02/07/2023

Construire notre récit commun

Une démocratie pour vivre ensemble Une démocratie face à toute les formes de domination

A la suite de la proposition de plan d'action de Bastien Sibille, visant à :
- nous relier (construire notre récit commun et de la confiance)
- nous renforcer (créer un fonds citoyen visant 1 milliard d'euros)
- étendre notre capacité d'action (Documenter, former, accompagner les initiatives naissantes Gagner en visibilité Préparer l'extension du réseau).

Guy Roustang a rédigé la note suivante pour contribuer à la réflexion sur le récit commun à construire.


Selon Patrick Viveret, Laurent Berger posait la question : « Que ferions-nous si nous étions aux manettes ? » Pour répondre à cette question, il est essentiel de présenter un projet désirable et crédible qui permette de lutter contre les abstentions avec la menace de voir le Rassemblement National arriver au pouvoir après la politique néolibérale désespérante d’E.Macron[1]. Un projet qui soit écologique, sociale et démocratique[2] et qui permette de satisfaire une grande partie de la population.

Projet à diffuser chaleureusement avec le plaisir d’alimenter les combats des jeunes générations, de transmettre ce que nous savons. Tirer les leçons des échecs et ridiculiser les nantis qui utilisent les jets privés. Avoir une diversité d’argumentaires. Admirer l’intérêt du souci de la nature et des animaux, se rallier à de nouvelles façons de sentir (Descola et Mbembé) et respecter (voir le petit livre d’Agathe Cagé « Respect »).

Denis Clerc devrait être fier d’avoir créé Alter Eco plutôt que de perdre espoir, et Alain Caillé fier du convivialisme au lieu de se désoler que « rien ne marche ». Peut-être est-il temps de passer la main[3], de considérer que c’est aux jeunes de reprendre le flambeau, qu’ils sont « le monde de demain ». C’est ma façon d’interpréter ce que nous dit Dorothée Browaye : « Il y a assez de jeunes générations engagées dans cette démarche pour les rejoindre, plutôt que de croire à un ralliement à nos idées ! »[4]. Intéressant de constater aussi que Bastien Sibille nous propose un « plan d’action » sans en rester au niveau des idées en espérant que nous pouvons faire confiance à son charisme d’entrepreneur. Le « récit commun » est la première étape de ce plan, dont nous ne pouvons pas savoir ce qu’il donnera. Comment s’organisera la réunion du 6 juillet aux Bernardins ? Je me le demande bien en notant par exemple que nous sommes 80 à nous être inscrits dans le projet de récit commun.

Nous ne nous mettons pas à la place des partis politiques et ne prétendons pas agir à leur place mais il me semble que nous sommes en amont des luttes électorales, que nous préparons le terrain aux partis de gauche en agissant de telle façon qu’ils aient tout intérêt à s’inscrire dans ce que nous aurons préparé.

Assurer la diffusion de ce que nous proposons par de multiples canaux, notamment la Revue dessinée, éd. du Seuil, qui a créé des bandes dessinées sur « Capital et Idéologie » d’après le livre de T.Piketty, ou « On leur vend des armes »…et le pire c’est qu’ils s’en servent ». Pour diffuser largement notre récit commun, pourrait-on aboutir à un opuscule de quelques dizaines de pages ?

Sur certains sujets, il devrait être possible d’intéresser des gens de bonne volonté et de dépasser les oppositions gauche-droite. Je pense par exemple à un rapport parlementaire signé par diverses tendances politiques qui avaient souligné la honte du sous équipement des services publics en Seine St Denis, de même un rapport de 4 sénatrices de divers partis qui dénonçaient la diffusion de la pornographie. Sur la régulation des Gafam gauche et droite ne pourraient-elles pas s’unir etc. etc.

Une question importante selon moi : ne doit-on pas envisager des formations;autour de nos propositions ? Des formations par l’université numérique ? Par les divers canaux d’éducation populaire ?

