Cardona Pierre-Alain
02/11/2022
Contribution citoyenne au projet urbain
Comment penser autrement les pouvoirs ?
Un contexte et un moment marseillais qui permet de coconstruire
Le collège des maîtrises d’usage (CoMU), un espace en/de transformation
Une mobilisation des premiers concernés facilitée par des espaces de proximité
Passer du légitime intérêt individuel à un intérêt collectif
Un dialogue des savoirs qui reconnaît d’abord les savoirs expérientiels
Vers une démarche de capitalisation
Notes
[1] https://eccap.fr/article/noailles-entre-ombres-et-lumieres/625af6897e1e7c00167ce5bc
[2] https://eccap.fr/article/le-projet-partenarial-damenagement-ppa-en-centre-ville-de-marseille-une-opportunite-pour-coconstruire-la-ville-avec-ses-habitants/62c2fd54534a400016e6a2f4
[3] https://eccap.fr/article/deverrouiller-la-conception-urbaine/62c2fe92534a400016e6a2f7
[4] Bacqué, Marie-Hélène, et Carole Biewener. L’empowerment, une pratique émancipatrice ? La Découverte, 2015
[5] Hugues Bazin, Les figures du tiers-espace : contre-espace, tiers-paysage, tiers-lieu, Edifier le Commun, https://revues.mshparisnord.fr:443/filigrane/index.php?id=717
[6] Ibid
15/02/2024
Culture institutionnelle et culture activiste, des retours d’expériences pour imaginer de nouvelles alliances ?
Lors de la journée de l’archipel des Confluences le 27 janvier dernier, nous avons pu confronter des cultures de mobilisation et de transformation sociale différentes.
D’un côté, une approche plus institutionnelle, issue des collectivités, à partir de savoirs techniques portés par des élus ou des agents, c’est la Fabrique des Transitions[1] et d’autres réseaux comme l’UNADEL[2] ou l’IRDSU[3]. Ces deux derniers réseaux mobilisent ensemble de nombreux professionnels dans le Carrefour des métiers, des métiers de l’ingénierie territoriale, si utile aujourd’hui pour appuyer les initiatives de transition.[4]
De l’autre, une approche activiste, souvent plus jeune, plus «agile;» et utilisant tous les codes des mobilisations, gestion de base de données et organisation structurée tout en maîtrisant les enjeux institutionnels pour créer des stratégies et faire levier.
Cette approche activiste prend différentes formes. De la plus « efficace et ciblée;» du collectif Riposte alimentaire, anciennement Dernière rénovation[5], à celle ancrée sur un parcours inspirant;comme Camille Etienne par exemple[6], ou alors croisant avec la sphère électorale avec l’équipe de La Primaire populaire en 2021-2022. Benjamin Ball[7] est l’un des pionniers et il contribue aujourd’hui aux dynamiques de confluences pour tisser des liens entre ces cultures militantes et les croiser enfin;! Sa prochaine initiative est l’appel à des marches de l’alimentation le 16 octobre 2024.[8]
Il y a un enjeu de stratégie qui vont traverser toutes nos rencontres durant cette année 2024. Nos retours d’expériences, les « retex;» comme beaucoup les appellent dorénavant, deviennent des réflexes et c’est une très bonne chose. C’est pourquoi, lors de la rencontre du 27 janvier à Paris dans les locaux de la Fondation pour le progrès de l’Homme, nous avions invité Mathilde Imer et Floraine Jullian, issues de la Primaire populaire, et dans un autre domaine, plus institutionnel, Jean-François Caron, initiateur de la Fabrique des transitions. Leur présentation a été riche et des perspectives concrètes ont pu se dessiner.
Un Retex de la Primaire populaire pour de nouvelles victoires populaires ?
Floraine Jullian, issue du mouvement Coexister, a animé la dernière étape de la Primaire populaire et est devenue depuis l’une des initiatrices de leur nécessaire retour d’expérience[9]. Ce mouvement a mobilisé en janvier 2022 plus de 500 000 personnes pour choisir un candidat aux élections présidentielles d’avril 2022. Le choix de Christine Taubira puis leur soutien à Jean-Luc Mélenchon, a provoqué beaucoup de réactions. Avec courage et persévérance, ils ont pris le temps de l’analyse et du partage de ces expériences, 19000 personnes y ont contribué, 3 séminaires mobilisant le cœur des organisateurs de 20 à 40 personnes (sources, salariés, volontaires) et bientôt un livre paraîtra pour donner envie à d’autres de reprendre le flambeau. Un appel pour sa publication sera bientôt diffusé.
La grande lucidité de cette équipe a résonné avec notre propre intention : il est indispensable que nos expériences, et nos échecs, ne renforcent pas notre impuissance mais bien une étape pour questionner notre capacité de faire autrement alliance, dynamique, coalition, mouvement, bascule;?
Un labo des partis pour imaginer d’autres formes ?
Mathilde Imer, à l’initiative de la Primaire populaire avec un collectif de jeunes activistes issus d’un premier mouvement « La rencontre des justices;», est investie aujourd’hui dans un projet appelé « le labo des partis;»[10]. Se présentant comme « un centre d’étude et de transformation des partis politiques;», elle contribue à une étude dont l’objectif est de publier au printemps 2024, plusieurs modèles du « parti du futur;». Cette expérience de recherche-action mixant savoirs citoyens et militants, savoirs techniques et académiques, doit contribuer à éclairer un des points aveugles de notre démocratie : comment les partis peuvent imaginer un fonctionnement permettant de renouer des relations respectueuses avec les acteurs de la société civique.
Il y a urgence en effet, dans un champ des partis, de plus en plus étroit, de passer du « je t’aime moi, moi non plus;» ou du « fais-moi mal, Johnny, Johnny, fais-moi mal;» à un rapport consentant et conscient, équilibré et respectueux, où la domination des mâles alpha doit laisser place à de réels espace de délibération et de coproduction de la transformation sociale.
Que chaque acteur, chacun à la place qu’il trouve utile et opportun, contribue à la transformation politique de la société, du local, au planétaire, qu’il soit élu, technicien, salarié ou bénévole, jeunes ou vieux, associatifs et retraités, mais aussi « blanc;» ou « racisé;».
Faire mouvement, c’est savoir se dépasser et faire alliance ?
Souvent, la nécessité de faire alliance est partagée mais les actes et les postures ne le sont pas encore totalement, car la conscience est souvent de façade.
Il y a une nécessité que tous ces acteurs, autant de la société civique, activistes ou plus institutionnels, que les responsables des appareils politiques se questionnent et produisent un autre imaginaire institutionnel. C’est un des enjeux du travail aujourd’hui de Mathilde Imer au sein du Labo des partis, et leur travail peut nourrir les prochaines étapes d’une stratégie nécessairement coconstruites pour « faire gagner la justice sociale environnementale et la démocratie;», objectif partagé.
C’est aussi la volonté de Jean-François Caron quand il a créé la Fabrique des transitions suite à son expérience de maire de Loos-en-Gohelle.
Les fondamentaux de la Fabrique sont de 3 ordres : une entrée par les territoires, une entrée par le désir de faire ensemble, et une posture de leadership de service en appui à un processus qui doit nous dépasser toutes et tous. Ils ont analysé les « 4 fantastiques;» de la Transition des territoires;comme 4 acteurs qui font levier : Les élus, les agents des collectivités, les acteurs de terrain et les services déconcentrés de l’Etat.
Leur objet commun est de transformer le cadre de pensée des politiques publiques locales à partir de leur impensé et de les mettre en travail avec de l’idéation et du design de services. Mais cette approche nécessairement « auto-centrée;» sur les enjeux institutionnels rencontre aujourd’hui l’enjeu d’une alliance bien plus large avec des acteurs plus activistes, plus jeunes notamment sur ces questions.
Lors de cette rencontre des Confluences, nous avons pu réaliser l’une de nos premières ambitions, créer des liens et des ponts entre ces réseaux. Ainsi Jean-Baptiste du Collectif des associations citoyennes[11] a proposé à la Fabrique des Transitions de rejoindre l’Observatoire des libertés associatives et la Coalition[12] car la place des institutions locales est primordiale dans l’appui aux associations.
J’ai pu évoquer l’enjeu de leur présence lors de la prochaine réunion organisée par le Collectif pour la Transition citoyenne le 14 mars prochain sur les questions d’animation de l’espace public et politique par les acteurs d’une société civique qui s’autoriseraient enfin à faire de la « Politique;» ou pas;?
Des 4 Fantastiques au 5ème élément.
Même si ces références cinématographiques ne sont pas d’aujourd’hui et ancrent nos générations dans une époque, j’ai pu partager à Jean-François Caron la nécessité d’imaginer comment mobiliser un Tiers Espace associant les 4 fantastiques au 5ème élément. Ce 5ème élément incarne « le peuple;», celles et ceux pour qui toutes ces politiques publiques sont pensées et produites, c’est un électorat pour certains, des usagers, bénéficiaires, publics pour d’autres, ce sont nos voisins, les petits et les précaires comme évoqués par un intervenant depuis les Comores en visio. Il nous a rappelés aussi qu’ils étaient présents dans les quartiers populaires, urbains et ruraux, mais aussi dans les territoires d’outre-mer.
L’enjeu est donc bien là aussi, faire mouvement c’est aussi mobiliser le plus grand nombre. Cela ne se fera pas en un jour, en un point de bascule, mais dans un processus qui doit être bien rythmé, bien articulé, mais en situation de toucher au-delà de nos cercles.
Nous avons besoin de consolider notre cartographie des tisserands, celles et ceux qui font ces liens nécessaires; notre agenda « politique;» partagé pour ouvrir et animer ces espaces publics qui nous manquent tant et catalyser ces liens, et initier un appel à contributions le plus large possible pour initier un mouvement qui puisse dessiner ensemble un avenir en communs[13]. En ce sens, la rencontre des Confluences du 27 janvier a été un point d’étape utile. Vous pouvez y retrouver ma prise de note en format heuristique;!
[1] https://fabriquedestransitions.net/index_fr.html
[2] https://unadel.org/ - Depuis 30 ans l’unadel rassemble et met en réseau les personnes, les collectivités et les organisations qui, dans les territoires, pays, communes et intercommunalités, œuvrent à la construction d’un “autre” développement local, plus ouvert, plus respectueux de l’humain et de la planète
[3] http://www.irdsu.net/ - Inter-Réseaux des professionnels du Développement Social et Urbain, le réseau des professionnels de la politique de la ville
[4] https://unadel.org/actions-chantiers/le-carrefour-des-metiers-du-developpement-territorial/
[5] https://www.nouvelobs.com/ecologie/20240128.OBS83817/huit-choses-a-savoir-sur-riposte-alimentaire-le-collectif-ecolo-qui-a-asperge-la-joconde.html
[6] https://www.linkedin.com/posts/camille-etienne-activiste-climatique_apr%C3%A8s-tant-de-rebondissements-le-parlement-activity-7161641522575171584-pF2F/?originalSubdomain=fr – un exemple de sa dernière mobilisation entre mobilisation populaire massive et une stratégie institutionnelle contre les lobbys à Bruxelles.
[7] https://www.streetpress.com/sujet/1448648139-benjamin-ball-militant-jedi-indignes
[8] https://www.bioconsomacteurs.org/agir/se-mobiliser/vers-des-marches-de-l-alimentation-le-16-octobre-2024
[9] https://www.primairepopulaire.fr/
[10] https://www.lelabodespartis.fr/
[11] https://www.associations-citoyennes.net/
[12] https://www.lacoalition.fr/
[13] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?PirogueRefaireSocieteDocs
17/03/2024
De Base, une série sur le travail, qui se travaille ensemble !
L’association de production et d’éducation à l’image La Trame est à l’initiative d’une série documentaire portant sur le revenu de base, l’occasion d’interroger la place du travail et celle du temps de loisir dans nos vies.
Les liens entre l’encyclopédie du changement de cap et l’association La Trame
La question du travail est au cœur des enjeux portés par l’Eccap et son fondateur Guy Roustang. Investi au sein d’Utopia, c’est lors de l’université d’été en 2022 que j’ai rencontré Vincent Glenn, documentariste et investi sur les questions sociales et écologiques depuis des années contribuant aussi à l’animation de l’Archipel Écologie et Solidarités depuis ses origines. Il est aussi l’un des piliers de l’association La Trame.
C’est durant cette université d’été qu’a été lancé la dynamique de l’Archipel des Confluences. A cette époque, nous partagions le même constat et les mêmes désirs de partir de nos colères et de nos impuissances pour tenter de bifurquer.
L’Eccap qui s’est lancée dans les Confluences et qui documente ses étapes, ses rencontres, tente de mettre en lumière ses ressources par l’écrit et quelques premières tentatives de nouvelles écritures n’a eu de cesse de cheminer avec Vincent pour croiser et peut être renforcer une stratégie commune.
C’est pourquoi, nous avons souhaité diffuser et soutenir l’appel de l’association La Trame, animée par Boris Claret, Isabelle Dario et Vincent Glenn
Tous trois sont investis dans un projet au long cours en mobilisant deux qualités que nous partageons, ils sont tous trois des tisserands mais aussi des catalyseurs avec leur savoir-faire pour produire des imaginaires à partir de récits et d’images, des monteurs où le fil n’est pas que;leur;pellicule mais bien les rencontres et les idées qu’ils tissent.
De Base, est une série autour du travail et du revenu de base. Ce sujet s’est nourri d’échanges autour des controverses. Le revenu de base a été une de nos premières controverses repérées et testées par Florine Garlot et Eric Dacheux, tous deux impliqués dans l’Eccap. Ils se retrouvent avec de nombreux autres intervenants dans les extraits de la série, d’ores et déjà visionnables en ligne.
Autant pour l’Eccap, il fallait d’abord préciser les définitions et les stabiliser avant d’entrer en controverses. C’est pourquoi, cette année 2024 sera pour nous, une année autour des questions du travail. Autant pour Isabelle, Vincent et Boris, co-réalisateurs, l’enjeu est d’abord de rendre visibles et lisibles les arguments de celles et ceux qui contribuent aux débats publics sur le sujet, si essentiel, de la place du travail dans notre société, ses formes de rémunération, en salaires mais pas que.
C’est pourquoi l’approche du documentaire est si complémentaire et nécessaire pour la diffusion et l’animation de débat public. Autant d’épisodes qui incarneront;des réalités et des savoirs différents et si importants à entendre « en même temps » ! Nous apprenons autant d’un philosophe, d’un ergonome, que d’un travailleur, ou d’une personne en recherche d’emploi, au chômage, précarisé et dominé.
C’est la force et l’importance de cette initiative, cette tentative que nous appelons à soutenir pour construire dans la durée des opportunités de se rencontrer, de développer un propos, de ménager des espaces de réflexivité pour toutes et tous.
En savoir plus sur la série documentaire De base initiée par l’association La Trame
De base, commence sa narration à partir du vote de la loi Travail-Dussopt qui, depuis novembre 2023, conditionne l'allocation du RSA à de « l’activité obligatoire... A partir de là, les chemins sont pavés des meilleures intentions comme autant de questions : pourquoi avoir fait ça, est-ce qu'il n'y a pas autre chose à imaginer s'agissant d'encourager les personnes éloignées de l'emploi à revenir sur le marché du travail ? Quelles ont été les grandes étapes, les conquêtes sociales, qui ont conduit au RMI puis au RSA? etc.
Cette série documentaire a été conçue pour parcourir collectivement notre histoire et inviter à réfléchir au futur. Le film comme principe actif. Cette forme permet une exploration large (partant de la notion revenu de solidarité jusqu'aux propositions de revenu d'existence en passant par des enjeux économiques, écologiques, fiscaux) et l'implication d'une grande diversité d'acteurs et actrices.
« On nous demande parfois si ça va être une collecte de recueil de paroles d'experts ou d'intellos. On répond qu'il y en aura parmi les acteurs (sociologues, historiens, syndicalistes, élus...) mais que nous comptons aussi beaucoup sur les contributions de gens qui savent pratiquement ce que signifie vivre quand on est au RSA, chômeur de longues durée, étudiant ou encore petit paysan en galère. Il s'agit d'une mise en récit, d'un télescopage de témoignages et de réflexions sur ce qui est et ce qui pourrait s'améliorer. Mettre en chantier cette série, c'est créer une communauté d'enquêteurs (pour reprendre le terme de John Dewey) susciter des discussions, des controverses, mais aussi, l'émergence de certaines évidences, établir une forme d'expertise collective. Le cinéma n'est pas la vérité, mais un outil de connaissance, d'investigation, un outil pour révéler certaines choses, créer des moments d'attention partagée (lors des tournages comme lors des projections). »
Cette série est une occasion de relier toutes sortes de militances, de parcourir collectivement notre histoire et notre modèle social, une forme d’arpentage non pas au travers des feuilles d’un livre mais de morceaux de nos vies. Isabelle, Vincent et Boris, co-réalisateurs comme autant de monteurs-relieurs donnent à voir ce qui émerge de nos colères, ce qui forge nos désirs de mobilisation, ensemble « face au traitement des précaires par le macrono-darmanisme. »
« Notre désir est donc bien de faire preuve d’un récit porteur d’une exigence formelle (avec le recours à de possibles archives audiovisuelles, un graphisme travaillé, un traitement sonore et musical approfondi) sans négliger les moyens d’obtenir une diffusion conséquente (avec organisation des débats, coordination trans-réseaux, attaché de presse, diffusion sur internet, circulation des films dans les salles etc.). Voilà pourquoi nous avons décidé de viser une somme conséquente, permettant tout simplement de rémunérer des professionnels en proportion de ce qu’un tel chantier nous semble demander. »
Pour aller plus loin et contribuer
Un seul geste utile pour commencer, aller sur le site d’Hello Asso pour soutenir ce projet et découvrir les extraits : https://www.helloasso.com/associations/la-trame/collectes/de-base
Vous y trouverez aussi l’ébauche d’un récit et la note d’intention qui démontrent d’abord le désir de faire de nombreuses personnes les coproducteurs de cette série. Une attention à être transparent sur le cheminement qui a dessiné les grandes lignes du projet. Une intention autour de 12 points qui correspondront aux 12 épisodes (de 20 à 30 minutes) et qui nous permettront d’aborder ces questions avec un bon degré de nuances mais avec aussi la nécessité que chacun pourra être vu indépendamment des autres, avec une introduction commune à chaque fois. Une autonomie des épisodes qui permettra ainsi de faire vivre cette série dans les lieux où la parole circule, les engagements collectifs se construisent et les leviers de transformations se co-produisent !
