ECCAP
10/02/2017
Assemblée du long terme
Extraits d’un article de Dominique Bourg, in Le Monde – Idées du 14 janvier 2017, page 7.
« La catastrophe écologique actuellement à l’œuvre a pour cause essentielle l’incapacité de l’espèce humaine à raisonner sur le long terme, à anticiper les drames à venir ». Les changements redoutables en cours « laissent de marbre nos démocraties, parce que les impacts de ces changements sur nos vies se font encore peu sentir. Leur cahier des charges reste inchangé : permettre aux citoyens de produire et de consommer toujours plus. Tout ce qui renvoie au long terme apparaît comme une entrave à cette course à la croissance des activités économiques et des biens matériels » Pour corriger notre myopie face au long terme, il faudrait introduire « dans notre machine démocratique une « assemblée du long terme ». « L’essentiel est de constituer une chambre non représentative, précisément pour ne pas retomber dans la défense des intérêts catégoriels et à court terme dont traitent essentiellement les élus. Cette assemblée de 200 membres serait composée pour partie de personnalités aux compétences reconnues, issues du monde associatif ou académique, et pour une autre de citoyens tirés au sort mais formés aux problématiques du long terme. Cette mixité permettrait d’éviter l’écueil d’une institution trop technocratique ». Cette assemblée veillerait avant la promulgation d’une loi à respecter le principe de la finitude de la planète. « La France pourrait s’imposer, au prorata de sa population, de ne pas dépasser l’empreinte écologique d’une planète, autrement dit de ne pas consommer plus de ressources que la planète n’en produit en une année, et de ne pas émettre plus de « pollutions » que ce qu’autorisent les capacités de traitement du système naturel ».
Assemblée du long terme
Extraits d’un article de Dominique Bourg, in Le Monde – Idées du 14 janvier 2017, page 7.
« La catastrophe écologique actuellement à l’œuvre a pour cause essentielle l’incapacité de l’espèce humaine à raisonner sur le long terme, à anticiper les drames à venir ». Les changements redoutables en cours « laissent de marbre nos démocraties, parce que les impacts de ces changements sur nos vies se font encore peu sentir. Leur cahier des charges reste inchangé : permettre aux citoyens de produire et de consommer toujours plus. Tout ce qui renvoie au long terme apparaît comme une entrave à cette course à la croissance des activités économiques et des biens matériels » Pour corriger notre myopie face au long terme, il faudrait introduire « dans notre machine démocratique une « assemblée du long terme ». « L’essentiel est de constituer une chambre non représentative, précisément pour ne pas retomber dans la défense des intérêts catégoriels et à court terme dont traitent essentiellement les élus. Cette assemblée de 200 membres serait composée pour partie de personnalités aux compétences reconnues, issues du monde associatif ou académique, et pour une autre de citoyens tirés au sort mais formés aux problématiques du long terme. Cette mixité permettrait d’éviter l’écueil d’une institution trop technocratique ». Cette assemblée veillerait avant la promulgation d’une loi à respecter le principe de la finitude de la planète. « La France pourrait s’imposer, au prorata de sa population, de ne pas dépasser l’empreinte écologique d’une planète, autrement dit de ne pas consommer plus de ressources que la planète n’en produit en une année, et de ne pas émettre plus de « pollutions » que ce qu’autorisent les capacités de traitement du système naturel ».
15/11/2021
Assemblée nationale des communs à Marseille du 12 au 14 novembre 2021 : du soin aux relations ?

Cette notion est encore très vaste et assemble des pratiques et théories quelques fois contradictoires, en fonction de son regard et de sa pratique. Pour poser un premier cadre, nous allons nous appuyer sur une définition produite par l’une des premières communautés autour d’un Commun planétaire et immaterielle : Wikipedia.[1]
Notes
Retours sur l’Assemblée nationale des communs qui s’est tenue à Marseille du 12 au 14 novembre 202108/02/2017
Budgets participatifs dans toutes les communes
07/02/2017
Changement climatique
05/02/2017
Conventions citoyennes recension d'un livre de Jacques Testart
09/04/2018
Conventions de citoyens Extrait d'une interview de Jacques Testart.
26/01/2021
Débats sur le décolonialisme
Renaud Vignes le 3 janvier 2021
Eric Dacheux le 5 janvier 2021
Maurice Merchier le 5 janvier 2021
Mais en y réfléchissant, je pense pouvoir le réfuter ...
Je ne le crois pas.
Eric Dacheux Le 6 janvier 2021
Maurice Merchier Le 6 janvier 2021
Augustin Berque le 7 janvier 2021
Le rapport à la nature est un terreau fertile aux régressions épistémologiques de la postcolonialidad, où le politique et le scientifique sont allègrement confondus. La métonymie science moderne : colonialisme en fait tomber bon nombre dans un phénoménisme où la Terre de Husserl, qui ne bouge pas (die Ur-Arche Erde bewegt sich nicht, 1934), occlut totalement - n'est-ce pas politically correct? - la Terre de Galilée (eppur, si muove, 1633). Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, ce n'est pas de telles régressions, qui restent prisonnières du type même de pensée qui a fondé la modernité sur le principe d'identité et son corrélat le principe du tiers exclu, mais au contraire d'un dépassement de ce type de pensée, nous permettant de concevoir que les deux propositions sont compossibles, c'est-à-dire que bien que contradictoires, elles sont vraies toutes les deux. Cela relève du tétralemme, mais pas seulement et pas n'importe comment. Il y a du pain sur la planche pour qu'on arrive à penser comme ça, mais un livre comme celui du philosophe japonais YAMAUCHI Tokuryû (1890-1982) Logos et lemme. Pensée occidentale, pensée orientale (CNRS, 2020 éd. or. 1974) peut y aider.
Eric Dacheux 18 janvier 2021
Réponse de Maurice Merchier 19 janvier 2021
01/10/2017
Dialogue sur la laïcité, à propos de Tocqueville et d’ Abdennour Bidar..
Répondant à l’invitation de Guy Roustang, Marc Durand et Maurice Merchier ont dialogué par écrit à propos des articles de Tocqueville et d’ Abdennour Bidar..
-MD : Sur Abdennour Bidar, il me semble que je suis au clair. Pour le texte de Tocqueville, d'une part je suis assez critique mais par ailleurs je me rends compte qu'il faudrait aller beaucoup plus loin.
-MM : Par rapport au texte que j'ai proposé de Tocqueville, je n'ai a priori aucune réserve. Et il me semble que les arguments qu'il expose sont très forts et - d'une façon qui sera peu suivie - c'est du point de vue de l'intérêt de la religion qu'il se place, plutôt que de celui de la société ou de l'Etat.... Mais je suis tout disposé à lire vos objections... J'ai davantage de réserves vis-à-vis du texte d’ Abdennour Bidar. Dans une première lecture, je l'ai trouvé roboratif du fait de la condamnation radicale du fondamentalisme qu'il implique. Et cette qualité persiste à mes yeux. Mais si on se place d'un point de vue plus général, en gommant la question de l'Islamisme, et en se plaçant du point de vue de n'importe quelle religion, il me pose davantage problème. La position qu'il prend me rappelle tout simplement les analyses de Weber sur l'éthique protestante, c'est-à-dire le fait pour les individus de se construire eux-mêmes leur religion, indépendamment des dogmes ou de l'intermédiation d'un clergé. Or, l'histoire a montré, et Marcel Gauchet théorisé (le désenchantement du monde) que cela débouchait sur la sortie de la religion, et surtout sur l'individualisme possessif, c'est-à-dire au bout du compte au capitalisme dans lequel nous pataugeons depuis plusieurs générations. En d'autres termes, peut-on faire de la religion une affaire purement personnelle ? La religion n'est-elle pas par définition une aventure collective ? Peut-on l'émanciper de la notion de communauté ? Je pense qu'on ne peut pas penser en profondeur la question de la laïcité sans avoir à l'esprit des réponses à ces questions....
-MD : Je relis le texte de Bidar. Nous sommes bien tous d'accord que sa critique du fondamentalisme religieux est nécessaire. Mais il va plus loin lorsqu'il prône la liberté absolue devant les dogmes et propose ainsi de se faire sa propre religion. Je pense que sous-jacente est l'idée que l'on se fait de ce qu'est une religion avec la question récurrente foi vs religion. Il me semble qu'une religion est le regroupement d'un certain nombre de fidèles qui sont d'accord sur des fondements et désirent mettre leur foi en acte en relation les uns avec les autres, que ce soit l'action humaine ou l'expression de leur relation à Dieu. La religion a donc obligatoirement une dimension collective, et si elle ne dispense pas d'avoir une pensée et une recherche personnelle, elle exige de la confronter à la pensée des autres. A la limite le mystique pur sort de la religion, ce qui n'abaisse pas sa foi. Si l'on est d'accord là-dessus, autant les oukases des autorités ne sont pas acceptables, autant la liberté de chacun n'est pas de l'ordre de c'est mon choix. Les dogmes (pour parler comme tout le monde, il faudrait encore définir ce qu'est un dogme, il y en a très peu) sont le résultat d'une recherche de nos ancêtres et sont ainsi un substrat sur lequel nous asseyons nos recherches. Nous ne faisons pas table rase de la pensée antérieure et les autorités ont raison de nous rappeler cette pensée. Notre liberté de pensée est totale, y compris pour s'opposer à certaines vérités, mais c'est bien dans le fil d'une tradition que nous réfléchissons. Et cette opposition à des vérités, si elle advient, doit être confrontée à la pensée ou l'expérience des autres adeptes de notre religion. Ce qui est condamnable est l'interdiction de penser, directe ou plus souvent insidieuse, comme dit Bidar il y a tous ceux qui croient être libres alors qu'on a enfermé leur pensée dans un carcan. L'autorité a pour rôle de rappeler le point où en est arrivée la religion et ce qu'elle croit à présent, mais sans fermer la recherche ou la discussion. Il faudrait reprendre la critique de la notion de sacré (J. Ellul a écrit des choses intéressantes là-dessus) : l'homme s'est donné du sacré qui fait des tabous et interdit de penser. Le sacré est au service du pouvoir. Reste aussi toujours derrière cela la liberté absolue de quitter la religion (ce qui ne signifie pas toujours de renoncer à la foi) lorsque notre recherche nous met en opposition frontale avec le fondement de ce que croient les autres adeptes. On peut ne plus croire à la Résurrection, mais alors on sort du christianisme, ce qui ne signifie pas qu'on perde notre relation de foi avec Dieu. Mais en restant dans le christianisme, on peut débattre avec les autres, étudier les Pères pour éclairer ce que signifie le concept de Résurrection et arriver à un accord minimal qui permet encore de célébrer ensemble. Bref je défends comme Bidar la liberté absolue de m'opposer à ce que prône ma religion, mais en étant cohérent et en la quittant, et la liberté absolue de réfléchir en m'appuyant sur toute une tradition et en débattant avec les autres pour éclairer ce que prône la religion, voire le modifier ou le contrer. Le texte de Tocqueville est un plaidoyer pour la laïcité plein de bon sens. Par essence la religion devrait s'adresser à tous les hommes et donc éviter de se faire prendre par tel ou tel parti (politique ou autre). Mais ses considérations sur la religion me laissent perplexe et tout n'est vraiment pas clair pour moi. La religion serait au cœur de tout homme parce que les hommes ont besoin d'espérer un avenir meilleur. Oui, mais est-ce cela la religion qui nous intéresse? Je parlerais plutôt du sentiment religieux, pas loin de l'illusion bienfaitrice. Devant le drame humain l'homme s'invente un salut dans l'au-delà. Justement les Lumières se sont attaqué à ce type de croyance qu'elles ont taxée d'obscurantiste. La religion ainsi définie, si elle a apaisé les hommes, a permis aussi aux puissants de les dominer car l'avenir radieux étant promis, ce qui se passait sur terre n'avait plus beaucoup d'importance. On comprend les fureurs d'un Voltaire ou d'un Diderot. Que la religion s'éloigne des pouvoirs en place pour garder son universalité, c'est bien, mais très utilitariste. Il y a bien d'autres motifs de laïcité, entre autres l'illégitimité d'imposer des lois qui sont issues de ce que nous croyons mais qui n'est pas partagé par les autres (j'insiste sur le mot imposer). Les lois doivent être fondées sur l'accord général d'une société sur ses valeurs, sa conception de l'homme. Elles sont alors résultat de compromis divers, mais ne peuvent pas l'être d'oukases brandis au nom d'un Dieu qui se trouve dans l'au-delà. On pourrait égrener d'autres motifs. Du côté de la foi, je suis aussi gêné par le discours de Tocqueville. La foi doit être incarnée, la religion ne nous éloigne pas de ce qui se passe sur terre, elle ne peut pas l'ignorer (vous êtes le sel de la terre, pas du ciel!). Donc si la religion doit renoncer au pouvoir, et c'est un grand progrès quand cela se passe, elle doit en même temps se préoccuper de tout ce qui est terrestre. Nous ne connaissons d'ailleurs Dieu qu'à travers l'expérience humaine, par des témoins humains. La pureté de la religion décrite dans le texte est une pureté sans bras. La religion ne doit avoir aucun pouvoir terrestre, mais les hommes, animés par leur foi, doivent totalement s'engager et en ce sens la religion pourrait avoir un grand pouvoir : si tous les hommes s'aimaient comme le Christ le demande, la face de la terre en serait changée, mais ce n'est donc pas du même pouvoir qu'on parle. Je pense cette question très difficile : nous ne savons pas ce que notre religion personnelle, notre foi intime, dirige dans nos engagements de tous les jours. D'ordinaire nous n'agissons pas au nom de notre foi, mais elle est pourtant bien présente dans toutes nos actions, elle fait partie de nous, tout comme notre réflexion. Finalement, tout-à-fait d'accord sur la nécessaire séparation de l’Église et de l’État, sur la laïcité qui ôte tout pouvoir aux Églises dans la société. Mais en parallèle nécessité d'un engagement total des adeptes des religions dans le monde : ils travaillent à le transformer sans renoncer à leur foi, elle doit être présente à toute leur action.
-MM : Je constate un très large accord sur le texte de Bidar. Il faut en effet insister que dans tous les cas de figure, l’apostasie doit être une liberté totale. C’est une condition nécessaire de toute forme de laïcité. Et évidemment de sortir ou non de la foi, qui est une prérogative individuelle (sortant donc du champ de la laïcité, qui – j’y insiste car je constate souvent des approches erronées – est un principe d’organisation collective, une manière de vivre ensemble, et non une posture individuelle.) Par contre, il y a un point sur lequel le texte de Bidar m’a surpris, mais sur lequel vous allez encore plus loin, et donc sur lequel je suis en désaccord assez radical avec vous, c’est la question du sacré. L’affirmer comme vous le faites qu’il est « au service du pouvoir » me paraît adopter implicitement une définition très réductrice du sacré. Précision préalable (mais indispensable) : le sacré ne se confond pas avec la religion, il en déborde historiquement, socialement, politiquement…. (et donc lui aussi sort du champ de la laïcité). Le sacré n’interdit pas de penser, car il n’est pas de l’ordre de la pensée, mais de celui du cœur, de la partie émotive du consensus social ce sur quoi on se rassemble (et qui – oui - génère des interdits parce qu’il pose des valeurs dépassant celles de l’individu). Ce n’est pas (toujours) le pouvoir qui fabrique le sacré, mais la société, par son histoire, par ses activités collectives, qui le génère. Le sacré ne vient pas forcément « d’en haut », il peut venir « d’en bas » (il y a beaucoup de sacré dans les traditions ouvrières, comme dans les traditions paysannes…). Bref… il me faudrait des pages pour approfondir. Je dirais simplement qu’on peut concevoir une société sans religion mais jamais une société ne « tiendra » sans sacré… Pour Tocqueville… je suis aussi plutôt d’accord. C’est vrai que son approche est utilitariste (et c’est le cas de beaucoup d’autres analyses de Tocqueville). Mais il ne faut pas lui faire dire plus que ce qu’il dit. Il ne parle que de cette « utilité » sociale de la religion, sans chercher à disséquer les ressorts de la foi individuelle, qu’il ne fait qu’effleurer (avec ce refus de la finitude…). Je ne crois pas non plus qu’il préconise qu’elle se détache des objectifs terrestres mais qu’elle doit se détacher des objectifs politiques, éphémères…. Et à l’époque des fondamentalismes que nous vivons, il me semble que ce message est essentiel. Les considérations de la fin de votre texte sont très profondes. (et débordent manifestement de la question du commentaire de Tocqueville). Est-ce que la foi oriente l’action du croyant, même à son insu ? Peut-être. Mais je revendique alors la possibilité que d’autres forces que la religion peuvent orienter le non croyant (que je suis !) dans le même sens… Et que de la même façon, ces forces restent – au moins en partie – mystérieuses….
-MD : Sur le sacré je ne m'oppose pas tellement à vous, et je suis d'accord pour dire qu'il n'y a pas de société sans sacré, et que ce n'est pas le pouvoir qui le génère d'habitude. Mais je pense que le pouvoir l'utilise à son service, et j'ai aussi bien peur qu'il (le sacré) interdise souvent de penser. L'intouchable devient l'indiscutable... Enfin bien d'accord avec vous, si la foi oriente l'action du croyant, le non-croyant lui aussi est inspiré par d'autres forces (je ne trouve pas d'autre mot, mais il ne me convient pas vraiment) et croyants et non-croyants peuvent aller dans le même sens, j'en fais l'expérience tous les jours dans mon action. Je me sens en phase avec les incroyants que je côtoie souvent bien mieux qu'avec les croyants!!!
15/11/2023
Échanges paysans : dynamiques de circuits-courts locales et translocales
Cet article fait état des progrès réalisés depuis l’article de Benoit Roustang «Relocalisation en Hautes Alpes;» paru dans l’ECCAP en 2017.
Dix ans après les premières livraisons, en octobre 2013, la plateforme de circuits courts Échanges paysans (EP05), à Gap a «bien grandi», dans tous les sens du terme : des clients professionnels, cantines scolaires, hébergements touristiques, qui se sont multipliés et des producteurs plus nombreux également. Les flux représenteront en 2023, 240 tonnes de fruits, légumes, produits laitiers, viandes, épicerie, issus de l'agriculture locale pour un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros. A noter que depuis le départ, cette démarche de circuits courts s'est associée avec le partenaire national Biocoop restauration pour proposer aux restaurateurs, des gammes 100% AB complémentaires. Le fonctionnement s'est structuré grâce à une équipe de 9 salariés. Et le modèle économique est sain, puisque l'entreprise dégage un petit résultat positif, hors subvention, chaque année. L'intégration de nouveaux producteurs s'est poursuivie avec deux engagements éthiques forts : matières premières issues de l'agriculture locale et juste rémunération des paysans, y compris dans les situations de transformation par des artisans, fromagers, bouchers.
Avec le recul, nous pouvons témoigner que le chemin pour lancer et pérenniser cette démarche était étroit mais qu'elle répond à de réels besoins du territoire : soutien aux agriculteurs et filières, environnement, emploi...
Illustrations de notre contribution au changement de cap
L'illustration qui vient en premier pour montrer la contribution aux enjeux du territoire, est celle de la filière lait. Le bassin de production du lait de vache régional est concentré dans nos vallées de montagnes, à commencer par la vallée du Champsaur, point de départ d'Échanges paysans. A sa création, le collectif avait compris que la consommation locale et régionale pouvait soutenir cette filière, qui vivait en plein paradoxe : des conditions de production contraintes par l'altitude et des éleveurs dépendant de collecteurs industriels nationaux imposant une rémunération du lait, très insuffisante. Échanges paysans s'est donc engagé dans la commercialisation des fromages et yaourts locaux vers les cantines scolaires, qui étaient peu touchées, alors. En 2023, c'est plus de 400 000€ qui sont réalisées sur cette famille de produits. En sélectionnant les fromageries, qui par leur transformation locale apportaient une meilleure rémunération aux éleveurs, une forme de partage de la valeur ajoutée, EP05 s'est inscrit dans une dynamique vertueuse. Cette vague de relocalisation de la filière, a d'ailleurs été bien au-delà de nos espérances. Car le mouvement profond de renouveau de l'intérêt des consommateurs pour les produits locaux a été général et s'est appliqué dans les points de vente des fromageries, dans les grandes surfaces, les marchés, les magasins de producteurs... Sur une filière dont la production est très largement inférieure à la consommation régionale, l'effet est marquant et a permis une complète recomposition : la totalité du lait est désormais transformé localement et bénéficie d'une rémunération améliorée. EP05 aura été un des précurseurs dans cette perception de l'opportunité et un des acteurs de sa mise en œuvre.