Ne pas se contenter d’un public déjà acquis et surtout s’intéresser à ceux qui s’abstiennent parce qu’ils ne croient plus que des politiques pourraient changer leur situation. D’où l’intérêt de textes comme ceux d’Ulysse Rabaté (La politique beurk,beurk) du Bondy blog ou des livres de Fatima Ouassak[5].

Voici quelques thèmes à privilégier (parmi beaucoup d’autres) que je me contente de lister pour l’instant[6], puisque je ne sais pas sous quelle forme sera rédigé le récit commun, 1ère cible du Plan d’action de Bastien Sibille.

  • Réchauffement climatique voir les alliés du compte Carbonne individuel avec Pierre Calame.
  • Comment entendre ce que nous dit Fatima Ouassak : « l’écologie politique et électorale n’est pas du tout implantée dans les quartiers populaires » bien plus « le rapport de domination politique exercé par les classes moyennes supérieures blanches au nom de l’écologie risque de s’exacerber avec la crise climatique;» (pp. 80/81 de son livre « Ecologie pirate »)
  • Financement de la politique. Dans son livre « Le prix de la démocratie » Julia Cagé soutient, chiffres à l’appui, que l’argent a un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Pire : l’État subventionne davantage les orientations politiques des plus aisés, favorisant ainsi les partis de droite. Les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches (voir son interview dans Libération reproduit dans ECCAP, auteur ECC). Des propositions remédiant à cette question « oubliée » s’impose absolument.
  • Assurer l’indépendance des médias aujourd’hui sous la coupe d’une dizaine de milliardaires.
  • Le manifeste fiscal, juste et féministe d’Oxfam du 9 décembre 2021 montrait comment une autre fiscalité permettrait de mieux financer les services publics. Intéressant de noter au passage qu’Oxfam participe aussi bien au « Pacte Pouvoir de vivre » appuyé par la CFDT, qu’à « Plus jamais ça » soutenu par la CGT.
  • Pour éviter une société d’héritiers, voir la note de France Stratégie de Clément Dherbicourt de janvier 2017. Parmi les suggestions : « On peut imaginer par exemple que l’État verse un capital au dix-huitième anniversaire de tous les individus ».
  •  « Pour rompre avec l’élitisme monarchique français…élargir considérablement l’aire de recrutement de nos élites en mettant (réellement en synergie) les classes préparatoires, les grandes écoles et l’université ». Voir Alain Caillé « Si j’étais candidat » p.47.
  • Etc.


Notes

[1] Loin d’être le « maître des horloges », E. Macron est le garçon d’ascenseur qui fait monter Marine Le Peine aux étages supérieures.

[2] Plusieurs textes ont servi de base à la rédaction de cette note, citons plus particulièrement : Paul Magnette : « La vie large »; F. Ruffin : « Le temps d’apprendre à vivre » et « Je vous écris du front de la Somme »; le  « Second manifeste des convivialistes »; A.Caillé :  « Si j’étais candidat » etc..

[3] Peut-être est-ce plus facile pour moi de « passer la main », moi qui suis d’une génération plus âgée que la plupart d’entre vous, par exemple qu’Hugues Sibille père de Bastien. Je peux reprendre ce que disait Véronique Decker directrice d’école pendant un quart de siècle en Seine St Denis : « Si je m’interroge sur les résultats de nos luttes, le bilan est maigre. On n’a pas beaucoup avancé, mais ça m’a bien occupée ».

[4] Courriel de D. Browayes dans le débat des convivialistes le 13 juin 2023 à 16 h 39. Voir aussi « Dialogue entre deux générations » Ed. Les petits matins 2022 de Bastien Sibille et Hugues Sibille.

[5] Fatima Ouassak a déjà écrit deux livres : « La puissance des mères » La Découverte 2020; « Pour une écologie pirate-Et nous serons libre ;» La Découverte 2023. Un troisième est annoncé qui traitera de " L'organisation de la société ».

[6] Alain Caillé parle de « mesures basculantes ».


Commentaires