01/04/2024

Des acteurs de la société civique questionnent leur place « en Politique »  !

Derrière ce titre destiné à attirer votre attention, il y a une question qui traverse l’ensemble des organisations de la société civique: Quelle influence avons-nous réellement dans les orientations politiques de nos institutions et comment pouvons nous inscrire dans la durée des expériences nombreuses et utiles qui peuvent être diffusées, et faire levier?

Jusqu’à maintenant, la posture la plus courante a été le plaidoyer. Terme issu des ONG, il est diffusé largement dans le champ des organisations aujourd’hui et il regroupe toutes les formes d’influence sur les pouvoirs publics, du plus discret auprès des cabinets ministériels ou au Parlement au plus visible dans l’espace médiatique ou dans l’espace public. Aujourd’hui, la position du gouvernement est claire : il ne reconnaît pas les corps intermédiaires dans leur capacité de coconstruire des politiques publiques ou d’en être à l’initiative. Les éléments de langage de nombreux élus et responsables expriment souvent l’inverse et c’est, en ce sens, une instrumentalisation qui ne trompe plus personne mais qui accentue l’épuisement et la défiance de nombreux acteurs dont les nouvelles générations.

Au sein du Collectif de la transition citoyenne1 (CTC), qui rassemble 33 organisations, ce constat est partagé et la question a été posée à l’occasion d’une grande journée intitulée : Quelle stratégie des mouvements de la société civile pour porter politiquement une société juste et écologique ?

Le CTC, c’est quoi?

Le Collectif pour une transition citoyenne (CTC) est un réseau de 33 organisations engagées pour une société plus écologique, sociale et démocratique, réunies autour d’un objectif : renforcer la transition citoyenne et promouvoir ses alternatives. Le CTC encourage les synergies entre acteurs afin d'engager une transition systémique vers une société plus juste et durable. Pour cela, il soutient l'engagement citoyen et l'action collective à travers des projets de sensibilisation (Fête des Possibles), de plaidoyer citoyen auprès des élu·es locaux et nationaux (Pacte pour la Transition Municipale, Pacte pour la Transition Législative) et de convergence locale (Lieux de la Transition). Le CTC constitue également un espace d'échange entre organisations membres pour se renforcer et de réflexion pour penser et diffuser les alternatives citoyennes auprès des institutions et du grand public.

C’est aujourd’hui le plus grand réseau associatif qui rassemble les plus grands acteurs de la transition et sous toutes ses formes (de la forme de militance la plus jeune et activiste à des acteurs plus institutionnels et en restant attentif à une dimension inter-générationnelle). C’est pourquoi, au sein de l’Archipel des Confluences, nous avons souhaité investir cet espace pour le consolider et renforcer sa mission d’animation des relations entre réseaux nationaux mais aussi leur déclinaison locale. C’est en ce sens que le projet Transiscope s’est rapproché du CTC.

Retours sur la journée du 14 mars

Nos échanges depuis l’université d’Utopia résonne avec beaucoup d’acteurs sur leur place et leur rôle dans les prochaines années et notamment dans la perspective de 2026 et 2027. Le plaidoyer devenant de plus en plus compliqué, c’est le moment de questionner ses modes de faire et sa stratégie. C'était tout l'enjeu de la journée du 14 mars dernier.

Son objet a été posé dans le titre de la journée : Quelle stratégie des mouvements de la société civile pour porter politiquement une société juste et écologique ?

En invitant de nombreux acteurs, membres du CTC mais allant aussi bien au-delà, avec notamment le Pacte pour la Transition, Alternatives Territoriales, la Primaire Populaire, Fréquence Commune, Pacte du Pouvoir de Vivre, Tous Élus, Parties Prenantes, Démocratiser la Politique !, We Are Multitudes, On est Prêt, Terres de Luttes, Labo de l'ESS, Démocratie Ouverte, Vox Public, L.A. Coalition, Changer De Cap, Attac, Collectif Nourrir, Le bruit qui court, Mouvement Utopia, Colibris, Mouvement pour une Économie Solidaire, Réseau Action Climat, Enercoop, et bien d'autres...cette journée devenait ainsi un des rendez-vous que nous avions repéré le 27 janvier dernier comme une date importante de « rebonds;» sur laquelle nous avions investi de l’espoir pour une mobilisation politique plus consciente et en lien avec d’autres mouvements.