Pour servir cette « mission », le collectif Échanges paysans a eu une approche ouverte et maligne des différentes échelles du territoire: vallées, départements, région. Dans un monde imprégné de compétition, où les politiques des collectivités s'arrêtent souvent à des frontières administratives, nous avons réuni les acteurs des vallées du Queyras, Champsaur ou Ubaye et travaillé en coopération avec des partenaires commerciaux régionaux. Cette logique s'est imposée pour des aspects commerciaux et logistiques de proximité. C'est avec la Plate-forme Paysanne Locale de Marseille, qui alimente des épiceries paysannes et restaurants de la métropole, que nous avons démarré ce genre de partenariat. Mêmes valeurs dans nos deux collectifs, nous pouvions naturellement articuler nos circuits courts, sans sur-marger, sans rapport de force. Cette logique de commerce coopératif s'est encore déployée lors de la création de la plateforme régionale 100% AB, Manger Bio en Provence. Pour accélérer la valorisation des productions AB, maîtrisée par les producteurs, nous avons cofondé cette nouvelle organisation qui réunit le panier régional Bio (fruits, légumes, fromages, viandes...) et le valorise auprès des grands acteurs de la restauration collective régionale : villes, sociétés de restauration. En contribuant à cette création, nous avons à la fois augmenté nos débouchés, démultiplié la relocalisation, poussé les liens solidaires entre filières et territoires régionaux. Alors que, à priori, cette initiative pouvait apparaître comme concurrente.
Parmi les autres grandes étapes récentes d’Échanges paysans, il y a eu la transformation en SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) en décembre 2021. Prévue depuis le départ, elle a permis une véritable appropriation de la coopérative par les producteurs qui sont détenteurs de la plus grande partie des parts sociales. Fortement soutenu par des citoyens depuis le départ, EP05 dispose maintenant d'une gouvernance plus «mature» réunissant un collège producteurs (40% des votes), un collèges partenaires (20%), un collège client (20%) et un collège salariés (20%). Ce passage a été incontestablement réussi.
Perspectives
Il subsiste, de mon point de vue, un manque sur une réflexion collective renouvelée du projet coopératif, ses valeurs, son projet politique. D'un côté les membres du collectif ont évolué, nouveaux producteurs, nouveaux salariés, même si le noyau initial subsiste, et d'autre part l'environnement extraordinairement chaotique de notre société actuelle. Tous deux nous imposent de revisiter les enjeux et notre stratégie. C'est d'autant plus vrai pour une structure commerciale dont le développement ou la gestion pourraient facilement prendre le pas sur le sens commun du projet. Pour maintenir notre identité, et même nos atouts commerciaux, nous devons conserver la logique d'un commerce qui est au service du territoire et qui n’est pas une fin en soi. Cela passe par le maintien d'une forte proximité avec les producteurs et la compréhension des enjeux agricoles et alimentaires du territoire. On peut rester confiant dans la capacité du collectif dans sa diversité à s'engager sur ce chantier nécessaire. Il pourrait probablement être enrichi par des échanges avec des partenaires locaux, à commencer par les acteurs publics ou le réseau de l'ESS local, dont nous sommes très proches. D'ailleurs avec eux, nous avons ouvert depuis le Covid en 2020, un nouvel axe de travail en fournissant les associations d'aide alimentaire. D'autres perspectives nous attendent aussi dans les Alpes-de-Haute-Provence, où nous étendons nos actions.
Depuis la création d’Échanges paysans notre intention de « médiation commerciale d’intérêt territorial » a rencontré la question des Communs. Même modestement ces allers retours avec la recherche stimulent nos réflexions.
28/01/2017
Ecole - Une idée folle, un film de Judith Grumbach
Notes
1- On peut éEcouter en replay dans le 6/9 de France Inter le 12 mars 2017, l’interview de Judith Grumbach sur son film à 7 heures 22, à la 82ème minute de l’émission : quel rôle pour l’école du XXIème siècle ?
02/03/2018
Empreinte écologique selon WWF/Marin Harvey.
Empreinte écologique selon WWF/Marin Harvey.
28/01/2017
Enseignement de l’histoire: interview par Marie Guenet de l'académicien Pierre Nora,
Interview par Marie Guenet de l'académicien Pierre Nora, historien, directeur des sept volumes Les Lieux de mémoire. Interview parue dans le JDD du 3 mai 2015.
Les nouveaux programmes d'histoire soulèvent des polémiques. Y a-t-il des raisons de s’inquiéter ?
Ces programmes portent à l'évidence la marque de l'époque : une forme de culpabilité nationale qui fait la part belle à l’I’islam, aux traites négrières, à l'esclavage et qui tend à réinterpréter l'ensemble du développement de l’Occident et de la France à travers le prisme du colonialisme et de ses crimes. Faire de l'humanisme et des Lumières un thème facultatif, alors qu'il est central, est à cet égard très significatif. Du coup, les critiques les plus violentes viennent des tenants de ce que l'on appelle le « roman national ». Et pourtant le récit historique, presque mythologique, destiné à former naguère des citoyens et des soldats ne tient plus.
La ministre traite les détracteurs de « pseudo-intellectuels »... Je lui laisse la responsabilité de pareilles expressions.
Certains estiment que les nouveaux programmes privilégient l'étude de l'islam - obligatoire en cinquième- au détriment du christianisme...
Ces reproches sont abusifs. Les élèves apprennent chronologiquement le judaïsme et le christianisme en sixième, en étudiant l'Antiquité. Et ils enchaînent avec l'islam et le début du Moyen Âge en cinquième. La place des différentes religions ne change pas par rapport à 2008. Ce que je reproche aux nouveaux programmes est bien plus grave...
Que reprochez-vous à ces programmes ?
L'ensemble manque de cohérence. Il aurait fallu une déclaration d'orientation intellectuelle et politique nette et claire. Les programmes ont une bonne inspiration : le retour à la chronologie, mais à l'intérieur d'une mosaïque de thèmes, qui ne forment pas une unité dynamique. Je ne jette pas la pierre au Conseil supérieur des programmes. Cette absence d'orientation reflète la crise identitaire que traverse la France, une des plus graves de son histoire. C'est l'expression d'une France fatiguée d'être elle-même, d'un pays qui ne sait pas trop où il va et ne sait donc pas dire d'où il vient.
Que proposez-vous ?
Je proposerais une orientation claire : expliquer ce que la France a apporté à l'Europe et au monde et, inversement, ce qu'elle a reçu de l'Europe et du monde. Le cadre chronologique pourrait reprendre les identités françaises successives : féodale, royale, monarchique, révolutionnaire, nationale, républicaine, et aujourd'hui démocratique. On mettrait l'accent sur ce que notre pays a apporté de singulier au reste du monde : par exemple les cathédrales, l'élan chrétien, ensuite et surtout le modèle de l'Etat-nation, l'absolutisme monarchique dans ce qu'il a de glorieux - Versailles, le Roi-Soleil... - et de niveleur pour les minorités nationales, les Lumières, la langue française qui a régné sur l'Europe du XVIII' siècle, les droits de l'homme, l'expérience révolutionnaire dans ce qu'elle a de positif et de négatif, une littérature extraordinaire, l'expérience coloniale avec ce qu'elle a pu également apporter au monde, y compris des armes pour s'affranchir...
Si des sujets comme « Sociétés et cultures au temps des Lumières » ou « Une société rurale encadrée par l'Église » restent facultatifs, ne risque-t-on pas de mettre à mal l'unité de l’enseignement ?
La vraie unité à trouver me paraît plutôt d'articuler la France avec l'Amérique, l'Afrique, la Chine... Laisser une certaine liberté aux professeurs est une bonne chose, à condition qu'elle ne veuille pas dire : en fonction de vos partis pris, politiques et idéologiques, faites ce que vous voulez. À quoi sert l’histoire ? Elle doit être à la fois utile et plaisante. Utile parce qu'elle permet, de nous définir à partir de ce que nous ne sommes plus. Plaisante parce qu’elle doit être incarnée, aussi vivante que possible. L’histoire est au collectif ce que la mémoire est à l’individu. Si vous perdez la mémoire, vous perdez vos repères…
Si vous deviez retenir cinq thèmes à enseigner en histoire au collège…
Je déclinerais le thème de la continuité et de la rupture. La France est le plus ancien Etat-nation du monde : qu’est-ce que cela veut dire ? Dans cette continuité, notre pays a connu de grandes ruptures : royauté absolue, révolution française. La plus grande est celle que la France a connu dans les années 1970 et 1980 et qui l’a fait passer d’un modèle de nation paysanne, chrétienne, étatiste, souveraine, à un autre qui se cherche dans la douleur. A cette métamorphose s’est ajoutée une immigration forte qui n’est pas l’élément principal de la crise, mais en est l’accélérateur.
En lisant l’ensemble des programmes, avez-vous d’autres inquiétudes ?
Pour le français. On a beaucoup moqué le jargon ridicule qui paraît inspirer ces nouveaux programmes. Cette question peut paraître marginale, elle est en fait centrale. Enseigner le français dans toutes les disciplines est excellent. Mais il faut en finir avec cette langue anémiée et caricaturale comme avec cet apprentissage du français tragiquement réduit à l’analyse textuelle, qui règnent depuis trente ans.
Certains déplorent que le programme de français ne fasse pas référence aux auteurs.
L'important n'est pas là. En réalité, pour l'étude du français, tout se joue avant le collège. Un enfant qui entre en sixième en disposant de 100 mots ou de 1.000 a déjà son avenir scolaire, social et intellectuel plié.
Que pensez-vous de la réforme du collège qui donne plus de place à l'interdisciplinarité ?
À l'école primaire, les élèves ont en général un professeur. Quand ils arrivent en sixième, ils sont fortement dépaysés par la pluralité des disciplines. L'idée de créer des passerelles peut être bonne. Mais travailler ensemble est tellement contraire aux habitudes des professeurs…. Il faudra cinq ans pour y arriver. Croire que ces mesures s’appliqueront à la rentrée 2016 est utopique.
Des programmes sur trois ans, est-ce une bonne idée ?
Cette réforme, organisée par cycles de trois ans, peut dissimuler l'intention de faire disparaître les redoublements. Je suis contre cette suppression. Faire passer tout le monde d'une classe à l'autre me paraît très inquiétant car la sélection se fait en bout de course, et vous risquez de niveler par le bas. Il faut casser l'idéologie de l'égalité formelle, car elle accentue l'inégalité réelle.
Que pensez-vous du débat sur l'enseignement des langues anciennes ?
Je ne sais pas où en est le débat. Il me semble évident qu'il faut garder le latin et le grec en option pour ceux qui veulent les apprendre. Cela dit, je ne crois pas que l'enseignement du latin soit indispensable à l'intelligence de la langue française, d'autant plus qu'il repose sur la connaissance d'une grammaire désormais sacrifiée. S'il est indispensable de comprendre l'apport de l'Antiquité grecque et latine à la civilisation, on peut lire Homère ou L'Enéide en français. D'ailleurs, je ne suis pas sûr que les élèves de licence sachent lire Lucrèce et Tacite dans le texte. J'en suis un vivant exemple !
12/09/2017
France d’en haut, France d’en bas. Selon Christophe Guilluy
Par ECC (GR) Septembre 2017 Christophe Guilluy a publié : « Le crépuscule de la France d’en haut » en septembre 2016, chez Flammarion. Deux autres livres l’ont précédé : « Fractures françaises » et « La France périphérique » (Champs 2013 et 2015). Dans son dernier livre, il reprend le concept de France périphérique, il explique pourquoi ses analyses sont souvent rejetées et enfin comment la domination de la France d’en haut est aujourd’hui fragilisée. Guilluy refuse de limiter la question sociale aux banlieues des grandes villes, ce qui ethnicise l’origine de nos difficultés, il prend en compte une fracture beaucoup plus large entre la France d’en haut et la France d’en bas qui comprend à la fois les pauvres (généralement définis en France comme ceux qui disposent d’un revenu inférieur à 60% du revenu médian) et les populations fragilisées par la mondialisation économique. « Piloté par une petite oligarchie (les riches, la banque) (note 1)le système capitaliste tient parce qu’il est soutenu par une importante classe supérieure et intellectuelle qui bénéficie des effets de la mondialisation et de la métropolisation. Ce sont ces catégories, cette nouvelle bourgeoisie (de droite comme de gauche), qui portent et soutiennent les choix économiques et sociaux de la classe dominante détentrice du capital économique et/ou culturel » (137). Dans cette France d’en haut, on retrouve des gens de droite (Juppé à Bordeaux) ou de gauche (Collomb à Lyon) qui tiennent à l’occasion un langage critique de façade contre la finance. Dans les partis politiques de gouvernement, d’avant la vague Macron, ceux qui auraient pu représenter les intérêts des classes populaires n’ont pas voix au chapitre. Les élus locaux conscients des difficultés sont sans pouvoir dans leur propre parti. C.Guilluy oppose les quinze métropoles principales dans lesquelles vit la France d’en haut, où se trouvent les emplois très qualifiées et d’avenir, à la France périphérique. On trouve 40% de la population française dans les premières et 60 % dans la seconde. Bien sûr il y a des catégories populaires et des pauvres dans les métropoles mais elles sont minoritaires.
Les classes populaires pourtant majoritaires en France sont devenues minoritaires dans les métropoles car elles en ont été progressivement exclues par le prix des logements dans le parc privé. « Les classes populaires ne vivent plus là où se créent l’emploi et la richesse mais dans une « France périphérique » de plus en plus fragile socialement » (45). Quand les villes étaient industrielles, les ouvriers et catégories modestes pouvaient se loger dans le parc privé. Aujourd’hui « le marché de l’emploi, tourné vers des secteurs demandeurs d’une main d’œuvre très qualifiée, n’a plus besoin des catégories modestes, sauf dans quelques secteurs des services, du BTP ou de la restauration » (36) ce qui justifie le maintien d’un parc de logements sociaux structurellement minoritaire dans les métropoles où se concentrent les immigrés peu qualifiés. « Ce parc de logements où se concentrent les flux migratoires est évité par les classes populaires traditionnelles » (39). Quand on parle de péri-urbain, il est important de distinguer un « périurbain choisi » peuplé de catégories supérieures (les Yvelines par exemple) et un « périurbain subi » où se concentrent des catégories modestes (en Seine et Marne). Les clivages sociaux entre la France d’en haut et les classes populaires s’accentuent du point de vue des revenus. Selon le « Rapport sur les inégalités 2015 » de l’Observatoire des inégalités, entre 2008 et 2012 les cadres supérieurs ont gagné 300 euros de revenus supplémentaires quand les ouvriers et employés en ont perdu 500, et depuis 2012 la situation s’est encore aggravée. De même les clivages s’accentuent en ce qui concerne la vulnérabilité au chômage qui touche les ouvriers et les employés beaucoup plus que les cadres. C.Guilluy parle de « guerre des représentations ». Dans sa polémique avec un journalise du Monde il reproche à celui-ci de « réaffirmer la représentation dominante qui divise la société française entre les populations exclues des banlieues des métropoles et les autres territoires (du périurbain au rural) peuplés d’une classe moyenne intégrée » (156), il critique le mythe d’une classe moyenne majoritaire repris « par l’ensemble des médias et la quasi-totalité du monde universitaire » (142) En déguisant les classes supérieures en classe moyenne , on confond classes supérieures et classes populaires ce qui contribue « à l’invisibilité d’une majorité des classes populaires ». Selon cette représentation, ce sont seulement les pauvres des quartiers populaires issus de l’immigration qui sont à l’écart des bénéfices de la mondialisation. « Cette représentation permet opportunément aux classes supérieures d’évacuer la question sociale au profit d’une question ethno-culturelle », comme si l’on voulait circonscrire la question sociale aux seules banlieues. « Inversement, la description d’une France périphérique, celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales où vit la majorité des classes populaires (donc de la population) rend visibles les perdants de la mondialisation » (143).
Il est intéressant de noter à cet égard que d’après l’enquête annuelle « Fractures françaises » réalisée en 2016 par IPSOS, près de 60% des français considèrent la mondialisation comme une menace, alors que les classes supérieures concentrées dans les métropoles y voient une opportunité, c’est le cas de 62% des cadres, mais seulement de 24% des employés et de 36% des ouvriers. La France périphérique majoritaire existe bel et bien, même si l’on veut la faire disparaître des écrans radars pour camoufler l’échec du modèle économique de la mondialisation. Dans sa polémique avec des journalistes du Monde et de Libération, l’auteur souligne qu’il ne faut pas confondre « classes populaires » et « pauvres ». Les pauvres ne sont qu’une fraction des classes populaires dont beaucoup sont légèrement au-dessus du seuil de pauvreté, fragiles et pouvant basculer rapidement dans la pauvreté. L’indice de fragilité, qui a été conçu avec le géographe Christophe Noyé pour qualifier la fragilité sociale des territoires, est construit à partir d’une série d’indicateurs concernant le rapport à l’emploi (chômage, CDD, intérim…), au logement (propriétaires occupants disposant de faibles moyens…), aux revenus. Pour C.Guilluy, la typologie de l’INSEE, qui divise le territoire entre zones urbaines et zones rurales, permet de représenter des densités de population mais pas de décrire une réalité sociale. « Tous deux « urbains », le bobo parisien et l’ouvrier de Dunkerque ne vivent assurément pas dans la même société. En revanche l’ouvrier de Dunkerque partage avec le rural du département de l’Orne une même vision des effets de la mondialisation, une même insécurité sociale » (145). L’INSEE définit les grandes aires urbaines comme celles comprenant 10 000 emplois cela concerne 241 agglomérations et 83% de la population française. On y trouve les plus grandes agglomérations (Paris, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille…) aussi bien que Guinguamp, Figeac, Bar-le-Duc etc. etc. Autrement dit C.Guilly demande quand on discute de ses travaux que l’on ne confonde pas grandes aires urbaines et la quinzaine de métropoles qui retiennent son attention.