Nous vous tiendrons au courant, dans le fil de nos aventures partagées, des premières mises à l’eau de ces épisodes.
Pierre-Alain CARDONA
Notes
01/11/2023
De retour de l’Université d’Utopia : se relier manifestement ! (Episode 1)
Cet article est le premier épisode d’une longue série qui va documenter les moments grands et petits, les petites choses captées, les regards croisés de 4 journées riches en rencontres et au service d’une dynamique de confluence où l’équipe de l’Eccap en Commun a été motrices et facilitatrices.
Du 26 au 29 octobre à Sète, la seconde Université du mouvement Utopia coconstruite avec le mouvement des convivialistes et l’Archipel des confluences a rassemblé plus de 300 personnes.
Sur le thème, des colères à l’émancipation, nous avons pu croiser de nombreux acteurs et questionner les conditions des alliances à construire. En effet, le constat partagé a été conforté par des regards experts sur les enjeux climatiques, et ses premiers dérèglements.
La première journée a permis de reprendre le fil de nos actions…
Celles d’Utopia autour du livre collectif : « culture de la paix, idées reçues et propositions;» comme celles de l’Archipel des Confluences après une première année de tissages.
Le premier croisement doit-il se faire à partir des Manifestes, celui d’Utopia vient de paraître dans sa 3ème édition et après le second manifeste convivialiste, un prochain est en préparation. Après des échanges, il a été convenu que nous devions conserver « l’identité racine;» de chaque mouvement mais développer des formes de diffusion plus accessible. La Maison d’édition d’Utopia produira sur le modèle des « tracts Gallimard;» des petites productions permettant de porter ensemble des analyses et propositions.
L’enjeu est bien de produire une dynamique collective. Mais qu'est ce qui nous met en mouvement ensemble ? Sur cette question, il a été convenu que les écrits, livres et manifestes ne suffisent plus. Comment mobiliser les émotions pour avancer ? Ce sujet a permis de questionner les enjeux des rencontres, qui seules, peuvent créer ces liens et relations de confiance.
Notre approche longtemps trop intellectuelle ne mobilise que la raison. Il faut savoir aussi dépasser le discours raisonnable, entrer en résonance comme l’exprime si bien Harmut Rosa.
« Ce qui est intéressant, c’est de construire nos désaccords d'abord entre nous;». Dans la même démarche, le question des conflits n'est pas travaillée et notamment les points aveugles.
Assumer nos désaccords est aussi un préalable à notre capacité de se relier et de tisser des liens de confiance entre nous.
Se relier, d'abord, manifestement !
La première étape a été de revenir vers l’ensemble des initiatives qui favorisent ces liens et qui nourrissent aujourd’hui les Confluences. Il est important de partir de ce qui existe déjà et qu’il faut renforcer. Nous avons pu ainsi revenir sur les retours d’expériences autour Terra, la pirogue initiée au sein des confluences, le projet du Transiscope[1] qui va se déployer bientôt dans une version 2 avec des agendas partagés, le Collectif de la transition citoyenne[2] (CTC) qui est la plateforme la plus utile au tissage de plus d’une trentaine d’organisations. Nous avons partagé aussi l’actualité de l’Eccap en Communs et Julie Chabaud a pu partager l’expérience du labo furtif[3] comme Marin Maufrais, le projet des arbres de l’imaginaire[4].
Se relier passe par nous renforcer en s’appuyant sur nos espaces et actions. Mais se relier passe aussi par s’ouvrir et ne pas hésiter à aller vers celles et ceux qui ne pensent ou n'agissent pas comme nous.
Aller vers des personnes pour coconstruire nos savoirs partagés.
Pour cela, nous devons favoriser les espaces où les expériences s’expriment et se croisent. Ces savoirs chauds sont aussi des analyses et pas uniquement des témoignages que l’on pourrait retenir comme n’étant pas « légitimes » au regard d’un savoir scientifique surplombant.
C’est autour de cet enjeu de la coproduction des savoirs et du lien à tisser entre sciences et société qu’une des deux séances du vendredi après-midi s’est organisée. Autour du dernier livre de Jean-Louis Laville « la fabrique de l’émancipation », nous avons pu démontrer que la praxis est tout aussi importante que le savoir académique. Cette praxis contribue à la transformation de la société à partir de ce qu’elle est, la réalité qui se vit dans l’instant à la condition d’ouvrir des espaces réflexifs pour coproduire ces retours d’expériences. Ils deviennent alors des savoirs et leur expression nous rendent puissants !
L’expression de nos fabriques de l'émancipation croisant économie solidaire et écologie sociale tant dans nos villages que dans les quartiers populaires de nos villes.
A partir de nos histoires
En partant de l’associationnisme et des premiers collectifs auto-organisés au milieu du XIXème siècle, Jean-Louis Laville a rappelé la puissance du collectif et des luttes, puis Patrick Farbiaz a évoqué des grands moments de cette histoire oubliée et des premières luttes écologiques croisant habitants et travailleurs, ouvriers ou paysans, en Espagne ou à Détroit, au Brésil ou en Afrique. Malheureusement, il n’y a eu que peu de traduction politique malgré l’existence de nombreuses confédérations paysannes partout dans le monde. En France, le mouvement des gilets jaunes a permis d’imaginer de nouvelles alliances à partir des pratiques et des premiers besoins vitaux : des logement décents, de l'eau potable, des transports contraints dans la ruralité et des enjeux de précarité énergétique partout. L’entraide et le droit à une vie bonne et digne sont devenus des pratiques et des expressions collectives. Le RIC est la continuité de cette réalité comme un nouveau droit à décider par nous-mêmes : face au mépris des classes dominantes, il y a l’expression d’un respect et d’une dignité, comme le préalable à tout espace de délibération collective.
Fathi Bouaroua, qui contribue au projet de l’Après-M[5] à Marseille, a partagé aussi son expérience depuis ces premiers engagements sur les questions du mal logement. Il a contribué à la création de la Fondation Abbé Pierre et de nombreuses associations d’entraide à Marseille, mais aujourd’hui, avec le projet de l’Après-M, il croise les enjeux historiques de l’économie solidaire comme elle a pu se produire à ses origines. A partir d’un espace de travail et de luttes sur leurs conditions de travail au sein du MacDo de Saint Marthe, avec une intervention importante de la puissance publique dès l’origine avec la zone Franche, les salariés ont pu conquérir des droits et ont gagné aussi leur réputation de leurs collègues (CDI pour tous, 13ème mois, le retour en taxi après minuit…). Aujourd’hui, ce LIEU (lieu d'initiatives et d'entraide urbaine) est devenu une plateforme alimentaire permettant à près de 100 000 habitants de manger lors du Covid.
La lutte de Kamel Guemari et de ses collègues, par leur occupation avec les habitants a permis de renforcer ce lien entre eux, avec leurs voisins, et d’entrer en résonance avec d’autres combats menés à Marseille et ailleurs. La personnalité de Kamel comme de Fathi ont permis aussi une incarnation du mouvement qu’ils ont su habilement organiser. Aujourd’hui, il existe une réelle volonté de transformation sociale par la création d'une SCIC croisant un restaurant, la distribution de colis, une entreprise d'insertion et deux entités porteuses : une association la part du peuple et une société civique immobilière (SCI) pour bénéficier d’un auto-financement et d’une ressources publique et de donations.
Leur objectif est de consolider le projet qui donnera une cohérence au site et une perspective politique : le projet de VIE, village des initiatives d'entraide. Le frein demeure aujourd’hui son modèle économique : comment inventer notre modèle à partir d'une organisation de MacDo qui avait le soutien de fonds publics en investissement sur les travaux et la zone franche pour l’aide au contrat. Aujourd’hui, avec le contournement par la L2 en plus, le modèle économique ne fonctionne pas. Il est à coconstruire avec les institutions.
Des histoires ancrées et incarnées
Après ces deux parcours où l’histoire des luttes a été ancrée et incarnée, Assia Zouane et Magida Bel Abbès ont pu partager leur engagement plus récent. Assia à Noailles, quartier populaire de Marseille, venant du Maroc, de Rennes, et des collines du Var et Magida à Encagnane, quartier populaire d’Aix, venant d’Algérie puis de Gap dans les Alpes.
Toutes deux ont incarnée aussi par leur pratique les liens entre l’écologie populaire et les enjeux sociaux où la question des inégalités est une réalité quotidienne.
Chacune a choisi un chemin, Assia avec des mamans d’une école en créant l’Université populaire des parents et Magida en ouvrant des espaces d’expression avec le Théâtre Forum aux habitants et notamment aux jeunes du quartier. Ces expériences d’auto-organisation permettent de questionner le regard des institutions sur les parents et les jeunes, et inversement bien sûr.
Et pour l’ensemble des participants de cet après-midi, la richesse et la diversité de ces expériences partagées ont permis de rendre visible une puissance d’agir, une énergie et une dynamique qui nous engage à tisser et à se renforcer.
A bientôt au prochain épisode avec Samir Akacha, jeune activiste et globe trotter, un micro et une caméra en main;!
Pierre-Alain CARDONA
Notes
[1] https://transiscope.org/
[2] https://transition-citoyenne.org/
[3] https://labofurtif.xyz/?PagePrincipale
[4] https://larbredesimaginaires.fr/
[5] https://www.apresm.org/
01/04/2024
Des acteurs de la société civique questionnent leur place « en Politique » !
Derrière ce titre destiné à attirer votre attention, il y a une question qui traverse l’ensemble des organisations de la société civique: Quelle influence avons-nous réellement dans les orientations politiques de nos institutions et comment pouvons nous inscrire dans la durée des expériences nombreuses et utiles qui peuvent être diffusées, et faire levier?
Jusqu’à maintenant, la posture la plus courante a été le plaidoyer. Terme issu des ONG, il est diffusé largement dans le champ des organisations aujourd’hui et il regroupe toutes les formes d’influence sur les pouvoirs publics, du plus discret auprès des cabinets ministériels ou au Parlement au plus visible dans l’espace médiatique ou dans l’espace public. Aujourd’hui, la position du gouvernement est claire : il ne reconnaît pas les corps intermédiaires dans leur capacité de coconstruire des politiques publiques ou d’en être à l’initiative. Les éléments de langage de nombreux élus et responsables expriment souvent l’inverse et c’est, en ce sens, une instrumentalisation qui ne trompe plus personne mais qui accentue l’épuisement et la défiance de nombreux acteurs dont les nouvelles générations.
Au sein du Collectif de la transition citoyenne1 (CTC), qui rassemble 33 organisations, ce constat est partagé et la question a été posée à l’occasion d’une grande journée intitulée : Quelle stratégie des mouvements de la société civile pour porter politiquement une société juste et écologique ?
Le CTC, c’est quoi?
Le Collectif pour une transition citoyenne (CTC) est un réseau de 33 organisations engagées pour une société plus écologique, sociale et démocratique, réunies autour d’un objectif : renforcer la transition citoyenne et promouvoir ses alternatives. Le CTC encourage les synergies entre acteurs afin d'engager une transition systémique vers une société plus juste et durable. Pour cela, il soutient l'engagement citoyen et l'action collective à travers des projets de sensibilisation (Fête des Possibles), de plaidoyer citoyen auprès des élu·es locaux et nationaux (Pacte pour la Transition Municipale, Pacte pour la Transition Législative) et de convergence locale (Lieux de la Transition). Le CTC constitue également un espace d'échange entre organisations membres pour se renforcer et de réflexion pour penser et diffuser les alternatives citoyennes auprès des institutions et du grand public.
C’est aujourd’hui le plus grand réseau associatif qui rassemble les plus grands acteurs de la transition et sous toutes ses formes (de la forme de militance la plus jeune et activiste à des acteurs plus institutionnels et en restant attentif à une dimension inter-générationnelle). C’est pourquoi, au sein de l’Archipel des Confluences, nous avons souhaité investir cet espace pour le consolider et renforcer sa mission d’animation des relations entre réseaux nationaux mais aussi leur déclinaison locale. C’est en ce sens que le projet Transiscope s’est rapproché du CTC.
Retours sur la journée du 14 mars
Nos échanges depuis l’université d’Utopia résonne avec beaucoup d’acteurs sur leur place et leur rôle dans les prochaines années et notamment dans la perspective de 2026 et 2027. Le plaidoyer devenant de plus en plus compliqué, c’est le moment de questionner ses modes de faire et sa stratégie. C'était tout l'enjeu de la journée du 14 mars dernier.
Son objet a été posé dans le titre de la journée : Quelle stratégie des mouvements de la société civile pour porter politiquement une société juste et écologique ?
En invitant de nombreux acteurs, membres du CTC mais allant aussi bien au-delà, avec notamment le Pacte pour la Transition, Alternatives Territoriales, la Primaire Populaire, Fréquence Commune, Pacte du Pouvoir de Vivre, Tous Élus, Parties Prenantes, Démocratiser la Politique !, We Are Multitudes, On est Prêt, Terres de Luttes, Labo de l'ESS, Démocratie Ouverte, Vox Public, L.A. Coalition, Changer De Cap, Attac, Collectif Nourrir, Le bruit qui court, Mouvement Utopia, Colibris, Mouvement pour une Économie Solidaire, Réseau Action Climat, Enercoop, et bien d'autres...cette journée devenait ainsi un des rendez-vous que nous avions repéré le 27 janvier dernier comme une date importante de « rebonds;» sur laquelle nous avions investi de l’espoir pour une mobilisation politique plus consciente et en lien avec d’autres mouvements.
En effet, pour l’Archipel des confluences dans lequel l’Eccap est investie, elle s’inscrit dans une série de rendez-vous en 2024 qui pourrait dessiner ce que pourrait être une implication de la société civique dans les prochaines années sur les questions de coopérations pour renforcer nos alliances avec d’autres et principalement au niveau des territoires et questionner notre rôle en politique et non, dans la politique. Cette nuance doit clarifier le fait que nos organisations ne souhaitent pas s’engager en remplaçant les partis politiques durant les échéances électorales mais questionner notre place dans la stratégie et l’organisation d’un projet politique, de sa construction et de la mobilisation en appui d’une coalition de partis. Cette journée a permis d’avancer mais n’a pas pu déboucher sur des engagements et des prochains pas concrets.
C’est une étape qui a été riche d’interactions et de contributions.
Le matin, des retours d’expériences ont pu être partagés avec le témoignage de La Primaire populaire puis autour de 3 tables rondes :
- Dialogue avec les élus et crise de la démocratie
- Parité et inclusion : quel entre-soi dans nos organisations ?
- Enjeux de mobilisation et impacts de nos récits.
Chaque débat a permis d’aborder des sujets divers et le compte rendu sera bientôt diffusé. Kevin Vacher a pu ainsi présenter le travail de recherche-action qu’il mène actuellement avec Démocratiser la politique sur les enjeux d’inclusion et de diversité. Il reste encore des freins à la représentation des quartiers populaires dans les partis mais aussi parmi les acteurs de la société civique.
L’après-midi, nous nous sommes retrouvés en atelier afin de creuser 6 sujets en atelier « en même temps;» :
- Comment faire gagner nos idées : quel positionnement de notre écosystème par rapport aux temps forts électoraux, aux partis, à la prise de pouvoir ?
- Quelle parité sociale et inclusivité dans nos organisations et dans nos actions ?
- Comment organiser et faire vivre une démocratie permanente ?
- Face à l'extrême droite et la montée des discours réactionnaires : quel positionnement, quels récits, quelle stratégie ?
- Les réseaux d'organisations et leur rôle dans le plaidoyer institutionnel : combien, pourquoi, pour qui ?
- Comment agir dans un contexte de criminalisation et d'attaques contre le mouvement associatif et militant ?
Sur l’atelier pour une démocratie permanente, nous avons pu partager de nombreuses expériences mais aussi des désaccords. Le plus important a été sur la nature de notre démocratie : doit-elle rester représentative et institutionnelle car « les gens ne veulent pas participer;» ou bien les formes de leur contribution doivent-elles être revues;?
Il y a là une alerte sur l’amorce d’un fatalisme voir d’un cynisme. Et c’est ce qui m’a le plus marqué au-delà des formes d’animation qui ont fait la part belle aux méthodes et techniques en ayant bien trop d’ambition sur le nombre des thématiques et d’intervenants. Ce fut riche mais les interactions moindres sauf bien sûr l’après-midi en atelier.
Mais de ces échanges, il est resté de nombreuses contributions de plus de 70 personnes présentes mais cela n’a pu se terminer par une synthèse et une restitution afin de dégager des prochains pas. C’est pourquoi, les prochains rendez vous seront importants pour poursuivre la dynamique de rebonds, le suivant s'est tenu les 29 et 30 mars à Marseille autour du Transiscope et de la nécessité de le développer pour être au service de ces alliances.
Pierre-Alain CARDONA
Notes
1 https://transition-citoyenne.org/
02/02/2024
Des confluences en mouvement, catalyser vers des mesures basculantes ?
Elle a commencé par un moment en petit groupe de 4 afin que nous prenions le temps de l'accueil et de l’interconnaissance. En effet, nous voulions ne pas lancer un tour de table qui aurait pris la matinée tout en restant attentif à la qualité de l’accueil. Accueillir est une marque de respect pour les personnes que l'on invite.
