Rome, International Society of Biourbanism,2013).
10- Lucile Schmid, Rapport relatif à l’innovation et à l’expérimentation pour la transition écologique, juillet 2017. 11- Lignes directrices pour l’analyse sociale du cycle de vie des produits, (PNUE 2009, p. 37.)