Depuis le referendum européen de Maastrich en 1992, « la véritable bipolarisation oppose désormais…les gagnants (ou les protégés) de la mondialisation aux perdants, la France des métropoles à la France périphérique » (85). Ce clivage n’est pas spécifique à la France et il s’impose sous différentes formes à l’ensemble des pays développés. Depuis le début des années soixante-dix, les classes populaires ont été « reléguées dans les territoires les moins connectés à l’économie monde ». « Ce grand basculement, qui aligne la France sur les normes libérales des sociétés anglo-saxonnes, n’est pas assumé par la classe politique » (87). La sortie des classes populaires de la classe moyenne est achevée, pourtant on continue de « maintenir le mythe d’une classe moyenne majoritaire, afin d’occulter l’émergence des nouvelles catégories populaires précarisées » (127). Le titre du livre « Le crépuscule de la France d’en haut » se justifie dans la mesure où l’auteur considère que la France périphérique n’est plus complètement invisible (149) et surtout que les classes dirigeantes ne sont plus légitimes. La France d’en bas ne croit plus aux discours des hommes au pouvoir, il suffit de voir la montée des abstentions aux élections ou les votes en faveur du F.N. Mais ceux qui détiennent le pouvoir se prévalent d’une supériorité morale en réduisant toute critique des effets de la mondialisation à un repli craintif, ou à de fâcheux penchants racistes et fascisants. « De Bernard-Henri Lévy à Pierre Bergé, des médias (contrôlés par des multinationales), du Medef aux entreprises du CAC 40, de Hollywood à Canal Plus, l’ensemble de la classe dominante se lance dans la résistance de salon » (172) au fascisme. Cette opposition au F.N. oublie que « ce n’est pas le Front national qui influence les classes populaires mais l’inverse. Le F.N. n’est qu’un symptôme d’un refus radical des classes populaires du modèle mondialisé. L’antifascisme de salon ne vise pas le FN, mais l’ensemble des classes populaires qu’il convient de fasciser afin de délégitimer leur diagnostic » (174). Faute de mettre en question le modèle de la mondialisation qui n’est pas durable, qui ne fait plus société, la classe dominante qui « est en train de perdre la bataille des représentations » (178) peut être tentée d’exclure les catégories modestes du champ de la démocratie. « Quand Alain Minc déclare (dans Marianne du 29 juin 2016) que le Brexit, « c’est la victoire des gens peu formés sur les gens éduqués » ou lorsque Bernard-Henri Lévy (dans Le Monde du 26 juin 2016) insiste sur la victoire du petit sur le grand, et de la crétinerie sur l’esprit » « la volonté totalitaire des classes dominantes se fait jour » (179). Elles « semblent de plus en plus tentées par l’option d’un totalitarisme soft » (247) Si l’auteur parle du crépuscule de la France d’en haut c’est parce qu’elle soutient un modèle qui n’est pas durable. Dans son livre « La France périphérique » il considérait par exemple que « la mobilité pour tous est un mythe » que la mobilité de l’avion au TGV et à la fréquentation des autoroutes, que le monde nomade c’est celui des gagnants de la mondialisation. Au contraire la société populaire est attachée à son territoire, et « la sédentarisation des classes populaires apparaît comme un contre modèle à celui des élites, un modèle où les contraintes économiques sont fortes, mais qui, lui, est socialement et écologiquement « durable » » (231).
Mais si C.Guilluy est convaincant quand il écrit : « De la banlieue à la France périphérique c’est l’ensemble des milieux populaires qui s’affranchit d’un système politique, syndical et médiatique » ou lorsqu’il parle du « processus de désaffiliation culturelle définitif des classes populaires de ce monde d’en haut » (183) autant on a du mal à voir en quoi les classes populaires portent « l’ébauche d’une contre-société en tout point contradictoire avec le modèle économique et sociétal des classes dominantes » (181). On aimerait mieux comprendre ce que signifient certaines affirmations selon lesquelles « les classes populaires prennent en charge la réalité» (203), ou « les classes populaires n’ont pas d’autre choix que celui de résister à l’ordre dominant en prenant en charge le réel » (245) ou encore comment la sédentarisation des classes populaires contribue « à l’émergence d’une contre-société spontanément tournée vers un développement local » (240).
- A propos de l’oligarchie, voici ce que disait Boris Vallaud collègue d’Emmanuel Macron à l’ENA et aujourd’hui député des Landes, à l’occasion d’une interview à Mediapart du 22 juillet 2017. A la sortie de l’ENA dit-il : « Je n’ai pas choisi le même boulot (que Macron), j’ai choisi d’être dans les territoires ». En effet Vallaud a travaillé en préfecture puis a été collaborateur d’Arnaud Montebourg en Saône et Loire. Il dit :« je n’ai remis les pieds à Paris qu’après 10 ans. Et, ce qui m’a frappé en y revenant c’est de constater un entre-soi inimaginable, c'est comme si ce pays comptait 300 habitants… La France, c'est plus que ça. Alors, oui, il y a quelque chose aujourd'hui de « Bercy aux manettes » ». A Bercy siège du Ministère des finances, on trouve les inspecteurs des finances qui ne sont pas embauchés dans les banques (pas encore…). (Voir dans l’ECCAP l’article Régulation financière et pantouflage). Bien sûr il y a des inspecteurs des finances qui refusent le pantouflage.
20/10/2018
Il est encore possible de réanimer l’Union européenne. Collectif
ECC
[Ce texte est le fruit d’une discussion collective, tenue dans le cadre du colloque « Revisiter les solidarités en Europe », qui s’est déroulé les 18 et 19 juin au Collège de France.]
La construction européenne peut-elle encore échapper à la dislocation ?
Ni les désaveux électoraux répétés, ni la fracture économique entre pays de la zone euro, ni le renflouement par le contribuable de banquiers irresponsables, ni la descente de la Grèce aux enfers, ni l’incapacité à trouver une réponse commune aux flux migratoires, ni le Brexit, ni l’impuissance face aux diktats américains imposés au mépris des traités signés, ni la montée de la pauvreté, des inégalités, des nationalismes et de la xénophobie n’ont permis d’ouvrir à l’échelle de l’Union européenne (UE) un débat démocratique sur la crise profonde qu’elle traverse et les moyens de la surmonter.
Il est vrai qu’en l’absence d’espace public européen, la question des politiques de l’Union ne peut être débattue qu’au niveau des Etats membres. Or ce niveau national n’étant pas celui où ces politiques sont définies, on ne peut y débattre que du point de savoir si l’on doit la « supporter » telle qu’elle dysfonctionne, ou bien en sortir.
Albert Hirschman a montré que trois possibilités s’ouvrent aux membres d’une institution en crise ou en déclin : la prise de parole de ceux qui la critiquent pour la réformer (voice), la défection de ceux qui la quittent (exit) ou le loyalisme de ceux qui hésitent à la quitter ou la critiquer, même s’ils n’en sont pas satisfaits (loyalty). Les véritables organes dirigeants de l’Union européenne (Commission, Cour de justice, Conseil, Banque centrale) se trouvant hors de portée de voix électorale, les citoyens européens ont le sentiment d’être privés de voice et de n’avoir plus dès lors le choix qu’entre le loyalty ou l’appel à l’exit.
Les « débats » nationaux sur l’Union européenne se réduisent ainsi de façon caricaturale à une joute entre pro et antieuropéens. Tous ceux qui critiquent le fonctionnement de l’UE se trouvant qualifiés d’« anti », le nombre de ces derniers ne cesse de grossir et, avec eux, celui des partis ou des gouvernements adoptant vis-à-vis d’elle un point de vue ethnonationaliste.
« EXCLUANT TOUTE POSSIBILITÉ DE RÉFORMER DÉMOCRATIQUEMENT L’UE, LE FAUX DILEMME ENTRE EUROLÂTRES ET EURONIHILISTES NE PEUT CONDUIRE QU’À SA LENTE DÉCOMPOSITION »
Nous jugeons cette logique binaire mensongère et suicidaire. Il est faux qu’il n’y ait pas d’alternative que de soutenir aveuglément les institutions européennes ou bien de les rejeter entièrement. Excluant toute possibilité de réformer démocratiquement l’Union européenne, ce faux dilemme entre eurolâtres et euronihilistes ne peut conduire qu’à sa lente décomposition. Or, sans même évoquer les tensions et violences identitaires qui accompagneraient une telle décomposition, nous avons plus que jamais besoin de solidarités européennes pour faire face aux interdépendances des Etats dans des domaines tels que l’écologie, les migrations, les nouvelles technologies ou les équilibres géopolitiques dans le monde.
Notre propos n’est pas celui d’experts faisant la leçon aux peuples ou à leurs dirigeants. Il est celui de chercheurs d’opinions politiques diverses qui, étudiant le fonctionnement de l’Union européenne depuis différents Etats membres, partagent sur son fonctionnement un même diagnostic alarmant.
Trahison des valeurs
La raison première de la désaffection croissante pour l’Union européenne est le divorce entre les valeurs dont elle se réclame et les politiques qu’elle conduit. Ces valeurs sont celles proclamées par la Charte des droits fondamentaux, selon laquelle « l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité elle repose sur le principe de la démocratie et le principe de l’Etat de droit ». Leur trahison concerne au premier chef le principe de démocratie, mais il est aussi évident s’agissant du principe de solidarité.Le danger que la construction européenne faisait courir à la démocratie avait été dénoncé dès 1957 par Pierre Mendès France : « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » Les faits lui ont malheureusement donné raison.
En 2009, dans sa décision relative au traité de Lisbonne, la Cour constitutionnelle allemande a dénoncé à son tour en termes limpides le défaut de démocratie de l’UE. La démocratie, a-t-elle rappelé, est un régime dans lequel « le peuple peut désigner le gouvernement et le pouvoir législatif au suffrage libre et égal. Ce noyau dur peut être complété par la possibilité de référendums sur des questions de fond (…). En démocratie, la décision du peuple est au centre de la formation et de l’affirmation du pouvoir politique : tout gouvernement démocratique connaît la crainte de perdre le pouvoir en cas de non-réélection. » Rien de tel n’existe dans l’Union, qui ne connaît pas d’élections permettant à une opposition de se structurer et d’accéder au pouvoir sur un programme de gouvernement.
« Fédéralisme exécutif postdémocratique »
Dans un livre récent, un ancien membre de la Cour constitutionnelle allemande, l’éminent juriste Dieter Grimm, attribue ce défaut de démocratie à l’inscription dans les traités de choix de politiques économiques qui devraient normalement relever de la délibération (et de l’alternance) politique. Il résulte de cette « hyperconstitutionnalisation » qu’à rebours des valeurs et principes qu’elle proclame, l’Union est livrée à ce que Jürgen Habermas a nommé un « fédéralisme exécutif postdémocratique ».
Ce régime est celui qu’appelait de ses vœux dès 1939 l’un des théoriciens du néolibéralisme, Friedrich Hayek, selon lequel une fédération d’Etats fondée sur « les forces impersonnelles du marché » serait l’institution la mieux à même de mettre ces forces à l’abri des « interférences législatives » des gouvernements démocratiquement élus dans ses Etats membres (notamment en matière monétaire, sociale et fiscale), en dissolvant toute espèce de sentiment de solidarité, qu’elle soit sociale ou nationale.
« LA PRIMAUTÉ AUJOURD’HUI ACCORDÉE EN EUROPE AUX “FORCES IMPERSONNELLES DU MARCHÉ” CONDUIT À VOIR DANS LA SOLIDARITÉ UNE ENTRAVE, QUI DOIT ÊTRE ÉLIMINÉE OU RESTREINTE »
De fait, la corrosion des systèmes de solidarités, qu’il s’agisse des services publics, du droit du travail ou de la sécurité sociale, est l’un des effets les plus visibles de l’intégration européenne, et le premier facteur de sa désintégration. L’Union européenne trahit là aussi les valeurs dont elle se réclame, puisque la proclamation du principe de solidarité, étendu à la protection de l’environnement, a été l’aspect le plus novateur de la Charte des droits fondamentaux de l’UE.
Mais dès la fin des années 1990, divers auteurs (Joseph Weiler, Fritz Scharpf) avaient mis en évidence l’asymétrie à l’œuvre dans la construction européenne, entre, d’une part, sa capacité à démanteler les solidarités nationales au nom des libertés économiques et, d’autre part, son incapacité d’édifier des solidarités européennes assurant à cette construction légitimité politique et cohésion sociale. La primauté aujourd’hui accordée en Europe aux « forces impersonnelles du marché »conduit à voir dans la solidarité une entrave, qui doit être éliminée ou restreinte.
D’autant plus soumise aux lobbys qu’elle échappe au contrôle démocratique, l’Union européenne poursuit ainsi sa course au moins-disant social, fiscal et écologique entre les Etats. Ayant renoncé à édifier une « Europe sociale » et trahi sa promesse d’« égalisation dans le progrès des conditions de vie et de travail », elle a abaissé ses ambitions au niveau d’un « socle social », filet minimal de protection destiné à sauver de la noyade les naufragés de la « flexibilisation des marchés du travail » qu’elle promeut inlassablement.
La seule solidarité qui semble fonctionner efficacement en Europe est celle qui a permis de sauver, sans le réformer sérieusement, un système bancaire en faillite en l’inondant de liquidités, en transférant ses pertes sur les contribuables européens et en plongeant des pays entiers dans la misère. Sans qu’à aucun moment on semble n’avoir songé à demander des comptes à celle – Goldman Sachs – qui, dans le cas grec, avait contribué au maquillage des comptes publics. Il est vrai que nombre de dirigeants européens de premier plan sont issus de cette banque, qui s’est assurée en retour les services d’un ancien président de la Commission européenne.
Paix durable et justice sociale
Contrairement aux illusions néolibérales, aucune société humaine ne peut perdurer sans solidarité et sans autre projet commun que la compétition entre ses membres. Faute d’être instituées démocratiquement, les solidarités ressurgissent sur des bases identitaires, ethniques ou religieuses, ouvrant la voie aux démagogues et aux violences. Partout dans le monde, aux Etats-Unis comme en Inde, au Royaume-Uni ou dans les autres pays européens, ces démagogues imputent aux étrangers les injustices sociales sur lesquelles ils prospèrent, sans s’attaquer à leurs causes économiques, car ils partagent le même credo néolibéral que les partisans de « l’ouverture ».Réciproquement, ces derniers regardent l’attachement à la diversité des héritages historiques et culturels comme un archaïsme et promeuvent un monde uniforme et liquide, dont ils seraient les missionnaires inspirés.
« LE DÉTOUR ÉCONOMIQUE, QUI DEVAIT ÊTRE UN MOYEN DE RÉUNIFICATION POLITIQUE DE L’EUROPE, EST DEVENU SA FIN PRIMORDIALE »
L’expérience sanglante des deux guerres mondiales avait conduit la communauté internationale à affirmer à deux reprises, d’abord dans la Constitution de l’Organisation internationale du travail en 1919, puis dans la déclaration de Philadelphie en 1944, qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale ». Cette paix durable était aussi le but poursuivi par les fondateurs de la Communauté économique européenne.
Mais ils ont usé pour l’établir du détour de l’établissement d’un marché commun, censé faire advenir spontanément un « espace de liberté, de sécurité et de justice ». Ce détour économique, qui devait être un moyen de réunification politique de l’Europe, est devenu sa fin primordiale, et la consécration juridique tardive d’autres valeurs a échoué à ce jour à mettre l’économie au service de la société.
La question se pose donc de savoir si les principes de dignité, de démocratie et de solidarité consacrés par la charte et les traités sont de la poudre aux yeux, un maquillage juridique destiné à donner un visage humain aux « forces impersonnelles du marché », ou bien s’il est encore possible de canaliser ces forces, d’« encastrer » le marché dans la société européenne, en les subordonnant à ces principes. C’est cette question essentielle qu’il faudrait débattre durant les prochaines élections européennes. Nous voulons croire qu’il est encore possible de réanimer l’Union européenne en assurant la primauté des idéaux qu’elle proclame sur la dogmatique économique et monétaire qui la conduit à sa perte.
Une Europe des projets
L’UE ne retrouvera son crédit et sa légitimité que dans la mesure où elle s’affirme comme une Europe de la coopération plutôt que de la compétition. Une Europe prenant appui sur la riche diversité de ses langues et de ses cultures, au lieu de s’employer à les araser ou les uniformiser. Une Europe des projets, œuvrant à la solidarité continentale pour répondre aux défis – et à ceux-là seulement – qu’aucun Etat ne peut relever isolément. Cette solidarité doit s’exercer à la fois sur le plan interne, entre les Etats membres, et sur le plan externe, par des accords de coopération avec d’autres pays partageant des objectifs communs, à commencer par ses voisins les plus proches.Forte de son pouvoir de marché, l’UE est seule en mesure de lutter contre ce que Franklin Roosevelt nommait « l’argent organisé », de séparer les banques de dépôt et d’investissement et de limiter leur pouvoir de création monétaire. Elle seule peut imposer aux opérateurs économiques de toutes nationalités qui opèrent sur le continent des règles à la hauteur de la gravité des périls écologiques, de la flambée des inégalités, de la concurrence fiscale mortifère qui conduit à la dégradation des équipements et services publics et des infrastructures routières et ferroviaires. Elle seule peut créer un cadre juridique commun favorisant l’essor, entre les Etats et le marché, de l’économie sociale et solidaire, des biens communs et des multiples formes de la solidarité civile.
Dans le domaine technologique, elle seule est en mesure de soutenir des champions européens susceptibles de préserver les libertés publiques en luttant contre les monopoles aujourd’hui exercés par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), et demain par des entreprises chinoises. Elle seule pourrait se doter d’un parquet ayant les moyens de répliquer à l’imposition extraterritoriale du droit américain aux entreprises européennes.
Elle seule a les moyens de conclure avec les pays d’Afrique un partenariat stratégique qui, au lieu de les engager de force dans les impasses écologiques et sociales du néolibéralisme, leur permette de définir eux-mêmes les voies d’un développement durable fondé sur le meilleur de leur héritage culturel. Elle seule peut, sur cette base, répondre de façon équilibrée à la question migratoire, d’une part en ne cédant rien aux démagogues sur le respect intransigeant de la dignité et des droits des migrants et des demandeurs d’asile, et d’autre part en œuvrant à la réalisation du droit, que l’on soit sénégalais, italien, malien, tunisien ou grec, à vivre décemment de son travail sans avoir à s’exiler.
Approfondissement de la démocratie
Une telle refondation de l’Union sur les principes qu’elle proclame et les traditions constitutionnelles communes aux Etats membres a pour condition première non seulement une restauration, mais aussi un approfondissement de la démocratie à tous les niveaux – local, national et européen – de la délibération politique. Des idées très stimulantes ont été avancées en ce sens, telles celles de Michel Aglietta et Nicolas Leron, qui, revenant aux sources mêmes de la démocratie représentative (no taxation without representation), proposent de doter l’Union de ressources budgétaires propres (notamment par une taxation des transactions financières) allouées à des objectifs de développement durable fixés et contrôlés par le Parlement européen, et de rendre symétriquement aux Etats leurs propres capacités budgétaires, sans lesquelles leur vie démocratique est privée de substance.« SANS UNE TELLE RENAISSANCE DÉMOCRATIQUE, LES “ÉLITES DIRIGEANTES” CONTINUERONT DE SE COUPER DE LA VIE DES PEUPLES ET D’EN FAIRE LA PROIE DES DÉMAGOGUES »
Cette perte de substance affecte aujourd’hui par ricochet toutes les formes de démocratie locale et de démocratie sociale, dont les ressources sont asséchées par des gouvernements n’ayant d’autre boussole que la gouvernance par les nombres qui régit l’Eurozone. Ainsi que l’a souligné Etienne Balibar, ce n’est donc pas un retour ou une restauration des formes traditionnelles de la démocratie qu’il faudrait viser, mais une véritable renaissance de cette dernière à tous les niveaux de la vie politique. Sans une telle renaissance démocratique, les « élites dirigeantes » continueront de se couper de l’expérience infiniment riche et diverse de la vie des peuples et d’en faire la proie des démagogues.
Signataires :
Andrea Allamprese, professeur à l’université de Modène et Reggio Emilia Irena Boruta, ancienne professeur à l’université Cardinal Stefan Wyszynski à Varsovie, ancienne membre du comité de négociateurs pour l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne (1998-2001) Laurence Burgorgue-Larsen, professeure à l’école de droit de la Sorbonne Maria Emilia Casas Baamonde, ancienne présidente du Tribunal constitutionnel espagnol, présidente de l’Association espagnole de droit du travail et de la sécurité sociale Christina Deliyanni Dimitrakou, professeure à l’université Aristote de Thessalonique, secrétaire du Centre de droit économique international et européen Franciszek Draus, chercheur en sciences politiques Gaël Giraud, directeur de recherche au CNRS Ota de Leonardis, professeure à l’université de Milano Bicocca, directrice du Centre de recherche en sociologie de l’action publique Sui Generis Paul Magnette, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles, ancien ministre-président de la Wallonie Alexandre Maitrot de la Motte, professeur à l’université Paris-Est Créteil Antonio Monteiro Fernandes, professeur à l’Institut universitaire de Lisbonne Ulrich Mückenberger, professeur émérite à l’université de Hambourg, directeur de recherche à l’université de Brême Béatrice Parance, professeure à l’université Paris-VIII-Vincennes Saint-Denis ;Etienne Pataut, professeur à l’école de droit de la Sorbonne Alain Supiot, professeur au Collège de France (chaire Etat social et mondialisation : analyse juridique des solidarités) Claude-Emmanuel Triomphe, conseiller du Haut-Commissaire à l’engagement civique français Fernando Vasquez, ancien membre de la direction des affaires sociales de la Commission européenne, consultant en affaires européennes.