Afin de poursuivre dans cette même posture accueillante, une partie de l'équipe qui anime l'archipel des confluences depuis un peu plus d'un an a présenté l'intention que nous portions à plusieurs voix démontrant ainsi la diversité de nos parcours mais aussi la lucidité sur nos ambitions.
Un projet mégalodeste : comment construire une campagne qui dit Non au défaitisme ?
A partir du texte d'Edgar Morin en préface du dernier Manifeste d'Utopia et de son titre, Résister et créer, nous pouvons être dans une ambivalence. Doit-on résister puis créer ou créer puis résister ?
A l'Horizon de 2026 et 2027, nous rencontrons deux postures, de nombreuses personnes se préparent déjà à la victoire d'une coalition droite-extrême droite et à mener une résistance. D'autres affirment que cette période historique peut nous donner l'occasion de créer une nouvelle forme de mobilisation qui questionne les rôles et les places des acteurs de la démocratie.
Au sein de l'Archipel, nous avons choisi de se donner les moyens d'explorer ses formes, et les réseaux qui existent et foisonnent en France dans les marges de notre démocratie malade. Après l'exploration, il y a la nécessité de relier, de tisser, ce sont les tisserands que nous repérons et sont nombreux mais souvent isolés dans leur territoire ou leur silo thématique. Isolés car ne mobilisons pas suffisamment leurs réseaux dans la nécessité de ces relations. C'est pourquoi, en 2024, au sein des confluences, nous nous fixons une priorité : explorer, tisser mais surtout catalyser[1], «c'est-à-dire contribuer à accélérer des évolutions qui nous paraissent positives ou à réorienter d’autres qui nous paraissent insuffisantes ou moins souhaitables;» En effet, la posture du catalyseur, permet de repérer les conditions de faire levier de transformation. Cette dimension plus stratégique a été l'objet de nos échanges durant cette journée.
Rendre visible nos prochains rendez-vous ne suffit pas
Lors du travail par petits groupes, deux dimensions se sont dégagées.
La première autour d'Alain Caillé et d'Antoine Valabrègue, ce groupe a proposé de lancer un grand mouvement de mobilisation citoyenne. Leur ambition est de reconstruire un projet de société avec les citoyens.
La seconde a été de consolider la dynamique de tissage en repérant des événements durant l’année 2024 qui permettent des rencontres. Et la place des tisserands, durant ces rencontres, doit permettre les liens et les rebonds entre ces différentes.
Comment articuler ces deux dimensions;?
Le premier atelier veut aller vite. Ils ont proposé un plan d'actions en plusieurs étapes. En février : formaliser et rédiger le projet sur la base d'un appel à contribution citoyenne puis contacter des réseaux. En mars, mobiliser des personnalités publiques qui soutiennent la démarche et constituer une équipe opérationnelle avec un réseau de soutien. Au second trimestre, créer un site web et développer des contacts internationaux.
Quels sont les moyens d'animation de cette initiative;? Alain Caillé le premier a évoqué la nécessité d'avoir 2 à 3 personnes qui en font leur affaire. L'appel est lancé et la question des moyens est un des premiers sujets pour les prochaines rencontres. Cette proposition a une dimension plus opérationnelle et met en mouvement une dynamique. Le seul fait d’inscrire des dates sur un calendrier ne fait pas récit, ni ne précise quels sont nos communs.
Le chemin peut se dessiner mais pour mobiliser, il faut donner quelques signaux plus clairs d’un projet politique de transformation. C’est sur ce point que cette proposition s’articule avec nécessité avec la stratégie initiale des confluences autour des explorateurs, tisserands et catalyseurs.
C’est en ce sens que la première dimension du « mouvement;» peut s’articuler avec la seconde dimension de la reliance et de la catalyse. L’un peut vite s’épuiser et s’isoler quand l’autre peut relier sans catalyser, sans transformer, sans mettre en mouvement.
Des enjeux communs et la nécessité de mobiliser toutes les énergies sur des mesures basculantes ?
Ainsi, nous pourrions imaginer que cette articulation entre la dynamique des tisserands et l’ambition de mobiliser le plus grand nombre passe par des mesures basculantes. Est-ce que le fait de mettre en débat ces mesures sont susceptibles de mobiliser et de catalyser des dynamiques locales et nationales. La condition serait qu’elles soient en nombre très réduites afin d’éviter des « listes à la Prévert;» et très ambitieuses tout en étant iconoclastes.
Le prochain rendez-vous est fixé le 14 mars pour une rencontre du Collectif de la transition citoyenne. Le thème est un rebond à notre rencontre, il porte sur la place des citoyen·nes et des organisations de la société civile dans les temps forts électoraux. A cette occasion, nous attendons des dizaines de participants, investis dans des actions locales et réseaux nationaux, une majorité questionne la nécessité de retrouver une autre place dans notre démocratie. Le plaidoyer ne suffit plus. Quelles formes sont à inventer pour que notre démocratie puisse vivre sur d’autres rythmes que celui des élections;?
Après le 14 mars, nous nous retrouverons à Marseille le 29 et 30 mars afin de creuser les enjeux de la cartographie, outils au service de la reconnaissance avec le soutien de transiscope.
Ainsi, l’archipel des confluences a décidé de « hacker » avec bienveillance les événements de nos alliés et les inviter/inciter/inspirer à sortir de leur couloir de nage, faire ce que tout le monde dit;! « Sortir de nous-même pour aller à la rencontre de l’autre;», cet Autre porte des convictions et des expériences qui ne sont pas exactement ce que je porte : est-ce un problème ou une chance;?
Deux enjeux s’ouvrent à nous : faire apparaître les fils entre nous donne de l'énergie et de la force à l'ensemble des personnes et des organisations mais se donner des temps pour partager nos retours de ces rencontres est tout aussi indispensable.
Au-delà d'un calendrier de rencontres dans lesquelles nous allons utiliser la stratégie du coucou, il nous faut poursuivre l'organisation de temps pour partager ce que l'on ramène de ces moments et en quoi, étape après étape, rencontre après rencontre, cela tisse un projet, un récit commun.
Sortir de nos cercles très typés principalement blancs et âgés, intellectuels diront certains, pleins d'expériences et de relations à partager diront d'autres, est d’abord un impératif. Nous savons que nous n’en avons pas les moyens seuls. Cette nécessité nous engage donc à devoir tisser des alliances et surtout à les favoriser. S’allier, ce n’est ni rejoindre, ni phagocyter, ni fusionner. Mais tisser le lien ne suffit plus, la catalyse suppose aussi de débattre et de se mettre d’accord sur des enjeux de fonds, des mesures basculantes. Est-ce suffisant;? C’est peu probable mais nous allons expérimenter si cette proposition résonne avec d’autres acteurs et personnes investies.
Sur le prochain article, je reviendrai sur la seconde partie de cette journée du 27 janvier autour des retours d’expériences de la Primaire populaire, du labo des partis et de la fabrique de la transition.
Notes
[1] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?Attitudes
14/01/2024
En 2024, tisser des liens pour catalyser les rencontres et faire levier de transformation
Après Sète, quel temps et quels espaces en 2024?
Si le bilan de l’Université de Sète a été très positif, avec de nombreuses rencontres, il reste à consolider de nouvelles alliances entre réseaux d’acteurs. La prochaine étape est cruciale, elle nécessite de poursuivre notre rôle de tisserand afin de catalyser ces alliances pour espérer que les prochaines années ne glissent pas vers une élection présidentielle gagnée par un axe droite/extrême-droite.
Au sein de cet espace de confluences, nous partageons deux dimensions essentielles à articuler : le temps et l’espace.
Le temps, car le premier enjeu est la coproduction d’un agenda stratégique nous permettant de repérer les différentes étapes et les « séquences;» comme l’expriment les communicants, pour mobiliser, consolider, diffuser et faire levier.
L’espace, car au-delà de l’espace public qu’il faudra animer et faire vivre, il y a d’abord les espaces à ouvrir pour accueillir et croiser de nombreux réseaux qui, trop souvent, restent « dans leur couloir de nage;» ou rattrapés par leur identité racine et la « survie;» de leur organisation ou raison d’être.
Un projet mégalodeste dans un contexte inflammable;!
Le projet présenté notamment par Patrick Viveret est à la fois mégalo et modeste[1].
Il présente l’enjeu d’organiser « la grande alliance des Forces de vie;».
Mégalo, car il s’appuie nécessairement sur une analyse systémique et planétaire et à cette échelle, nous mesurons notre influence relative.
Notre monde glisse vers des peurs et des replis, de notre intimité aux voisinages, de notre territoire local au national et jusqu’aux dimensions planétaires qui ne peuvent être oubliées tant sur les enjeux climatiques, écologiques et économiques que sur les enjeux diplomatiques et géopolitiques avec la situation à Gaza qui, à la fois, catalyse et fige les désirs de paix car la colère nous envahit.
Cette colère et cette émotion, du 7 octobre en Israël aux jours d’après, sont révélatrices du sentiment d’impuissance qui peuvent nous envahir et de la nécessité d’agir ensemble pour ouvrir, là encore des espaces et du temps à l’expression de notre humanité. C’est pourquoi, nous avons pris l’initiative d’ouvrir des « Places à l’Humanité;»[2] à Sète et que nous engageons chacune et chacun, là où il peut, à affirmer que la paix, par une solution politique est le seul chemin. En attendant, que peut-on faire, à notre échelle;? Comment agir et se mobiliser au-delà des manifestations;?
Un projet mégalodeste expliqué en quelques mots
C’est pourquoi, il est utile de se rappeler que si tout est lié, tout ne dépend pas de notre action. Le temps et l’espace sont aussi des données pour chacune et chacun d’entre nous. Notre disponibilité a donc ses limites et c’est pourquoi il est si nécessaire de se sentir lié, relié, à un écosystème qui nous porte comme nous le portons. Cet écosystème a besoin d’une vision partagée, le côté mégalo mais aussi d’un ancrage dans l’action quotidienne, le côté modeste;!
Assumant à la fois notre côté mégalo et modeste, nous avons conscience qu’il faut expliquer en quelques mots notre inspiration, notre intention, notre intuition et notre attention pour tenter de mobiliser au-delà de nos cercles et de nos voisinages.
Une inspiration
Une inspiration de l’Archipel et de l’imaginaire d’Edouard Glissant autour de la tension créatrice entre l’identité racine et de l’identité relation.[3]
L’archipel existe tout autour de nous. Il est puissant et multiple. Il peut dégager un sentiment de puissance et de richesse comme un sentiment d’impuissance et d’émiettement. C’est pourquoi, il est indispensable de soutenir les personnes qui portent cette identité-relation et font vivre ainsi les interactions.
Une intuition
Nous considérons que la dimension relationnelle est portée par ces individus assumant un rôle d’explorations, de tisserands et de catalyseurs[4]. C’est donc autour de ces individus que nous devons travailler à des stratégies de catalyse. Or, les tisserands sont souvent exposés à multiplier leurs relations et à s’épuiser s’ils ne trouvent pas de leviers pour catalyser et transformer modestement leur environnement de vie et d’engagement. Nous devons donc renforcer ces postures essentielles à la vie d’un archipel.
Une intention
L’Archipel des confluences s’est fixé comme intention d’ouvrir un espace à ces tisserands afin de renforcer les liens entre les réseaux et organisations qui tentent de changer de cap. C’est pourquoi, l’équipe de l’Eccap s’est investie dès son lancement en octobre 2022 dans cette aventure. Il y a un enjeu important de documentation de ce processus complexe autant pour contribuer à l’écriture d’un récit commun que capitaliser aussi les nombreuses expériences passées qui méritent d’être analysées. Ces retours d’expériences sont un des premiers matériaux coproduits dans ces espaces relationnels.
Une attention
Afin de développer notre capacité de tissage et donc de catalyse, nous devons d’abord être attentif à deux exigences individuelles : se questionner et travailler nos propres postures. L’un des premiers freins analysés dans les retours d’expériences des précédentes initiatives des archipels, c’est la difficulté de questionner paradoxalement nos postures vis-à-vis des autres. Pour des personnes se reconnaissant comme des tisserands, cela peut apparaître surprenant. C’est totalement normal tant nos habitus, nos réflexions devenant des réflexes, il est plus simple de questionner les postures des autres que la sienne. Cela est un processus engageant et qui fonctionne mieux car le collectif de travail, les relations de confiance, l’inter-connaissance ont consolidé notre capacité de faire ce pas de côté nécessaire.
Inspiration, intuition, intention et attention s’inscrivent dans le temps et dans l’espace pour imaginer un autre horizon pour 2026, 2027 et 2030. C’est l’enjeu d’une Autre campagne à imaginer ensemble.
Notes
[1] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?AdC-Rencontre270124-1
[2] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?Gaza0
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Glissant
Identité Racine : L'identité racine, selon Glissant, renvoie à l'ancrage identitaire d'un individu dans ses origines, ses racines culturelles et ethniques. C'est la partie de l'identité qui est souvent associée à la stabilité, à la permanence, et à la recherche d'une essence fixe. Glissant critique cette conception figée de l'identité, soulignant que l'humanité est caractérisée par une diversité dynamique plutôt que par des essences immuables.
Identité Relationnelle : L'identité relationnelle, en revanche, est liée à la manière dont les individus interagissent, se connectent et se métissent avec d'autres cultures. C'est une conception de l'identité en constante évolution, influencée par les rencontres, les échanges et les relations interculturelles. Glissant encourage à embrasser cette dynamique, à reconnaître la complexité des influences mutuelles entre les cultures, plutôt que de se fixer sur des frontières strictes.
Pour Glissant, l'identité relationnelle est essentielle pour comprendre et vivre dans un monde marqué par la mondialisation et la cohabitation de multiples cultures. (texte édité suite à une requête sur https://chat.openai.com, vérifié et relu par PA Cardona)
[4] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?Attitudes
14/06/2022
Graphite : regards de jeunes marseillais sur leur ville
Du lycée aux quartiers, regards de jeunes sur leur ville
Comment impliquer les jeunes marseillais dans la fabrication de leur ville ? Comment les premiers concernés par de multiples politiques publiques ne sont pas objet d’étude mais bien acteurs de leur devenir. C’est le pari d’une équipe d’enseignants en géographie de l’Université et du lycée qui s’est concrétisé dans une recherche-action au long cours : GRAPHITE comme « Géographie prospective des territoires urbains ». C’est une démarche participative d’urbanisme de proximité et de formation construite au sein d’Aix Marseille Université, du LPED (Laboratoire Population Environnement Développement) en lien avec la Région et le Rectorat(1), et pilotée par Elisabeth Dorier, professeure d’université en géographie. Suite à cette expérience depuis 2015, auprès de 2000 jeunes de 14-17 ans, élèves de 19 lycées, de tous quartiers et milieux sociaux de la région Sud, un rapport d’étude intitulé « Les jeunes et la ville » et une série d’outils ont été produits et mis en ligne en 2021 sur le site ressource du projet, un espace de Communs d’une connaissance à partager.(2)
Ce vendredi 3 juin 2022 au matin, au sein de l’amphithéâtre de sciences naturelles à la faculté Saint Charles, près d’une soixantaine de lycéens de seconde et de première du Lycée Diderot présentent leur projet d’amélioration des espaces urbains de leur quartier, au nord de Marseille. Cette restitution est une première reconnaissance d’un travail mené au sein du lycée et en lien avec des acteurs du territoire et des habitants. C’est le regard d’une génération tout comme des regards singuliers sur leur propre quartier.
Ce sont 15 projets qui sont présentés à partir de leur analyse et de leur choix : autour de l’aménagement des parcs comme Font Obscure le Petit séminaire ou l’Espérance dans le 14ème , du marché aux puces avec des projets autour de la création d’un centre pour SDF ou un marché pour les Biffins sur des terrains aujourd’hui libres mais en intégrant dans leur réflexion la nécessité d’une mixité d’usages au cœur du futur projet d’éco-quartier de Bouygues. La dimension critique n’est jamais loin de leur proposition, que ce soit avec un projet de requalification de la copropriété du Mail ou de la prise en compte des enjeux environnementaux du Carrefour Le Merlan ou bien la reconstruction de la Cité Bassens en y intégrant des équipements publics croisés et des liens plus structurants avec la zone industrielle qui l’entoure.
Une géographie qui s’ancre dans la relation aux territoires
Un processus long et bien rythmé
Un soutien des Cités éducatives
Un dialogue des savoirs qui transforme autant les habitants que la ville ?
Notes
[1] Dans le cadre d’AAP Les fabriques de la Connaissances
[2] https://graphite.lped.fr/
[3] https://www.marseille.fr/education/les-cites-educatives
[4] https://laligue13.fr/les-tables-de-quartier
02/07/2023
La fabrique de l’émancipation, vers de nouveaux rapports entre science, action et démocratie.

Jean-Louis Laville et Bruno Frère ont entrepris il y a quelques années un travail précieux. Leur ouvrage commun est ambitieux[1]. Il est à la fois une contribution dense autour des penseurs de la théorie critique au service de celles et ceux qui expérimentent et agissent sur le terrain des transitions démocratiques, sociales, économiques et écologiques. Il leur permet notamment de rendre accessible ces analyses auprès d’acteurs qui n’ont que peu de temps à consacrer à cette dimension théorique pourtant essentielle.
Faire dialoguer les savoirs expérientiel et théorique, dans une relation égalitaire, sans surplomb est un enjeu épistémologique et politique.
Les auteurs analysent durant 4 chapitres, les écrits de la théorie critique et ce, depuis ses débuts, des écoles de Francfort à Bourdieu puis avec une attention au tissage, ils relient, mettent en tension, leurs accords et désaccords, en actualisant sur les dernières années avec les apports critiques de Luc Botlanski et Bruno Latour.