En effet, pour l’Archipel des confluences dans lequel l’Eccap est investie, elle s’inscrit dans une série de rendez-vous en 2024 qui pourrait dessiner ce que pourrait être une implication de la société civique dans les prochaines années sur les questions de coopérations pour renforcer nos alliances avec d’autres et principalement au niveau des territoires et questionner notre rôle en politique et non, dans la politique. Cette nuance doit clarifier le fait que nos organisations ne souhaitent pas s’engager en remplaçant les partis politiques durant les échéances électorales mais questionner notre place dans la stratégie et l’organisation d’un projet politique, de sa construction et de la mobilisation en appui d’une coalition de partis. Cette journée a permis d’avancer mais n’a pas pu déboucher sur des engagements et des prochains pas concrets.

C’est une étape qui a été riche d’interactions et de contributions.

Le matin, des retours d’expériences ont pu être partagés avec le témoignage de La Primaire populaire puis autour de 3 tables rondes :

  1. Dialogue avec les élus et crise de la démocratie
  2. Parité et inclusion : quel entre-soi dans nos organisations ?
  3. Enjeux de mobilisation et impacts de nos récits.

Chaque débat a permis d’aborder des sujets divers et le compte rendu sera bientôt diffusé. Kevin Vacher a pu ainsi présenter le travail de recherche-action qu’il mène actuellement avec Démocratiser la politique sur les enjeux d’inclusion et de diversité. Il reste encore des freins à la représentation des quartiers populaires dans les partis mais aussi parmi les acteurs de la société civique.

L’après-midi, nous nous sommes retrouvés en atelier afin de creuser 6 sujets en atelier « en même temps;» :

  1. Comment faire gagner nos idées : quel positionnement de notre écosystème par rapport aux temps forts électoraux, aux partis, à la prise de pouvoir ?
  2. Quelle parité sociale et inclusivité dans nos organisations et dans nos actions ?
  3. Comment organiser et faire vivre une démocratie permanente ?
  4. Face à l'extrême droite et la montée des discours réactionnaires : quel positionnement, quels récits, quelle stratégie ?
  5. Les réseaux d'organisations et leur rôle dans le plaidoyer institutionnel : combien, pourquoi, pour qui ?
  6. Comment agir dans un contexte de criminalisation et d'attaques contre le mouvement associatif et militant ?

Sur l’atelier pour une démocratie permanente, nous avons pu partager de nombreuses expériences mais aussi des désaccords. Le plus important a été sur la nature de notre démocratie : doit-elle rester représentative et institutionnelle car « les gens ne veulent pas participer;» ou bien les formes de leur contribution doivent-elles être revues;?

Il y a là une alerte sur l’amorce d’un fatalisme voir d’un cynisme. Et c’est ce qui m’a le plus marqué au-delà des formes d’animation qui ont fait la part belle aux méthodes et techniques en ayant bien trop d’ambition sur le nombre des thématiques et d’intervenants. Ce fut riche mais les interactions moindres sauf bien sûr l’après-midi en atelier.

Mais de ces échanges, il est resté de nombreuses contributions de plus de 70 personnes présentes mais cela n’a pu se terminer par une synthèse et une restitution afin de dégager des prochains pas. C’est pourquoi, les prochains rendez vous seront importants pour poursuivre la dynamique de rebonds, le suivant s'est tenu les 29 et 30 mars à Marseille autour du Transiscope et de la nécessité de le développer pour être au service de ces alliances.

Pierre-Alain CARDONA

Notes



1 https://transition-citoyenne.org/


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