27/01/2017
Inégalités insupportables
02/11/2022
Intentions et engagements partagés vers un archipel des confluences ?
Intentions et engagements
Notre raison d’être
Un nom provisoire et des premières confluences
Nous sommes prêts à composer un premier équipage et à y accueillir des bonnes volontés dans chaque port.
Pour faire quoi ?
Comment ?
Premiers engagements
A Sète, qui prend la mer ?
Venez nous rejoindre en nous contactant sur
Notes
20/10/2018
La démocratie et l’argent selon Julia Cagé
Dans son dernier livre Le prix de la démocratie (Ed. Fayard), Julia Cagé soutient, chiffres inédits à l’appui, que l’argent a un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Pire : l’Etat subventionne davantage les orientations politiques des plus aisés, favorisant ainsi les partis de droite. Les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches.
Après avoir étudié le financement des médias (Sauver les médias, Le Seuil, 2015), l’économiste, professeure à Sciences-Po Paris, poursuit son exploration des ressorts et des inégalités de notre système représentatif. A partir d’une base de données inédite des financements publics et privés de la vie politique, aux Etats-Unis, en France ou ailleurs en Europe, elle démontre dans son dernier livre, le Prix de la démocratie (Fayard), que ces questions, en apparence techniques, pourraient bien avoir leur rôle dans le sentiment d’abandon des classes moyennes et populaires, et dans la montée des populismes (1). Car, non seulement l’expression politique est capturée par les intérêts privés des plus riches, mais cette confiscation peut avoir un sacré impact sur le résultat des élections. En France, depuis les années 90, le financement de la vie politique est fondé sur quelques grands principes : les dons des particuliers sont encadrés (pas plus de 7 500 euros pour les partis par individu et par an, pas plus de 4 600 euros par élection) les entreprises ne peuvent verser des fonds aux candidats en contrepartie, l’Etat finance une grande partie de la vie politique. Un système bien imparfait, révèle Julia Cagé, qui subventionne en réalité les préférences politiques des plus riches et favorise donc les partis de droite.
«Qui paie gagne», écrivez-vous : en France aussi, l’argent fait l’élection. Cela explique l’improbable accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, candidat sans parti ni élu ?
C’est un cas exemplaire. J’ai commencé à travailler sur le financement de la vie politique en 2014. L’une de mes hypothèses était qu’il fallait une réforme urgente du système de financement public des partis politiques, car il favorise l’immobilisme : l’argent donné par l’Etat aux candidats dépend des résultats obtenus aux dernières législatives. Ça ne permet pas l’émergence de nouveaux mouvements… sauf à attirer suffisamment de dons privés pour compenser ce handicap. Ce n’était encore jamais arrivé en France. C’est exactement ce que Macron a réussi à faire. Fin 2016, En marche !, né en avril, a déjà réuni 4,9 millions d’euros de dons privés. Contre 7,45 millions d’euros pour Les Républicains et seulement 676 000 euros pour le PS. L’innovation politique ne peut pas naître sans être financée. Or, dans toutes les démocraties occidentales, les dons privés vont d’abord aux partis conservateurs qui prônent une politique économique favorable aux plus aisés.
Quel est le profil des donateurs ?
On pourrait imaginer que les classes populaires donnent massivement, même pour de faibles montants. Ce n’est pas le cas. En France - comme aux Etats-Unis, en Italie ou en Grande Bretagne -, ce sont les plus aisés qui financent la vie politique. Ils ne sont d’ailleurs pas nombreux. Chaque année, seuls 290 000 foyers fiscaux français font un don, 0,79 % des Français adultes. Mais si on regarde parmi les 0,01 % des Français aux revenus les plus élevés, on s’aperçoit que 10 % d’entre eux font un don. Et ces 0,01 % des Français les plus riches versent en moyenne 5 245 euros par an. Les 50 % des Français les plus pauvres donnent, eux, quand ils donnent, seulement 120 euros par an en moyenne. Mais le scandale, c’est que les dons privés des plus aisés sont financés par l’ensemble des citoyens.
Pourquoi ?
Il existe trois formes de financements publics de la démocratie. La première, c’est celui des partis politiques, déterminé tous les cinq ans en fonction des résultats aux législatives : il s’élève à 63 millions d’euros. La deuxième, c’est le remboursement des dépenses de campagnes : 52 millions d’euros par an en moyenne. Et la troisième, dont on ne parle jamais, ce sont les déductions fiscales : votre don à un parti politique est remboursé à 66 %, par le biais d’une réduction d’impôt. Ces réductions représentent 56 millions d’euros par an pour les seuls dons aux partis politiques ! 56 millions d’euros offerts à seulement 290 000 individus qui ont choisi de financer un parti ? Même pas ! Car on ne peut bénéficier de déductions d’impôt… que si on paie l’impôt sur le revenu, ce qui n’est le cas que d’un Français sur deux. Pour le dire autrement si vous êtes parmi les 10 % des Français les plus fortunés, et que vous faites un don de 7 500 euros, celui-ci vous reviendra au final à 2 500 euros. Et le coût de votre don pour l’ensemble des citoyens sera de 5 000 euros. Mais, si vous êtes smicard, étudiant ou travailleur précaire, et que vous donnez 600 euros à un parti, votre générosité vous reviendra à… 600 euros, puisque vous n’êtes pas imposable sur le revenu. Bref, en France, les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches.
Le financement de la vie politique expliquerait la «droitisation» des gauches occidentales ?
Si tous les partis et les candidats recevaient autant de financements privés, ce ne serait pas forcément problématique. Mais ce n’est pas le cas. Les Républicains touchent en moyenne, en France, 11 fois plus de dons privés que le Parti socialiste. On retrouve exactement le même déficit dans les autres pays. Or, on s’aperçoit qu’au Royaume-Uni avec Tony Blair, aux Etats Unis avec Hillary Clinton, en Italie avec Renzi, les partis de gauche se sont engagés dans une course aux financements privés. Ils abandonnent leur électorat populaire pour promouvoir des politiques économiques favorables aux plus aisés.
Un parti peut-il vraiment «acheter» les électeurs ?
J’ai analysé, avec Yasmine Bekkouche, doctorante à l’Ecole d’économie de Paris, toutes les élections municipales et législatives en France depuis 1993. Le résultat est net : statistiquement, en moyenne, les candidats les plus dotés et qui dépensent le plus remportent les élections. Bien sûr il y a des exceptions - le cas de Benoît Hamon à la présidentielle le prouve. J’ai estimé le prix d’un vote à 32 euros. Si un candidat met 32 euros de plus que son concurrent dans une campagne, il récolte une voix de plus. Au fond, ce n’est pas très cher un vote…
Comment expliquer que l’argent ait un tel rôle ?
Les meetings coûtent chers, comme les frais de transports, les conseils en communication et toutes les stratégies qui reposent sur l’utilisation des big datas. Cette utilisation des réseaux sociaux a d’ailleurs un effet pervers. Dans un monde où un candidat pourrait cibler ses électeurs, et si quelques milliardaires peuvent aider une campagne plus sûrement que des milliers d’électeurs, c’est sur cette poignée de personnes qu’il ciblera sa campagne. Encore une fois, les politiques risquent de se couper des classes populaires et moyennes.
Vous dites que les donateurs de Macron «en ont eu pour leur argent» avec la suppression de l’ISF. N’est ce pas un peu rapide ?
Derrière la formule, il y a une évidence : une personne soumise à l’ISF qui a donné 7 500 euros à la République en marche, ce qui lui est revenu à 2 500 euros, et qui voit l’ISF supprimé a effectivement fait un bon investissement. Le politiste américain Martin Gilens a comparé les souhaits des citoyens américains exprimés dans les sondages depuis 1950 (sur la politique économique, étrangère ou sociale), à leur niveau de revenus, et aux politiques effectivement mises en œuvre. Il montre que lorsqu’il y a divergence entre les Américains les plus riches et la majorité des citoyens, les gouvernements tranchent systématiquement en faveur des 1 % les plus riches.
Que proposez-vous pour y remédier ?
Certainement pas de supprimer tout financement public des partis. La démocratie a un prix. Si ce coût n’est pas porté de manière égalitaire par l’ensemble des citoyens, il sera capturé par les intérêts privés. Il faut au contraire renforcer le financement public de la démocratie. Je propose la création de «Bons pour l’égalité démocratique». Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais autrement : tous les ans, en cochant une case sur sa feuille d’impôt, chaque citoyen aura la possibilité d’allouer 7 euros au mouvement politique de son choix. Il ne les sort pas de sa poche, mais il demande à l’Etat de donner 7 euros du fonds pour le financement des partis à celui de son choix.
Et quand on est abstentionniste ou antiparti ?
Alors vos 7 euros sont donnés en fonction des résultats aux dernières législatives. C’est une manière de favoriser l’émergence de nouveaux mouvements, et c’est égalitaire : un même montant fixe est alloué à chaque citoyen.
Vous supprimez les dons privés ?
Je les limite à 200 euros par an, c’est déjà beaucoup par rapport au revenu moyen français. Si on cherche l’égalité politique, on ne peut pas permettre aux citoyens de donner 7 500 euros à un parti puisque c’est un geste impossible à beaucoup.
Vous prônez également la création d’une « Assemblée mixte » où seraient mieux représentés les ouvriers et les employés. Comment sera-t-elle élue ?
Le Congrès américain compte moins de 5 % d’ouvriers et d’employés alors qu’ils représentent la moitié de la population. Aucun ouvrier ne siège aujourd’hui à l’Assemblée nationale française. Je propose de laisser inchangées les règles de l’élection des deux tiers des députés. Mais qu’un tiers de l’Assemblée soit élu à la proportionnelle intégrale, par scrutin de liste, où sera imposée une moitié de candidats ouvriers, employés, chômeurs ou travailleurs précaires. Comme pour la parité entre hommes et femmes il faut se saisir des outils de l’Etat de droit pour imposer l’égalité démocratique.
(1) Voir aussi le site Leprixdelademocratie.fr, où sont recensées toutes les données du livre et où l’on peut «tester» les hypothèses de Julia Cagé sur son propre député.
11/08/2017
Laïcité selon Alain Bentolila
Laïcité
Alain Bentolila est un linguiste professeur a l'universite Paris Descartes. Il dédicace son livre L'école contre la barbarie (First éditions 2016) à ses amis chercheurs associés au Centre International de Formation à Distance de Paris Descartes qui se battent à ses côtés pour une école plus juste et plus résistante. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages concernant notamment l'illettrisme des jeunes adultes. Il considère que l'école peut retirer des bénéfices considérables de la différenciation pédagogique en termes de justice et d'efficacité. Il donne l'exemple d'un dispositif qui fonctionne aujourd'hui dans plus de vingt mille classes et qui permet aux enseignants de procéder à une analyse régulière des acquis de chaque élève. > Nous voulons attirer l'attention sur un chapitre de ce livre au titre provocateur : L' école doit réconcilier laïcité et spiritualité. Dans ce chapitre, l'auteur considère que la question du divin par l'étude objective de ses textes devra avoir toute sa place en se distinguant clairement de l'instruction religieuse.L' étude des récits qui de Zeus à Yahve, à Jésus ou Allah se répondant les uns aux autres, pourront participer à l'élévation spirituelle ouverte et tolérante de nos élèves. Aucun texte, fut-il sacré, n'échappera au questionnement et à l'interprétation des élèves. Bien au contraire ils les soumettront à leur compréhension. L'école devra permettre de soumettre tous les textes à l'analyse et à l'interprétation. Citons la dernière phrase de ce chapitre. Si l'école renonçait à donner un sens laïc à la spiritualité', elle laisserait s'avancer, de plus en plus nombreux,cachés sous le masque du sacré, recruteurs et marchands de mort .19/09/2017
La nécessaire séparation de la religion et du pouvoir politique selon Tocqueville
03/07/2020
L’appel des 150 citoyens de la Convention Citoyenne pour le Climat
Nous nous devions de prendre position sur les conclusions de la Convention Citoyenne, et les perspectives ouvertes dans l’avenir. Ce fut l’occasion pour nous de constater qu’un accord sur la direction générale qu’il faut prendre pour aller vers un autre cap n’empêchait pas des désaccords sur le chemin qui y mène. C’est le cas cette fois, et c’est pourquoi nous vous proposons, séparément, l’analyse de chacun des responsables actuels de l’ecap, Guy Roustang et Maurice Merchier. Nous reviendrons sur ce désaccord qui soulève la question de l’intérêt ou non de ces conventions citoyennes dont E.Macron a annoncé qu’il y en aurait d’autres. Nous accueillerons bien volontiers les points de vue de ceux qui souhaiteraient s’exprimer à cet sujet.
Une convention citoyenne, heureuse contribution à notre démocratie
Ces 150 citoyennes et citoyens qui ont travaillé pendant neuf mois viennent de remettre leur rapport de 600 pages au gouvernement. La question qui leur était posée était la suivante : « Comment réduire d’au moins 40% par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? » c’est-à-dire avec une attention particulière pour les plus fragiles.
Dans leur introduction qui s’adresse à tous les français, ils déclarent qu’ils ne sont pas des experts mais des citoyennes et des citoyens comme les autres, représentatifs de la diversité de la société : 150 femmes et hommes âgés de 16 à 80 ans, de toutes origines et professions. Durant neuf mois, au cours d’une demi-douzaine de W.E. prolongés, ils nous disent qu’ils ont vécu « une expérience inédite et intense, qui nous a amenés à prendre conscience de l’impérieuse nécessité d’un changement profond de l’organisation de notre société et de nos façons de vivre. Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique : la Terre peut vivre sans nous, mais nous ne pouvons pas vivre sans elle ». Ils souhaitent que tous les français prennent conscience comme eux des dangers et des enjeux du réchauffement climatique.
Voilà donc une expérience de démocratie participative qui vient compléter la démocratie représentative, celle d’élus au suffrage universel dans les communes, les régions, à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
Dans leur adresse aux français, les 150 expliquent : « Nous nous sommes nourris d’échanges avec des experts, et des représentants économiques, associatifs et publics, afin d’être en capacité de rédiger des mesures concrètes, en connaissance de cause et en toute indépendance ».
Tout cela est sans doute étonnant pour les sceptiques à l’égard de la démocratie participative ? Pas pour un lecteur assidu de l’Eccap (!!!) qui y trouvera une interview de J.Testart. Lorsque le journaliste lui dit « Pour définir le bien commun hors de toute influence des lobbys, vous prônez la mise en place de conventions citoyennes ». J.Testart répond : « j’ai été frappé de voir comment de simples citoyens, tirés au sort et investis sur plusieurs mois d’une réelle mission, étaient capables du plus haut niveau d’intelligence collective. Et d’altruisme. Et d’empathie. A moi qui suis plutôt pessimiste, cela a confirmé qu’il y a chez tout un chacun un potentiel d’humanité qui est gâché la plupart du temps. C’est une expérience qui m’a réconcilié avec l’homme, et qui propose un vrai projet de société. Je le reconnais, je suis devenu un obsédé des conventions de citoyens ! »[1]
De même le professeur J.C.Ameisen, médecin et immunologiste qui a présidé pendant 4 ans le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) a déclaré à propos de la conférence des citoyens sur la fin de vie que tous les participants avaient dit : « avoir vécu une expérience extraordinaire, qui avait changé leur vie…c’était assez bouleversant. » J.C.Ameisen poursuit : « Si une vingtaine de citoyens tirés au sort peuvent réfléchir et proposer une réflexion originale sur un sujet tel que la fin de vie, cela veut dire que n’importe quel groupe de citoyens … sur n’importe quel thème peut contribuer à l’élaboration de notre futur commun. La délibération est une des façons de décliner une démocratie vivante… »[2]
Les illusions dangereuses de la Convention Citoyenne
Première constatation : on aurait pu attendre, pour le moins, que cette « convention citoyenne » fasse progresser le consensus en matière d’action écologique. Premier échec : il est frappant d’entendre ou de lire les commentaires, politiques ou journalistiques plus clivés encore qu’auparavant…. Cela va de la gratitude enthousiaste à la démolition hargneuse ou ironique. Cette ligne de clivage va jusqu’à séparer ici les deux responsables de l’eccap, pourtant en accord sur la quasi-totalité des sujets.
La Convention Citoyenne n’est pas un progrès du point de vue fonctionnement de la démocratie
Les promoteurs de cette séquence de démocratie participative ont insisté sur le soin avec lequel le panel de citoyens a été constitué pour être représentatif de la population française. On peut douter du résultat lorsque l’on constate que l’une des recommandations les plus commentées, la limitation à 110 kmh sur autoroute, approuvée par la Convention à 59,7 % est massivement rejetée par 74% des français.[3] Notre Président s’est évidemment dispensé de la retenir.
Pourquoi ce panel n’est-il pas représentatif ? D’abord parce que le tirage au sort ne concerne, en pratique, que les volontaires. En effet, ceux qui ne le sont pas se récusent… (comme les jurés des cours d’assises). On se retrouve dès le départ avec des gens bien plus sensibles aux questions écologiques, bien plus motivés que la moyenne de la population, et donc bien plus prédisposés à des arbitrages problématiques que beaucoup de leurs concitoyens…
Ensuite, et surtout, les opinions ont forcément évolué pendant le déroulement de cette convention… le fait de former un groupe vivant une expérience exceptionnelle, de se trouver portés sur le devant de la scène médiatique, d’être un peu choyés par les organisateurs, l’impression de vivre un moment historique, (amplifié par ce contexte de la pandémie) etc. Ce sont des phénomènes connus de longue date par les sociologues, généralement nommés « effets de groupe ». Les convictions se sont galvanisées comme s’est renforcée l’idée d’être investis d’une « mission ». La solidarité à l’intérieur du groupe s’est également consolidée il est d’ailleurs question qu’il se pérennise sous forme d’une association.
Les experts avec lesquels ils ont pu travailler ont évidemment pesé dans le même sens. Il semble que les orientations de ces experts n’étaient pas particulièrement diversifiées… Bref, la distance par rapport au véritable état de l’opinion s’est creusée tout au long du processus. Elle est probablement devenue aussi grande que celle qui sépare les gens ordinaires des politiciens professionnels. Les « citoyens » sont devenus des représentants comme les autres. D’ailleurs, 4 français sur 10 n’ont pas entendu parler de la Convention. [4]
De cette absence, au bout du compte, de singularité, on peut aussi déduire qu’il y a eu perte de temps et d’énergie la Convention constitue un échelon supplémentaire dans la chaine de décisions. Détour inutile, donc, si au bout du compte tout cela débouche sur des débats parlementaires, ou, a fortiori, sur un referendum à choix multiples (puisqu’il semble que ce sera la formule adoptée). De plus, le Président a usé plus qu’il ne l’avait annoncé de ses « jokers ». [5]
L’espérance d’un véritable changement de « l’après Covid-19 » est manquée
Changer de cap en matière d’environnement et de transition climatique implique de véritables changements au niveau des mentalités, des représentations, du système de formation des désirs de l’ensemble de la population. Les « citoyens » se sont-ils posé cette question ? Elle n’apparaît pas souvent, et deux exemples sont symptomatiques de cette béance.
Une véritable régulation de la publicité est préconisée, et cela va assurément dans ce sens souhaitable d’un travail sur les désirs (ou sur leur protection…). On reste cependant dubitatif sur certaines recommandations, comme : « Interdire les panneaux publicitaires dans les espaces publics extérieurs, hors information locale et culturelle ainsi que les panneaux indiquant la localisation d’un lieu de distribution », si le « lieu » en question n’a pas changé et regorge de gadgets aussi coûteux qu’inutiles et addictifs ! C’est « cacher ce centre commercial que je ne saurais voir » ?