« L'attention portée aux absences et aux émergences par les épistémologies du Sud parce qu'elle assume le pari de la confiance faite aux acteurs, prolonge l'identification des espaces publics autonomes chez Habermas, comme le souci de la description des actions collectives chez Latour; en ajoutant que certaines des épreuves repérées par Boltanski dans la confrontation aux institutions peuvent donner naissance à une modification du cadre institutionnel comme le défend Honneth. »[2]
Ce paragraphe est un exemple de l’exercice de relecture et de reliance entre auteurs. Après cette première partie très riche et dense autour des théoriciens de la critique sociale et de leurs apports respectifs, en respectant le moment de leur écriture et donc des apports de chacun au fil de l’histoire du XXème siècle, les auteurs, au chapitre 5, s’appuient sur les épistémologies du sud, à partir de la sociologie des absences et des émergences, pour interroger la pensée occidentalo-centrée de la critique du capitalisme.
C’est l’autre dimension intéressante et utile de cet ouvrage : nous décentrer d’une lecture, certes critique du capitalisme mais une critique occidentalo-centrée. Ce monde occidentalo-centré est celui que nous avons imaginé et ancré profondément depuis des siècles. Cet imaginaire, nous l’avons expliqué et déployé par une « domination culturelle et intellectuelle » !
Cet apport permet d’ouvrir des perspectives très utiles sur les conditions de production des savoirs et de leur croisement, à partir des expériences de solidarité face aux injustices.
A quelles conditions, elles deviennent alors sources de transformation ?
Une transformation de la réalité sociale et sociétale pour celles et ceux qui expérimentent mais tout autant une transformation possible des manières d’analyser et de théoriser ces pratiques.
Au chapitre 6 et 7, ils portent l’ambition d’une nouvelle sociologie critique au service des acteurs et notamment celles et ceux qui agissent dans le champ de l’économie solidaire et sociale. Avec les savoirs croisés des deux auteurs, la question de la transformation et sa dimension institutionnelle devient un enjeu stratégique et politique. Comment il est possible alors de rendre vivante et puissante une démocratie ancrée sur des dynamiques locales complémentaires des réponses classiques de nos institutions publiques.
Les auteurs sont au service de la reconnaissance d’un nouvel espace de transformation, croisant les formes de savoirs, d’écriture et d’agir au service d’une émancipation, enfin possible car fabriquer par les premiers concernés.
En ce sens, c’est à partir des expériences démocratiques, écologiques et solidaires que l’émancipation se fabrique et plus uniquement dans le regard que porte le sociologue sur des personnes « à émanciper » : regard surplombant souvent, extractivisme des données et des paroles quelques fois pour alimenter des ouvrages et des travaux de recherche sans une attention à la restitution et au dialogue des savoirs.
Au-delà du livre, ouvrir des espaces pour dialoguer et imaginer la poursuite de ce travail.
Afin de poursuivre ce travail au-delà d’un livre, Jean-Louis Laville et Bruno Frère ont souhaité dialoguer avec des personnalités issues autant du monde de la recherche et de l’université que des acteurs investis dans des domaines ou territoires où s’inventent chaque jour des manières de faire, d’élaborer des stratégies de transformation sociales, économiques ou sociétales.
Dans un monde « en transition », les expériences sont sources de savoirs, et les espaces de production de ses savoirs en action ne sont plus isolés, ils se croisent, se frottent, peuvent s’hybrider et féconder à leur tour de nouvelles énergies, le plus souvent à partir d’un besoin de solidarités et d’organisations collectives comme les associations. Cette journée organisée au CNAM le 2 juin dernier est un premier rendez-vous qui en appelle d’autres.
Dans sa présentation, cette journée est « construite autour de commentaires formulés par des auteurs ayant abordé des thématiques proches et de réactions émanant d’acteurs de mouvements sociaux, de responsables du mouvement associatif, de l’éducation populaire, de l’économie sociale et solidaire. L’accent mis sur le croisement des savoirs académiques et expérientiels appelle de nouveaux liens entre mobilisations, pouvoir d’agir et changements institutionnels. D’où la mise en place de recherches participatives et un nouveau regard porté sur l’émancipation. »
La journée a été d’une très grande densité. Elle a vu se succéder de nombreux dialogues avec des apports très riches de la critique négative à cette nouvelle posture de critique constructive pour faire écho à la réflexion de ces auteurs. En s’appuyant sur l’apport des pragmatistes et des épistémologies du sud, ils ouvrent un nouveau champ de renforcement des résistances invisibilisées ou des luttes actuelles.
Se sont succédés à la tribune Didier Raciné, rédacteur en chef de la Revue AltersMédia, Jean-Claude Ruano Borbalan, titulaire de la Chaire médiation des techniques et des sciences en société au Cnam; Arnaud Macé – professeur d'histoire de la philosophie ancienne à l’Université de Franche-Comté; Christian Laval, professeur émérite de sociologie à l’Université Paris Nanterre, auteur de Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, (avec Philippe Dardot); Yves Sintomer, professeur à l'Université de Paris 8 et chercheur au Cresppa, Quentin Deluermoz - historien, professeur à l'Université Paris Cité, spécialiste d'histoire sociale et culturelle des ordres et désordres au XIXe siècle (France, Europe, empire); Sylvaine Bulle, professeure de sociologie, ENSA Val de Seine. Luiz Martinez Andrade – chercheur-philosophe - Université catholique de Louvain - Genauto Carvalho de França Filho – professeur en sciences de gestion à l’Université, auteur de Solidarité et organisation. Penser une autre gestion.
Au côté de ces universitaires, des acteurs et praticiens ont pu apporter leur regard à partir de leur expérience, source de savoirs : Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif et Michel Jezequel, Vice-président d’ESS France; Caroline Besse - directrice d’une association d’éducation populaire et Anne-Claire Devoge – militante de l’éducation populaire; Gustave Massiah - membre fondateur de l'aitec (association internationale des techniciens, experts et chercheurs) et du cedetim (centre d'études et d'initiatives de solidarité internationale) en dialogue avec votre serviteur, où j’ai pu ainsi partager l’expérience que nous menons à Marseille autour des enjeux d’une fabrique de la ville dans des espaces autonomes, des tiers espaces, comme peut l’être le Collège des maîtrises d’usage (CoMU) au sein du quartier de Noailles à Marseille. La journée s’est conclue avec des acteurs culturels qui ont ainsi pu présenter les enjeux de mobilisation d’un secteur soumis aux contraintes budgétaires et à la rationalisation des moyens de production. Luc de Larminat – co-directeur d’Opale (Pôle Ressources Culture & ESS) et Cécile Offroy – chargée de recherche, Opale - Iris (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeuxsociaux) ont fait un retour sur un itinéraire de coopération entre acteurs et chercheurs. Enfin, Marie-Catherine Henry – Cause Comune, Patricia Coler – Union fédérale d’intervention des structures cultuelles, Anne-Laure Federici – Réseau des territoires pour l’économie solidaire, et Marianne Langlet, Collectif des associations citoyennes avec Carole Orchamp, Réseau national des maisons des associations ont partagé leur expérience d’espace acteurs-chercheurs.
Comment alors rendre compte avec précision de cette journée tant elle fut riche ? Il est prévu prochainement une diffusion des contributions de chaque intervenant. Cette rencontre est une première et elle en appelle d’autres tant les enjeux sont essentiels.
C’est en permettant ce dialogue entre savoirs et entre continents mais aussi entre nos mondes et nos imaginaires souvent cloisonnés que le changement de Cap sera possible. L’encyclopédie du changement de cap en commun que nous poursuivons s’inscrit dans cette perspective.
Notes
[1] Frère et Laville, La fabrique de l’émancipation. Repenser la critique du capitalisme à partir des expériences démocratiques, écologiques et solidaires. Edition Le Seuil. 2022
[2] Ibid. page 207.
01/09/2023
L’Eccap en commun, une dynamique en confluences : rendez-vous à l’Université d’Utopia du 26 au 29 octobre 2023 à Sète !
Il y a un an, le 31 août 2022, l’association Echanges et Savoirs pour un Changement de Cap (ESCCAP) et son fonds de dotation étaient créés pour organiser et pérenniser le projet initié par Guy Roustang en 2016.
Avant l’été 2023, nous avons réuni le premier comité d’orientation de l’Eccap composé de Florine Garlot, Jean-Louis Laville, Bernard Perret, Jacques Perrin, Patrick Viveret, Guy Roustang et Pierre-Alain Cardona. Nous nous sommes retrouvés, il y a quelques jours à Grenoble, afin de déterminer quels seront les axes de travail de l’Eccap en Commun et les priorités de l’association comme du fonds de dotation. Un compte-rendu exhaustif sera communiqué prochainement à celles et ceux qui souhaitent rejoindre la démarche engagée.
L’année 2023-2024 va voir se réaliser des changements importants que nous préparons depuis plus d’un an, depuis notre présence à l’Université du mouvement Utopia à Sète en octobre 2022. A cette occasion, l’Eccap est devenu un commun, l’Eccap en Commun s’inscrit au sein de l’Archipel des confluences[1], dans les liens tissés avec d’autres organisations et individus.
Un prochain site de l’Eccap inscrit dans la communauté YesWiki.
L’Eccap en commun[2] a poursuivi sa mue, en privilégiant l’usage d’une technologie open source, utilisée par de nombreux acteurs des communs numériques comme le portail des Communs[3], le mouvement des Colibris, l’Assemblée virtuelle[4], ou le réseau Animacoop[5]. Cette technologie, appelée le YesWiki[6], permettra, avec l'aide d'Olivier Picot, le lancement prochain du site de l’Eccap en Commun dans une version beaucoup plus contributive. Mais avant d’être une technologie, c’est une communauté de développeurs et d’acteurs qui l’ont construit peu à peu. S’inscrire dans cette communauté entre en cohérence et en résonance avec le projet politique porté par l’Eccap et Guy Roustang depuis l’origine: contribuer à un changement de cap, en s’inspirant de la dynamique collective du site Wikipedia. Enfin, YesWiki est aussi le choix de privilégier l’inter-opérabilité des données et des contributions entre les réseaux et acteurs s’inscrivant dans les Confluences[7]. C’est dans le même sens que nous tissons du lien avec le réseau Transiscope[8], le portail des alternatives de la transition écologique et sociale.
La prochaine Assemblée Générale de l’Eccap à Sète fin octobre 2023 au sein de l’Université d’Utopia.
Cela nous permet de proposer à nos lecteurs et contributeurs de s’y retrouver et de pouvoir accueillir de nouvelles énergies présentes, intéressées par le développement des projets de l’Eccap en commun et les tissages nécessaires entre mouvements et organisations.
Cette Assemblée générale nous permettra de renforcer notre gouvernance collégiale, de valider les propositions de notre comité d’orientation notamment sur la priorité donnée aux définitions. Il est important dans ce contexte que les acteurs et activistes puissent s’appuyer sur des définitions solides, en lien avec notre orientation. Cette démarche de clarification des définitions permet de les enrichir par le croisement d’apports théoriques et d’expériences documentées et analysées. Cette orientation de l’Eccap est un préalable à l’animation de controverses, et elle peut mobiliser un réseau autant d’intellectuels que de praticiens avec cette même attention au tissage.
Organiser à Sète, dans ce lieu de rencontre, notre Assemblée générale devenait pour nous une évidence tant elle entre en résonnance avec l’appel d’Edgar Morin « nous sommes innombrables mais dispersés;».
L’appel d’Edgar Morin, lancé il y a quelques années à Sète, fait écho
Edgar Morin était présent il y a quelques années à Sète pour lancer un appel à la convergence de toutes les organisations de la société civile pour « changer de voie, changer de vie;». Depuis, des initiatives se sont lancées et expérimentées, épuisées pour certaines, relancées pour d’autres, Sète est à la confluence du mouvement des convivialistes, des archipels Ecologie et solidarité et Osons les Jours Heureux !
Cet appel se retrouve aujourd’hui dans le second Manifeste d’Utopia, sortie en juillet dernier. Préfacé par Edgar Morin, l’enjeu des confluences des forces de vie est de nouveau affirmé : « En effet, nous sommes innombrables mais dispersés à supporter de plus en plus difficilement l’hégémonie du profit, de l’argent, du calcul (statistiques, croissance, PIB, sondages) qui ignorent nos vrais besoins ainsi que nos légitimes aspirations à une vie à la fois autonome et communautaire. Nous sommes innombrables mais séparés et compartimentés à souhaiter que la trinité Liberté, Égalité, Fraternité devienne notre norme de vie personnelle et sociale et non le masque à la croissance des servitudes, des inégalités, des égoïsmes. »
Des convergences aux Confluences, le mouvement Utopia dans son rôle de tissage ouvre à Sète un espace de rencontres et d’éducation populaire.
Le Mouvement Utopia, né il y a plus de 25 ans à partir d’un petit groupe de tisserands et d’utopistes (dont votre serviteur) est aujourd’hui une association citoyenne agréée Jeunesse et Éducation Populaire qui vise à élaborer un projet de société solidaire et convivial, écologiquement soutenable, dont l’objectif est le « Buen Vivir;». L’association a également pour objet d’agir comme un trait d’union, une passerelle, entre les acteurs de la société civile, du monde politique et institutionnel, du monde intellectuel, artistique et culturel. Le réseau du Mouvement Utopia a été constitué depuis des années pour partager les expériences, s’enrichir mutuellement et inventer d’autres futurs possibles. L’élaboration du « Buen Vivir » implique un engagement fort pour une écologie solidaire. En ce sens, les publications des Éditions Utopia sont le reflet de ces nouveaux regards, de ces nouvelles humanités.[9]
Cette Université du Mouvement Utopia est devenue un rendez-vous incontournable pour les personnes et les organisations qui souhaitent questionner, analyser, proposer et coconstruire des stratégies afin d’accompagner notre société, du village à la planète Terre, à bifurquer et changer son modèle de production et de développement.
Rendez-vous toutes et tous du 26 au 29 octobre 2023 à Sète;![10]
Lors de la prochaine édition de l’Université du 26 au 29 octobre, nous nous retrouverons autour du thème : « des colères à l’émancipation;». Nous serons nombreux, issus « d’innombrables initiatives;», pour partager et analyser ces colères, leurs origines, mais aussi et surtout imaginer comment elles pourraient se transformer en politiques émancipatrices.
Ce rendez-vous sera aussi un espace-temps utile au croisement et aux rencontres d’acteurs, d’intellectuels, d’activistes, autant des institutions que des associations ou collectifs, pour travailler aussi les conditions de nos confluences. L’Eccap en Commun devient un projet inscrit dans cette dimension bien plus large, en relation avec d’autres mouvements et initiatives citoyennes en cours, croisant les savoirs académiques, techniques et expérienciels. Son organisation se précise, une association de contributrices et contributeurs de bonnes volontés et, à ses côtés, un fonds de dotation qui permettra de financer et d’appuyer des expérimentations concrètes. Il ne manque que vous ?
Notes
[1] https://www.eccap.fr/article/intentions-et-engagements
[2] https://www.eccap.fr/article/lencyclopedie-du-changement-de-cap-en-commun-ou-en-sommes-nous
[3] https://lescommuns.org/
[4] http://www.virtual-assembly.org/
[5] https://animacoop.net/
[6] https://yeswiki.net/?AccueiL
[7] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?PagePrincipale
[8] https://transiscope.org/
[9] Présentation du mouvement dans sa seconde édition du Manifeste, penser et agir pour un mode habitable. Editions Utopia, 2023.
[10] https://mouvementutopia.org/site/2023/08/05/inscrivez-vous-a-luniversite-utopia/
[11] https://www.helloasso.com/associations/mouvement-utopia/evenements/universite-2022-du-mouvement-utopia-agir-pour-un-monde-habitable-2?_ga=2.137686512.1942464786.1689693410-1706726019.1656448898
18/05/2023
L’Encyclopédie du changement de cap en Commun : où en sommes-nous ?
Depuis l’automne, et particulièrement les rencontres initiées lors de l’Université d’été d’Utopia et des convivialistes à Sète en octobre 2022, l’Archipel des Confluences[1] a été lancé. Au sein de cette dynamique, une équipe de travail s’est mise à l’œuvre afin de questionner comment notre projet de l’Eccap pourrait s’articuler avec cette volonté de tisser des liens et catalyser des initiatives.
Un projet inscrit dans les Confluences et les Communs[2]!
En novembre, un groupe de travail composé des animateurs de l’Eccap, Guy Roustang, Florine Garlot et Pierre-Alain Cardona en lien avec des acteurs investis dans le champ des Communs numériques, dont Didier Fradin et Claude Henry s’est lancé. Premier réflexe de tout processus autour de la construction d’un Commun : documenter toutes les étapes du processus. Un site wiki a été lancé[3]. Il est en « construction;» et n’a pas vocation à devenir un site internet vitrine.
Cela permet de rendre compte de l’avancement du projet et de son processus. Cette approche est une dimension importante des Communs : permettre à chaque nouvelle personne de pouvoir rejoindre le projet, de le rendre ainsi accueillant à toutes nouvelles énergies.
A l’origine, Guy Roustang avait évoqué l’Eccap comme un Wikipedia du changement de cap. Un Site internet permettant de relier et connecter de la connaissance et donc des contributeurs, au service d’un dessein bien plus ambitieux : la nécessité de changer de cap, de modèle économique comme d’imaginaire institutionnel pour faire une référence à un auteur inspirant, Cornelius Castoriadis[4]. Ce changement de cap ne peut s’inscrire uniquement dans le cadre d’un espace numérique unique mais bien dans un archipel d’initiatives déjà à l’œuvre.
Un texte rédigé à plusieurs mains présente de manière synthétique notre intention !
