16/03/2026
L’Université foraine : un exemple d’université apprenante

L’Université Foraine est un projet initié par l’IUT de Clermont-Auvergne, un exemple d’université apprenante (1). Derrière ce nom intriguant se cache une ambitieuse initiative académique qui réunit étudiants, chercheurs et collectivités locales auvergnats. Le but est de développer une stratégie gagnant-gagnant:
- L’université favorise l’intégration professionnelle des étudiants à travers des projets concrets.
- Les autorités locales bénéficient de ressources humaines et d’expertise scientifique locale.
L’Université Foraine est une université nomade, changeant de territoire chaque année. Il s’agit de réunir pendant trois jours sur le territoire d’une communauté de communes volontaire, des chercheurs, des élus, des acteurs économiques, des responsables associatifs et des citoyens. La journée est consacrée à des ateliers de travail, la soirée à des moments festifs. A la suite des ateliers, sont définis des thématiques qui sont travaillés pendant trois ans, des recherches-actions mêlant étudiants de l’IUT, leurs enseignants -chercheurs, lycéen du territoire, acteurs socio-économique. A la fin des trois un temps de restitution des réalisations et d’évaluations des échecs permet de définir la façon dont on peut envisager la pérennisation de la relation entre l’IUT CA et la communauté de commune concernée. Les deux premières éditions ont eut lieu à Ydes Sumène Artense (Cantal) et à Brioude Sud Auvergne. (Haute Loire). Elles ont permis de développer des recherches actions sur des termes très concrets comme : la valorisation du patrimoine, la protection de la biodiversité ou la qualité de l’eau, etc. La prochaine aura lieu cet été à Ambert (Puy de dôme).
Cette initiative qui met un service public au service de la transition d’un territoire est, nous semble-t-il la voie à suivre pour l’Université qui s’est engagée dans un chemin sans issu. En effet, historiquement lieu de résistance et de savoir, l’Université est devenu un acteur économique au service de la croissance. Désormais, l’Université possède des centres de valorisation, encourage ses laboratoires à développer du partenariat public-privé et fait entrer les dirigeants d’entreprises dans les « conseils de performance et de perfectionnement » de ses formations. Dans une vision dominante qui réduit la société à l’économie et cette dernière à l’économie de marché, il semble aller de soi que l’Université produise des connaissances favorisant le développement économique et forme la jeunesse aux emplois dont ont besoin les multinationales. Pourtant, la croyance en une croissance infinie sur une planète finie est une hérésie dangereuse, alors que se centrer sur la maîtrise des compétences au lieu de former à l’intelligence critique affaiblit la démocratie. L’université doit redevenir modeste. Elle ne sait pas ce que sera l’avenir économique du monde. Elle sait encore moins quelles seront les conséquences sociales et écologiques des technologies qu’elle contribue à inventer et à diffuser. Par contre, elle sait que l’intelligence critique permet d’apprendre en ne restant pas prisonnier des techniques que l’on développe. Elle sait aussi que la meilleure façon de rendre service au public et d’être à l’écoute de la société civile.
Il ne s’agit pas seulement de transmettre des connaissances ou des manières de faire, mais d’apprendre à écouter le territoire où vit l’Université. Le but n’est pas de rayonner - d’éclairer de la lumière céleste des connaissances hors-sol les acteurs du territoire – mais, plus modestement, d’apprendre de nouvelles manières de tisser des liens entre les différents acteurs œuvrant au bien être du territoire. Apprendre à faire de la science participative avec les citoyens et les élus, apprendre à faire avec les étudiants et non pour eux, apprendre à combattre la servitude numérique alors que nous sommes dépendants de nos smartphones. Apprendre l’humilité, cesser de se comparer dans des classements internationaux absurdes et prendre le temps de comprendre ce que l’on ne comprend plus : cette humanité qui se fait la guerre au lieu de s’unir pour préserver la planète, ce temps disponible à la réflexion qui se rétrécit alors que la durée de vie augmente, cette haine de l’autre portée par des nationalistes fiers d’une devise qui pourtant proclame la fraternité. « Nous devons apprendre à vivre comme des frères si nous ne voulons pas périr comme des sots », disait Martin Luther King. Nous devons à nouveau apprendre à apprendre si nous ne voulons pas, un jour, apprendre qu’il n’y a plus rien à apprendre.
Notes
(1) Le terme université apprenante est peu usité et recouvre deux acceptions opposées. La première, néolibérale, assimile toute organisation apprenante (dont l’université), une entité devant faire de la recherche et du développement pour augmenter sa performance économique. On la retrouve, par exemple dans le rapport Taddei de 2017 intitulé « Vers une société apprenante ». La seconde, critique, qui est la nôtre est, par exemple proposée par Hélène Trocmé-Fabre en 1997 dans son texte « Apprendre aujourd'hui, dans une Université apprenante » mis en ligne en 1997. https://ciret-transdisciplinarity.org/locarno/loca5c8.php

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