De nombreuses mesures sont adoptées pour freiner le développement du transport aérien : « Interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension des aéroports existants », « Taxer davantage le carburant pour l’aviation de loisir « , « Agir sur les vols internationaux, qui sont une source très importante d’émissions de CO2 », «éviter ou atténuer les effets néfastes du transport aérien »…Mais il n’est jamais question de s’attaquer à la racine du problème, qui est celui de l’engouement du public pour les transports aériens, et le tourisme plus précisément. Il faut pour cela comprendre que les voyages sont devenus un élément du prestige social des personnes, et de leurs jeux de rivalité : on s’oppose dans les conversations à coups de destinations lointaines accomplies, un peu comme les anciens militaires exhibaient leurs décorations. [6]
De façon générale, il est souvent proposé de soigner la fièvre en brisant le thermomètre. Changer véritablement de cap implique de réfléchir aux moyens de faire évoluer la culture, de changer le système de motivation, pour détourner les masses du productivisme, de réaliser la décroissance matérielle, pour assurer la croissance conviviale et culturelle… Il est symptomatique que la mesure qui allait le plus significativement en ce sens, à savoir la réduction de la durée du travail à 28 heures, est la seule qui ait été rejetée par 65% des voix. En fait, cette « avancée » de la démocratie pourrait devenir son fossoyeur.
Les conclusions de la Convention Citoyenne induisent au contraire le risque d’un glissement vers la démocratie illibérale
L’effet pervers de cet ensemble de mesures, conçues de cette façon, pourrait être redoutable. Si les comportements « vertueux » sont imposés à une population qui n’est pas mentalement préparée à les appliquer, il faut les imposer. Et avec cette convention, on s’oriente résolument vers ce qui est qualifié avec pertinence « d’écologie punitive ».
Petite recherche lexicale : dans le texte, on peut dénombrer 119 mots formés par « interdit » (interdire, interdiction, etc) et 303 autour de « obliger ». Quand ces injonctions s’adressent aux entreprises, seuls les partisans du néolibéralisme s’en offusquent mais elles font parfois « froid dans le dos » quand elles s’adressent aux particuliers. C’est le cas par exemple pour « l’obligation faite à tous les ménages d’isoler thermiquement le foyer », mais plus encore quand on peut lire « D’ici à 2030, notre assiette devra comporter 20 % de viande et de produits laitiers en moins ». Et que dire de cette proposition de créer un « haut conseil » qui aurait un droit de veto placé au-dessus du Parlement ? Le fantôme du big brother d’Orwell se profile à l’horizon.
C’est au fond, compte tenu de l’exaltation produite par les conditions de constitution et de fonctionnement de cette Convention évoquée plus haut une sorte de simulacre des Etats généraux de 1789 auquel se sont livrés ces « citoyens », avec, toute proportion gardée, les risques que cette évocation impliquent, et tout cela s’intègre davantage dans la société du spectacle que dans une véritable avancée de la démocratie. Un véritable changement de cap ne peut se faire que par un énorme travail de prise de conscience collective des impasses vers lesquelles nous mènent les politiques suivies depuis un demi-siècle.
Notes
[1] J.Testart, biologiste de la procréation a écrit un livre intitulé« L’humanitude au pouvoir- Comment les citoyens peuvent décider du bien commun » Ed. du Seuil 2015. Son livre repose sur l’expérience et non sur de bons sentiments. Et les propositions qu’il énonce pour organiser une convention de citoyens sont d’une rigueur toute scientifique.
[2] Le Monde 7 janvier 2017.
[3] . Étude menée auprès d'un millier de Français les 24 et 25 juin par Odoxa pour Le Figaro et France Info.
[4] Selon l’affirmation de Pierre Maurer, dans le Figaro du 25 juin.
[5] Voir Antoine de Ravignan : Convention citoyenne : Macron retoque les mesures qui fâchent Alternatives économiques.
[6] Voir sur ce point Olivier Rey Causeur six milliards de touristes et moi et moi et moi, sur le site de Causeur.
25/01/2017
Le nucléaire : une technologie insoutenable : article de Frederick Lemarchand
Dans la revue trimestrielle « L’économie politique » n°72 d’octobre 2016, Frederick Lemarchand a écrit un article « Le nucléaire : une technologie insoutenable ».
En voici quelques extraits. « Le nucléaire, c’est-à-dire l’ensemble du dispositif humain, technique et institutionnel qui vise à exploiter l’énergie atomique sous forme d’armes et/ou d’énergie électrique est une question d’abord politique. Cette technologie, notamment sous sa forme dite « civile », parachève un état de développement des sociétés industrielles que l’anthropologue Alain Gras a fort justement qualifié de « thermo-industriel » au sens où les sociétés occidentales ont au début du XIXème siècle, fait le « choix du feu », c’est-à-dire d’axer tout leur déploiement industriel et technique autour de la seule énergie produite par la chaleur : machine à vapeur, moteur à explosion, réacteur nucléaire ». Selon F.Lemarchand «… tout choix technologique s’inscrit profondément dans un imaginaire social et historique particulier. Ainsi, le nucléaire incarne le mode de production d’énergie des sociétés productivistes du XXème siècle et témoigne, dans son usage militaire, de l’abandon fait par l’Occident du souci d’humanité qui avait fondé le projet des Lumières…La maîtrise de l’atome fut, dès l’origine, un projet politique destiné à renforcer la puissance de l’Occident, transformant les détenteurs de la « bombe » en « grandes puissances » industrielles qui pourraient alors exploiter le potentiel énergétique de l’uranium et du plutonium ». A propos des risques d’accident nucléaire, l’auteur écrit « Certes le discours tenu sur le nucléaire civil a changé au sein des autorités compétentes depuis les années 1970 passant d’« Il n’y a aucun risque » à « le risque zéro n’existe pas ». « Mais il est maîtrisé », s’empresse-t-on d’ajouter ce qui confine au même déni de réalité, cela permettant juste d’inclure la survenue statistique des accidents réalisés ». Soit un accident grave tous les vingt ans. L’auteur déplore qu’aucune information publique ne soit donnée à la société notamment en ce qui concerne le démantèlement des centrales ou le stockage des déchets. « Doublement couverte par le secret industriel et par le secret défense, l’industrie nucléaire bénéficie d’une impunité qui, accumulée à une histoire maillée de dissimulations, de mensonges et de rétention d’informations, n’est plus compatible avec les exigences de transparence et de droit à l’information d’une société politiquement libérale ».
26/01/2017
L’imposture économique
Voici quelques extraits de la présentation que faisait Dan Israël, journaliste à Mediapart du livre de Steve Keen « L’imposture économique » paru aux Editions de l’Atelier en 2014.
Les économistes néoclassiques ne vivent pas dans le monde réel, mais dans un univers parallèle, basé sur des hypothèses hasardeuses et non démontrables, qui empêchent une vraie réflexion sur l'état de nos sociétés. Telles sont les conclusions ravageuses de L'Imposture économique, un livre iconoclaste de l’économiste australien Steve Keen, qui retourne contre la pensée dominante les armes de l'analyse économique la plus traditionnelle. Il s’y emploie à dynamiter méthodiquement les bases de la théorie néoclassique, la pensée économique qui sous-tend toute l’idéologie néolibérale contemporaine. Un par un, Steve Keen examine les axiomes de la micro- économie, censés décrire le fonctionnement des consommateurs et des entreprises. Il ne le fait pas à coup de méthodes extravagantes ou en faisant appel à des théories farfelues. Au contraire, il les expose à la lumière de certains des auteurs classiques de la discipline et les analyse avec les armes mêmes de la pensée économique la plus traditionnelle. Après avoir été passées à ce crible, ces théories, parfois aussi centrales que les « lois » de l’offre et de la demande, ne tiennent plus guère debout. « La prétendue science économique est un agrégat de mythes qui fait passer l’ancienne conception géocentrique du système solaire de Ptolémée pour un modèle puissamment sophistiqué », balance, cruel, l’auteur. « L’une des nombreuses raisons qui ont permis aux économistes de réussir à prendre le contrôle des politiques sociales, c’est l’affirmation d’une certaine légitimité intellectuelle face à quiconque s’oppose à leurs recommandations, rappelle-t-il. L’objet de ce livre est de montrer que cette affirmation est fallacieuse. » Au fil de son ouvrage, l’économiste australien déplore que la formation des économistes les empêche presque totalement de déceler les erreurs qui parsèment la théorie qui leur est inculquée, puis que le système même fasse triompher cette « pédagogie paresseuse ». Pour un universitaire, il est en effet extrêmement risqué en terme de carrière de critiquer l’école néoclassique dominante. Keen pointe aussi « la nature mensongère des manuels d’économie » les plus connus, pour leur propension à masquer les faiblesses théoriques des thèses qu’ils défendent : « Les économistes sont si engagés en faveur de leur méthodologie de prédilection qu’ils ignorent ou banalisent les points où leur analyse dévoile ses plus grandes faiblesses. Pour que l’économie mérite vraiment la noble appellation de “science sociale”, ces échecs devraient la conduire à abandonner cette méthodologie et à en rechercher une autre, plus solide. » Steve Keen cache à peine son ambition de bouleverser le monde de l’analyse économique avec la même amplitude que l’a fait Keynes dans les années 1930. Pour l’instant, on en est loin. Malgré ses échanges musclés avec certains économistes, son travail a été, au moins dans un premier temps, largement ignoré par les spécialistes de la discipline. Mais depuis la crise financière démarrée en 2008, son statut évolue, et pour cause. « Dans la première édition, je faisais remarquer à plusieurs reprises qu’une telle crise était probable dans un futur proche, et le facteur que je citais comme la cause – l’éclatement d’une bulle spéculative financée par la dette – est effectivement ce qui l’a provoquée, raconte-t-il. Mes idées ont aujourd’hui plus de valeur parce que l’événement que je pronostiquais est arrivé. » Les dernières pages de son livre sont consacrées à la présentation de diverses écoles de pensée alternatives, toutes critiques de la théorie dominante. Aujourd’hui, force est de constater qu’elles ne s’imposent pas dans les discours, académiques ou politiques.« Elles auront plus de succès quand une seconde crise adviendra dans les pays anglo-saxons ou lorsqu’une première crise éclatera en Chine », rétorque Keen, qui prévoit une nouvelle crise majeure dans les cinq à dix ans, « parce que le niveau de la dette est toujours trop haut, et que le renouveau de ces économies fait une fois de plus grimper le niveau de la dette privée. » L’économiste se veut optimiste : « Il n’y a pas de messie en économie, mais il y a de nombreuses autres écoles de pensée à partir desquelles une théorie économique décente pourrait être bâtie, et je pense que leur heure arrivera dans la prochaine décennie. » Voici ce que déclarait Gaël Giraud qui a préfacé le livre de Steve Keen.
Il y a au moins deux niveaux qui émergent des travaux de Steve Keen et des miens.
D’une part, la nécessité d’une refonte assez radicale de l’économie comme telle. Pour prendre un exemple, le travail de Thomas Piketty est important en ceci qu’il dénonce à juste titre l’explosion des inégalités de revenus et de patrimoine. Mais la théorie sous-jacente au travail de Piketty est la bonne vieille économie néolibérale. Rien d’étonnant, dès lors, s’il se contente de proposer un impôt mondial, dont il sait très bien la portée utopique, lequel ne fait que corriger ex post les inégalités sans aucunement intervenir sur le mode primaire de distribution des richesses. Il faut donc aller beaucoup plus loin, et pour cela repenser l’économie comme telle. Keen y contribue de manière décisive. Ensuite, des mesures de politique économique peuvent être prises dès à présent sans attendre la refonte que j’évoquais à l’instant : réformer l’euro et remodeler l’Union européenne, sans quoi la divergence entre économies du Sud et du Nord provoquera tôt ou tard son éclatement séparer banques d’investissement (de véritables bombes à retardement) et banques de crédit-dépôt amorcer la transition énergétique. Ce dernier chantier est immense, créateur d’emplois, permet de réduire notre dépendance aux énergies fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre. Il constitue à mes yeux un authentique projet de société pour aujourd’hui et demain.
29/12/2023
Loi immigration : S'opposer au sabordage des valeurs de la République
Communiqué publié le 20/12/2023 par la commission exécutive de la CFDT
Le texte adopté hier soir par l’Assemblée nationale et le Sénat restera dans l’histoire comme une tache sur notre démocratie.
L’extrême droite a soufflé les mots et les idées de la loi sur l’immigration votée par les parlementaires. Une loi qui porte atteinte aux droits fondamentaux de citoyens étrangers vivant de façon régulière sur le sol français, qui attaque le droit du sol, rétablit le délit de séjour irrégulier, durcit l’accès aux titres de séjour… Qu’en est-il de la promesse d’un texte équilibré reprise ironiquement dans le titre de la loi: « Contrôler l’immigration, améliorer l’intégration;»;?
Le Rassemblement national ne s’y est pas trompé. Il a salué « une victoire idéologique;». Les digues édifiées contre le nationalisme d’extrême droite ont été largement fissurées par les mots et les expressions prononcés dans les assemblées pendant la période des débats.;Ce 19;décembre, elles se sont effondrées.
Dans le respect des engagements qu’il a pris au lendemain du second tour de l’élection présidentielle, la CFDT demande au Président de la République dene pas promulguer cette loi qui fait honte à notre pays.
Les mots, les actes et les valeurs de l’extrême droite centrés sur le rejet de l’autre et le repli sur soi n’offrent aucune perspective positive pour les citoyens et notamment les plus fragiles.
La CFDT appelle toutes les forces humanistes et de progrès à s’opposer à la diffusion et à la banalisation du projet de l’extrême droite. Les prochaines semaines seront cruciales.
15/02/2022
Manifeste pour une "écononomie d'acteurs capables"
Notes
Dans le prolongement de l’appel d’A.Caillé à dessiner les « contours d’une société post-libérale et post croissantiste » ce manifeste d’entreprenants marseillais précise comment la ville pourrait relever les défis environnementaux, sociaux et anthropologiques auxquels nous sommes confrontés.15/12/2020
Menace islamiste après le meutre de Samuel Paty : Deux livres pour nous éclairer
Gérard Davet et Fabrice Lhomme - « Inch’Allah. L’islamisation à visage découvert. Une enquête Spotlight en Seine-Saint-Denis »
Bernard Rougier - « Les territoires conquis de l’islamisme »
Deux livres viennent corroborer l’importance du défi à relever pour notre démocratie.
24/01/2017
Mondialisation
« Les forces de l’internationalisation économique sont devenues plus fortes que la capacité de contrôle politique des Etats : c’est ce que nous appelons le capitalisme mondialisé » (Alternatives Economiques, hors-série n°101, 3ème trim. 2014. Mondialisation et Démondialisation p.19).
La suppression des règles qui encadraient les flux financiers, accompagné du développement des paradis fiscaux et des délocalisations industrielles dans des pays à moindre rémunération, ont entraîné une augmentation du chômage et des emplois précaires et une stagnation des revenus des classes moyennes dans les pays occidentaux industrialisés. « Parallèlement pour une petite minorité de dirigeants ou de rentiers, une hausse exponentielle des revenus. Le système financier, dont la partie spéculative est parasitaire, a pu augmenter très largement ses profits et donc ses rémunérations… Rappelez-vous en 1989, la révélation du salaire de Jacques Calvet (patron de PSA dans les années 1980 et 1990) : elle avait fait scandale. Il était payé 2 millions de francs par an. Aujourd’hui cela fait environ 300.000 euros. Alors que le salaire moyen des patrons du CAC 40 se situe actuellement autour de 3 à 4 millions d’euros annuels, plus de dix fois plus » (A.E.p.49).
Pour le citoyen non spécialiste désireux de s’informer, il s’agira dans l’ECCAP de donner les principales caractéristiques et conséquences de la mondialisation que nous connaissons depuis quelques décennies. Cette mondialisation évolue. Patrick Artus pense pour sa part que la démondialisation des biens a commencé tandis que la mondialisation numérique et financière s’intensifie (Le 1, n°136). Il s’agira de rendre compte des progrès qui sont faits pour lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscales par des organismes internationaux et par les ONG, de rendre compte par exemple du travail réalisé par le CCFD sur les paradis fiscaux, par l ’Observatoire des multinationales de Basta etc. Quelles sont les possibilités d’intervention en faveur d’une autre mondialisation au niveau national, européen, mondial ?
A propos des débats sur les traités commerciaux entre l’Union Européenne et le Canada ou les Etats-Unis, le ministre président de la Wallonie énonçait les trois principes qui devaient gouverner les négociations commerciales menées par l’Union : la transparence pour que les Etats membres puissent en délibérer les priorités à accorder à la lutte contre le réchauffement climatique, la pauvreté et les inégalités enfin s’assurer que les litiges seront réglés par des instances impartiales. Concernant l’Europe, Erik Orsenna interroge : comment a-t-on pu créer en Europe un espace dit unique alors qu’on permet la course à l’optimisation fiscale ?... Avant de « démondialiser », réglons les problèmes au sein de l’Europe. On regarde au loin pour ne pas faire le ménage chez soi. A espace unique, règles du jeu communes ! Quand on joue au foot, a-t-on le droit de mettre les mains ou pas ? En Europe certaines équipes ont le droit de mettre les mains, les autres jouent seulement avec le pied » (le 1, n°136, 4 janvier 2017). Comment surmonter la difficulté soulignée par Antoine Garapon dans un article « La gauche déboussolée par la mondialisation » : « Des expériences, il n’en manque pas à gauche, notamment chez les écologistes, mais comment se hisser à la hauteur du monde ? On dirait que plus les problèmes sont «macro » et augmentent d’échelle, plus les solutions sont « micro », convivialistes, locale, communautaires plus les enjeux sont dramatiques et durs, plus les solutions sont douces, plus les questions sont techniques, plus les réponses sont incantatoires ». (Le Monde, 8 et 9 janvier 2017).
C’est bien une question qui doit préoccuper l’ECCAP : les initiatives relatées sont-elles enkystées ou un pas vers une métamorphose ? SelonThomas Piketty : « Il est temps de changer le discours politique sur la mondialisation : le commerce est une bonne chose, mais le développement durable et équitable exige également des services publics, des infrastructures, des systèmes d’éducation et de santé, qui eux-mêmes demandent des impôts équitables. Faute de quoi le trumpisme finira par tout emporter » .
En savoir plus :
18/07/2019
n°= 1 Présentation et charte 11/03/2019
Présentation des lettres d'information
Cette première lettre d’information a pour objet de présenter l’encyclopédie du changement de cap (eccap.fr) conçue par Guy Roustang, avec la collaboration technique de Jérémy Roustang, à qui s’est ensuite joint Maurice Merchier pour poursuivre son élaboration et assurer son fonctionnement. Les suivantes, au rythme d’une par quinzaine, seront l’occasion pour nous de signaler de nouveaux articles, ou d’attirer l’attention sur un thème déjà traité, éventuellement en lien avec des événements de l’actualité.
Il s’agit d’un outil d’information, de formation, et d’expression ouvert à toute personne se reconnaissant et approuvant la Charte constitutive de cet ouvrage collectif.
Le corpus d’articles, classés par rubriques, que l’on peut déjà consulter nous semble suffisant pour que nous tentions de la diffuser à une plus large échelle. Elle est appelée à être une création permanente pour son fonctionnement, nous souhaitons la rapprocher du modèle « Wiki ». Cela signifie que cette lettre est en même temps un appel aux contributeurs, que ce soit pour commenter les articles existants ou en créer de nouveaux.
Ainsi que son nom l’indique, cette encyclopédie est clairement orientée vers la recherche d’un autre modèle de société, et d’une mutation profonde de notre système économique. Nous attendons des futurs rédacteurs d’articles qu’ils adhèrent aux grandes lignes de cette orientation c’est dans cette intention que nous avons rédigé cette charte, lisible ci-dessous.
Charte des citoyens pour un changement de cap.