« Les incertitudes d’ordre écologiques et économiques, la perte de confiance continue dans nos institutions, l’infobésité, les fake news… sont facteurs d’instabilité et génèrent des antagonismes, comme en témoignent la violence qui s’installe jour après jour dans nos échanges, et l'entre-soi amplifié par le fonctionnement en algorithmes des réseaux sociaux. Cependant ce contexte peut aussi être le déclencheur d’une bifurcation nécessaire, nous ramenant à la nature complexe du monde auquel nous appartenons.
Une telle rupture demande que la place du politique devienne centrale, en particulier face aux pouvoirs économiques et financiers. Des expériences existantes montrent l'intérêt d'un élargissement du « pouvoir politique » au-delà du corps des élus (et des institutions), c’est à dire à l’ensemble du corps social organisé reliant toustes les act.eurs|rices qui contribuent à faire et à penser la société. Et pour que ce corps social puisse créer les conditions d’une transformation de la société, il va en premier lieu devoir s'attaquer aux « objets en tension » auquel il est confronté.
A partir de l'expérience de l’Encyclopédie du Changement de Cap, nous nous proposons de contribuer à nourrir, en relation avec l’ensemble des agrégateurs de connaissance existants, les conditions d’un dialogue des savoirs, intergénérationnel, hors des binarités politiciennes, tenant compte de la place de l’individu, des collectifs de travail, des organisations et institutions.
Nos quatre intentions correspondants à des niveaux d’investissement :
1. Collecter, organiser, éventuellement accompagner la création de contenus (articles, podcast, vidéos), sur un serveur ouvert à l’interopérabilité des données.
2. Mettre en évidence les tensions et interactions entre les contenus collectés pour alimenter des échanges contradictoires : des controverses, qui ne sont ni des polémiques, ni des pugilats, ni des clash.
3. Donner à voir des méthodologies de mise en controverses expérimentées dans les différents espaces et/ou théorisées
4. Tisser des relations vivantes entre auteurs, initiatives, lectorat, en concevant une architecture et une sémantique des liens en relation avec les autres acteurices du secteur, une façon de créer le « désir d’archipel », en le rendant visible.
Il s’agit de constituer ensemble un espace contributif de ressources et de partage des savoirs, dans la diversité des points de vue, de façon à faciliter pour chacun la construction de ses opinions, et de se saisir de moyens d’agir individuels et collectifs.
Les contributeurs de ce texte (Claude Henry, Florine Garlot, Pierre-Alain Cardona, Didier Fradin, Olivier Picot et Guy Roustang) souhaitent élargir ainsi la mission de l’Eccap pour initier des premières alliances.
Une première alliance : le Collectif des associations citoyennes[5].
Ce Collectif appelé le CAC, est une plateforme de mobilisation des associations citoyennes qui se reconnaissent dans leur dimension de transformation sociale. Olivier Picot, l’un de ses animateurs actifs et spécialiste des outils numériques au sein du CAC a rejoint l’équipe de l’Eccap en Commun. Il devient le « connecteur » avec le monde des outils numériques libres et en communs.
La relation avec le CAC nous permet de mettre en œuvre aujourd’hui un objet important : rendre visible et audible des controverses. Le prochain exercice s’organise autour du Service national universel. Mais d’autres contreverses sont en préparation : non-lucrativité et néolibéralisme, travail, revenu d'existence…
Nous avons repéré aussi des liens à tisser avec d’autres plateformes ou réseaux avec qui nous aimerions pouvoir travailler : Transiscope, le Collectif de la transition citoyenne, Rispostes Creatives, Alternatiba, le Mouvement des Colibris, Remix the Commons, le Pacte du Pouvoir de vivre…
Une initiative intéressante à soutenir : l’appel de Bastien Sibille du réseau des Licoornes[6].
Il y a quelques semaines, Bastien Sibille, fondateur de la SCIC Mobicoop et coprésident des Licoornes, a lancé un appel mobilisant les forces vives de la Transition et le grand public pour s’engager dans une dynamique de transformation avec comme levier la création d’un fonds d’un milliard d’euros pour accélerer la transition et le modèle des 9 coopératives, plateforme numérique, alternatives des grandes plateformes numériques et structurant des offres dans le domaine de la mobilité, de l’énergie, des télécommunications ou de l’achat local et les circuits courts. Cet appel[7] est à relayer et un plan d’action est en cours de création.
Si vous le souhaitez, n’hésitez pas à rejoindre la dynamique de l’Eccap en Commun !
Notes
[1] Un site wiki permet de voir l’avancement du projet : https://archipel-confluences.org/WikiAdC/?PagePrincipale
[2] Le monde des Communs se relie dans le cadre d’Assemblée : https://assemblee.lescommuns.org/
[3] https://ferme.yeswiki.net/ProtoWiki2ECCAP/?PagePrincipale
[4] Cornelius Castoriadis, l’Institution imaginaire de la société. Editions du Seuil, 1975.
[5] Collectif des Associations Citoyennes. http://www.associations-citoyennes.net/
[6] Les Liccornes sont le rassemblement de 9 coopératives ayant le statut de SCIC engagées dans le champ de la transition : https://www.licoornes.coop/
[7] https://www.linkedin.com/posts/bastien-sibille_appel-innovationsociale-transformation-activity-7053962873609310208-3UVe/?utm_source=share&utm_medium=member_desktop
02/07/2022
Le projet partenarial d’aménagement (PPA) en centre ville de Marseille, une opportunité pour coconstruire la ville avec ses habitants ?
Un contexte extrême qui a marqué une rupture dans les processus de décision.
D’un projet partenarial d’aménagement à une fabrique commune de la ville ?
Une fabrique de la ville pour ménager ou aménager ?
Questionner nos cultures, c’est questionner la circulation de nos savoirs et enfin, questionner le pouvoir.
Le CoMU, la première pierre d’une nouvelle fabrique de la ville ?
Notes
Pierre-Alain Cardona, dans le souci de documenter le long processus de co-construction de la ville de Marseille (après « Noailles, entre ombres et lumières »), illustre parfaitement cette tension évoquée par Richard Trapitzine entre la règle et l’usage. Ces expériences partagées sur l’Eccap nous permettent de mettre en question cette « tension » et de tracer des pistes utiles pour penser un changement de cap.02/04/2023
Le Transiscope, une cartographie des alternatives
Rendre visible les alternatives pour les relier
Depuis des décennies, et peut être même des siècles, les dynamiques de coopération amènent les communautés à tisser des liens et des réseaux. Ces liens sont rendus visibles par des dessins, des schémas et de la cartographie. Avec l’arrivée des outils numériques et notamment de leurs usages coopératifs, sur un fond de carte google ou libre comme OpenStreetMap, les cartographies d’acteurs commencent à se multiplier.
Chaque association crée sa carte des partenaires et des réseaux nationaux et rendent visibles leurs adhérents ou alliés. Le Mouvement des Colibris par exemple lance la carte Près de chez vous.
A l’échelle des territoires, certains collectifs ont tenté d’y répondre en mutualisant une cartographie des outils numériques. Une tentative a eu lieu à Marseille en 2015 mais elle n’a pas trouvé les ressources et disponibilités humaines nécessaires pour se concrétiser.
En 2017, un collectif de 10 associations et réseaux partage le constat que la multiplication des cartes peut donner le sentiment de dispersion des forces et énergies au service pourtant d’une même ambition: recenser et rendre visible les alternatives citoyennes.
Son projet politique est clair : « Transiscope est un projet politique dont la finalité est l'engagement du plus grand nombre dans des alternatives au système actuel écocide, climaticide et inégalitaire issue d'une société thermo-industrielle, productiviste et capitaliste. Pour transformer nos sociétés, il faut que ces alternatives soient accessibles, reliées, crédibles et fortes, c'est en ce sens que Transiscope veut agir. »
Transiscope est un archipel d’acteurs et de sources
C’est d’abord un collectif de 10 associations ou réseaux nationaux (Alternatiba, les Colibris, l’Assemblée virtuelle, le réseau Animacoop, le RIPESS- Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale solidaire, le Mouvement Utopia, le CAC-Collectif des associations citoyennes, le MES-Mouvement de l’économie solidaire et Asterya) qui ont décidé de s’allier en 2017 autour d’un objet de coopération concret : faciliter les liens entre les cartes. En langage technique, cela s’appelle l’inter-opérabilité ! Cet objectif de les rassembler sur une même carte a été possible en s’appuyant sur des outils numériques libres et grâce à ces technologies, rassembler sur une seule carte ne signifie plus forcément fusionner.
Transiscope est un projet politique au-delà de l’outil mis en place. Cette communauté tente de « tenir » une cohérence entre son organisation, sa gouvernance et les étapes nécessaires à une culture coopérative et son objectif initial : être au service de la visibilité des alternatives citoyennes avec l’appui d’une technologie numérique qu’elle expérimente.
Cette communauté est un archipel au sens de l’imaginaire d’Édouard Glissant. Un archipel d’îles comme autant d’initiatives dont le principe d’action est de respecter l’identité racine de chacune et en l’état, leur propre cartographie mais de permettre de faire vivre les liens, l’identité relation, afin que cet archipel devienne une communauté au service de la coopération et non, le symbole d’un éclatement des forces et donc des énergies.
Des alternatives citoyennes qui fabriquent du Commun
Nourrie de cet imaginaire, les initiateurs de Transiscope fabrique de la coopération à partir de la fabrique d’un outil. Ils ont écrit ensemble une charte qui inscrit la raison d’être, les objectifs, les principes de fonctionnement au sein de cette communauté et pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent la rejoindre. Cette communauté de sources cartographiques des alternatives qui acceptent de s’inter-connecter.
Dans la Charte, il est défini ce que nous attendons par le sens de cette notion d’« alternative : « Ces alternatives constituent des;réponses concrètes à une crise systémique, que ce soit au niveau local ou au niveau global. Qu’il s’agisse de manière non-exhaustive du changement climatique, des crises sociales ou de solidarités ou encore de la crise du modèle économique capitaliste, ces enjeux sont envisagés comme interconnectés. Elles;cherchent à;réaliser un ou plusieurs communs. Elles doivent témoigner par leur gouvernance, leur modèle économique, leur organisation du travail ou leurs choix d’investissement qu’elles visent l’intérêt commun et non la réalisation d’un intérêt particulier.»
Concrètement, des Transiscothon pour se voir et faire ensemble !
La semaine dernière, le 24 et 25 mars à Paris s’est tenu un Transiscothon. Ce format permet des rencontres en présentiel pour se voir en vrai après trop d’usages de la visio et ouvrir des espaces d’échanges sur le projet aux contributeur·ices ne faisant pas partie du comité de pilotage.
Aujourd’hui, cette communauté rassemble une cinquantaine de sources et recense 36000 données visibles sur la carte.
Lors de ces journées, il a été question des 3 axes de la stratégie 2021-2023 pour en faire le bilan et définir la suite.
- Dynamiser des alternatives sur les territoires
- Renforcement du projet
- Renforcement de la coopération
Nous étions présents avec Olivier Picot, mobilisé au CAC, pour partager aussi l’expérience en cours de l’Eccap en commun. Cette évolution du projet vers son articulation auprès des acteurs du numérique des communs nous permet de vérifier notre intuition : il y a un enjeu d’inter-opérabilité entre nos sites, ressources et données.
Aujourd’hui le projet Transiscope se donne deux nouveaux objectifs :
- Tisser des liens entre les sources pour mutualiser des ressources, les soutenir et les aider à se développer afin de continuer la visibilisation des initiatives citoyennes
- Lancer l’agrégation d’un nouveau type de données : les événements. Le but est de donner des RDVs pour rencontrer toutes ces initiatives, afin d’aider ces alternatives à se développer.
Loin de vouloir développer « dans notre coin » l’Eccap, nous nous connectons à Transiscope pour partager leur expérience numérique et sur les agrégations de ressources sémantiques. Ainsi, nous contribuons à la dynamique des confluences.
Son prochain développement autour du projet Archipelago permettrait d’outiller les territoires et les acteurs pour connecter les personnes, les événements et d’autre ressources et faciliter leur lien.
A partir de ces liens, comment imaginer possible la création d’un « espace;» où les controverses peuvent se clarifier, en mobilisant notamment des outils de cartographie pour les rendre visibles et en « tension » ? C’est un enjeu pour demain.
Notes
1 https://presdecheznous.fr/
2 La Charte de transiscope : TRANSISCOPE agrège des alternatives citoyennes. Elles sont à l’initiative d’individus ou de groupes d’individus qui prennent leurs décisions indépendamment de toute administration, parti politique ou institution religieuse.
3 https://transiscope.org/charte/
15/04/2022
Noailles, entre ombres et lumières
Marseille et son centre-ville pour tous.
Marseille est l’une des grandes capitales régionales en Europe qui conserve un centre-ville populaire et d’une grande mixité sociale et d’usages. Pourtant, la municipalité durant des années n’a eu de cesse de vouloir le transformer afin qu’il soit au service d’une économie touristique entre « grands événements » et croisières. Les habitants devaient donc partir. La première lutte a été à Belsunce puis, la plus longue et emblématique, celle de la rue de République au début des années 2000. C’est ainsi qu’un groupe de citoyens engagés dans des associations de défense des droits humains (La Cimade, Ligue des droits de l’homme…), des urbanistes, architectes, économistes et artistes ont créé l’association Centre-ville pour tous. Elle a été une des premières à mener la lutte en mobilisant des savoirs pluriels, techniques, juridiques, politiques et en partant d’abord des premiers concernés, pour ce premier combat, les habitantes et habitants de la Rue de la République. Par un processus d’enquêtes et une démarche en recherche-action, la mobilisation a pu ainsi à la fois, répondre à des enjeux d’urgence de chaque habitant traité lors des permanences hebdomadaires, s’allier à des techniciens et experts pour mener la bataille juridique en s’appuyant sur le droit administratif et le droit au logement et enfin mobiliser l’opinion publique par l’organisation de manifestations et l’interpellation des élus.
Le quartier de Noailles entre habitants et habitués
Un quartier en particulier incarne cette diversité d’usages et donc ces frottements entre clients, habitants, commerçants et quelques luttes sourdes pour occuper l’espace public entre les vendeurs de cigarettes et les « biffins », récupérateurs vendeurs de tous produits avec les nouveaux usages de la végétalisation des rues. Ce quartier devenu le « Bouillon de Noailles » a vécu plusieurs vies mais toujours dans des tentatives d’auto-organisation, où la culture de la marge est devenue un mode de vie. Ainsi, durant 18 ans, le festival du Soleil a rythmé le quartier, avec le « Mille pattes » et l’association circassienne Artriballes. La Rage du peuple, mouvement urbain, né en 2004 à Noailles, cofondé par Keny Arkana a contribué aux mouvements des révoltes des quartiers populaires en 2005. Ce quartier a vécu aussi la seule expérience institutionnelle d’un conseil de quartier, au sens de la loi Démocratie de proximité de 2002 et ce, malgré le refus de la municipalité mais avec le soutien du maire de secteur de l’époque.
En 2012, cette première affirmation d’une maîtrise d’usage pour refuser la vente d’un bien communal et en proposer un usage commun est une première pierre d’un long processus qui aujourd’hui questionne les conditions de la fabrique de la ville, en l’occurrence la fabrique de Marseille.
Noailles en colère !
Notes
Ce premier article inaugure un cycle pour documenter un long processus de co-construction de la ville avec un focus sur le quartier de Noailles, le ventre de Marseille.
1 Un récit de la première lutte à Belsunce https://www.cairn.info/revue-vacarme-2019-4-page-44.htm
2 Le site de l’association est très bien documenté sur ces enjeux urbains https://centrevillepourtous.fr/informazioni/
3 Enquête ENCRE 2016 https://encre.hypotheses.org/ et l’ensemble des ressources pour mieux comprendre les enjeux et accéder à de nombreuses données brutes ou analysées. https://encre.hypotheses.org/ressources
4 “C’est un mot que j’ai pris à ma femme qui est sénégalaise. À Pikine, dans la banlieue de Dakar, c’est comme ça qu’on qualifie tous les gens qui viennent d’ailleurs. Cela me permet d’échapper à bobo, ce mot fascisant que tout le monde met à toutes les sauces. Pour moi, le venant est celui qui s’approprie la ville comme on porte un sac “solidarité Noailles » https://marsactu.fr/hadrien-bels-le-venant-de-marseille-de-la-rentree-litteraire/
5 https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Rage_du_peuple
6 https://atelierfeuillants.wordpress.com
7 Dossier déposé et intention du collectif : https://atelierfeuillants.files.wordpress.com/2012/05/20120420-noticeallegee-1.pdf
8 Lien pour lire la Charte pour le relogement https://charte.collectif5novembre.org/
9 Le document final de présentation des intentions et des premières organisations du PPA https://www.ampmetropole.fr/sites/default/files/2019-12/PPA_final_contrat_de_projet.pdf?fbclid=IwAR0a-tB15QeLSNiE2h8UK2RG6GUqpKXglDS9x_XPdb6Fdc4SezJwvFNcHnA
14/01/2024
NON au défaitisme ! Une Autre campagne à imaginer ensemble vers une démocratie continue.
En ce début d'année, le moment des vœux peut nous amener à une forme d'impuissance et de fatalisme tant les crises se succèdent. L'atmosphère est saturée de violences et de peurs et l'horizon est sombre. Mais la lucidité permet aussi de regarder ce qui est en germe et ce qui se transforme déjà.
Il faut se donner les moyens de coconstruire un récit du côté de la vie, de la justice et de la liberté, du local au mondial, ni plus, ni moins ! Et nous avons déjà de nombreux éléments de ces récits, des chemins et des scenarios avec Négawatt[1] et Solagro[2], et leurs déclinaisons dans des expériences concrètes et durables sur nos territoires, des acteurs et des réseaux qui se croisent, de l’urbain au rural au sein notamment des États généraux du post-urbain, des premiers espaces partagés entre des acteurs issus des quartiers populaires et les nombreuses mobilisations sur le climat et les transitions.
