Action citoyenne

L’action citoyenne désigne l’ensemble des initiatives individuelles ou collectives par lesquelles des personnes cherchent à agir sur la société au nom d’une certaine conception du bien commun, de la justice ou de l’intérêt général. Elle renvoie à la capacité des citoyen·ne·s à ne pas se limiter à un rôle passif ou électoral, mais à participer activement à la vie et à la transformation de leur environnement social, politique, économique ou écologique.
L’action citoyenne se situe à la croisée de plusieurs notions proches : l’engagement citoyen, la citoyenneté active, la participation citoyenne ou encore la démocratie participative. Elle suppose qu’un individu, seul ou avec d’autres, décide d’intervenir dans l’espace public afin de répondre à des besoins, défendre des droits, alerter sur une injustice, promouvoir une cause ou expérimenter des formes alternatives d’organisation collective. Elle peut prendre des formes extrêmement diverses : bénévolat associatif, mobilisation militante, participation à une concertation publique, pétition, entraide locale, manifestation, action de sensibilisation, interpellation des pouvoirs publics, boycott, occupation d’un lieu, voire désobéissance civile.
La notion d’action citoyenne repose sur une conception active de la citoyenneté. Être citoyen ne signifie pas seulement bénéficier de droits civiques et politiques, comme le droit de vote, mais également participer à la vie collective et assumer une responsabilité vis-à-vis de la société. Cette conception s’est progressivement imposée au cours des XIXe et XXe siècles avec le développement des libertés publiques, de la liberté d’association, du syndicalisme et des formes modernes de participation démocratique. Dans cette perspective, la démocratie ne se réduit pas aux institutions représentatives : elle implique également l’existence d’une société civile capable de s’organiser, de débattre et d’agir.
L’action citoyenne se distingue ainsi de la seule participation institutionnelle. La participation citoyenne désigne généralement les dispositifs organisés par les pouvoirs publics afin d’associer les habitant·e·s et citoyen·ne·s à certaines décisions : consultations, budgets participatifs, conseils de quartier, conventions citoyennes, enquêtes publiques, etc. L’action citoyenne possède un périmètre plus large. Elle peut s’inscrire dans un cadre institutionnel, mais aussi émerger de manière autonome lorsque des individus ou des groupes considèrent que les institutions ne répondent pas — ou insuffisamment — à certains enjeux sociaux, démocratiques ou environnementaux.
Cette dimension explique que l’action citoyenne entretienne parfois une certaine ambivalence vis-à-vis du pouvoir ou de la légalité. Dans son acception la plus habituelle, elle désigne des pratiques respectant les règles démocratiques, cherchant par exemple à influencer les décisions publiques par le dialogue, la mobilisation ou le plaidoyer, ou à répondre directement aux besoins de la population. Mais certains mouvements considèrent également que l’action citoyenne peut inclure des formes d’action directe ou de désobéissance civile lorsque les voies institutionnelles apparaissent inefficaces ou injustes. Des mouvements pour les droits civiques, l’égalité, la justice sociale ou encore pour le climat ont ainsi revendiqué la légitimité d’actions transgressives au nom d’un impératif moral ou démocratique supérieur.
Conclusion visant à ouvrir le débat
L’action citoyenne ne peut cependant pas être uniquement définie par les intentions affichées de ses auteurs : toute mobilisation menée au nom du « peuple » ou d’une certaine moralité n’est pas nécessairement démocratique ou émancipatrice. Les discours sur la citoyenneté active s’accompagnent généralement d’un certain nombre de principes : respect des droits fondamentaux, non-violence, pluralisme, solidarité, recherche d’une amélioration collective des conditions de vie. Les formes d’action citoyenne peuvent également produire des tensions : entre expertise et spontanéité, entre engagement ponctuel et engagement durable, entre indépendance citoyenne et instrumentalisation politique, ou encore entre efficacité immédiate et transformation structurelle.
Le développement actuel de l’action citoyenne s’inscrit enfin dans un contexte paradoxal. D’un côté, les crises sociales, écologiques et démocratiques favorisent l’engagement citoyen et l’émergence de nouvelles formes d’action pour tenter d’y répondre. De l’autre, les restrictions croissantes des libertés publiques, l’érosion des sources de financement associatifs ou encore la défiance envers les institutions peuvent fragiliser les capacités d’action de la société civile. L’action citoyenne apparait ainsi à la fois comme un symptôme des insuffisances démocratiques et comme l’une des conditions, souvent fragile, du renouvèlement démocratique.
L’action citoyenne pose finalement une question centrale : est-il nécessaire que des individus essaient d’agir, souvent collectivement, sur le monde qui les entoure sans abandonner entièrement cette responsabilité à des représentant·e·s, des institutions ou encore des expert·e·s ? Et si c’est le cas, quelles sont les manières efficaces d’agir ? Entre participation, contestation, solidarité et transformation sociale, l’action citoyenne interroge en permanence les frontières entre engagement civique, pouvoir démocratique et capacité réelle des peuples à exercer leur souveraineté.
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