Nous refusons le type d’économie et de société dans lequel nous vivons, que les orientations de l’histoire récente autant que les perspectives d’avenir ne font que conforter. Nous avons conscience des catastrophes vers lesquelles s’achemine l’humanité, si une action politique vigoureuse n’opère pas ce changement de cap. En tête de ces catastrophes, il y a les défis du réchauffement climatique, de la dégradation de l’environnement, du ravage de la biodiversité. L’énormité de ces questions ne doit pas effacer un autre danger : la mutation anthropologique que le mouvement transhumaniste commence à accomplir.
Nous appelons de façon plus générale à la vigilance et au contrôle de l’application des innovations médicales sur et dans les corps, que la disparition du sens des limites dans nos morales sociales rend dangereuse pour notre espèce.
Nous déclarons indispensable la restauration de la puissance politique, requise pour opérer ces changements, alors qu’on constate au contraire son effacement progressif au profit d’instances non élues, le pouvoir (de fait) judiciaire, l’expertise, et, de plus en plus, des algorithmes masquant les vrais enjeux sociétaux des décisions prises. Ce retour nécessaire du politique ne saurait s’accomplir sans un rétablissement de la confiance du corps social envers ses représentants, qui elle-même dépend de la qualité de la démocratie, minée par les progrès du populisme et la désaffection d’une partie de la jeunesse. Cela requiert de ne pas s’illusionner sur les mirages des déclinaisons numériques de la démocratie participative, qui – si elles peuvent être utiles – ne dispenseront pas d’une réflexion sur les prérequis sociaux et culturels du bon fonctionnement de ce régime politique, qui reste pour nous indépassable.
Une démocratie vivante suppose une éducation à la participation dès l’école, une information indépendante et l’encouragement à la vie associative et à la discussion des affaires locales aussi bien qu’internationales. Les élections n’étant qu’un moment de la vie démocratique.
Nous refusons l’explosion des inégalités à laquelle nous assistons, et dénonçons la mystification de la théorie dite du « ruissellement », selon laquelle ces inégalités stimuleraient l’économie, et finalement profiteraient à l’ensemble de la population. Au-delà de l’évidente insulte à la justice sociale, ces inégalités produisent en fait l’accaparement d’une proportion effarante des richesses entre les mains d’une caste ultra-minoritaire, mais puissante, dont le destin ne s’inscrit plus dans le monde commun.
Nous refusons le système économique dont le qualificatif de néolibéral rend le mieux compte, c’est-à-dire un système dont l’impulsion première vient du système financier, qui impose sa logique (le court-termisme, la soif de profits disproportionnés, etc.) à l’ensemble des forces productives, et surtout la mise en concurrence systématique des acteurs économiques, qui déborde sur une multitude de comportements sociaux.
Nous refusons l’imposition de la logique de marché à l’ensemble des opérations économiques, évacuant totalement d’autres modalités traditionnelles de circulation des marchandises, comme l’échange ou le don.
Nous refusons plus encore l’extension du domaine de la marchandise à des pans entiers de la société, notamment l’école, la santé, la culture… Il est nécessaire de redéfinir des espaces dans lesquels la puissance publique l’emporte sur la logique marchande, faisant prévaloir l’intérêt collectif sur la compétition des intérêts individuels. Nécessaire aussi de redonner vie à la notion de commun, qui permet à des populations de définir des règles pour gérer en commun des ressources partagées en dehors du marché et de l’Etat.
Nous refusons la dégradation de la culture en « politique culturelle », à savoir l’extension de ce label à des formes de plus en plus triviales, voire vulgaires de divertissement, promues dans les médias, conformément à cet impératif de marchandisation générale de toutes les activités. Cette perversion explique aussi la déformation des représentations imaginaires, l’irruption du virtuel, l’invasion des « fake news », et finalement la dissolution du réel dans le spectacle généralisé. Eric Sadin dans son livre : « La silicolonisation du monde » critique l’irrésistible expansion du libéralisme numérique. Il parle de l’entreprise de désincarnation car l’éradication du sensible représente l’un des objectifs majeurs du programme siliconien. Pour Eric Sadin célébrer le sensible « C’est avant tout se soucier d’accorder une pleine attention à son milieu, aux autres, à soi. »
Nous sommes déterminés à remettre en cause l’invasion de la publicité dans tous les espaces communicationnels, et à déjouer la stratégie des grandes marques, qui s’insinuent dans la sphère culturelle en dissimulant leur véritable objectif, à savoir le renforcement de leur puissance marchande.
Nous sommes déterminés à remettre en cause le dogme de la croissance alimenté par la publicité, qui prétend, grâce à l’augmentation des désirs de consommer, favoriser la création d’emplois. Une autre logique s’impose, celle de satisfaire les besoins essentiels de tous, en économisant les ressources naturelles et en assurant à chacun les moyens d’exister. La qualification sociale, si elle repose en priorité sur l’emploi, doit s’inscrire dans une notion plus large, celle d’activité donnant toute sa place à la participation aux affaires publiques, au développement personnel et aux activités culturelles.
Nous sommes déterminés à empêcher la dérive vers une société de transparence, voire de surveillance généralisée par la cession aux nouvelles grandes puissances du numérique (les GAFAM) de nos données personnelles, revendues soit à des instances publiques ou privées douteuses, soit aux annonceurs, pour le plus grand profit des uns et des autres, mais aux dépens de nos libertés fondamentales.
Nous sommes déterminés enfin à nous poser la question de façon générale du ralentissement des évolutions économiques, sociales, culturelles et même scientifiques, car il faut prendre conscience que les femmes et les hommes peuvent difficilement s’épanouir dans un contexte de changements incessants et obsédants, qui disqualifient leurs ressources cognitives, relationnelles, ou sentimentales à un rythme qui rend impossible leur renouvellement, ou leur actualisation. Le terme à la mode de « disruption » convient peut-être aux processus numériques, mais sûrement pas aux évolutions humaines.
23/01/2017
Numérique et comité citoyen d'après Eric Sadin
Eric Sadin dans son livre « La siliconisation du monde – L’irrésistible expansion du libéralisme numérique » considère que « l’innovation » numérique est la nouvelle idole de notre temps.Elle « modifie et façonne selon sa mesure et sans débat public le cadre de la cognition, mais surtout celui de l’action humaine, ou de ce qu’il en reste. Mouvement industriel qui affaiblit la possibilité de l’action politique, entendue comme l’implication volontaire et a priori libre des individus à contribuer à l’édification du bien commun ».
Eric Sadin annonce dans Le Monde du 14 mars 2017 la création d’un comité citoyen sur le numérique. « Une structure fédératrice réunissant des collectifs d’enseignants, de médecins, d’ingénieurs, des associations, des syndicats. Soit des individus et des groupements unis par une même conviction : celle qui estime qu’au-delà des discours enjoliveurs, c’est de la réalité du terrain qu’il s’agit maintenant de témoigner ». Il souhaite que de solides contre-expertises remontent du terrain auprès de la puissance publique.
Certes la numérisation généralisée menace la vie privée mais plus largement « la sauvegarde des principes civilisationnels qui nous fondent ». Il poursuit : « Et si la France, sur des enjeux si déterminants, montrait l’exemple ? Si, plutôt que de dupliquer béatement le modèle de la Silicon Valley… notre pays entendait défendre un contre-modèle…de société fondé sur la juste aspiration des êtres à agir en pleine conscience et sur la célébration de la pluralité possible des styles d’existence…On peut sobrement mais avec une ferme conviction, appeler cela, en ces temps si troublés, une salutaire et impérieuse politique de nous-mêmes »
21/09/2017
Originalité de la laïcité française selon Régis Debray
Régis Debray, Extraits du livre France Laïque Tracts en ligne Gallimard 2 décembre 2020
Pour la compréhension, le défunt dont il parle est son projet d'enseignement du fait religieux, qui a été enterré par tous les ministres de l'Education
26/04/2021
Podcasts : défaire et refaire le monde du travail
Cette série de podcasts BOSSER BOSSER propose une exploration dans les profondeurs du Travail.
Et quel meilleur moment que cette crise que nous traversons, qui a vu entre autres se généraliser le télétravail, pour questionner ce mot d’un usage si courant qu’on finit par oublier d’en interroger le sens.
Depuis la nuit des temps l’humain travaille…mais le travail a-t-il toujours eu la même signification pour lui ?
L'ensemble des podcasts est disponible ici :
BOSSER BOSSER #11- Le travail dans les sociétés traditionnelles, avec Slimane Rezki
BOSSER BOSSER #10 - L'idéologie du travail, avec Guillaume Borel
BOSSER BOSSER #9 - L'argent facile, avec David Desclos
BOSSER BOSSER #8 - Travail & Militantisme, avec Laura Nsafou
BOSSER BOSSER #7 - Quel futur pour le travail ? avec Denis Pennel
BOSSER BOSSER #6 - Entreprises libérées, délivrées ?
BOSSER BOSSER #5 - Le syndrome de stress post-traumatique
BOSSER BOSSER #4 - Faut-il travailler pour avoir un revenu ?
BOSSER BOSSER #3 - Causerie musicale Romane Santarelli x The Doug
BOSSER BOSSER #2 - Défaire et refaire le mot travail
BOSSER BOSSER #1 - L'esclavage colonial, avec Françoise Vergès
BOSSER BOSSER #0 - Qu'en disent les enfants ?
Musique : DreamWork by Anitek (licence Creative Common)
Visuel : Chooette Design
Notes
19/10/2018
Pour lutter contre le réchauffement de la planète, il faudra aussi freiner la croissance démographique
Ces dernières semaines, depuis la démission de Nicolas Hulot, les manifestes et articles dans les journaux se multiplient pour tirer la sonnette d’alarme et appeler les pouvoirs publics à engager une action vigoureuse et immédiate en faveur de l’environnement : réduire notre consommation d’énergie polluante et notre production de déchets, accroître l’efficacité environnementale de nos modes de production, etc.
Mais il est frappant de constater que la croissance démographique est la grande absente de ces prises de position : on fait comme si démographie et environnement étaient deux sujets séparés, alors qu’ils sont indissociablement liés.
En effet, si les efforts pour améliorer l’efficacité environnementale des pays développés restent la première priorité à court terme, à moyen et long terme, les effets combinés de la croissance à venir de la population et de l’augmentation inéluctable de la consommation par habitant (à la fois dans les pays développés et encore plus dans les pays en voie de développement) conduisent à une véritable catastrophe pour notre planète : destruction de la biodiversité, ressources en eau menacées, montée des eaux par fonte des glaciers, raréfaction des ressources halieutiques, épuisement et salinisation des terres cultivées, réchauffement de plus de 5 °C en 2100 en France avec des pointes à plus de 50 °C, déplacements massifs de populations.
Pour éviter cette catastrophe il faudra, donc, et avant tout dans les pays développés, réduire fortement nos émissions de gaz à effet de serre : c’est la transition énergétique. Mais on ne pourra pas faire l’impasse sur une réduction importante de l’accroissement de la population mondiale : c’est la transition démographique, non achevée dans bien des régions du monde.
11,2 milliards d’humains en 2100 ?
La population mondiale a déjà crû de façon exponentielle : elle est passée de 2 à 7,6 milliards entre 1950 et 2017 ! Les dernières prévisions démographiques de l’ONU, qui datent de 2017 et qui font autorité en la matière, nous indiquent dans une hypothèse moyenne que la population mondiale atteindra 8,6 milliards en 2030, 9,8 en 2050 et 11,2 en 2100. Et il est intéressant de noter que ces projections moyennes ont une tendance nette à la hausse : en 2011, l’ONU prévoyait 10,1 milliards d’habitants en 2100… Tous les continents sont concernés, mais l’Afrique concentrera un peu plus de 50 % de cette croissance d’ici à 2050 et plus de 85 % d’ici à 2100 (le continent est supposé, toujours selon l’hypothèse moyenne, atteindre 4,3 milliards d’habitants en 2100).
En pleine COP23, qui se tenait à Bonn (Allemagne) en 2017, 15 000 scientifiques du monde entier ont publié un appel urgent concernant l’habitabilité de la planète. Il y est recommandé entre autres des mesures démographiques allant dans le sens d’une forte réduction du taux de fécondité. Cela concerne plusieurs régions du monde, mais nous prenons ici l’exemple de l’Afrique, de par sa proximité culturelle avec la France, et parce qu’il s’y est produit un événement important auquel nous proposons de réagir positivement.
Il s’agit de la conférence de Ouagadougou (Burkina Faso) de juillet 2017 au cours de laquelle les présidents des Parlements des 15 pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) plus le Tchad et la Mauritanie ont élaboré une charte. Conscients qu’une trop forte démographie est un obstacle à leur développement économique, ils se sont engagés à œuvrer pour faire baisser leurs indices de fécondité respectifs à trois enfants par femme au plus d’ici à 2030.
Ils partent de l’idée que c’est aux femmes de décider combien elles veulent d’enfants, quand et avec qui. Mais il faut qu’elles soient éduquées, il faut des agents de santé qui aillent à domicile pour proposer une gamme de contraceptifs, il faut diffuser des messages audios à la communauté dans les différents dialectes, en utilisant par exemple les téléphones portables.
Lire aussi : Pascal Bruckner : « Ne nous faisons pas croire que nous allons “sauver la planète” »
Tout cela est possible : certains pays, comme l’Ethiopie par exemple, ont dégagé des moyens et obtenu des résultats fort encourageants.
Se servir du financement de la COP21
Tout cela coûte cher, mais peut être financé dans le cadre de budgets déjà décidés, sans engagements supplémentaires. Les signataires demandent que la France et l’Europe aident ces courageux Etats africains à mettre en place leur programme de baisse de la fécondité. Dans le cadre des accords signés lors de la COP21 à Paris en 2015, les pays riches se sont engagés à verser aux pays moins riches 100 milliards de dollars par an pour lutter contre le changement climatique.
Comme il est clair que la démographie a un impact direct sur les augmentations de dioxyde de carbone et sur le climat, il est parfaitement légitime de consacrer une part significative de cette aide aux programmes de « santé reproductive », terme utilisé pour désigner la contraception et le planning familial. Une telle politique offrirait aussi la possibilité d’améliorer le bien-être et la qualité de vie des femmes qui sont le plus souvent les premières à souffrir de la situation actuelle.
Il faut aussi tout faire pour favoriser le développement économique des régions pauvres à forte natalité, car c’est un des meilleurs moyens, grâce en particulier à l’éducation des femmes, de les amener à changer leurs comportements et à réduire le nombre de leurs enfants.
C’est sans doute le défi le plus important que nous ayons collectivement à résoudre dans les vingt prochaines années. Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue pour sauver l’habitabilité de notre planète d’un désastre annoncé. Car il n’ y a pas de planète B.
19/09/2017
Pour une laïcité qui entretienne la confrontation entre des convictions diverses selon Paul Ricœur
- Ricœur, in Esprit, janvier 1991.
20/01/2017
Prisons : Cellule ouverte contre comportement citoyen
Changer de cap c'est aussi penser autrement la prison. Extrait d'un article paru sur leparisien.fr
Cellule ouverte contre comportement citoyen à la prison de Villepinte Villepinte, juin 2016
La prison de Villepinte s’apprête à vivre une expérience rarement tentée en France et jamais encore dans une maison d’arrêt. Dans quelques jours, 140 détenus regroupés au bâtiment E, bénéficieront d’un régime privilégié : la porte de leur cellule sera ouverte en journée, ils auront un accès facilité au sport… en échange d’un engagement de bonne conduite et de 25 heures d’activités par semaine, éducation civique comprise. C’est le module « Respecto », directement inspiré de programmes en cours en Espagne. « Ce n’est pas un quartier de Bisounours », prévient Léa Poplin, l’énergique directrice de la prison et chef d’orchestre du dispositif. « Cette prise en charge alternative a pour but de lutter contre les violences et les incivilités, ce n’est pas un vain mot ici ! »
«L'enjeu ? Que les détenus se lèvent le matin, qu'ils se prennent en main»
En mai, un surveillant s’est fait casser le nez. L’an dernier, un prisonnier poignardait un gardien d’une lame dans le cou. « L’enjeu ? Que les détenus se lèvent le matin, se prennent en main. Il faut qu’on donne plus à ceux qui s’investissent, afin de leur apprendre ou réapprendre à être citoyens à part entière », poursuit la directrice. Dans le module Respecto, il faut se lever tôt, faire son lit, se tenir à un planning d’activités et de corvées de ménage, assumer un rôle de référent à tour de rôle pour prévenir les conflits. Les détenus concernés ont été sélectionnés sur lettre de motivation et entretien avec les surveillants et personnels du Spip (le service pénitentiaire d’insertion et de probation), deux acteurs clés du module. Une cinquantaine de prisonniers ont été refusés et les « DPS », détenus particulièrement surveillés, sont d’office exclus. Ceux qui ont déjà été emprisonnés en Espagne se seraient montrés d’excellents promoteurs du dispositif. Il suffisait en tout cas de passer une tête en prison cet été, pour entendre que ce module Respect était attendu avec impatience par les prisonniers, les uns s’interrogeant sur la date de mise en oeuvre, les autres sur les possibilités d’y participer.
Période d'essai de 6 mois
Lorsqu’on est enfermé à plusieurs dans 9 m², la contrepartie annoncée est tentante : on peut avoir d’autres perspectives que de regarder la télé à longueur de journée, quitter sa cellule de 7 h 30 à midi et de 13 h 30 à 17 h 30, bénéficier de goûters familiaux, en dehors des traditionnels parloirs. En cas d’écart, en revanche, pas de quartier. Il faudra s’expliquer devant un « comité technique » de surveillants et conseiller Spip, au risque de retourner dans son ancienne cellule. Même sanction en cas de violence, de trafic ou de détention de téléphone portable. Dès le début de l’été, les 140 places étaient attribuées et une liste d’attente constituée. Une quarantaine de places supplémentaires restent ouvertes, à terme, aux nouveaux incarcérés. Ce chantier a nécessité une importante réorganisation avec des déménagements en cascade et des travaux. Chez les surveillants, le consensus n’y est pas (lire ci-dessous). Mais qui dit expérimentation, dit période d’essai. Dans six mois, ce sera l’heure du premier bilan.
Les surveillants divisés
« Ce module Respect va permettre de réduire la violence et de canaliser l’agressivité » espère Blaise Gangbazo, élu CFTC pour les gardiens, un point de vue qui ne fait pas l’unanimité chez ses collègues. « C’est une détention à deux vitesses, et à plus de 1 000 détenus c’est une hérésie », fustige de son côté Philippe Kuhn (SPS). Pour lui, l’expérience des Landes n’est pas transposable à la région parisienne. « La surpopulation est telle à Villepinte qu’il n’y aura plus de place pour remettre les détenus en détention normale si ça se passe mal », craint Erwan Saoudi (FO). Conçue pour 588 détenus, la prison dépasse régulièrement depuis le mois de janvier 2016 le millier de prisonniers. Du jamais-vu en 25 ans. La situation est d’autant plus préoccupante que l’intendance est toujours décriée. Depuis l’arrivée du nouveau prestataire, Gepsa, en janvier, des difficultés de cantine, ce système qui permet aux détenus de commander et de se faire livrer des produits de la vie courante, se répètent. Pour protester contre cette situation, les détenus ont plusieurs fois refusé de remonter de promenade, et les Eris, des unités spéciales, ont été appelées en renfort pour les faire remonter en cellule. L’administration pénitentiaire envisageait cet été des recours contre le prestataire et n’excluait pas de dénoncer le contrait. Mais rien de tel n’est encore annoncé.
L’expérience encourageante du centre pénitentiaire des Landes
« Une forte diminution des violences de détenus envers le personnel, des détenus plus occupés, des bâtiments plus calmes et plus propres, moins d’absentéisme chez les surveillants, une détention plus apaisée… » Le bilan que dresse Alain Varignon de l’expérimentation « Respecto » à Mont-de-Marsan (Landes) laisse place à l’optimisme. Avant de prendre ses fonctions à Gradignan, il dirigeait le centre pénitentiaire des Landes, où l’expérience a été tentée le 26 janvier 2015, dans le cadre du plan national de prévention de la violence. « La directrice interrégionale avait créé un observatoire des violences, qui nous a conduits à nous intéresser à ce qui se pratiquait en Espagne. Nous sommes allés à Madrid pour rencontrer nos homologues et les quartiers pénitentiaires où ces modules avaient cours. Cela donnait plus d’autonomie aux détenus et redonnait du sens au coeur de métier des surveillants, qui ne sont pas que des porte-clés », se souvient André Varignon.