Il y a un enjeu de partager et diffuser ces expériences et ces savoirs et notamment à partir d’une cartographie. C’est la raison de notre implication dans le projet du collectif Transiscope[3]. C’est une première étape afin de rendre visible ces acteurs. La seconde étape est d’ouvrir des espaces d’animations locales de cette communauté. Le 29 et 30 mars prochain à Marseille, un collectif s’est constitué pour animer un réseau d’acteurs afin de coconstruire une carte des initiatives et mouvements d’habitants, reliant quartiers populaires et alternatives de transition.
Retours d’expériences et cartographie sont des premiers jalons d’une campagne de long terme pour une démocratie permanente.
Une campagne permanente pour une démocratie continue...
Nous avons une démocratie fondée sur une division du travail démocratique entre parti, syndicat et société civile. Durant des années jusqu’à maintenant, chaque organisation devait rester à sa place avec une domination forte des appareils politiques et de leurs professionnels, élus ou techniciens, au pilotage seul des calendrier électoraux.
Aujourd’hui, notre démocratie représentative est en crise profonde, ce constat partagé doit nous interroger dans notre imaginaire institutionnelle et notre façon de considérer aussi une campagne. Elle n’est pas qu’électorale. Elle doit se situer le plus en amont afin d’inscrire un autre calendrier et doit se vivre après chaque échéance pour conserver vivante les espaces démocratiques ainsi ouverts.
...Qui s'inscrit en 2024 dans une perspective sur 6 ans
6 ans car nous nous situons dans la perspective des objectifs de développement durable de l’ONU de 2030 mais nous n’oublions pas le calendrier électoral national avec les européennes le 9 juin 2024, les municipales en mars 2026, la présidentielle en avril 2027 et les législatives en juin 2027, puis les départementales et les régionales en mars 2028.
Nousmesurons que le temps peut devenir un allié dès l’instant où nous l’intégrons dans une stratégie et que nous l’articulons avec des espaces pour permettre de catalyser les énergies mobilisées.
Poser des premiers jalons d’une année 2024, où les rencontres doivent se relier, comme autant de rebonds et contribuer à écrire un récit commun.
Le 26 janvier : « Droit de Cité;»[4] Journée du Mouvement associatif[5] à la Cité internationale à Paris.
Le 27 janvier : un espace ouvert par l’Archipel des confluences[6] aux tisserands pour initier un début de catalyse autour rendez-vous de l’année 2024.
Le 14 mars : journée du Collectif pour une transition citoyenne[7] (CTC) autour de son identité publique et politique.
Les 29 et 30 mars : Deux jours avec Transiscope[8] à Marseille et croisement avec les travaux de la pirogue Terra[9] de l’Archipel des confluences et de nombreux réseaux marseillais dont Alternatiba[10], l’Arbre des imaginaires[11], Massalia Vox[12]…
Les 26-27 et 28 avril 2024 : Séminaire à Villarceaux du Mouvement pour une économie solidaire[13] (MES) avec une trentaine d’organisation impliquée dans les transitions pour imaginer ensemble une stratégie commune.
Du mois de juin à septembre, le Tour Alternatiba, partout en France avec une clôture du 4 au 6 octobre à Marseille[5].
5, 6 et 7 Juillet : Les rencontres des Dialogues en Humanité[14] à Lyon
De septembre à octobre, des centaines de rencontres partout en France autour des 10 ans de la Fête des possibles initiée par le Collectif pour une Transition citoyenne.
En novembre, l’Université du mouvement Utopia[15]
En décembre, l’Assemblée des alliés de la Fabrique des transitions[16]
Autant de formes pour imaginer une campagne de nos rêves !
C’est le processus engagé qui peut créer une contagion positive car il n’y pas une organisation centralisée mais de multiples initiatives qui se passent la balle de date en date et qui assument ainsi un leadership croisé.
Pour ce faire, nous devons compter sur les tisserands présents dans chaque organisation, celles et ceux qui ont une attention à la relation et donc à leur posture de coopération ouverte[17], une intention de relier leurs savoirs, leurs contacts, de tisser pour catalyser.
Nous nous retrouverons le samedi 27 janvier 2024 à Paris au siège de la Fondation pour le progrès de l’Homme - Charles Leopold Mayer[18] pour imaginer ensemble les leviers de cette transformation, ces prochaines dates comme autant d’occasion de catalyser nos ressources.
Cette année 2024 permettra l’ouverture de cet espace pour les tisserands qui souhaitent expérimenter de nouvelles formes de catalyse afin de faire levier. Nous sommes convaincus que notre démocratie doit se consolider en dépassant le seul rythme des élections. Notre perspective est une démocratie continue, permanente et qui se vit dans des espaces institutionnels, renouvelés lors des échéances électorales, mais aussi et surtout dans des multiples espaces, institués ou non, formels ou informels, à partir de nos quartiers et des solidarités de voisinage jusqu’au niveau national, européen et international. De l’intime au planétaire selon l’expression de Patrick Viveret, des liens se tissent, déployons les occasions de catalyser ces énergies.
Nous devons imaginer ensemble dans les prochaines semaines notre stratégie, inscrite dans les prochaines rencontres de cette année 2024, une stratégie renforçant les tisserands mais qui doit toucher ces millions de citoyens inquiets de glisser vers un abime de notre démocratie. Face à des médias, metteurs en scène de nos colères et de nos peurs, nous devons écrire un récit à plusieurs mains, à plusieurs fils, mais suffisamment désirable et puissant pour mobiliser et faire levier de transformation.
Une année 2024 comme une année bascule, pour mobiliser la société civique, et préparer ensemble les prochaines échéances, 2026, 2027 et 2030. Cette intuition est la nôtre, elle peut nécessairement évoluer et se consolider si vous nous rejoignez ?
Notes
[1] https://negawatt.org/index.php
[2] https://afterres2050.solagro.org/decouvrir/scenario/
[3] www.transiscope.org
[4] https://www.droitdecite.org/
[5] https://lemouvementassociatif.org/
[6] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?PagePrincipale
[7] https://transition-citoyenne.org/lecollectif/
[8] https://transiscope.org/
[9] https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?PirogueTerraPresentation
[10] https://alternatiba.eu/
[11] https://larbredesimaginaires.fr/
[12] https://massaliavox.fr/
[13] https://www.le-mes.org/
[14] https://dialoguesenhumanite.org/
[15] http://www.mouvementutopia.org/
[16] http://fabriquedestransitions.net/index_fr.html
[17] https://www.innovation-pedagogique.fr/article12297.html
[18] https://www.fph.ch/index_fr.html#contenu
30/12/2017
Pour une dynamique d’économie solidaire dans les quartiers populaires - L'Appel de Pas Sans Nous
À l’issue du 1er Forum national « Économie Solidaire et Quartier Populaire », organisé le 25 novembre 2017 à Villeneuve-la-Garenne, Pas sans nous a souhaité lancer cet appel qui s’appuie sur un constat et sur une méthode.
Depuis 40 ans, les politiques de développement économique mises en place dans le cadre de la politique de la ville échouent à résoudre le chômage endémique et les processus de marginalisation sociale qui en découlent dans les quartiers populaires. Il faut y voir les limites de politiques qui restent sectorisées et ne s’appuient pas ou peu sur les potentialités et sur les dynamiques locales. L’économie sociale et solidaire, qui est de plus en plus convoquée par les pouvoirs publics en tant qu’approche innovante des rapports entre économie et société, permet d’ouvrir de nouvelles perspectives. Encore faut-il ne pas la considérer comme une recette miracle et ne pas entretenir les ambiguïtés dont certaines de ses acceptions sont porteuses. Pour nous, il est clair que l’ESS n’est pas un sous-secteur public qui avaliserait la dégradation des conditions de vie par le recul des grandes institutions républicaines et leur remplacement par des prestations précarisées. L’ESS que nous voulons relève du droit commun et non d’une exceptionnalité pour les banlieues. L’ESS que nous construisons ressort de la solidarité démocratique. Le constat Il existe déjà des formes d’économie populaire et des tentatives d’économie solidaire dans les quartiers. Trop souvent occultées, elles ont été invisibilisées par un récit productiviste qui a assimilé l’économie contemporaine au seul capitalisme marchand. En lien avec cette conception, s’est installée l’idée selon laquelle la participation des habitants en matière de politique de la ville n’aurait pas d’efficience. Le retour d’expériences sur plusieurs décennies montre que le principal manque tient à l’absence de confiance institutionnelle envers les initiatives des habitants. Sans cesse renvoyées à leurs insuffisances, elles n’ont jamais fait l’objet d’une politique de soutien appropriée et à la hauteur des enjeux. Malgré ce mépris et l’épuisement de leurs porteurs, de multiples initiatives témoignent encore de leur persistance et de leur foisonnement. Or la diminution des inégalités et la transformation sociale ne peuvent être conquises qu’en mettant au cœur du processus les citoyens directement concernés. La méthode Pour avancer, il convient donc de partir des connaissances réunies à la fois par les habitants, par les acteurs de terrain et par les chercheurs, travaillant en dialogue constant avec la société civile de soutenir leurs initiatives, de consolider leurs mobilisations. Les formes d’économie populaire et les autres expériences déjà en œuvre sont les germes de l’économie solidaire de demain. On le voit dans d’autres pays, sur d’autres continents, en particulier en Amérique du Sud, les programmes développés nous montrent que l’économie populaire peut devenir une économie solidaire de droit commun transformant une tactique de résistance en une stratégie favorisant le bien vivre dans les quartiers, si celle-ci bénéficie d’un véritable appui à l’investissement immatériel et matériel. Propositions Cette démarche inédite doit se traduire par des innovations institutionnelles. Plusieurs propositions structurantes peuvent d’ores et déjà être évoquées et méritent d’être approfondies comme les preuves d’un dialogue régénéré entre habitants des quartiers et institutions publiques. L’élargissement des expérimentations des « tables de quartiers » qui permettent de faire émerger des idées et des suggestions de celles et ceux qui possèdent une expertise de vie et d’usage, indispensable pour concevoir des actions pertinentes. La création, sous forme de prototypes, d’incubateurs solidaires destinés à mettre en place sur plusieurs territoires de nouvelles modalités d’accompagnement pour les initiatives en mutualisant des ressources de façon transversale ou par secteurs d’activités, comme des compétences venues de l’Université et de la recherche. La mise en place d’un fonds pour les initiatives citoyennes doté d’au moins 5 % du montant total du budget consacré annuellement au fonctionnement de la démocratie représentative nationale.
Pour une dynamique d’économie solidaire dans les quartiers populaires, il est donc urgent de ré-intriquer mouvement social et activité économique, pratiques citoyennes et recherches scientifiques. (1) Signataires : Pour la coordination nationale Pas sans Nous : Mohamed Mechmache, président fondateur Nicky Tremblay et Fatima Mostefaoui, co-présidentes Claude Sicart, président du Pole.S Pour le Mouvement pour l’Économie Solidaire, Patricia Coler, co-présidente Marie-Hélène Bacqué, professeure d’études urbaines, université Paris Ouest Nanterre Jean-Louis Laville, titulaire de la chaire Économie solidaire au CNAM, chercheur associé au Collège d’études mondiales.
15/11/2021
Quelles conditions pour un dialogue des savoirs à visée transformatrice ?
Un premier parcours entre institutions et autonomie des acteurs.
Une expérience au sein de l’institution, au croisement du politique et du technique.
Une approche du territoire comme un milieu.
Une posture de tiers, facilitatrice d’un dialogue des savoirs.
Notes
[1] https://ateliermoustier.com/Vitrolles-Echangeurs / https://www.cnap.fr/sites/marseille/Vitrolles.html[2] Hugues Bazin. La centralité populaire des tiers-espaces, in L’observatoire No 52, Observatoire des Politiques culturelles, 2018, pp 91-93
15/12/2023
Samir et Marin, tisserands, explorateurs et catalyseurs au service des Confluences.
Suite à l'université d’Utopia à Sète, nous avons pu commencer à rendre compte de la dynamique forte vers plus de confluence entre des acteurs issus des quartiers populaires et des acteurs mobilisés au sein de villages. Cette relation entre les mondes urbains et les milieux ruraux devient aujourd’hui un enjeu majeur. A l’opposé du marketing territorial, où les territoires se transforment en acteurs dans un jeu concurrentiel fondé sur l’attractivité, il devient essentiel de repenser les dynamiques de coopération et la nécessité de relier les territoires, par les liens tissés d’abord par des organisations et des personnes.
Sète, un espace de Confluence
Ce fut la réussite de la dernière Université de Sète: rassembler des premiers tisserands. Les initiatives pour changer de cap sont portées par des dynamiques collectives mais aussi par des personnalités, des parcours engagés et engageant, croisant économie solidaire, enjeu climatique et justice sociale. Ces parcours, incarnés et ancrés, sont tout aussi inspirants quand ils cheminent ensemble et non côte à côte. Et l’une des rencontres que nous avons pu initier à Sète avec Guy a été celle de Samir et Marin.
Des liens entre des personnes et des parcours
Elle a commencé un matin tôt, dans une voiture, en covoiturage pour partir à Sète ! Plusieurs générations dans un même véhicule, et quelques heures pour faire connaissance. Samir et Marin sont deux personnalités qui ne passent pas inaperçues ! Certes, un peu plus jeune que nous, leurs parcours n'auraient jamais pu se croiser et pourtant ils se croisent !
Cette énergie décuplée quand cela se produit, c’est toute l’ambition de notre projet de l’Eccap en Commun, inscrit dans l’archipel des confluences. De ces rencontres, il se produit des étincelles et c’est l’expérience que nous souhaitons vous faire partager. De notre posture de tisserand, nous poursuivons notre mission d’explorateur et catalyseur.
Il n'y a pas d'engagement sans conviction, il n'y a pas de conviction sans une incarnation dans un parcours, des expériences, des désirs, des doutes et des utopies concrètes.
Samir et son regard de voyageur entre des mondes
Samir devenu voyageur, après avoir été étudiant en « tourisme universitaire », découvrant chaque année une nouvelle discipline comme il l’a expliqué avec humour et lucidité. Son rapport aux savoirs, non académique, il l’a découvert par hasard en répondant à une petite annonce dans un journal. Admis à une formation en journalisme dans le cadre d’une association d’éducation populaire, il suit durant un an, des cours du soir avec des enseignants de l’école de journalisme de Marseille désireux de contribuer à diffuser leur savoir à des jeunes, souvent issus des quartiers populaires, dont le chemin académique a pris des détours. De cette porte d’entrée, et une soif d’apprendre et de découvrir, un monde s’est ouvert à lui à partir des premiers interviews, des premières rencontres, des premiers reportages. Sa vie change de cap, il s’engage dans l’éducation populaire et par les voyages, il découvre d’autres mondes, au-delà des frontières mais aussi au-delà de nos propres frontières mentales, culturelles, religieuses.
Par la découverte de ces autres mondes, des différents et très inégaux quartiers de Marseille, aux villes européennes jusqu’au tour de monde des initiatives interreligieuses qu’il co-organise avec Coexister et ses 3 autres compagnons de route. Ce qui les amène à Londres, Tunis, Jerusalem, Beyrouth, Kigali, Le Cap, Oulan Bator, Tokyo, Seoul, New York, Addis Abeba, Mexico…
Ce besoin de vivre ces expériences et d’en laisser trace devient son fil rouge. Conserver des traces pour lui, comme un désir d’en faire durer le plaisir, et documenter pour les autres, comme un désir de leur transmettre son énergie et sa curiosité. Ce besoin est devenu un métier, videaste, « podcasteur », auteur de fanzine, autant de médias pour relier, tisser, et ainsi contribuer à la transformation. C’est aussi avec ce savoir-faire qu’il a rejoint l’université de Sète et la dynamique de l’Eccap en commun pour contribuer à produire du contenu audio et vidéo.[1]
Marin, entre l’arbre et le métier à tisser
Marin, a évolué dans un autre monde et après un parcours académique exemplaire mais classique pour le milieu dans lequel il a grandi, il décide de bifurquer après une première expérience professionnelle chez Danone. Il a d’ailleurs pu l’expliquer à Emmanuel Faber lui-même, patron à l’époque qui avait voulu rencontrer ce jeune homme impertinent qui lui a envoyé sa lettre de démission face aux incohérences du modèle d’entreprise, face aux urgences climatiques.
Impertinent et doté d’une sacrée dose de confiance en soi, transmis aussi par une bonne dotation en capital social et culturel, il décide de faire le chemin inverse de Samir, en vivant l’expérience d’une colocation solidaire à Saint Mauront, et travaillant à Felix Pyat, l’un des quartiers les plus pauvres de France. Ce sont alors autant de rencontres et d’expériences qui ont marqué aussi les certitudes d’un jeune homme « bien comme il faut ».
Cela aurait pu suffire à diversifier un CV, et entretenir une illusion de l’altérité, souvent bien instrumentalisés par des entrepreneurs sociaux en mal de pauvres à « sauver;». Ce n’est pas la posture ni le choix de Marin.
« Avec sa gueule de droite;» comme il exprime avec beaucoup d’auto-dérision, il a conscience d’être un passeur entre des mondes qui se croisent finalement assez peu et surtout à Marseille. Aujourd’hui, investi sur l’accompagnement aux « transitions », il développe un projet qu’il présente comme un nouveau récit à coconstruire à partir de l’allégorie de l’arbre. En s’appuyant sur l’image de l’arbre et de ses composants (les racines, la sève, l’écorce, les feuilles, les fruits…), il décline une série de questions qui peut appuyer des processus de transformation autant individuel, que collectif, dans le champ de l’entreprise ou du monde associatif, dans une dimension micro-locale ou plus ambitieuse, systémique et profondément politique. Son idée est « incubée» pour tester cet outil-posture et imaginer sa forme et son déploiement et en faire, pourquoi pas, une création d’activité. De l’arbre des imaginaires à la forêt des possibles, il expérimente un usage avec des personnes et des collectifs les plus divers possibles[2].
