Interdépendance

Autorat
Introduction synthétique


L'arbre à mains


Selon le CNRTL1 : l’interdépendance est une « relation de dépendance réciproque (entre deux ou plusieurs choses ou ensembles de choses, de phénomènes ou de personnes) ». 

Développement didactique

Des notions différentes peuvent être sollicitées là où des analyses emploient la notion d’interdépendance : symbiose, complémentarité (Zask, 2022, p. 114), coopération, solidarité (Dacheux, 2024), en liaison avec des considérations scientifiques, politiques, idéologiques. 

La complexité du terme

L’interdépendance est en même temps assortie d’éléments de dépendance et d’éléments d’indépendance. Cela heurte la logique de non-contradiction. Jusqu’à un certain point, les phénomènes ou objets dits en interdépendance sont à la fois dépendants et indépendants mais sont aussi à la fois non-dépendants et non-indépendants. 
Ainsi, chaque être humain dépend d’autres êtres humains pour exister, mais en reste différent et en devient indépendant, et par conséquent en est non-dépendant, toutefois aucun être humain, même après de nombreuses années de vie, ne peut se passer des autres et il en reste non-indépendant.

Écologie ou biologie

La relation de l’espèce humaine avec la Nature a été marquée à l’âge moderne par le discours de Descartes confortant l’enseignement biblique de primat et de supériorité de l’espèce humaine. L’émergence de l’écologie et des connaissances en biologie ont montré les interdépendances de fait et même les dépendances de l’espèce. Jusqu’à ce que chaque être humain doive reconnaître qu’il héberge en son corps des bactéries dont le nombre est dix fois grand que celui des cellules dont son corps est composé.

Anthropologie et sociologie politique

La modernité et la philosophie libérale ont apporté l’idée (déjà présente dans le principe chrétien du libre-arbitre) que chaque être humain doit pouvoir décider librement, de manière indépendante de ce qu’il fait. Cela impose une forme démocratique de société où l’interdépendance entre individus indépendants permet de dégager de leurs interactions une loi visant l’intérêt général, loi à laquelle chaque individu est soumis sans être subordonné à un autre individu particulier. Overstreet (1937, p. 266) appelait les Américains à dépasser leur individualisme exacerbé tout en évitant le communisme et le fascisme pour « construire une société dans l’esprit d’une interdépendance essentielle des vies ». Dans le même esprit, le sous-titre du premier manifeste convivialistes (Alphandéry, 2013) était : « déclaration d’interdépendance ».

Économie et gestion

Pendant longtemps les théories et pratiques du management ont privilégié l’obéissance des travailleurs de base et la mise en compétition des talents des travailleurs plus qualifiés. Aujourd’hui les gestionnaires veulent capitaliser sur les interdépendances, sur les coopérations entre tous les travailleurs (Solutions and Co), « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».
A l’échelon du fonctionnement d’ensemble de l’économie, les coordinations sont organisées par les marchés qui ont envahi peu à peu tous les champs d’activité. Ils permettent une coordination idéale selon la théorie conçue Walras (1874) d’un équilibre dans l’interdépendance générale.
Géopolitique
Après la seconde guerre mondiale, la mise en place de l’ONU a soutenu la lutte pour leur indépendance des peuples encore sous le joug colonial. La paix et le respect des souverainetés nationales se sont cependant trouvés peu à peu menacées. Humanist International (1988) a proclamé l’idéal d’interdépendance et le Collegium international (2005) éthique, scientifique et politique a proposé à l’ONU de proclamer une « Déclaration Universelle d’Interdépendance »
Dans le domaine économique des mesures favorisant le libre échange ont été promues par des institutions : le Gatt, puis l’OMC et des accords bilatéraux de commerce et d’investissement international. Cela a tissé une interdépendance planétaire dite mondialisation surtout après un rapport commandé en 1975 à l’OCDE à l’initiative du Japon pour étudier « l’évolution future des sociétés industrielles avancées en harmonie avec celle des pays en développement » (Hérault, 2008).

Conclusion invitant au débat

En guise de conclusion invitant au débat

Employer le terme d’interdépendance pour qualifier une relation entre deux « objets » ne suffit pas à la caractériser suffisamment pour la comprendre et en déduire une compréhension complète des objets. Toutefois cela permet d’éviter de considérer chacun des « objets » comme isolés, sans influences subies de la part de, et exercées sur, d’autres « objets ». Il reste pour aller plus loin dans la connaissance, à étudier toutes ces influences.


Notes

Centre national de Ressources Textuelles et Lexicales. Créé en 2005 par le CNRS, le CNRTL fédère au sein d’un portail unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et d’outils de traitement de la langue. https://www.cnrtl.fr/. Pour interdépendance voir: CNRTL https://www.cnrtl.fr/definition/interdépendance


Bibliographie


Claude Alphandéry (2013) Manifeste convivialiste -Déclaration d’interdépendance, Lormont, Le Bord de l’Eau.
Collégium international (2005) Déclaration universelle d’interdépendance : https://www.collegium-international.org/
Éric Dacheux (2024) « Point de vue : Critique de la notion d’interdépendance », Mondes en décroissance [En ligne], 3 | 2024, consulté le 28 avril 2026. URL : http://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=452
Écolohumanistes, « Écologistes et interdépendance » consulté le  28 avril 2026 : https://lesecolohumanistes.fr/interdependance/
Bruno Hérault (2008) « Interfuturs : une prospective de la mondialisation » Horizons stratégiques, 1 n° 7 , p. 151-158.
Humanist International (association avec un site en 9 langues) (1988) Déclaration d'interdépendance : une nouvelle éthique mondiale : https://humanists.international/
Solutions and Co « Interdépendance en management, consulté le 28 avril 2026 : https://solutionsandco.com/linterdependance-conjuguer-les-forces-pour-atteindre-un-objectif-commun/
Harry Allen Overstreet (1937) A Declaration of Interdependence, New York, Norton & Company.
Léon Walras (1874) Éléments d’économie politique pure ou théorie de la richesse sociale, Lausanne, Corbaz & Cie.
Joëlle Zask (2022) Écologie et démocratie, Paris, Premier Parallèle.


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