«C'est mieux que de regarder la télé»
A Mont-de-Marsan, depuis janvier 2015, 250 à 260 détenus en moyenne participent à ce module, soit pas loin de 40 % de la population carcérale. 150 exclusions ont été prononcées entre janvier 2015 et avril 2016. Une trentaine de surveillants sont associés au projet. « Mais tous les surveillants ne veulent pas participer, c’est pareil pour les détenus, tous ne veulent pas être prêts à 7 h 30. Sont intégrés ceux qui veulent faire quelque chose de leur détention, c’est mieux que de regarder la télé », poursuit André Varignon, qui ne voit pas pourquoi cette expérience ne serait pas transposable ailleurs, au motif que les délinquants ne seraient pas les mêmes en Ile-de-France. « Il y a toujours quelques dizaines de détenus qui ont le profil », estime-t-il. Selon lui, ce module c’est « le pari de la confiance, mais ce n’est pas le Club Med », conclut-il.
18/01/2017
Régulation financière et pantouflage Extrait d’une conférence de Gaël Giraud
Régulation financière et pantouflage. Les politiques sont-ils impuissants à réguler les marchés financiers ? Extrait d’une conférence de Gaël Giraud « Un ordre ancien s’en est allé » du 22 octobre 2014.
« Derrière les marchés financiers, vous avez essentiellement un petit nombre de très riches particuliers, de grosses entreprises dont les surplus financiers sont investis sur le marchés financier, et une bonne partie de l’épargne du public. Dans les salles de marché, des jeunes gens sont sur les ordinateurs, ils font des opérations extrêmement sophistiquées, on les appelle des traders. Contrairement au mythe largement répandu, il n’y a pas besoin d’avoir fait polytechnique…mais il est vrai que nombre d’opérations mobilisent des mathématiques très sophistiquées. La plupart des traders ne les comprennent pas et leurs patrons non plus. Les marchés financiers sont tellement plus lucratifs que n’importe quel investissement dans l’économie réelle, que vous pouvez être à peu près certain que votre épargne, si vous en avez, circule sur les marchés financiers, probablement à votre corps défendant.
J’en profite pour dire que vous avez tout à fait le droit de changer de banque. D’ailleurs c’est le seul moyen pour nous autres citoyens de faire pression sur nos banques c’est de retirer notre compte d’une banque qui ne nous plaît pas. Nous votons avec nos pieds. A la question : peut-on réguler les marchés financiers ? Il y a plusieurs éléments de réponse. Il est vrai que réglementer les marchés financiers n’est pas une opération absolument triviale, c’est suffisamment compliqué pour qu’il faille faire attention, mais il y a une telle surenchère du côté des marchés financiers pour dire : attention ne cherchez pas à réguler car vous seriez comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. Mais il ne faut pas exagérer, on sait à peu près ce qu’il faut faire… Quand vous discutez avec des professionnels honnêtes, vous arrivez assez facilement à la petite vingtaine de mesures qu’il faudrait prendre pour réglementer les marchés. On les a nous-même listés dans un livre que j’ai co-écrit qui s’appelle « Vingt propositions pour réformer le capitalisme ». Ce n’est donc pas aussi sorcier que cela.
La raison pour laquelle les mesures ne sont pas prises, c’est l’extraordinaire puissance du lobby bancaire, ce qui n’est pas difficile à comprendre. Il faut se rendre compte que le bilan d’une banque comme BNP Paribas est supérieur à 2000 milliards d’euros, donc BNP Paribas pèse plus que le PIB français. Vous comprenez bien que lorsque le PDG de Paribas va voir le Président de la République…il est aussi riche que lui. Et s’il lui dit : Monsieur le Président, la loi que vous voulez voter, c’est vraiment une très mauvaise idée…elle va mettre ma banque en faillite. Le Président de la République est bien obligé d’en tenir compte. Lui-même n’a pas les moyens de vérifier qu’on ne lui raconte pas des carabistouilles…
Actuellement, les banquiers font un balai incessant auprès de l’Elysée et de Bercy en disant : vous savez, tout va mal, nous sommes tous au bord de la faillite, nous allons tous mourir demain, et la fin de la phrase c’est : « si nous mourons vous mourrez avec nous. Donc faîtes tout pour nous sauver ». Vous avez là un pouvoir de chantage lié à l’hypertrophie du secteur bancaire lié au fait que nos banques vont très mal, contrairement à ce qu’elles ne cessent de répéter dans le débat public. Parmi les observateurs indépendants il y en a un qui a dressé la liste des cinquante banques les plus sûres du monde, et bien dans ces cinquante banques, aucune des quatre premières banques françaises n’apparaît. Deux banques françaises y sont mais elles ne font pas partie des quatre premières banques françaises.
Inversement, vous avez un économiste américain… qui a essayé d’évaluer quelles sont les huit banques européennes les plus proches de la faillite. Parmi ces huit banques, vous trouvez les quatre premières banques françaises. Donc qu’on ne vienne pas nous dire que le ciel est bleu, qu’il n’y a pas un seul nuage à l’horizon. Compte tenu de cela, vous comprenez que lorsque les banques vont pleurer à l’Elysée ou à Bercy, elles ont une certaine crédibilité. Il y a d’autres éléments à prendre en compte. Quand vous êtes une banque qui gagne plusieurs milliards d’euros chaque année, vous avez les moyens de payer très, très cher, un certain nombre de personnes, vous pouvez acheter tous les économistes qui passent dans le débat public. Donc, malheureusement, la plupart de mes camarades économistes qui s’expriment dans le débat public sont des conseillers des banques, comme je l’ai été moi-même avant de devenir jésuite. Heureusement que la compagnie m’a sauvé.
Vous comprenez qu’à partir du moment où vous êtes un chercheur en économie ou un professeur d’université, quand vous multipliez votre salaire par dix en allant travailler un jour par semaine dans une banque, vous n’avez absolument pas envie de donner une interview dans un journal pour dire du mal des banques. Vous avez d’autres phénomènes du même type. Tous les membres de l’Inspection Générale des Finances à Bercy, au Trésor, savent qu’ils vont arriver à un plafond dans leur carrière entre 40 et 45 ans. C’est un grand problème de notre administration, nous ne savons pas gérer les fins de carrière de nos hauts fonctionnaires brillants, donc ils savent que vers quarante ans il faut qu’ils aillent « pantoufler ». Ils savent que s’ils vont pantoufler dans une banque, ils vont multiplier leur salaire par dix, vingt…, s’ils vont dans l’industrie, ils vont multiplier leurs salaires par 2, 3 ou 4. Il faut donc une sacrée colonne vertébrale spirituelle pour oser résister.
Et quand vous avez trente ans, que vous êtes un jeune énarque, inspecteur des finances, difficile de résister à la pression des banques qui viennent vous voir tous les jours dans votre bureau pour vous dire, mon brave garçon tu n’y connais rien, on va t’expliquer, et si tu fais bien ce que l’on te demande, quand tu auras quarante ans on va s’en souvenir. Ce jeune énarque sait très bien que s’il ne fait pas ce qu’on lui demande, à 40 ans on s’en souviendra aussi et il n’aura aucune chance de pouvoir pantoufler. Si vous regardez le parcours de nos brillants inspecteurs des finances, il faut regarder ce qu’ils deviennent.
Inversement, regardez les cinq premiers postes de toutes nos grandes banques, ce sont des anciens inspecteurs généraux des finances, à tel point que l’ancien PDG de BNP Paribas aime répéter qu’il y a plus d’inspecteurs généraux des finances à BNP Paribas qu’au service de l’Etat. Cela vous dit quelque chose de cette espèce de collusion complètement incestueuse entre la finance privée et la haute administration des finances publiques, qui devrait travailler pour l’intérêt général… Pourquoi les pouvoirs publics ne réagissent pas plus ? Il y a un lobby bancaire extrêmement puissant., Vous l’avez vu à l’œuvre l’an dernier sur la loi bancaire (si vous avez suivi cette affaire) qui a été vidée de son contenu car elle ne sépare pas banque de dépôt et banque d’investissement. Et c’est même plus extraordinaire que cela encore.
Lorsque le commissaire européen Michel Barnier, qui n’est pas l’archétype du gauchiste, a sorti un projet de directive européenne qui va plus loin que la loi française qui ne sépare pas, le jour même, le gouverneur de la France s’est exprimé dans les journaux pour dire : vraiment Michel Barnier est un homme irresponsable, comment peut-il oser penser à la séparation ? Il est en fait téléguidé par les banques et une partie du gouvernement. Le gouverneur de la Banque de France qui est un haut fonctionnaire tenu par le droit de réserve en tant que fonctionnaire et qui en plus assume normalement la tâche de régulateur du système bancaire français. C’est tout de même très impressionnant. Ce sont de petits signaux qui montrent jusqu’où va la collusion.
Cela dit, je ne crois pas que le gouvernement soit impuissant, car on sait à peu près les mesures qu’il faut prendre. Michel Barnier essaye de le faire de son coté. La séparation des banques c’est la condition sine qua non, la première et il y en a d’autres. Mais si cela vous intéresse, il vaut mieux que vous alliez voir le petit livre « Vingt propositions pour réformer le capitalisme ».
02/11/2022
Retour de Sète : L’Eccap prend la mer au sein de l’Archipel des confluences !
Retour de Sète : L’Eccap prend la mer au sein de l’Archipel des confluences !
Une cinquantaine de participant∙es aux ateliers ont pu ainsi contribuer et des premières personnalités ont partagé leurs expériences dès la première séance du jeudi 20 octobre. Parmi elles, Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS, Laetitia Delahaies, coordinatrice stratégique des Colibris, Patrick Viveret, philosophe et initiateur de l’Archipel Osons les jours heureux et parrain de la campagne Nouvelle R' des Colibris, Alain Caillé, fondateur de la Revue du MAUSS et initiateur du mouvement convivialiste, Mathilde Imer, animatrice de la Primaire Populaire, Martin Rieussec-Fournier investi aussi au sein de la Primaire populaire, Thierry Salomon, fondateur de Negawatt, Didier Fradin, de la Belle Démocratie et engagé depuis des années sur les dynamiques de reliance entre archipel et monde des communs.
Des échanges sur des premiers retours d’expériences
Alain Caillé rappelle le contexte dangereux entre néolibéralisme et extrême droite, accompagné par une atomisation de nos réseaux. « Pouvons-nous avancer dans la mise en place d'un mouvement plus large mais pour faire quoi ? Cette bascule historique peut être accompagnée par un processus long d’Etats généraux et de cahiers d’espérances pour mettre en discussion des sujets transversaux ». Durant les échanges, cette idée s’est transformée en Cahiers d'avenir partagé (CAP). A partir d’expressions recueillies au niveau local, une synthèse évolutive sur la base de ces expériences de terrains permettraient d’identifier ce qui dysfonctionnent et proposer des mesures basculantes à diffuser au niveau national. Ce projet a reçu un accueil favorable des représentants d’un certain nombre de réseaux comme le mouvement des Colibris, le Labo de l'ESS, l’association des maires ruraux de France, à confirmer bientôt. Il pourrait être relayé par le Collectif de la transition citoyenne, le Pacte du pouvoir de vivre ou la Fabrique des transitions.Une première synthèse pour avancer de nouveau ensemble ?
Le lendemain matin, Patrick Viveret a présenté une première synthèse : « On semble être d'accord sur une vision de la transformation, avec quelques différences sur les moyens et les temporalités. » Bataille culturelle pour certains, bataille partisane et électorale pour d’autres, très vite les participant∙es ont pu exprimer leurs polarités mais les conditions de leur articulation est devenue pour toutes et tous un marqueur.Un texte, un nom, un prochain rendez-vous et un premier équipage.
A partir du vendredi, le groupe s’est fixé alors des objectifs atteignables pour le week-end : un texte commun précisant les intentions collectives, une forme à définir avec un nom provisoire et un calendrier avec une prochaine date et une liste de personnes volontaires. Un enjeu de confluences des savoirs
Notes
[1] Le Mouvement Utopia est une coopérative citoyenne d’éducation populaire : https://mouvementutopia.org/[2] https://mouvementutopia.org/site/wp-content/uploads/2022/10/Programme-Universite-Utopia-2022-13.10.22.pdf
[3] http://osonslesjoursheureux.net/
[4] https://archipel.ecolosolidaire.org/
[5] https://convivialisme.org/
[6] https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/
[7] https://www.inform-e.net/fr/accueil/
[8] https://transiscope.org/
[9] https://www.lelabo-ess.org/
[10] http://territoires-dexperimentations.org/
[11] https://transition-citoyenne.org/
[12] https://fabriquedestransitions.net/index_fr.html
[13] https://www.pactedupouvoirdevivre.fr/
[14] http://osonslesjoursheureux.net/archipel-oljh/un-peu-dhistoire
[15] Le projet de texte présenté dimanche en clôture de l’Université d’été d’Utopia (lien)
[16] https://eccap.fr/qui-sommes-nous
16/05/2021
Revenu universel selon Gaël Giraud, in Revue Etudes déc.2020.
Notes
15/07/2024
Sécurité sociale de l'alimentation (SSA)
La Sécurité sociale de l'alimentation (SSA) est une proposition politique visant à étendre les principes fondateurs de la Sécurité sociale au domaine de l'alimentation. Elle défend un droit universel à l'alimentation, financé par cotisation sociale et géré démocratiquement, pour garantir l'accès de toustes à une alimentation de qualité tout en soutenant une production agricole qui prend soin de la paysannerie et de son milieu.
*
La SSA s'inspire du modèle de Sécurité sociale hérité des sociétés de secours mutuels du mouvement ouvrier (18 et 19è siècle) et développé au 20è siècle par le Conseil national de la résistance (CNR)[1]. Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 fondent le système de sécurité sociale en France, avec tout d’abord trois branches: maladie, retraite et accidents du travail. A celles-ci ont été rajoutées la branche recouvrement (1967), famille (1978), puis autonomie (2022). Ainsi tout au long de son histoire la sécurité sociale a évolué. La proposition est qu’une branche alimentation soit créée au sein de la sécurité sociale, pour assurer un droit à l’alimentation.
La SSA repose sur trois piliers, participant à une démocratie alimentaire :
- L'universalité : chaque personne bénéficie d'un droit à l'alimentation, sans condition de ressources. Ce principe vise à envisager l’alimentation sous un autre prisme que celui de la précarité : créer les conditions d'une démocratie alimentaire en revendiquant que l'alimentation est un fait social total, qui concerne toutes et tous.
- Le financement par cotisation sociale : un système basé sur la solidarité, où chacun contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Ce mode de financement s'inspire directement du fonctionnement historique de la Sécurité sociale.
- La gestion démocratique : les habitant·es participent directement à la définition des critères de conventionnement de la production, des aliments, des lieux de vente. Cette approche vise à redonner du pouvoir sur l’alimentation, à orienter la production vers des pratiques soutenables, à soutenir les métiers de la paysannerie dans un contexte où la profession agricole en France connaît aujourd’hui le plus fort taux de suicide et est sujette à des maladies liées à l’exposition à des substances chimiques type pesticides[2].
Ces piliers sont en cours d’expérimentation sur des territoires, participant à démontrer que la SSA est faisable et pertinente, argumentant ainsi la création d’une septième branche à la sécurité sociale existante : l’alimentation.
Concrètement, les initiatives qui s’inspirent de la SSA proposent généralement une allocation mensuelle versée sur une carte vitale de l'alimentation, utilisable uniquement pour l'achat de produits conventionnés, au sein des lieux de vente conventionnés. Elles cherchent à répondre simultanément à plusieurs enjeux majeurs :
- Organiser la démocratie alimentaire
- Construire une connaissance commune pour comprendre et interroger ce que sont les systèmes alimentaires
- Lutter contre les inégalités d'accès à une alimentation de qualité[3]
- Améliorer la santé publique en favorisant une alimentation plus saine
- Soutenir les agricultures et les productions locales mises en difficultés par l’agro-industrie et la concurrence internationale
- Promouvoir des pratiques agricoles respectueuses des productrices et des producteurs et de nos milieux de vie
La SSA s'inscrit dans la continuité historique de la Sécurité sociale, dont les principes ont permis des avancées sociales majeures. Comme l'histoire de la Sécurité sociale en témoigne, ce système a eu un impact considérable sur la vie de la population française, participant à l’augmentation significative de l'espérance de vie et réduisant la mortalité infantile. Le projet de SSA reconnaît que le système alimentaire actuel est insoutenable, tant pour les écosystèmes que pour la santé humaine et la justice sociale. Plutôt qu’une aide alimentaire qui répond à l’urgence du manque mais qui, dans sa démarche caritative, n’agit pas sur l’ordre établi puisqu’elle s’appuie sur le système productiviste, la SSA vise au contraire à transformer le système agricole et alimentaire, en s’appuyant sur un principe de solidarité mutuelle : œuvrer ensemble pour un enjeu commun, celui de subvenir qualitativement et quantitativement à ses besoins alimentaires, dans le respect de la paysannerie et plus largement des habitant·es et des milieux de vie.
*
Le collectif pour une sécurité sociale de l’alimentation répertorie 30 tentatives d’expérimentations en cours sur le territoire métropolitain français, en date du 15 juillet 2024. En effet, des dynamiques locales se développent avec des associations, des collectivités territoriales et des collectifs informels qui réfléchissent à la mise en œuvre des trois piliers de la SSA à l'échelle de leur territoire. Elles visent toutes à transformer notre système alimentaire.
Si la SSA offre une perspective stimulante pour repenser notre rapport à l'alimentation et à l'agriculture, dans l’optique d’une meilleure justice sociale et soutenabilité environnementale, des questions se posent, par exemple :
- Faut-il et comment changer d’échelle, entre projets expérimentaux locaux et proposition politique nationale;?
- Des habitudes et des goûts se sont construits pour les produits transformés qui ne nécessitent pas d’être cuisinés, comment composer avec ceux-ci;?
- Quelle place pour les désirs alimentaires au delà des besoins alimentaires;?
- Que faire avec les agricultures aux prises avec l’agro-business;?
- Quelles relations avec les dispositifs d’aide alimentaire;?
Autant de questions qui seront discutées puisque la SSA repose sur la délibération des habitant·es.
*
Pour aller plus loin :
- Le collectif pour une Sécurité sociale de l'alimentation mène des réflexions et des actions depuis 2019. Des outils pédagogiques ont été développés :
- La Fresque de la SSA : un outil d'éducation populaire pour comprendre les limites du système agro-alimentaire actuel et découvrir le fonctionnement de la SSA.
- Des conférences gesticulées illustrant les enjeux du projet.
- Des vidéos de présentation disponibles sur la chaîne YouTube du collectif.
- BD accessible en ligne : ENCORE DES PATATES !? Pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation
- Le collectif Démocratie alimentaire et en particulier les travaux de l’enseignante-chercheuse Dominique Paturel.
- Le mouvement Riposte alimentaire a lancé une campagne de désobéissance civile en janvier 2024 pour promouvoir la SSA.
*
Cette définition est proposée par
- Angèle Dransart, salariée de la doume, monnaie locale du Puy-de-Dôme, qui a co-créé Soli'doume, projet inspiré de l'idée d'une Sécurité sociale de l'alimentation.
- Florine Garlot, l’une des animatrices de l’encyclopédie du Changement de cap, chercheuse engagée, elle s’intéresse notamment aux idées et expérimentations vers plus de justice sociale.
[1] Dès les années 50, les principes de sécurité sociale ont été mis à mal : https://www.isf-france.org/articles/une-histoire-de-la-securite-sociale
[2] https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
[3] en 2022, c’est 1 personne sur 6 qui déclare ne pas manger à sa faim, soit deux fois plus qu’en 2016.