Penser, créer et transformer notre économie
Mais alors comment concilier un engagement politique, social et sociétal et une dimension professionnelle ? C’est bien l’un des enjeux de cette génération et une dimension souvent méconnue et invisibilisée par les générations précédentes.
Il était commun de voir des « militants;» politiques, issus du milieu des fonctionnaires (le jour) et militant (le soir), des militants syndicaux, en partie déchargés de leurs fonctions professionnelles, être disponibles pour structurer les organisations et mobilisations collectives. Tout ce monde, et ces profils souvent masculins, ont longtemps animé les débats publics et politiques. Or, aujourd’hui, ce n’est plus le cas dans les mouvements militants de jeunesse notamment, la question économique n’est plus un tabou.
Comment penser alors « son économie » au service de son engagement pour changer de cap ? Cette question devient centrale pour des générations qui refusent d’aller mettre leurs compétences au service de banques comme Paribas ou de groupes industriels qui n’intègrent pas la nécessité de changer de modèle productiviste. Elle devient centrale autant pour des raisons pratiques (vivre dignement de son engagement) que pour des raisons éthiques (vivre en cohérence entre métier et valeurs). Mais restons attentifs aussi à préciser que cette dimension ne peut devenir un principe d’action car dans de nombreux cas, cela n’est possible. Il faut se méfier des postures morales portées par des personnes qui ont les moyens de cette ambition. Cette attention est importante car elle peut être un frein aux alliances entre des milieux et des militants, des quartiers populaires et des acteurs de la transition.
Une cartographie et un premier rendez-vous au printemps
C’est autour de ces enjeux que Samir et Marin croisent leurs expériences et fertilisent leur dynamique commune. Ce sont deux personnalités qui incarnent l’enjeu des alliances et le croisement des mondes à Marseille notamment. C’est autour de leur énergie, et celle de bien d’autres qu’un mouvement se construit pour rendre visible une première cartographie des mouvements d’habitants et des alternatives de transition en lien avec Transiscope.org.
Ce projet de cartes, nourri par des expériences de luttes et d’organisation collective en mode vidéo et podcast, a comme premier objectif : être présenté lors du prochain rendez-vous national du réseau Transiscope, le Transiscothon à Marseille au printemps prochain. Un premier rendez vous qui en appelle d’autres en 2024, dont la clôture du Tour Alternatiba 2024 à Marseille, du 4 au 6 octobre 2024, autour des enjeux de l’écologie populaire, l’écologie pirate comme l’exprime si bien Fatima Ouassak[3].
Participer d’un même combat, concret et mobilisateur autour de la lutte contre la précarité qui augmente avec les charges et l’état des bâtiments, dont les passoires énergétiques nombreuses dans l’habitat social et les copro dégradées, il y a là, des alliances à consolider et des solutions à imaginer, pourquoi pas l’auto-réhabilitation accompagnée[4] ?
Notes
[1] Lumos Maris Production (SARL)
[2] https://larbredesimaginaires.fr/projet/
[3] Fatima Ouassak. Pour une écologie pirate. Ed. La Découverte. 2023.
[4] D.Cérézuelle et G.Roustang. L’autoproduction accompagnée. Un levier de changement. Ed. Erès.2010.
14/06/2024
Transiscothon en bande organisée à Marseille : un premier espace !
Transiscope est le portail web des alternatives
Initié par une première communauté d’organisations nationales il y a quelques années, ce commun coproduit et animé par une collégialité exemplaire souffre d’une animation des données fragile. En effet, fonctionnant dans une culture d’archipel, ce sont les sources engagées qui mettent à jour leurs contacts, or, cela demande beaucoup d’énergie car de contacts à relancer et de liens à tisser.
C’est pourquoi, avec le même souci de faire évoluer le projet en fonction de ses retours d’expériences, le comité de pilotage de Transiscope a décidé de s'engager dans l'appui aux dynamiques locales considérant que c'est la bonne échelle pour animer les sources et permettre de diffuser l'usage d'une cartographie utile pour les militants et personnes engagées sur leur territoire.
Cette nouvelle stratégie se décline dans une implication plus forte au sein du Collectif pour la Transition citoyenne (CTC) afin que Transiscope devienne un outil au service des 33 organisations membres du CTC avec prochainement le développement d’un agenda partagé qui leur permettra de croiser des dates et des rendez-vous locaux.
L'organisation des Transiscothons : nourrir nos liens sur un territoire
Ces rendez-vous du Transiscope sur les territoires sont une occasion de se rencontrer en vrai, ses membres impliqués comme des acteurs repérés sur la carto mais aussi pouvoir accueillir de nouvelles dynamiques locales. Depuis 2021, il y en a eu 9, de Paris à Nantes, de Lyon à Strasbourg, de Quimper à Marseille. Ce 9ème transiscothon, baptisé «Transiscope en bande organisée;» (référence utile pour les non marseillais, vous pouvez cliquer sur les liens pour les amateurs de Jul ou de carottes) a été organisé à Marseille les 29 et 30 mars dernier.
L’intention partagée
A Marseille, notre intention a été présentée aux collectifs et acteurs du territoire que nous considérons comme des tisserands ou des catalyseurs;!
« Marseille est une ville archipel, riche d'initiatives et de dynamiques collectives. Depuis des années, certain·e·s se retrouvent dans des luttes contre l'habitat indigne ou la gentrification, pour le droit à la ville, et l'accès aux services publics dans une ville qui reste l'une des plus inégalitaires en France. D'autres s'engagent dans des transformations de leur cadre de vie, autour de questions de mobilité, d'accès aux ressources naturelles ou de lutte contre la pollution. Des lieux s'ouvrent, des terrains se cultivent, le foncier devient un enjeu Commun. Il existe aussi des espaces de mobilisation plus ou moins organisés, plus ou moins institutionnels ou autonomes. Depuis longtemps, des collectifs tissent des liens, produisent des cartographies pour les faciliter mais il reste encore du chemin pour diffuser une culture de la coopération et dépasser un système qui a trop joué sur les concurrences et la compétition. Le Tour Alternatiba qui se terminera début octobre à Marseille peut être une occasion de se fixer un objectif commun : relier les enjeux sociaux et écologiques en démontrant que l'écologie populaire s'ancre dans des réalités marseillaises. »
C'est l'intention d'une première communauté qui s’est réunie dans les locaux de Massalia Vox et du Comptoir de la Victorine, à l’invitation de l’Art de vivre.
Une rencontre pour renforcer les liens à Marseille entre « tisserands»
Il y a eu une quarantaine de participants sur les deux jours venus de différents réseaux marseillais mais aussi nationaux, des organisations du Copil de Transiscope : le MES (mouvement pour l'économie solidaire), le CAC (Collectif des associations citoyennes), Alternatiba, le Mouvement Utopia, le réseau Animacoop, l'Assemblée virtuelle, les Colibris mais aussi des réseaux et collectifs marseillais. La liste des inscrits est partagée sur le site yeswiki du transiscothon ainsi que les prises de note et compte rendu en carte mentale. Tous les temps et ateliers ont été documentés au fil de l’eau par les participants.
Le choix de l’animation a été volontairement très ouvert. Nous avons proposé un espace sur un mode de forum ouvert afin de permettre à chacun de contribuer et d’apporter sa pierre à l’édifice. En effet, créer des liens et les consolider nécessite une volonté mais aussi une confiance. Pourquoi vouloir apparaître dans une cartographie, avec qui et dans quels objectifs communs ? Cette confiance se construit par une meilleure interconnaissance et un partage de valeurs et de principes d’actions.
Après avoir débuté par un petit exercice ludique pour mieux se situer et se connaître, Bruno Lasnier du MES et Florent Gaudin en charge de la coordination ont présenté le projet Transiscope, ses origines, ses évolutions et ses enjeux actuels.
Echanger autour de la Charte
C'est d'abord échanger autour des valeurs et principes d’action de notre communauté. Des premiers ateliers ont pu ainsi la questionner et proposer de l’améliorer, elle doit rester un objet de coopération, elle a vocation à clarifier notre posture et ainsi à être notre premier commun. Les nombreuses interventions ont permis de creuser certains enjeux politiques mais aussi stratégiques.
La Charte est aussi un processus. Elle est une Charte qui questionne plus qu’elle ne donne la voie ou la norme à respecter. Quelles sont alors les lignes rouges et ce qui nous permet de se sentir lier ?
Par exemple, il y a eu la nécessité d’éclairer certains termes et concepts utilisés tant il est possible que nous ne mettions pas le même sens dans les mots : pourquoi pas une proposition de glossaire;? D’autres parties ont suscité des échanges, sur les luttes non-violentes, sur la vigilance à l’égard d’organisations d’extrême droite qui commencent à récupérer des sujets écolos, sur le fait qu’une carte n’est pas la réalité et donc, notre capacité de rester toujours humble et accueillant à de nouvelles alternatives.
Alors quelle est la validité des données, qui est garant de ces données ? C’est l’un des sujets importants car il démontre la nécessité de consolider notre communauté. Il n’y pas de garantie au sens juridique, ni au sens politique d’ailleurs. La situation de nos données est liée à l’information fournie à un temps T. Cette information peut évoluer, la source pointée peut avoir disparu ou même changé de point de vue ou de de statut.
C’est pourquoi il est important de considérer ce projet comme un processus de production d’une connaissance partagée. Cette plateforme doit assumer une posture modeste. Elle ne souhaite pas devenir une plateforme exhaustive, ni d’ailleurs « grand public;» même si la carte est naturellement accessible et diffusable. Cela demanderait une économie et des moyens de communication et de diffusion sur de multiples plateformes, et cette diffusion pourrait révéler des contradictions fortes.
Il est privilégié la qualité des liens et non leur quantité. Si nous avions l’espoir au début de visibiliser les alternatives, nous avons compris qu’aujourd’hui, le premier temps est de consolider une dynamique d’archipel pour renforcer d’abord les liens entre tisserands et organisations au niveau local.
A Marseille, le lancement d’une démarche
Même s’il reste encore beaucoup de chemin, une voie a été tracée et des prochaines rencontres s’organiseront à l’occasion de l’accueil du Tour Alternatiba pour sa dernière étape du 5 au 7 octobre 2024 sur les enjeux de l'écologie populaire. Un projet de carte est en cours de production, un espace pour développer des usages du yeswiki est ouvert et un projet d’une formation animacoop sur Marseille commence à prendre corps.
D’autres sujets ont pu être partagés dans une dizaine d’ateliers durant ces deux journées en mode forum ouvert. Les prises de notes sont accessibles sur le yeswiki mais un prochain article reprendra quelques échanges importants : la démarche VIVE des associations de voisins, les enjeux de visibilité de l’écologie populaire à Marseille, le labo furtif et le prendre soin dans nos collectifs, les enjeux d’invisibilité et d’invisibilisation, les questions économiques de nos actions ou comment penser une économie de notre démocratie, le projet d’un framalivre sur le transiscope.
Ce transiscothon n’a pas été uniquement un espace d’ateliers, nous avons pu rire de nos contradictions;! Face à notre désir de coopérer, nous sommes issus de cultures différentes, avec souvent des postures fortes, évoluant dans des couloirs de nage diraient certains. Laurent Marseault que nous avons invité à présenter sa conférence gesticulée le vendredi soir, privilégie le regard du pompier volontaire qu’il est;! Et au-delà des rires et du plaisir, il questionne aussi la manière de faire ensemble, de s’organiser et de se fixer quelques règles communes !
A Marseille, et pas uniquement dans les Calanques, le chemin reste caillouteux.
04/01/2023
Une journée pour rendre visible des « confluences » : de nos expériences à notre raison d’être, pour autant de raisons de faire ?
Analyse croisée de nos partages d’expériences
Le besoin de confluence est réel mais il suppose une organisation qui permette de passer de l’intention aux actes.
Après avoir partagé et clarifié notre raison d’être, nous nous sommes donnés ensuite des raisons de faire !
Notes
A la suite de l’université d’Utopia qui avait initié en octobre une rencontre entre divers mouvements , une journée de rencontre a eu lieu le 17 décembre à Paris. Cette nouvelle étape a rassemblé près de 50 personnes, la moitié était présente, l’autre en visio conférence. Une journée débutant avec des doutes et qui se termina avec espoir, désir et engagements !
[1] Le terme Confluence est utilisé en Espagne par le mouvement municipaliste pour désigner les convergences entre mouvements citoyens contribuant à des transformations politiques et sociales : Lire notamment l’article d’Élisabeth DAU, « L’expérience municipaliste. Un autre possible politique depuis les villes et les villages », Revue du MAUSS, 2019/2 (n° 54), p. 69-79. DOI : 10.3917/rdm.054.0069 SMASH
[2] https://eccap.fr/article/retour-de-sete-leccap-prend-la-mer-au-sein-de-larchipel-des-confluences/636299867e90240016e3cdfa
[3] https://archipel.ecolosolidaire.org/
[4] https://www.mobicoop.fr/
[5] https://www.licoornes.coop/
[6] https://eccap.fr/article/le-projet-partenarial-damenagement-ppa-en-centre-ville-de-marseille-une-opportunite-pour-coconstruire-la-ville-avec-ses-habitants/62c2fd54534a400016e6a2f4
[7] https://colibris-lemouvement.org/nouvelle-r/?PagePrincipale
[8] https://transition-citoyenne.org/lecoosysteme/
14/07/2023
Un milliard et moi, et moi et moi…des alliances essentielles pour bifurquer !
Nous avons commencé des centaines éparpillées, nous nous sommes retrouvés près de 500 personnes à assister à cette journée, accueillis au sein du collège des Bernardins ou bien en mode visio !
La journée a démarré par une séquence inspirante, la lecture d’une lettre de Claude Alphandéry. Claude nous a rappelé dans quelles conditions Jean Moulin lui demanda, en 1943, d’organiser pour la Drôme un travail de réunification des réseaux de la Résistance. C’est aussi le moment d’accueil et formation de centaines de jeunes, décidés à rejoindre la résistance en refusant le Service de travail obligatoire. Ce moment particulier de notre histoire a démontré qu’il a été possible de s’allier et de s’accepter malgré des histoires personnelles, des cultures politiques ou des croyances différentes. Cela a été possible car de nombreux jeunes étaient réunis dans un même lieu et avec beaucoup de temps pour échanger, partager, s’organiser, apprendre ensemble, et surtout vivre ensemble;!
Cet espace-temps de quelques mois a forgé des amitiés, des combats et des convictions qui se sont retrouvés dans le programme national de la Résistance, « Les Jours Heureux;». Cette histoire est la nôtre, elle a rassemblé des communistes et des intégristes catholiques, des militants politiques comme des personnes qui ne s’étaient jamais engagés dans un cadre collectif. Claude, en nous rappelant cela dans sa lettre introductive à nos travaux, a mis la barre très haute, et à poser une exigence pour les nouvelles générations. Il a été possible durant cette période de débattre et de travailler nos désaccords quand une vision, une urgence, une force de vie deviennent essentielles.
« Qu’est ce qui est essentiel ? »
Cette question traverse nos générations. Les conditions sont différentes mais la période que nous traversons doit questionner notre capacité de nous allier, non pour se lever face à l’occupant, mais pour bifurquer face à un système capitaliste et financier qui tue à grande échelle notre écosystème terrien.
Bastien dans son ouverture des travaux, rappelle que les fumées des grands feux canadiens sont arrivées chez nous, au moment où d’autres feux se sont allumés dans des quartiers périphériques suite à l’assassinat du jeune Nahel. Ce lien permet de rappeler qu’il n’y aura pas de transition écologique et climatique sans justice sociale. Cette première alliance est une exigence, elle est aujourd’hui portée par les nouvelles générations. Comment alors créer les conditions de ces alliances qui permettront de faire levier. Le milliard d’euros du fonds est un appel pour démontrer que nos savoir-faire et expériences sont aujourd’hui en mesure de relever le défi mais cette aventure s’inscrit bien au-delà.
Elle est une aventure qui ne sait pas exactement où elle va, et c’est tant mieux !
Elle est construite, pas après pas, en articulant projet, vision et actions. Après des témoignages inspirants en matinée, 8 ateliers de travail ont pu s’exercer en 1h30 à produire des propositions. Ces ateliers ont permis à la fois de découvrir la diversité des participants et d’articuler des approches pour porter des propositions de chaque groupe. Un compte rendu détaillé sera partagé durant l’été et un second rendez-vous sera programmé à l’automne afin de fixer ensemble une méthode, une gouvernance et des premières actions.
Nous avons co-animé avec Patrick Viveret et Vaia Tuuhia l’atelier 6 : « Comment expérimenter les formes économiques, écologiques et démocratiques que nous réclamons ? ». Un atelier qui a pu rassembler plus d’une vingtaine de personne très diverses et se connaissant peu. « Il y a au bas mot 2 millions de personnes qui adhèrent à la transition juste mais cela ne fait pas système et levier de transformation ». Nous sommes partis des expériences qui existent déjà. « Il y a quantités de choses qui se font mais comment cela constitue un ensemble articulé qui permettrait au milliard de renforcer ces initiatives ? » : que ce soit sur le forum des indicateurs de richesses, la comptabilité care en triple capital, le DONUT d’Oxfam, les monnaies locales avec le Mouvement Sol, les monnaies-temps avec les Accorderies, la monnaie-fiscale, les Licoornes comme les associations et SCIC sur nos territoires.
Un milliard, pour faire quoi et comment ? Quels liens avec l'économie de marché et comment la dynamique de ce milliard permet de soutenir des initiatives en dehors de l'économie marchande ? Cela passe nécessairement par résister à la novlangue. Patrick Viveret rappelle les définitions que nous devrions défendre de termes aujourd’hui transformés : Valeur, force de vie ou valor is money ? Bénéfices comme activités bénéfiques et bénévolat, comme orientation bénéfique de la volonté ? Ces mots peuvent appuyer la création d’un nouveau récit, contribuent à un langage commun et nourrissent des alliances. Par exemple, un participant exprime le fait que l’on « ne cherche pas 1 milliard, mais on a déjà 100 milliards si on raconte une nouvelle histoire ! ». Des difficultés pour s’allier au sein de l’ESS « souvent dans des guerres de chapelle » ? Animer des polarités et faire vivre des controverses qui nous renforcent en assumant nos tensions comme autant de richesses ?
Quelle stratégie pour dépasser l’approche uniquement monétaire du milliard ?
Sur cette question, les participants sont revenus sur les expériences issues d’une analyse critique des règles comptables actuelles : Mieux reconnaitre les externalités négatives car, en les transformant, elles deviennent des sources considérables sur les budgets de nombreuses organisations publiques ou privées. Un autre participant nous partage son expérience des marchés financiers et propose d’Hacker le système financier, ni plus, ni moins ! Cela nous démontre que s’allier avec des personnes et des mondes si peu « familiers » peut nous ouvrir de nouvelles pistes et de nouveaux imaginaires. Il faut penser un autre système fondé sur un « retraitement de notre comptabilité » affirme Patrick Viveret : pourquoi ne pas imaginer des points verts et des points noirs pour qualifier de nouveaux indicateurs en différenciant ce qui est « bénéfique » et ce qui est « destructeur » ?
Cela devient alors un enjeu de délibération démocratique. Qu'est ce qui a de la valeur dans notre comptabilité actuelle ? Qui et comment fixer ces points et ces choix ? Quelle dimension concrète et visible pour chaque citoyen ? C’est le sens du projet d’une nouvelle carte vitale prenant en compte la dimension globale de la santé au sens de la définition de l’OMS : « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Chaque citoyen prendrait la mesure de ce que cette carte lui permettrait de faire, de reconnaître mais aussi de simplement « être ».
Une partie du milliard en monnaie locale pour faire levier et soutenir l’écosystème territorial
Nous devions retenir une proposition à remettre dans la synthèse de la séance plénière : Il a été choisi de renforcer les monnaies locales en demandant à ce qu’une partie du milliard mobilisé puisse être distribué en monnaie locale afin de renforcer les écosystèmes locaux. Une étude a été menée qui démontre que 1000 euros sous forme de monnaie locale déploie entre 1,25 à 1,55 fois plus de ressources sur le territoire en infusant les réseaux de commerce et de services de proximité. De plus, pour appuyer la cohérence de nos pratiques et de nos discours, il est demandé aux SCIC et associations engagées dans notre processus de payer leurs salariés, sur une part, en monnaie locale si elle existe bien sûr ! Il reste alors au Mouvement Sol de développer l’inter-opérabilité des monnaies locales afin de pouvoir les utiliser sur tout le territoire. Là encore, Guillaume, cofondateur de l’Assemblée virtuelle, a rappelé qu’ils ont pu développer des systèmes numériques en soutien à ces acteurs, du Transiscope au réseau social décentralisé, bientôt Archipelago. Sur ce sujet des monnaies et bien d’autres, les alliances entre acteurs se fondent aussi sur des compétences complémentaires qui, ensemble, démontrent la puissance et l’innovation de notre réseau.
Des nouvelles alliances entre territoires populaires, urbains et ruraux
La première contribution que nous souhaitons apporter à ce tissage est le lien entre acteurs des quartiers urbains populaires et des quartiers plus ruraux, tous marqués par les inégalités. Il n’y aura pas de transition écologique sans lutte contre les inégalités. Notre prochain pas est de diffuser auprès des réseaux d’acteurs associatifs et institutionnels, des bénévoles comme de nombreux professionnels, cet appel et cet enjeu de sortir de nos « espaces de représentation;» ou les silos façonnés par une approche techniciste de nos métiers ou de nos engagements. Les Colibris, le Collectif de la transition citoyenne, le Mouvement pour l’économie solidaire (MES), le Collectif des associations citoyennes (CAC) le font déjà. Il faut poursuivre vers des réseaux plus institutionnels mais tout autant engagés, par exemple, l’UNADEL comme l’IRDSU qui travaillent déjà ensemble doivent se relier à cette dynamique (et non se rallier).
« Ce qui se fait sans nous, se fait contre nous;», nous devons aussi créer les conditions de la rencontre pour tisser les liens avec les associations et collectifs issus des quartiers populaires qui doivent porter par eux-mêmes leur voix. A l’approche de la signature des nouveaux contrats de ville à la fin de 2023, il faut que la question écologique et sociale en deviennent la colonne vertébrale. De nouvelles alliances, comme de nouvelles conditions de la rencontre et de la délibération, permettraient de donner un autre horizon à une société qui se transforme déjà mais qui se fissure tout autant.
Le 6 juillet marque le début d’une aventure, une aventure qui doit tenir dans le temps
Pour cela, elle a besoin de rythme : le rythme de nos rencontres comme des occasions de faire ensemble, de transmettre entre générations, de partager des expériences. Le 6 juillet a été ce premier temps;et il y en aura d’autres avant le prochain grand rendez-vous fixé à l’automne.
Inscrire nos actions dans la durée, c’est aussi les rythmer par des pettes actions individuelles. La première proposée est d’élargir le cercle à 3 personnes de notre entourage;! Nous sommes près de 1000 premiers signataires, nous devons être 3000 après la période estivale. Pour signer c’est ici : https://framaforms.org/1-milliard-deuros-pour-la-transition-juste-1688222036
Du rythme, des rencontres, des petites actions, nous avons besoin aussi d’espaces et de lieux pour le rendre possible. Un atelier a travaillé à cet enjeu et a commencé à repérer des alliances avec plusieurs dizaines de lieux sur les territoires pour le permettre.
Des temps pour se voir, des lieux, de l’énergie, autant de belles ressources rassemblées pour poursuivre et se relier. L’Eccap y contribuera comme l’Archipel des confluences : être au service des acteurs et des espaces où se tissent les liens, et nourrissent la confiance pour changer de cap.
14/06/2024
Villarceaux, un rendez-vous important pour développer nos convergences / confluences ?
A l’initiative du Mouvement de l’économie solidaire (MES) et du Collectif des associations citoyennes (CAC), près d’une quarantaine d’organisations se sont retrouvées à Villarceaux (Val d'Oise) du 21 au 23 mai 2024.
Une liste des participants comme une première cartographie de tisserands?
Des réseaux de réseaux comme le Collectif pour la transition citoyenne, le Mouvement d'économie solidaire, le Collectif des associations citoyennes, l’UFISC; des réseaux comme le Mouvement Sol, le Réseau des cantines et cafés culturels associatifs, le réseau national des ressourceries MIRAMAP qui fédère les AMAP, Habitat participatif France, Les Petits Débrouillards, le CRID, la Fédération Artisans du monde; des acteurs qui interviennent dans des postures très différentes comme les États généraux du Post Urbain, le Mouvement Utopia, le Mouvement des régies, la Maison commune de la décroissance ou le Labo de l’ESS; des collectifs en lutte dans le monde rural ou urbain, le Collectif Reprise de terre ou la Coordination Pas Sans Nous, des coopératives comme la Coop des Communs, la Coop des milieux des médias comme la revue Altermédias ou des espaces de documentation et de ressources comme Remix the commons; des associations qui prennent soin comme le Planning familial mais aussi l’association Allumeuses qui travaille les enjeux du soin face à l’épuisement, le mouvement Danser l'orage qui imagine des parcours apprenants pour tisser autrement du lien entre personnes et organisations; des fondations autour de notre hôte, la FPH-Charles Leopold Mayer, la Fondation Crédit Coopératif, Terres solidaires, la Fondation pour le climat puis des contributeurs de l’Archipel des confluences et des tisserands comme Patrick Viveret ou Lorenzo Favia. Cette brève présentation permet de situer la richesse et le potentiel de ce séminaire. Nous avons pu ainsi rassembler autant de diversité de personnes et d’organisations, dans un temps et un espace de qualité : 3 jours, 2 nuits + 1 grand espace isolé et agréable, serait-ce des ingrédients indispensables;?
Un programme pensé avant, pendant et après ?
Autour du réseau du MES et de ses membres, associations régionales et thématiques dont l’UFISC, la co-construction du programme a été ouverte très tôt afin d’imaginer ensemble les besoins comme les enjeux des participants. C’est aussi pour l’Eccap, une occasion de s’y investir en lien avec la dynamique de l’archipel des Confluences avec notamment l’implication de Patrick Viveret et sa posture de tisserand, de Florine Garlot et de moi-même.
Ces 3 journées s’inscrivent dans les « rebonds;» que nous avions identifié le 27 janvier dernier lors de notre rencontre des Confluences à Paris au siège de la FPH. Cette même Fondation qui a financé et accueilli ce séminaire dans sa bergerie de Villarceaux. Une fondation comme quelques une présentes qui ont cette attention à la coopération interacteurs, cette intention de soutenir les Tisserands.
Mais le programme a laissé de la place aux propositions et aux collaborations imaginées sur site. En s’inspirant du forum ouvert, des ateliers ont été proposés et même co-organisés à partir des intentions. Enfin, ce programme a laissé un espace lors de la dernière journée pour imaginer la suite et s’engager sur des axes comme des premiers pas. Cet enjeu a été relevé dès les premiers échanges. Nous avons vécu trop de rencontres riches et passionnantes qui, souvent, le lendemain, n’ont pas permis de rebondir. Mais pour rebondir, il faut savoir revenir sur son métier à tisser.
Tisser des relations entre organisations passe par des femmes et des hommes
Tisser à était le maître mot de ces 3 journées même si le nom retenu autour des convergences avait une couleur plus ancienne. Tisser des liens entre nos organisations passe nécessairement par une meilleure connaissance des femmes et des hommes qui les font vivre au quotidien.
C’est pourquoi le temps et le déroulé a permis de multiplier des espaces dédiés à ces relations, autour de moments en plénière ou d’ateliers de travail où de nombreux sujets ont pu être partagés, de repas et de pauses informels, si important pour débriefer ou partager des expériences et des bouts de nos vies, du temps pour une marche matinale pieds nus dans l’herbe mouillée, du temps pour jouer, du temps pour visionner un documentaire, et même du temps pour vivre une scène ouverte où chacune et chacun a pu laisser exprimer ses talents. C’est d’ailleurs à cette occasion que nous avons vécu un moment puissant avec un extrait de la conférence gesticulée jouée par Marie Laure Guislain sur le burn-out et les conditions de travail dans le champ des associations et des ONG en luttes pour les droits humains.
Tisser des liens entre nous repose aussi sur un cadre de confiance et de parole qui a été présenté en introduction;par Alice, une des salariés du MES et en charge de la coordination de ces 3 journées : « proposer un cadre qui permette de faire grandir la confiance collective et individuelle, pour que chacun·e se sente légitime à prendre sa juste place (en minimisant les;rapports de domination), organiser la construction d'une parole collective et la participation de tous à la réalisation de ce séminaire. »
Prendre soin du collectif, c’est penser le groupe et ne pas faire que le panser !
Prendre soin du collectif est une des conditions d’un savoir faire de coopération et de respect dans un contexte où les alliances nécessitent de devoir travailler et s’engager avec des personnes et des organisations qui n’ont pas la même histoire, la même culture de travail et de lutte, le même rapport aux institutions, les mêmes références idéologiques mais aussi le même âge;! Il y avait durant ces 3 jours à Villarceaux une très grande diversité de personnes et de profils même si cela reste encore majoritairement blanc et de professions intellectuelles, le faire ensemble nécessite des efforts de chacune et de chacun mais aussi de temps et d’espaces qui le facilitent. En ce sens, ces trois jours ont répondu positivement à ce premier enjeu.
Plus d’une quarantaine d’organisations et de réseaux permet de rendre visible les forces et les ressources mis à la disposition d’un changement de cap mais il a fallu aussi articuler des besoins et des attentes quelques fois différentes.
Cela a été possible car les ateliers ont su partir des besoins et le programme a été, en partie, coconstruit dans l’instant. Ce fut notamment autour des questions de stratégies et de moyens mises en œuvre, de postures comme d’outils à partager mais aussi en sachant articuler les différentes échelles de mobilisation et de luttes, du micro-locale à l’échelle d’un quartier ou d’un village aux luttes contre les multinationales avec le contentieux stratégique présenté par le collectif Droits et mouvement sociaux initié par le CAC, Sciences citoyennes et le collectif Allumeuses.
Des ateliers partagés entre expériences et stratégies
A chaque atelier, les temps ont été consacrés à partager les expériences, réussies ou pas, avec toujours une intention de repérer les manières de se renforcer et de mieux réfléchir à des stratégies concertées. Ainsi, que ce soit sur la manière de repenser nos plaidoyers, les façons d’articuler luttes et animation du débat politique, les questions de nos vulnérabilités et l’enjeu de se renforcer collectivement, ces échanges ont suscité des constats mais aussi des restitutions en plénière. Ils se sont déroulés en prenant le temps d’écouter chacun et si, quelques fois, de la frustration était ressentie et exprimée, le résultat a permis de laisser place à chacune et chacun.
Un atelier a retenu particulièrement mon attention et mon investissement : comment articuler nos différentes formes de luttes face notamment à l’alliance extrême droite et néo-libéralisme;? Dis autrement pour ne pas laisser penser que c’est une stratégie défensive : Comment accompagner les alternatives à se structurer en articulant local/national et en assumant mieux la nature politique de nos actions;? Dis plus clairement encore : la société civique doit assumer de coproduire un projet politique de transformation sociale, au côté des partis et des syndicats, pas à leur service;!
Ce changement de posture a suscité de réels échanges et si le débat est ouvert, une majorité de participants a conscience que le temps est venu d’autoriser à « faire;» de la politique sans forcément « se présenter à des élections;». C’est autour d’une conception d’une démocratie continue, et non pas uniquement sur courant alternatif, tous les 5 ou 6 ans;!
Les conditions d’une démocratie continue ?
Comment faire vivre une démocratie continue à partir des alternatives expérimentées depuis des années et dans des champs et territoires très différents ? Cela passe par rendre visible pour nous et renforcer nos liens avec notamment le réseau Transiscope et le Collectif pour la transition citoyenne. Comment notre posture doit dépasser le plaidoyer et le Pacte pour la transition citoyenne doit se renouveler dans sa forme comme dans son écriture;? Comment nous devons aussi questionner la place des institutions et imaginer aussi des formes instituantes permettant de partir d’un déjà là : l’expérience des soulèvements de la terre a été citée comme de nombreuses initiatives issues notamment de l’économie solidaire.
La dernière journée a été consacrée aux suites et aux prochains pas. Elle a mobilisé autant un échange avec les fondations présentes que l’opération Milliard avec Bastien Sibille qui a pu présenter l’enjeu du financement ambitieux d’un secteur qui est à la fois, économique mais aussi de transformation sociale et démocratique, répondant à l’enjeu d’une transition juste.
Donner une suite à la dynamique de Villarceaux : c’est maintenant ou jamais !
C’est en ces termes, que le collectif s’est séparé autour d’une liste de missions et de d’axes de travail où chacune et chacun s’est inscrit. Dans le document présentant la liste de nos engagements (pad de prise de notes), il est écrit : « Bien sûr le titre est un peu exagéré, nous avons tous néanmoins plus ou moins conscience que, sur ce genre d'évènement, si nous ne battons pas le fer tant qu'il est chaud, nous allons tous être très vite repris par nos urgences légitimes et habituelles et que les perspectives de travaux communs risquent de rester lettres mortes ou, du moins, se mettre trop lentement et laborieusement en place;».
Une cellule souche a été initié pour tenir le fil et le lien sur 3 registres :
- La mise en place d'outils communs pour faciliter le travail collectif
- La mise en place de méthodes de travail partagés entre nous
- La réflexion de fond sur la manière de concevoir et de formuler des avenirs désirables : réflexions partagées sur nos plaidoyers et la manière dont on les porte (notions-clés, stratégies de présentation etc)
Il existe d’ores et déjà des espaces pour faciliter ces liens, dont le CTC : le prochain copil en juin sera le premier rebond de ces 3 jours qui ont permis de donner force et énergie à des tisserands trop souvent sollicités et quelques fois épuisés. Prendre soin a été souvent exprimé, il commence par notre capacité de s’autoriser à prendre du temps pour se ressourcer et renouveler notre énergie et nos identités relations.
31/01/2023
Vitrolles 1993 - 2023 : Retour sur des expériences d’hier pour des questions d’aujourd’hui
[1] Joël Gombin. ” Nouveau ” FN, vieille carte électorale ? : Les territoires du vote pour le Front national de 1995 à 2002. Congrès de l’Association française de science politique, Juil 2013, Paris, France. halshs-00849332
[2] Gérard Perrier. Vitrolles : un laboratoire de l'extrême droite et de la crise de la gauche (1983-2002). Editions Arcane17 – 2014.
[3] Retrouver les ressources du Pavé sur le site des éditions du commun : https://www.editionsducommun.org/collections/interstices/products/cahier-du-pave-n-1-le-projet
[4] http://crajepcentre.fr/wp-content/uploads/DDLR%202010%20(2).pdf
[5] Ulysse Rabaté, Politique Beurk Beurk, les quartiers populaires et la gauche : conflits, esquives, transmissions. Editions du Croquant. 2021
[6] https://bruitdufrigo.com/
[7] Cornélius Castoriadis, l’institution imaginaire de la société, Editions Seuil, 1975.
[8] Agathe Cagé, Respect !, Editions des Equateurs, 2021, p.11.


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