Sécurité sociale de l'alimentation (SSA)
La Sécurité sociale de l'alimentation (SSA) est une proposition politique visant à étendre les principes fondateurs de la Sécurité sociale au domaine de l'alimentation. Elle défend un droit universel à l'alimentation, financé par cotisation sociale et géré démocratiquement, pour garantir l'accès de toustes à une alimentation de qualité tout en soutenant une production agricole qui prend soin de la paysannerie et de son milieu.
*
La SSA s'inspire du modèle de Sécurité sociale hérité des sociétés de secours mutuels du mouvement ouvrier (18 et 19è siècle) et développé au 20è siècle par le Conseil national de la résistance (CNR)[1]. Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 fondent le système de sécurité sociale en France, avec tout d’abord trois branches: maladie, retraite et accidents du travail. A celles-ci ont été rajoutées la branche recouvrement (1967), famille (1978), puis autonomie (2022). Ainsi tout au long de son histoire la sécurité sociale a évolué. La proposition est qu’une branche alimentation soit créée au sein de la sécurité sociale, pour assurer un droit à l’alimentation.
La SSA repose sur trois piliers, participant à une démocratie alimentaire :
- L'universalité : chaque personne bénéficie d'un droit à l'alimentation, sans condition de ressources. Ce principe vise à envisager l’alimentation sous un autre prisme que celui de la précarité : créer les conditions d'une démocratie alimentaire en revendiquant que l'alimentation est un fait social total, qui concerne toutes et tous.
- Le financement par cotisation sociale : un système basé sur la solidarité, où chacun contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Ce mode de financement s'inspire directement du fonctionnement historique de la Sécurité sociale.
- La gestion démocratique : les habitant·es participent directement à la définition des critères de conventionnement de la production, des aliments, des lieux de vente. Cette approche vise à redonner du pouvoir sur l’alimentation, à orienter la production vers des pratiques soutenables, à soutenir les métiers de la paysannerie dans un contexte où la profession agricole en France connaît aujourd’hui le plus fort taux de suicide et est sujette à des maladies liées à l’exposition à des substances chimiques type pesticides[2].
Ces piliers sont en cours d’expérimentation sur des territoires, participant à démontrer que la SSA est faisable et pertinente, argumentant ainsi la création d’une septième branche à la sécurité sociale existante : l’alimentation.
Concrètement, les initiatives qui s’inspirent de la SSA proposent généralement une allocation mensuelle versée sur une carte vitale de l'alimentation, utilisable uniquement pour l'achat de produits conventionnés, au sein des lieux de vente conventionnés. Elles cherchent à répondre simultanément à plusieurs enjeux majeurs :
- Organiser la démocratie alimentaire
- Construire une connaissance commune pour comprendre et interroger ce que sont les systèmes alimentaires
- Lutter contre les inégalités d'accès à une alimentation de qualité[3]
- Améliorer la santé publique en favorisant une alimentation plus saine
- Soutenir les agricultures et les productions locales mises en difficultés par l’agro-industrie et la concurrence internationale
- Promouvoir des pratiques agricoles respectueuses des productrices et des producteurs et de nos milieux de vie
La SSA s'inscrit dans la continuité historique de la Sécurité sociale, dont les principes ont permis des avancées sociales majeures. Comme l'histoire de la Sécurité sociale en témoigne, ce système a eu un impact considérable sur la vie de la population française, participant à l’augmentation significative de l'espérance de vie et réduisant la mortalité infantile. Le projet de SSA reconnaît que le système alimentaire actuel est insoutenable, tant pour les écosystèmes que pour la santé humaine et la justice sociale. Plutôt qu’une aide alimentaire qui répond à l’urgence du manque mais qui, dans sa démarche caritative, n’agit pas sur l’ordre établi puisqu’elle s’appuie sur le système productiviste, la SSA vise au contraire à transformer le système agricole et alimentaire, en s’appuyant sur un principe de solidarité mutuelle : œuvrer ensemble pour un enjeu commun, celui de subvenir qualitativement et quantitativement à ses besoins alimentaires, dans le respect de la paysannerie et plus largement des habitant·es et des milieux de vie.
*
Le collectif pour une sécurité sociale de l’alimentation répertorie 30 tentatives d’expérimentations en cours sur le territoire métropolitain français, en date du 15 juillet 2024. En effet, des dynamiques locales se développent avec des associations, des collectivités territoriales et des collectifs informels qui réfléchissent à la mise en œuvre des trois piliers de la SSA à l'échelle de leur territoire. Elles visent toutes à transformer notre système alimentaire.
Si la SSA offre une perspective stimulante pour repenser notre rapport à l'alimentation et à l'agriculture, dans l’optique d’une meilleure justice sociale et soutenabilité environnementale, des questions se posent, par exemple :
- Faut-il et comment changer d’échelle, entre projets expérimentaux locaux et proposition politique nationale;?
- Des habitudes et des goûts se sont construits pour les produits transformés qui ne nécessitent pas d’être cuisinés, comment composer avec ceux-ci;?
- Quelle place pour les désirs alimentaires au delà des besoins alimentaires;?
- Que faire avec les agricultures aux prises avec l’agro-business;?
- Quelles relations avec les dispositifs d’aide alimentaire;?
Autant de questions qui seront discutées puisque la SSA repose sur la délibération des habitant·es.
*
Pour aller plus loin :
- Le collectif pour une Sécurité sociale de l'alimentation mène des réflexions et des actions depuis 2019. Des outils pédagogiques ont été développés :
- La Fresque de la SSA : un outil d'éducation populaire pour comprendre les limites du système agro-alimentaire actuel et découvrir le fonctionnement de la SSA.
- Des conférences gesticulées illustrant les enjeux du projet.
- Des vidéos de présentation disponibles sur la chaîne YouTube du collectif.
- BD accessible en ligne : ENCORE DES PATATES !? Pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation
- Le collectif Démocratie alimentaire et en particulier les travaux de l’enseignante-chercheuse Dominique Paturel.
- Le mouvement Riposte alimentaire a lancé une campagne de désobéissance civile en janvier 2024 pour promouvoir la SSA.
*
Cette définition est proposée par
- Angèle Dransart, salariée de la doume, monnaie locale du Puy-de-Dôme, qui a co-créé Soli'doume, projet inspiré de l'idée d'une Sécurité sociale de l'alimentation.
- Florine Garlot, l’une des animatrices de l’encyclopédie du Changement de cap, chercheuse engagée, elle s’intéresse notamment aux idées et expérimentations vers plus de justice sociale.
[1] Dès les années 50, les principes de sécurité sociale ont été mis à mal : https://www.isf-france.org/articles/une-histoire-de-la-securite-sociale
[2] https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/
[3] en 2022, c’est 1 personne sur 6 qui déclare ne pas manger à sa faim, soit deux fois plus qu’en 2016.
31/01/2021
Séparer le politique et le religieux
Nous sommes arrivés, à vrai dire, à cette situation – sans autoflagellation aucune ni haine de soi – à cause des atermoiements et de la pusillanimité des hiérarques musulmans. Ceux-ci, au début du surgissement de la violence qui s’abattait au nom de l’islam, n’ont pas su, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu condamner avec force et avec vigueur l’ignominie qui pervertissait leur religion et flétrissait ses préceptes. Nous ne les avons pas suffisamment entendus lorsque le terrorisme d’essence islamiste a commencé à sévir. Je pense aux terribles exactions des GIA en Algérie lors de la décennie noire, aux abus de la Jamaat islamiya en Égypte, aux crimes de Boko Haram au Nigeria, aux forfaitures d’Abou Sayaf sur l’île de Jolo aux Philippines. Les préceptes islamiques de bonté, d’amour, de miséricorde et les messages de paix et de fraternité ont été bafoués depuis longtemps et avilis par les djihadistes extrémistes sans qu’il y ait une réaction à la mesure du désastre. Cela a laissé dans l’esprit de nombreux non-musulmans, comme un soupçon de complicité tacite. Ensuite, il est vrai, devant l’horreur qui allait crescendo, ces mêmes hiérarques ont commencé à condamner les attentats en assortissant les condamnations de la fameuse expression « halte à l’amalgame », ceci n’a rien à voir avec l’islam, c’est une religion d’amour et de paix. Sauf que cela n’était pas suffisant. Parce que le spectacle affligeant de la terreur a, malheureusement, à voir avec l’islam. Ce n’est pas tout l’islam, certes et heureusement, mais une certaine compréhension fallacieuse et captieuse des sources et des référents islamiques. Les auteurs assassins revendiquent leurs crimes au nom de Dieu et au nom de la tradition islamique, textes à l’appui !
Les facettes du fondamentalisme islamique et ses modes opératoires sont multiples. Par quel bout le combattre ?
Notes
20/08/2020
Sur la Convention citoyenne
Nous lançons donc ce débat en résumant les arguments donnés dans la Lettre d'information N ° 31: L'appel des 150 citoyens de la Convention Citoyenne pour le climat publié le 03/07/2020, et dont vous pouvez retrouver l'intégralité ici .
Guy Roustang titre sa contribution: «Une convention citoyenne, heureuse contribution à notre démocratie. »
;Dans leur adresse aux français, les 150 expliquent: «Nous sommes nourris d'échanges avec des experts, et des représentants économiques, associatifs et publics, afin d'être en capacité de rédiger des mesures concrètes, en connaissance de cause et en toute indépendance ».
Tout cela est sans doute étonnant pour les sceptiques à l'égard de la démocratie participative?
Maurice Merchier titre la sienne: «Les illusions dangereuses de la Convention Citoyenne»
En voici quelques éléments clés en résumé
;Les participants ont été soumis à des conditions exceptionnelles, qui ont pesé sur l'évolution de leurs opinions: présence d'experts, et surtout effet de groupe, phénomène classique bien connu en sociologie
Voici les premières réactions
Renaud Vignes, le 5 juillet 2020
Pierre Calame, le 6 juillet 2020
Bernardette Cateau, le 8 juillet 2020
;faut il y renoncer? Le populisme n'est alors pas loin.
Guy Roustang, le 20 juillet 2020
Maurice Merchier, le 24 juillet 2020
Marc Durand le 23 août 2020 A propos de la tenue de conventions citoyennes.
;Je n’ai aucune confiance en Macron ni son gouvernement (ni la majorité parlementaire!). Donc je n’attends pas grand-chose de bon de cette convention et je suppose que, tout comme a été organisé le « grand débat » pour des raisons politiciennes, étant bien entendu que tout serait enterré à la fin, je pense que là encore on est dans la même veine. Mais cette fois-ci les autorités ont pris un risque plus grand en permettant un vrai débat informé entre les participants (tout en s’arrangeant pour que les questions déterminantes ne soient pas abordées, il y avait un cadre).
;Gagne-t-on en démocratie ? Je pense que le b-a-ba serait d’abord de dialoguer vraiment avec les corps intermédiaires. Les syndicats, qui ont été torpillés (ils y ont mis du leur aussi!) depuis des années, les grandes associations, d’autres corps ne sont jamais écoutés, il n’y a aucune négociation sérieuse, on les convoque pour leur faire enregistrer le fait du prince en leur laissant un petit os à ronger pour ne pas les humilier totalement. Là est le premier problème de la démocratie.
;On n’a pas à les remplacer par ces conventions. A mon sens ces conventions ont l’intérêt de faire débattre sur des sujets autrement que par des slogans. Des citoyens ont la possibilité de s’informer, de se former, pour débattre sérieusement. Ils n’ont pas à être représentatifs, il ne s’agit pas d’un parlement bis. Alors que les syndicats ont des prés-carrés à défendre, le tirage au sort des citoyens des conventions a l’intérêt d’obliger ces conventions à un vrai pluralisme et donc d’approfondir les sujets pour obtenir des consensus qui dépassent les intérêts particuliers. Ils ont montré une grande intelligence collective tout en étant bridés, ce qui les a menés à des propositions « hors sol » car le sol leur avait été interdit. Qu’ils ne représentent pas la population ne me gêne pas, c’est à nos représentants officiels (je reconnais qu’ils nous représentent bien mal!) que reviennent les décisions. Les conventions fourniront des rapports qui peuvent vraiment enrichir les décisions, mettre sur la table ce qui est caché, étudier les conséquences des décisions proposées.
;Je ne suis pas choqué qu’on dise ou écrive que les citoyens de base ne sont pas formés pour comprendre les problèmes, c’est une réalité qui ne me choque pas. Ce qui m’importe est que ceux qui sont choisis aient les moyens de se former.
;Reste que les grandes questions sous-jacentes ont été éludées, et je pense que c’était voulu par les pouvoirs publics. Il faut pousser pour qu’il y ait des conventions sur les problèmes de fond. Evidemment le Pouvoir ne les suivra pas, mais les mettre sur la table est un premier pas nécessaire.
Pierre Bouchet, le 13 août 2020
;La dénomination « Encyclopédie du changement de cap» incite à approcher le sujet « convention citoyenne » dans la perspective complète de la participation institutionnelle du citoyen à la gouvernance de la France. L’observation de l’histoire récente permet de discerner ce qui est souhaitable aussi bien que ce qui est possible en France.
Pourquoi ?
14/01/2017
Technique et science : Refonder notre système de recherche autour d’un véritable contrat entre sciences et société
1 ) Interviewé il y a quelques années par le journaliste Denis Tilliniac pour Le Figaro, Jacques Ellul (1912/1994) l’auteur de « La technique ou l’enjeu du siècle » paru en 1954 analysait le fait que la technique impose des valeurs, des schémas culturels uniformes, exigeant de nous une adaptation permanente qui détruit notre identité, notre mémoire, notre environnement. Bien sûr, de tout temps, les hommes ont utilisé des techniques mais avant la révolution industrielle, dans toutes les sociétés humaines, la technique était subordonnée à des valeurs religieuses, politiques. L’homme fabriquait des objets techniques pour rendre sa vie plus facile, il n’était pas immergé dans un milieu technicien. Aujourd’hui devant une évolution permanente et quels qu’en soient les méfaits, on dit : c’est le progrès, on n’y peut rien. Pour J.Ellul, refuser l’esclavage de la technique, « c’est revendiquer une certaine idée de l’homme. La mienne est fondée sur la liberté » . A la question : Qu’est-ce que la liberté ? J.Ellul répond : « Le refus de l’adaptation, contrairement à ce qu’on nous serine. L’homme ne s’est jamais adapté, il a toujours cherché à adapter son milieu. A présent le milieu technicien le plie à ses exigences, dès l’enfance ». « Chaque être humain est unique, il doit choisir sa vie. Tout ce qui tend à réduire sa liberté de choix est déplorable. Or il est clair que l’accumulation des gadgets le conditionne … Si nous sommes des machines plus ou moins adaptables à désirer, à consommer, je ne vois pas en quoi nous serions respectables ». Est-il encore temps de réagir ? J.Ellul l’espérait et considérait que si la menace est multiple (nucléaire, écologique, psychologique, esthétique) le mal a une source unique : la démission face à la logique technicienne. Il nous disait : « Cessons d’être les esclaves des choses ».
2) Voici quelques citations de Daniel Cérézuelle auteur en 2011 de « La technique et la chair », pages 248/249, éditions Parangon. « L’homme moderne, celui de la société technicienne …a essayé de se créer un environnement propre…en utilisant à son profit les propriétés de ce monde…de cette maîtrise il attend…la réalisation de son désir de dépasser sa condition, de surmonter sa naturalité et de s’ériger en absolu ». « Et moins l’homme arrive à assouvir son désir de changer de peau, de dépasser les limites de sa condition, plus il va transformer ses œuvres en une sorte d’absolu…On peut donc parler de la technique moderne comme d’une objectivation du désir humain, une sorte de fossilisation du besoin absolu de l’homme ». « On voit donc pourquoi il y a des délires rationnels, des passions techniques. Il faut en faire inlassablement la critique, démasquer les manifestations de la mystification techniciste…Cette démythologisation est … la condition d’un usage raisonnable de nos techniques. Elle permet de reprendre maîtrise sur soi, sur ses désirs et de maîtriser aussi notre rapport technique au monde ainsi que de faire des choix. C’est sans doute très difficile, mais c’est la condition d’une modernité authentique, délivrée d’un rapport magique à la technique ».
3) Dans son livre « L’humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun » 2015, Seuil, pp. 91à 93, Jacques Testart considère que depuis quelques dizaines d’années, le modèle de la recherche scientifique a été ébranlé par la multiplication des contrats avec les entreprises, la création de véritables marchés (brevets, entreprises « innovantes »), l’intrication de plus en plus étroite avec les industriels et les militaires. La recherche scientifique a largement quitté l’objectif de la connaissance et les priorités sont celles de la compétition entre les nations les plus riches ou les entreprises les plus ambitieuses, qui ne sont pas forcément les plus favorables au bien humain. « Il s’agit de refonder notre système de recherche, autour d’un véritable contrat entres sciences et société ». L’un des moyens serait de développer les conférences de citoyens qui doivent suivre des procédures précises. En effet, les avis élaborés par les conférences de citoyens confortent le plus souvent les arguments de ceux qui recherchent le bien commun et se distinguent des choix opérés par les industriels et les marchands. J.Testart en donne de nombreux exemples. « C’est dire que la convention de citoyens n’est pas seulement une réponse circonstancielle à une question particulière, elle correspond potentiellement à un nouveau mode de gouvernement ».
13/01/2017
Transition énergétique et projet de société
01/03/2023
Une encyclopédie en commun ?
Pour mener plus loin l'encyclopédie du changement de cap, notre petite équipe s'étoffe pour contribuer à l'élaboration d'une encyclopédie en commun. Cette présentation a été rédigée par des personnes impliquées dans le monde associatif, en particulier l'éducation populaire et/ou les communs numériques..
Les incertitudes d’ordre écologique et économique, la perte de confiance continue dans nos institutions, l’infobésité, les fake news… sont facteurs d’instabilité et génèrent des antagonismes, comme en témoignent la violence qui s’installe jour après jour dans nos échanges, et l'entre-soi amplifié par le fonctionnement en algorithmes des réseaux sociaux. Cependant ce contexte peut aussi être le déclencheur d’une bifurcation nécessaire, nous ramenant à la nature complexe du monde auquel nous appartenons.
Une telle rupture demande que la place du politique devienne centrale, en particulier face aux pouvoirs économiques et financiers. Des expériences existantes montrent l'intérêt d'un élargissement du « pouvoir politique » au-delà du corps des élus (et des institutions), c’est à dire à l’ensemble du corps social organisé reliant tous les acteurs et actrices qui contribuent à faire et à penser la société. Et pour que ce corps social puisse créer les conditions d’une transformation de la société, il va en premier lieu devoir s'attaquer aux « objets en tension » auquel il est confronté.
A partir de l'expérience de l’Encyclopédie du Changement de Cap, nous nous proposons de contribuer à nourrir, en relation avec l’ensemble des agrégateurs de connaissance existants, les conditions d’un dialogue des savoirs, intergénérationnel, hors des binarités politiciennes, tenant compte de la place de l’individu, des collectifs de travail, des organisations et institutions.
Se dégagent quatre intentions, correspondant à des niveaux d’investissement :
1. Collecter, organiser, éventuellement accompagner la création de contenus (articles, podcast, vidéos), sur un serveur ouvert à l’interopérabilité des données.
2. Mettre en évidence les tensions et interactions entre les contenus collectés pour alimenter des échanges contradictoires : des controverses, qui ne sont ni des polémiques, ni des pugilats, ni des clash.
3. Donner à voir des méthodologies de mise en controverses expérimentées dans les différents espaces et/ou théorisées
4. Tisser des relations vivantes entre auteurs, initiatives, lectorat, en concevant une architecture et une sémantique des liens en relation avec les autres acteurs du secteur, une façon de créer le « désir d’archipel », en le rendant visible.
Il s’agit de constituer ensemble un espace contributif de ressources et de partage des savoirs, dans la diversité des points de vue, de façon à faciliter pour chacun la construction de ses opinions, et de se saisir de moyens d’agir individuels et collectifs.
Une association et un fonds de dotation en cours de construction pourront servir de supports à cette encyclopédie en commun.

Commentaires